"Des dirigeants prédateurs veulent mettre en place une nouvelle ère", selon Anne Savinel-Barras d'Amnesty International
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« ils sont avides de pouvoir, ils sont avides de profit et donc ils veulent mettre en place un nouvel ordre à la fois raciste, patriarcal, inégalitaire et surtout opposé à toute dissidence. »
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« Les exemples sont extrêmement nombreux de pays qui souffrent aujourd'hui de politiques menées par ces dirigeants. »
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Il est 6h21 et nous vous les racontons chaque matin dans le 5-7 et dans tous nos rendez-vous d'informations. Les guerres sont une part très importante de l'actualité, encore plus ces cinq dernières années. Alors que le Moyen-Orient est toujours sous haute tension, Amnesty International publie son rapport annuel. Bonjour Anne Savine Elbara. Bonjour. Vous êtes présidente de l'ONG de défense des droits humains en France. Dans ce rapport, vous dénoncez des prédateurs Trump, Poutine, Netanyahou qualifiés de bruts et de pillards qui mettent en place, je cite, un ordre hostile aux droits fondamentaux. Est-ce qu'il reste des mots assez durs pour qualifier ce qu'il se passe au niveau mondial ?
Je ne sais pas s'il y a des mots plus durs que ceux que nous avons prononcés. Et certainement, en tout cas pour nous, il est vraiment essentiel de dire à quel point ces dirigeants et d'autres sont des dirigeants prédateurs qui veulent mettre en place une nouvelle ère faite de violences, de peurs, d'instabilité. Ils font le choix de la domination économique, ils sont avides de pouvoir, ils sont avides de profit et donc ils veulent mettre en place un nouvel ordre à la fois raciste, patriarcal, inégalitaire et surtout opposé à toute dissidence.
Pourquoi parler de prédateurs pour deux ? Donc j'ai cité, vous citez, Trump, Poutine, Netanyahou, deux de ces trois-là sont démocratiquement élus, tout de même on parle de deux grandes démocraties, les Etats-Unis et Israël, c'est aussi là qu'est le basculement, ce ne sont plus seulement les dictatures qui sont prédatrices ?
Tout à fait, tout à fait. Nous pouvons dire aussi que globalement, les pays démocratiques ne sont pas imperméables aujourd'hui aux tendances et aux mouvements anti-droits, anti-droits humains qui veulent imposer cet ordre mondial que je viens d'évoquer. Et donc, nous dénonçons effectivement ces trois dirigeants, il y en a d'autres à travers le monde, mais ces trois-là parce que la conséquence de leurs actes aujourd'hui est absolument terrible, du génocide encore en cours à Gaza, à l'Ukraine, où les populations civiles meurent encore sous les bombes, du Moyen-Orient qui s'embrase, de l'Iran, de l'Afghanistan, du Soudan, du Myanmar.
Les exemples sont extrêmement nombreux de pays qui souffrent aujourd'hui de politiques menées par ces dirigeants.
Vous parliez de ce nouvel ordre que ces dirigeants voudraient mettre en place. Je cite encore le rapport qui dit que nous sommes dans un moment où tout peut basculer. On est dans une situation inédite, selon Amnesty International, depuis l'après-seconde guerre mondiale, sur justement l'ordre mondial, le droit international ?
Effectivement, nous disons que l'humanité même est menacée aujourd'hui parce que ces dirigeants, en fait, veulent détruire le fondement même de nos droits humains, le fondement du droit international. Tout ce qui a été construit depuis 80 ans, après la seconde guerre mondiale, tout ce qui protège nos droits, la paix et la protection.
Est-ce qu'il n'y a pas chez vous, Amnesty International, aussi un sentiment d'impuissance par rapport à tout ça ? Parce que quand on lit votre rapport, effectivement, il est très lourd, il est très difficile. La situation semble tellement compliquée qu'on se dit, mais enfin, qu'est-ce qu'on peut faire par rapport à tout ça ?
Tout d'abord, on peut dénoncer les États qui sont d'une lâcheté incroyable. Beaucoup de pays, notamment en Europe, en fait, adoptent un silence tout à fait complice.
Ça aussi, c'est un mot fort. Vous parlez de lâcheté ? Tout à fait. C'est un qualificatif que vous attribuez à la France, aussi ?
La France n'est pas une exception. Comme d'autres pays européens, effectivement, la France ne dénonce pas les violations des droits humains et ne respecte pas non plus des décisions des instances multilatérales. Nous avons besoin d'États plus forts qui ne le sont. Et heureusement qu'aujourd'hui, des populations se résistent à travers le monde. Donc, nous avons de nombreux exemples à signaler. Citons la génération Z, la Gen Z, au Bangladesh, au Maroc, au Népan, où cette génération a obtenu à la fois la chute du gouvernement et de nouvelles élections.
Citons Minneapolis, et encore beaucoup, beaucoup d'autres exemples, où les populations résistent, elles peuvent résister, mais les États doivent résister avec nous.
Il y a une réunion aujourd'hui des ministres des Affaires étrangères européens pour évoquer la potentielle remise en question des accords économiques entre l'Union européenne et Israël, justement en raison de la politique israélienne vis-à-vis de Gaza, vis-à-vis du Liban. Est-ce que ça, ce sont des actes qui sont de nature à vous rassurer, en tout cas des perspectives qui peuvent vous rassurer ?
Bien sûr, c'est un acte de résistance. Et nous avons beaucoup de mal à comprendre pourquoi on n'a pas réagi plus tôt, justement, au regard de cet accord. Nous avons besoin d'États qui bougent, qui résistent, qui dénoncent les violations des droits humains. Le droit international n'est pas mort, il existe toujours. Et s'il est attaqué aujourd'hui, c'est parce qu'il dérange. C'est parce qu'il dérange ceux qui n'en tirent plus profit. Et donc, nous avons besoin d'interpeller les gouvernements. C'est d'ailleurs ce que nous avons fait cette nuit, où nous avons projeté sur trois monuments parisiens des mots très forts de ce que l'on attend des gouvernements.
La justice, le courage et la protection. La justice, parce que gouverner, c'est agir avec la justice, ce n'est pas l'écraser. Le courage, parce qu'il faut en finir avec cette lâcheté. Aujourd'hui, gouverner, c'est avoir justement ce courage d'agir et non de se taire. Et la protection, parce que les personnes qui résistent, la société civile a besoin d'être protégée et non d'être écrasée comme elle l'est aujourd'hui.
Le rapport d'Amnesty International est à retrouver sur votre site, bien sûr le site de l'ONG. Merci Anne-Savine Elbara d'avoir été l'invité de France Inter ce matin. Bonne journée.