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Discours / meetingJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 31 juillet 2020 14 minAutoproduitFond programmatiqueInstitutions & électionsSolidarités & famille

Bioéthique : « Nous sommes les héritiers du futur » - Mélenchon

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:15MélenchonFait
    « un usage récréatif n'existe pas, mais nous n'avons pas ici de raisons objectives qui nous permettent de fonder la loi. »
  • 0:30MélenchonFait
    « de tels tests mettent en circulation des possibilités que nous ne voulons pas voir réalisées. »
  • 1:00MélenchonFait
    « il existe un risque que de telles méthodes mettent à la portée de tout un chacun des recherches en paternité. »
  • 2:00MélenchonFait
    « la paternité est déclarative. Cet enfant qui vous vient en famille, s'il est de votre épouse, alors il est le vôtre. »
  • 4:00MélenchonFait
    « le moindre mal, c'est toujours le mal ! »
  • 6:00MélenchonFait
    « l'argument que vous produisez à la fin n'est pas non plus écoutable. »
  • 7:00MélenchonFait
    « il est interdit dans le code pénal, quoiqu'il n'y ait jamais eu de décret d'application, de trahir la patrie dans ses intérêts économiques. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Président, il faut remercier l'auteur de cet amendement, de nous permettre cet instant. C'est un sujet qui est déjà venu dans nos assemblées, et j'en ai la mémoire. La vérité est que… , …un usage récréatif n'existe pas, mais nous n'avons pas ici de raisons objectives ? qui nous permettent de fonder la loi.

Nous ne pouvons avoir, que des raisons morales ou philosophiques. En effet "on peut le faire" ! Mais tout ce qui est possible, est il souhaitable ?

Il y a des circonstances, où la volonté nous conduit à dire "NON ! ". Pourquoi ?

Parce que, en effet, de tels tests mettent en circulation, des possibilités que nous ne voulons pas voir réalisées. Premièrement, prévoir des risques de maladies, des risques, de telle ou telle, évolution de la personne, et, en donnant cette indication, ce pied que l'on met dans le futur de chacun, n'est pas acceptable, de même, qu'il n'est pas acceptable, qu'il s'étende aux familles, et aux membres de la parentèle, de celui ou celle, qui donne accès à son code génétique. Je ne vais pas être plus long, mais je vais finir sur un point, qui renvoie à un débat que nous avons eu, au Sénat il y a bien longtemps.

Il s'agissait à l'époque de savoir, si, par une enquête génétique, on parviendrait à connaître, la réalité d'un lien parental, entre une personne, qui voulait immigrer en France, et les parents, dont elle se réclamait sur place. Nous fûmes une poignée à nous y opposer. Et pour finir, nous reçûmes, le renfort bienvenu, et pour finir décisif, de madame Jacqueline Gourault, qui est ministre d'un gouvernement que je combats, mais qui, dans cette circonstance, m'a parue tout à fait admirable.

Et ensemble, nous avons développé l'idée suivante : il existe un risque, que de telles méthodes, mettent à la portée de tout un chacun, des recherches en paternité. Hors la loi en France dispose, que la paternité est déclarative. Cet enfant qui vous vient en famille, s'il est de votre épouse, alors il est le vôtre.

Et cette loi-là, nous ne voulons pas la voir contournée. En prenant cet exemple saillant, vous imaginez dans d'autres domaines, quelles répliques pourraient être faites, de la même manière, sur chacune des choses, que l'enquête génétique ferait apparaître. C'est la raison pour laquelle, sans me réclamer, d'aucune raison objective, mais pour des raisons, de morale et de vie commune, l'idée que nous nous faisons de la filiation, et c'est bien le sujet aujourd'hui, me semble-t-il, je voterai contre cet amendement.

Je remercie qu'on m'interpelle… …ça me stimule. Vous avez dit à juste titre, que vous souhaitiez vous aussi, un monde meilleur, bon ben… dont acte, je veux bien le croire. Mais ce n'est pas ce à quoi on s'emploierait dans une telle circonstance.

Et vous plaidez que puisque cela se fait, alors il faut accompagner le mouvement. Oui, l'encadrer et tout ça… , nous connaissons ! En quelque sorte comme un moindre mal, et comme moi, je suis du parti de la philosophe Hannah Arendt, je pense que le moindre mal, c'est toujours le mal !

Et donc je m'y oppose. Je le suis d'autant plus que, pour des raisons, je reste encore dans le domaine de la philosophie. Je viens d'entendre à l'instant, quelque chose… , un raisonnement dont je connais la cohérence et que je respecte, en tout cas dans cette circonstance, on ne peut pas faire autrement, que de s'écouter, et de respecter les argumentaires, que les uns et les autres donnent.

Mais voyez vous, je ne crois pas un seul instant, que nous ayons besoin de connaître nos origines pour nous construire. Je crois que nous avons plutôt besoin, de comprendre la destination dans laquelle nous nous rendons, pour nous construire, en fonction de cette destination. Et cette destination nous est donnée, non pas comme… …une station de gare en quelque sorte, mais d'après les principes, que nous choisissons de mettre en œuvre, pour notre propre existence, et qui nous construisent.

Nous ne nous construirons jamais autrement, qu'en nous projetant sur le futur. Comme toujours, il y aura deux écoles, ceux qui tiennent pour les racines, la tradition, les humus sombres, qui sont en-deça du regard, et ceux qui vont du côté des feuillages, c'est-à-dire des lumières, qui tirent la sève et poussent la construction. Voilà comment, pour ma part, ça me donnerait une raison de plus, de refuser cette idée, que je connais, que je respecte, mais que je combats, parce qu'elle est exactement à l'inverse, des vertus que l'humanisme prône.

Enfin, collègues vous évoquez la souveraineté, pardon mais, je ne peux pas m'empêcher de vous dire, que vous voilà bien chatouilleux, sur le sujet de la souveraineté, quand vous l'êtes beaucoup moins, sur des sujets qui me paraissent, autrement plus brûlants. Par exemple quand il s'agit d'abandonner la souveraineté de la production française, sur le rail, au moment où on décide, de développer le chemin de fer, et qu'on cède une société aux Anglais, je ne vois pas, que cela vous empêche de dormir. Quand on décide de céder la société française, qui assure une qualité, d'observation dans la nuit, pour les cockpits de bateaux, c'est une chose absolument admirable, qu'il faut aller voir au salon du Bourget, quand on la présente, qui vous permet d'y voir comme en plein jour, et en touchant sur le cockpit, vous indique quelles sont les choses, que vous voyez comme en plein jour, alors que nous sommes en pleine nuit.

Et bien cela aussi, passe ! J'en passe et des meilleures, sur les pertes de souveraineté. Quand "Général Electric" est vendue, alors qu'elle produisait 25 % de toutes les pelles qui fonctionnent dans les centrales hydroélectriques.

Je donne ces exemples, pas pour vous provoquer, mais pour vous dire qu'il faut, soi-même aussi, faire des efforts de cohérence, dans l'argumentation que l'on présente. Après cela, vous dites que, nous garantirons notre souveraineté, si nous permettons que des français, procèdent à ce type d'activité, et on déplore, qu'ils aillent le faire ailleurs. Ce ne sont pas les seuls qui le font, mais je doute que, vous assortissiez votre aspiration à la souveraineté, de conditions qui feraient que telle, ou telle société française, dirigée par des français, n'auraient pas le droit de vendre, un jour ou l'autre, leurs actions, à des étrangers, ou par exemple à des fonds de pension, comme cela se fait, continuellement dans ce pays, au prix du dépouillement, de nos capacités de production, que nous connaissons.

Voilà pourquoi, j'y ajoute que, l'argument que vous produisez à la fin, n'est pas non plus écoutable. Mais je le retiens, parce que, j'en ferai mon miel, le moment venu. Donc comme on n'arrive pas à punir, quoi que l'on prévoit de punir, alors, il faut accompagner et encadrer.

Je fais observer que, le pillage de banque, est une activité, dont nous ne sommes jamais venus à bout. Alors à quoi bon essayer de l'interdire ? Mieux vaudrait l'encadrer !

Et ainsi de suite… Je pourrais citer devant vous, bien d'autres sujets, sur lesquels il est impossible d'appliquer la loi, autant qu'on le voudrait, et donc mieux vaudrait y renoncer, alors il ne resterait plus qu'une loi : la loi du plus fort, et ce serait un désastre. Voilà pourquoi la frontière morale, quand nous discernons qu'elle existe, qu'elle est là, et que nonobstant le fait, que ce qui est possible, est possible, nous ne le jugeons pas souhaitable, nous l'interdisons. Et c'est comme ça, d'ailleurs, qu'il est interdit dans le code pénal, quoiqu'il n'y ait jamais eu de décret d'application, de trahir la patrie, dans ses intérêts économiques, culturels, scientifiques etc, etc.

Mais il n'y a jamais eu de décret d'application. Croyez moi, un jour ça viendra ! Je vous promets Président, de ne pas abuser, de ma situation de président de groupe, dans ce temps programmé.

Mais puisque l'occasion s'en présente, et puis je crois que ça honore l'assemblée, que, d'échanger sur plusieurs niveaux de discussion, sur ce thème. Marc Le Fur a eu raison de rappeler, qu'il y a dans nos engagements, réciproques, et opposés, des racines profondes. Des racines idéologiques profondes.

Vous avez raison de dire, que s'il fallait vous attribuer le mot… …"transmission", convient en effet. Il ne me conviendrait pas du tout, puisque dans le registre, dans lequel nous échangeons, je dirais que, vous vous croyez héritier du passé, je me pense héritier du futur ! C'est la raison pour laquelle, en effet comme l'a dit notre collègue Fuchs, notre école de pensée, est une école de pensée, qui est tournée, d'abord vers le monde meilleur.

Au prix des erreurs dont je ne vois pas, que ceux qui se réclament, de la transmission du passé, soient exempts. Nous avons eu, dans l'histoire, les uns et les autres, quelques pages sombres, relatives à ces idées. Je viens sur l'idée que, connaître nos origines, serait un droit.

Vous en trouverez des traces en effet, dans le droit international, on ne peut pas le contester, il y a des pays où c'est accepté. Est ce une raison, pour que nous mêmes, nous y souscrivions ? Vous dites, cher collègue Marc Le Fur : , "c'est un besoin, en Droit".

Collègue, pour quoi faire ? Pourquoi faire, à quoi bon ? Je vais en donner un exemple dans un instant, qui me cuit, mais je vais le donner.

En attendant, je vous mets en garde contre l'idée, que le passé ait des droits, sur le présent, quand il s'agit de la construction individuelle. Parce que, pour ce qui me concerne, ça va à l'envers, de ce que je crois quand-même, que nous partageons. Une certaine vision de l'humanisme, dans lequel il s'agit pour la personne, de se construire, hors des dominations, et des déterminismes, qui peuvent s'exercer sur elle.

Je pense que que vous soyez de droite, et pas moi, ne nous empêchent peut-être pas, de penser cette chose en commun, c'est la racine de l'humanisme ! C'est l'idée d'émancipation ! Je ne sais pas pourquoi on a commencé une querelle philologique ?

Allons-y… ! Émancipation, c'est "ex mancipium" : sortir du "mancipium", l'autorité du père. L'autorité du père, ce n'est pas sa fonction familiale, que je veux mettre ici en avant, mais l'idée de la tradition, du passé qui nous surplombe, et qui nous commande.

Ça c'est la tradition humaniste, c'est la raison pour laquelle, vous nous verrez toujours très sourcilleux, dès qu'il s'agit de droit aux origines. J'ai plaidé en son temps, contre la levée de l'anonymat… …des femmes, qui accouchaient sous X. Précisément parce que je pensais, que c'était une erreur de croire, qu'on trouverait dans son passé, quelque chose qui soit autre chose qu'une persécution contre la femme qui a eu le courage, de mettre cet enfant au monde, fusse sous X.

J'ai dit que je vous donnerai un exemple qui me cuit. Voyez-vous le jour où, j'ai appris que j'étais grand-père, tout d'un coup j'ai eu un doute sur mes certitudes, car je me disais que cette petite, que je n'avais pas encore vue, je la sentais mienne, au delà de tout ce que j'avais pu penser jusque là. Peut-être quand j'ai fait la connaissance de ma fille.

Le hasard bienveillant de l'existence, fait que je me trouvais en Argentine, et que j'avais, immédiatement derrière, un rendez vous, avec les grands-mères de la place de Mai, ces femmes, à qui on avait enlevé leurs enfants, et, dont ces enfants, avaient eu pour certains, eux-mêmes, des enfants, avant de mourir sous les coups. Et ces femmes demandaient la restitution de leurs petits-enfants ! Nous étions tous bouleversés en les écoutant, et puis je suis allé plus avant, à parler avec elles.

Et soudain on a vu que, dans ce qui paraissait être une évidence, que ces grands-parents, ces grands-mères, avaient un droit sur leur progéniture, petits enfants ! Comme moi-même, une heure avant, je le pensais… , étaient confrontées… …, à un dilemme de terrible. Certains de ces enfants, ne voulaient pas les connaître !

Disant que ceux qui avaient été leurs parents, quoi qu'ils aient fait, étaient ceux qui les avaient élevés, alors que c'étaient les bourreaux, de leurs propres parents ! La raison ne peut pas abroger une telle contradiction. Elle ne sera pas dépassée, ni par mon discours, ni par aucun discours.

Cependant l'interrogation qu'elle soulève, mérite qu'on y réfléchisse. Et qu'on fasse un choix ! Je reconnais que c'est un choix… , un choix !

Qui n'aura pas de fondement objectif. Après tout oui, chacun d'entre nous est le résultat, de la rencontre des éléments qui permettent la vie. Mais cette rencontre ne nous fonde pas !

Ce qui nous fonde, ce seront les liens sociaux, et les liens d'amour, qui nous unissent aux personnes, qui qu'elles soient ! Et puisque Marc Le Fur est gaulliste, je le renvoie à Malraux… …"Mes semblables… ", Marc Le Fur, dit Malraux, dans "La Condition Humaine", "… ne sont pas ceux qui me jugent". C'est-à-dire, qu'ils vont-être, dans cette relation de déterminer, si ce que tu as fait est bien, ou pas bien.

Et d'où tu viens, et pourquoi tu en viens… …"Mes semblables… ", dit Malraux, "… sont ceux qui m'aiment, malgré moi, parfois." Et c'est cette leçon que pour ma part, je veux faire valoir dans nos débats. Je n'y ai pas d'autre prétention, que d'attirer votre attention, sur leur réalité, et la force objective… …des liens qu'elle décrit.

La vie tout entière ne se résume pas, au possible, au marchandage. Elle doit intégrer pleinement cette dimension humaine, qui nous fait dire : "Nous sommes les êtres, que nous voulons choisir d'être, malgré tous les passés, et parfois en nous protégeant, de leurs existences et de leur connaissance. – Sous-titrage : Le Crayon d'oreille -