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InterviewBFM TV (sur YouTube)· 9 avril 2024 21 minComplaisantFond programmatiqueBudget & impôtsÉconomie & entreprisesTravail & emploiSolidarités & famille

"Le gouvernement s'est lui-même créé ses problèmes de recettes": l'interview de Michaël Zemmour

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:13OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il y a le feu ou qu'il n'y a pas le feu ?

  • 1:13OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'est un problème de dépense excessive ou de moindre recette ?

  • 2:15OuverteRéponse directe

    Est-ce que l'objectif de repasser sous la barre des 3% est tenable et souhaitable ?

  • 3:04OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'agiter l'exemple de la Grèce est réaliste ?

  • 4:09OuverteRéponse directe

    Pouvez-vous nous donner une indication sur la situation de l'Allemagne, de l'Italie, de nos voisins ?

  • 5:08OuverteRéponse directe

    Pour vous, il faudrait aller chercher où pour trouver des sous ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:27PrésentateurChiffre
    « On nous parle d'économie, de milliards, dizaines de milliards d'économies à faire. »
  • 2:06PrésentateurChiffre
    « Le déficit est à 5,5% du PIB. »
  • 2:10PrésentateurChiffre
    « Les prévisions, c'était 4,9%. »
  • 2:29InvitéFait
    « Il n'y a pas le feu. »
  • 2:33InvitéFait
    « La France s'emprunte aujourd'hui pour pas cher. »
  • 4:16InvitéFait
    « Il y a un ralentissement économique, par exemple, important en Allemagne. »
  • 4:22InvitéFait
    « Si vous avez un pays qui est très dynamique, c'est un peu plus facile de faire des économies dans les pays voisins. »
  • 4:48InvitéFait
    « Le déficit budgétaire, on va le réduire uniquement par la réduction des dépenses publiques. »
  • 5:32InvitéFait
    « Le secteur de l'énergie, le secteur de l'agroalimentaire, qui, dans un contexte d'inflation, ont réussi à faire des marges encore plus importantes que d'habitude. »
  • 6:10InvitéChiffre
    « La baisse de l'impôt sur les sociétés, qui a coûté extrêmement cher, de l'ordre de 10 milliards par an, je crois. »
  • 7:41InvitéFait
    « Emmanuel Macron, en arrivant au pouvoir, a mis en place une sorte de bouclier fiscal, le prélèvement forfaitaire unique, qui fait que les revenus du patrimoine sont moins taxés à l'impôt sur le revenu que les revenus du travail. »
  • 8:28InvitéFait
    « La prévision budgétaire du gouvernement était très optimiste par rapport à toutes les autres prévisions. »
  • 11:09PrésentateurChiffre
    « Bruno Le Maire dit qu'il faut 10 milliards cette année. »
  • 11:13PrésentateurChiffre
    « Son ministre du Budget précise également qu'il faudra au minimum 20 milliards l'an prochain. »
  • 11:20PrésentateurChiffre
    « La Cour des comptes, elle, évoque le chiffre de 50 milliards d'ici 2027. »
  • 12:14InvitéChiffre
    « Une personne sur deux au chômage n'est pas indemnisée. »

Temps de parole

  • Invité60 %
  • Présentateur40 %

1,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Avec vous, Mickaël Zemmour, ce matin, bonjour. Bonjour. Merci d'être dans ce studio ce matin. Vous êtes économiste, économiste plutôt à gauche, vous êtes enseignant-chercheur à l'université de Lyon 2. Et je voudrais voir avec vous ce matin si vous estimez qu'il y a le feu ou qu'il n'y a pas le feu. On nous parle d'économie, de milliards, dizaines de milliards d'économies à faire. Alors tout le monde n'est pas absolument d'accord, mais enfin au minimum 10 milliards cette année, peut-être 20 milliards l'an prochain.

Essayez de comprendre avec vous les conséquences, de quoi on parle, du déficit, de la dette, de la réforme du chômage, la faute à qui. Si on écoute le gouvernement, c'est peut-être la faute des chômeurs. On va y revenir. Mais je voudrais qu'on commence par écouter les mots du président hier. Emmanuel Macron qui s'est invité, semble-t-il, dans une réunion où il y avait la majorité pour faire la leçon à ses ministres. Il a dit que le gouvernement se met dans une situation où il se prend des leçons de sérieux budgétaires matin, midi et soir par des gens qui n'ont pas voulu voter l'année dernière les réformes des retraites. Là, il parle des oppositions.

Il précise qu'il ne faut pas que ce soit la foire à la saucisse. Voilà l'expression d'Emmanuel Macron. Il faut le calme des vieilles troupes. Et il dit « nous n'avons pas un problème de dépense excessive, mais un problème de moindre recette ». Alors je vous pose tout de suite la question d'abord. Est-ce que c'est un problème de dépense excessive ou de moindre recette ? Ou les deux ?

1:19
Invité

Il y a effectivement un déficit qui est important. Et c'est plutôt un problème de moindre recette, mais qui est lié à deux choses. D'une part, une croissance qui est plus faible qu'attendue, une année 2023 qui n'est pas très bonne. Et puis d'autre part, c'est le gouvernement qui s'est lui-même créé ces problèmes de recette. Depuis 2017, le gouvernement a beaucoup baissé les impôts sur les ménages, mais aussi sur les entreprises. Et s'est privé d'à peu près 50 milliards de recettes par an.

Et donc aujourd'hui, effectivement, quand on regarde la politique du gouvernement dans les années passées, on ne voit pas une priorité à la baisse du déficit, puisqu'il y a vraiment eu des baisses importantes de recettes, et en face des baisses de dépenses. Donc on a plutôt le sentiment qu'il y a des baisses de recettes qui sont une explication du déficit, mais que le gouvernement en est en partie responsable.

2:00
Présentateur

Alors Bruno Le Maire affirme donc que le retour des déficits sous la barre des 3% reste l'objectif. Aujourd'hui, je précise les choses. Le déficit est à 5,5% du PIB. Les prévisions, c'était 4,9%. Ça a donc déjà dérapé par rapport aux prévisions. Un, est-ce que cet objectif, c'est-à-dire repasser sous la barre des 3%, qui est une sorte de règle budgétaire européenne, est-ce que c'est tenable et est-ce que c'est souhaitable ?

2:25
Invité

Tenable, je ne sais pas. Souhaitable, peut-être pas. Effectivement, on a un déficit important. Il n'y a pas le feu. Vous vous posez la question au début. Il n'y a pas le feu parce que la France s'emprunte aujourd'hui pour pas cher. Mais il y a vraiment une nécessité de réduire au fur et à mesure le déficit parce que ça coûte des intérêts chaque année à la France. Maintenant, si on fait ça trop vite et si on fait ça en même temps que les autres pays européens, – il était question de l'Italie sur votre antenne il y a quelques minutes – on risque d'avoir le même épisode qu'en 2010, où tous les pays européens ont fait de l'austérité en même temps.

Et la conséquence, ça a été un ralentissement économique pendant plusieurs années. Et puis avec des conséquences sociales très dures. On peut se rappeler des fermetures d'hôpitaux, des baisses de retraite en Grèce, par exemple.

3:04
Présentateur

Est-ce que, quand vous mentionnez la Grèce, évidemment, ça crée l'effroi. La Grèce, on le sait, a traversé une crise budgétaire majeure, avec des conséquences pour toute la population, pour les fonctionnaires d'abord, mais pour les autres aussi. Est-ce que, quand on agite cet exemple de la Grèce, on est réaliste ? C'est-à-dire, est-ce qu'à un moment ou à un autre, il faut se dire, la France, ça peut aussi être la Grèce ?

3:26
Invité

– Non, non, pas du tout. La Grèce, c'était dans une situation particulière. L'exemple que je voulais donner de la situation européenne, c'est l'exemple de l'austérité coordonnée. Si on fait une austérité coordonnée un peu précipitée, en disant, il y a le feu, et tout de suite, on coupe dans les dépenses de manière dure, on risque de créer des problèmes plus gros que ceux qu'on essaye d'affronter. Le déficit, c'est un problème, mais il y a d'autres problèmes auxquels on doit faire face. Il y a la question de la transition écologique, il y a la question de la santé, de l'éducation aussi.

Par exemple, quand des écoles ne sont pas suffisamment financées, comme c'est le cas en ce moment en Seine-Saint-Denis, ce n'est pas un plus petit problème que le déficit public, et il faut tenir les deux ensemble.

3:59
Présentateur

– Donc pour vous, c'est aussi une question de choix dans les priorités, dans ce que l'on tient ou qu'on ne tient pas. Vous évoquiez la question des voisins, et est-ce qu'on fait tout ça ensemble ou pas ? Est-ce que vous pouvez nous donner une indication sur la situation de l'Allemagne, de l'Italie, de nos voisins ?

4:14
Invité

– Je ne vais pas passer tous les pays en revue, mais il y a un ralentissement économique, par exemple, important en Allemagne. Il y a un ralentissement économique dans beaucoup de pays en même temps. Et c'est ça qui est inquiétant. Si vous avez un pays qui est très dynamique, c'est un peu plus facile de faire des économies dans les pays voisins, parce qu'on va bénéficier de leur croissance. Si tous les pays sont au ralenti en même temps, alors l'austérité coordonnée devient de plus en plus dangereuse.

Et vous parliez de choix politique, il y a aussi un choix qui, pour l'instant, est celui du gouvernement, qui est de dire que le déficit budgétaire, on va le réduire uniquement par la réduction des dépenses publiques, et absolument pas par une augmentation des recettes. Et ça, ça paraît à la fois pas très souhaitable, parce que les dépenses publiques et finances des choses utiles, et ça paraît même pas très réaliste, parce que si on veut résorber le déficit, probablement qu'il faut passer en revue à la fois les baisses d'impôts précédentes et les dépenses publiques.

5:01
Présentateur

Et ça, c'est un vrai choix politique. Vous l'assumez d'ailleurs, Michael Zemmour, quand on se dit qu'il faut trouver des sous, soit on en dépense moins, soit on en gagne plus. Pour vous, il faudrait aller chercher où ? Il y a ce fameux mot de super profit qui a été lancé dans le débat public, sans qu'on sache d'ailleurs précisément ce que c'est. Donc je voudrais d'abord, un, que vous nous donniez la définition de ce que sont les super profits. L'autre mot qui a été utilisé, et est-ce qu'on parle de la même chose, c'est le mot de rente. On a Gabriel Attal qui a dit « on pourrait taxer les rentes ». Est-ce que c'est la même chose de quoi on parle ?

5:30
Invité

Ce n'est pas forcément la même chose. Les super profits, il y a des secteurs qui ont fait des taux de marge très importants suite à la crise du Covid. Le secteur de l'énergie, le secteur de l'agroalimentaire, qui, dans un contexte d'inflation, ont réussi à faire des marges encore plus importantes que d'habitude. Donc là, on a ce qu'on peut appeler des super profits et des choses qu'on peut taxer de manière exceptionnelle, y compris pour financer des dépenses publiques. Et puis, de manière générale, il y a eu des baisses d'impôts qui a été justifiées selon le gouvernement en disant « on va faire des baisses d'impôts, ça va dynamiser très fortement l'économie ».

Ce qu'on voit aujourd'hui, c'est qu'on va payer trop cher pour ce qu'on obtient.

6:05
Présentateur

Vous pensez à quelle baisse d'impôts en particulier ?

6:08
Invité

Alors, par exemple, la baisse de l'impôt sur les sociétés, qui a coûté extrêmement cher, de l'ordre de 10 milliards par an, je crois. La baisse des impôts de production, ou même des baisses d'impôts sur les ménages dans leur ensemble, ou les ménages les plus aisés. La baisse de la taxe d'habitation sur les ménages riches, ça coûte très cher et ça ne dynamise pas beaucoup l'économie française. Et donc, ça serait intéressant de passer en revue ces baisses d'impôts aux 50 milliards depuis 2017 pour voir lesquelles ont été utiles, lesquelles ne le sont pas.

6:34
Présentateur

Utiles au sens créer de la croissance, créer de l'emploi ?

6:37
Invité

On remplit leurs objectifs. S'il s'agit simplement de baisser les impôts pour un objectif, les impôts ont baissé, y compris sur des ménages qu'on n'ait pas forcément besoin. Mais s'il s'agit de répondre aux défis, c'est-à-dire croissance, emploi, mais aussi transition écologique, on est sans doute passé à côté.

6:51
Présentateur

– Michael Zemmour, le mot de rente, je le disais, utilisé par Gabriel Attal, est-ce qu'on parle de la même chose ?

6:58
Invité

– Alors, je ne sais pas ce que le Premier ministre entend par là. La rente en économie, c'est des revenus qui sont produits par une propriété, des revenus exceptionnels qui sont produits par une propriété, du simple fait de posséder quelque chose qu'on n'a pas forcément produit. Après, taxer la rente, si on le prend au sens large… – Ça veut dire quoi ?

7:16
Présentateur

Ça veut dire une rente immobilière ? Ça veut dire des entreprises qui, alors que la situation ne change pas, gagnent davantage ? On parle de quoi, en fait ?

7:25
Invité

– Je ne sais pas ce que le Premier ministre entend. – De manière générale…

7:27
Présentateur

– Il a dit ce mot sans expliquer encore précisément, mais vous-même, économiste, vous ne savez pas de quoi on parle.

7:31
Invité

– On pourrait taxer les revenus du patrimoine quand les taxés de manière plus importante sont déjà taxés. Emmanuel Macron, en arrivant au pouvoir, a mis en place une sorte de bouclier fiscal, le prélèvement forfaitaire unique, qui fait que les revenus du patrimoine sont moins taxés à l'impôt sur le revenu que les revenus du travail. Donc il y a eu une baisse d'impôt sur les revenus du patrimoine par rapport au gouvernement Hollande qui avait augmenté cette imposition. Et donc on pourrait faire une partie du chemin en arrière et taxer davantage les revenus du patrimoine. Dans la période récente, on a constaté une augmentation du taux d'épargne.

Ça veut dire que probablement les ménages qui ont le plus de moyens mettent de côté en ce moment. Et donc là, il y a une source de revenus potentielle.

8:12
Présentateur

Michael Zemmour, est-ce que le gouvernement a été sincère ou insincère ? Est-ce que quand ils ont défini le projet de loi de finances, ils avaient ou non connaissance de cet état des dépenses ?

8:25
Invité

Ce qu'on peut dire, c'est que la prévision budgétaire du gouvernement était très optimiste par rapport à toutes les autres prévisions. Et donc quand le gouvernement dit qu'il y a eu un dérapage et dit on va faire un plan d'économie de 10 milliards, il est un peu le seul surpris de ce dérapage. C'est-à-dire que personne n'attendait que...

8:42
Présentateur

Elle s'y surjoue la surprise.

8:44
Invité

Souvent le gouvernement a tendance à dramatiser. On l'avait vu pendant la réforme des retraites. Dramatisation, une solution proposée qui n'est pas mise en débat. De la même manière, le gouvernement dramatise la situation budgétaire et met en place un plan d'économie de 10 milliards qui ne met pas en débat à l'Assemblée nationale.

9:01
Présentateur

Mais si je vous pose la question, Michael Zemmour, c'est aussi parce que ça a des conséquences politiques. C'est-à-dire que le fait de définir un budget, enfin chacun doit le faire dans son propre foyer, définir un budget en fonction de ce qu'on pense qu'on va gagner et de ce qu'on pense qu'on va dépenser. Est-ce qu'au moment où ils font ça, ce gouvernement n'est qu'optimiste ou est dans une forme de mensonge en se disant on va voir si ça passe ?

9:27
Invité

Un gouvernement peut avoir des bonnes raisons d'être optimiste de manière budgétaire. Parce que si vous êtes trop pessimiste et que vous faites un budget trop serré, vous allez vous-même ralentir votre économie. Donc ça peut être une bonne raison pour un gouvernement d'être volontariste.

9:39
Présentateur

Parce que c'est dynamique en quelque sorte.

9:41
Invité

Parce que c'est dynamique. On a intérêt à prévoir que ça va aller mieux pour dépenser un peu plus et accélérer l'économie. Là où moi je comprends moins, c'est la question de la dramatisation et en catastrophe de mettre en place un plan d'économie de 10 milliards dont on ne connaît toujours pas très bien le contenu. Et puis un jour d'être un peu optimiste et de l'autre côté de même pas discuter les conditions de l'économie avec l'Assemblée nationale ni le calendrier. Est-ce qu'il faut faire les économies tout de suite ou est-ce qu'il faut se donner du temps ?

10:08
Présentateur

Et c'est d'ailleurs là qu'on a ce feu contre feu avec Bruno Le Maire qui d'un côté, en effet, comme vous le dites, dramatise, dit soudain, attention, ça ne va pas et il faut faire des économies immédiates et à moyen terme. Et puis on a Emmanuel Macron hier qui a l'air un peu d'engueuler tout le monde en disant, mais enfin, ça ne doit pas être la foire à la saucisse, il faut le calme des vieilles troupes, sous-entendu, calmez-vous tous. Qui croire ?

10:33
Invité

Ça, c'est plutôt des propos politiques. Mais par contre, encore une fois, dans le « ça ne va pas », moi, quand je regarde la politique du gouvernement, je n'ai pas l'impression que la priorité soit à la réduction des déficits. La priorité du gouvernement est à la réduction des impôts, d'une part, et il y a eu des baisses d'impôts, et de l'autre côté, à la réduction des dépenses publiques. Quand vous regardez le programme et la politique de Bruno Le Maire, on a l'impression qu'il a davantage une priorité à faire reculer les services publics, les dépenses sociales et les impôts qu'à réduire le déficit public.

11:02
Présentateur

Et on va y venir avec notamment la perspective d'une réforme, encore une réforme de l'assurance chômage. Je rappelle les chiffres. Bruno Le Maire dit qu'il faut 10 milliards cette année. Son ministre du Budget précise également qu'il faudra au minimum 20 milliards l'an prochain. Et pendant ce temps-là, la Cour des comptes, elle, évoque le chiffre de 50 milliards d'ici 2027. Pour ce qui est des chiffres, est-ce que vous êtes d'accord, Michael Zemmour ?

11:28
Invité

Les chiffres, c'est un calendrier. Dire qu'il faut réduire le déficit, je suis d'accord. Dire qu'il faut faire les économies très rapidement et dans les proportions importantes, je pense que ça peut se discuter. Et puis la troisième question, c'est comment on fait les économies ? Et si c'est en réduisant, par exemple, les dépenses de l'assurance chômage ou les dépenses pour l'environnement, la transition énergétique ou l'éducation, là, je pense qu'il y a un débat à voir.

11:50
Présentateur

Alors justement, plongeons-nous dans cette perspective de réforme de l'assurance chômage. Gabriel Attal a annoncé une nouvelle réforme de l'assurance chômage en 2024, avec la volonté, dit-il, de durcir les règles pour inciter au retour à l'emploi. Alors d'abord, avant de voir comment il fait, est-ce que durcir les règles incite à reprendre un emploi ?

12:09
Invité

Est-ce que ça marche ? Non. Non, globalement, ça ne marche pas. C'est-à-dire que, d'abord, il faut rappeler qu'une personne sur deux au chômage n'est pas indemnisée. Donc durcir les règles de l'assurance chômage, ça n'agit pas sur tout le monde. La deuxième chose, on a constaté que, quand vous arrivez en fin de droit au chômage, une sorte de précipitation est d'accepter un peu plus vite un emploi de moins bonne qualité, dégradé ou à des conditions de salaire plus faibles. Par contre, on n'a pas de preuve que ça réduit le chômage, puisque souvent, vous allez prendre plus vite un emploi qu'une autre personne aurait prise et peut-être qu'il y avait plus les qualifications.

En fait, il y a deux visions de l'assurance chômage. Pour les salariés, pour les syndicats et même parfois pour le patronat, l'assurance chômage, c'est une sécurité. C'est-à-dire que si vous êtes à un moment privé d'emploi, suite à un licenciement, suite à une rupture conventionnelle, l'assurance chômage est là pour remplacer une partie de votre salaire et vous permettre de faire une transition. Puis il y a la deuxième vision, qui est celle du gouvernement, qui considère l'assurance chômage comme un instrument de gouvernement du marché du travail. en se disant qu'on va mettre sous pression le marché du travail pour espérer réduire le chômage.

Et en faisant ça, d'une part, ça ne marche pas très bien. En tout cas, on n'a pas de preuves que ça marche. On en est à la troisième, quatrième réforme. On n'a pas d'études qui montrent que ça a été très efficace.

13:16
Présentateur

Le chômage, on peut quand même le dire, a baissé. Alors là, il remonte légèrement. Emmanuel Macron avait promis le plein emploi en France à l'horizon 2027. Le plein emploi, c'est un chômage aux alentours de 5%. On est aujourd'hui aux alentours de 7,5%. On est bien d'accord ?

13:32
Invité

Oui, bien sûr. Le chômage a baissé, plutôt par une reprise de l'activité économique globale, aussi par d'autres choses. Par exemple, la mise en apprentissage de nombreux jeunes à l'apprentissage. On n'a pas d'élément qui nous montre que les réformes de l'assurance chômage qui ont eu lieu pour la plupart après cette baisse du chômage ont eu un effet sur le chômage. Par contre, on a des éléments concrets pour montrer que d'une part, ça durcit les conditions de vie des personnes au chômage. Et puis, ça diminue aussi la sécurité des salariés en poste.

C'est-à-dire que pour les relations avec les employeurs, pour les négociations salariales, la pression sur l'assurance chômage, c'est aussi une pression, par exemple, sur les salaires.

14:07
Présentateur

Avec une question aussi qui est celle de la désmicardisation, qui est l'un des objectifs aujourd'hui du gouvernement. On va y revenir dans un instant. Comment distinguer davantage le travail qui paierait davantage que le fait de ne pas travailler ? Mais sur cette réforme de l'assurance chômage, il y a deux leviers. Celui du montant des indemnisations et celui de la durée d'indemnisation. Il y en a même un troisième, qui est celui de l'activation des droits. Au bout de combien de temps est-ce que ces droits seraient activés ? Ces trois points-là, quel est celui qui est privilégié, semble-t-il, par le gouvernement ? Quelle est pour vous la zone rouge qu'il ne faut absolument pas atteindre ?

14:45
Invité

Le gouvernement fait mine de dire aux partenaires sociaux de se mettre d'accord entre eux. Mais en fait, il leur donne une feuille de route qui est tellement pas acceptable qu'on peut prévoir qu'elle ne va pas aboutir. Et il a déjà fait ça trois fois lors des négociations précédentes.

14:57
Présentateur

Ils sont en discussion déjà actuellement sur un point précédent qui n'a déjà pas abouti. Puisque l'une des discussions qui devait se boucler cette nuit, discussion entre les partenaires sociaux, ils n'ont pas réussi à se mettre d'accord hier. Ils pensent réussir à se mettre d'accord dans les jours qui viennent. C'est sur la question de la vie au travail et des seniors. Mais ça veut dire qu'ils n'arrivent déjà pas à se mettre d'accord là-dessus.

15:17
Invité

C'est surtout que... Sur l'assurance chômage, les nines rouges, en fait, elles ont déjà été franchies depuis longtemps. Si vous êtes un jeune que vous travaillez cinq mois en CDD, par exemple, et que vous perdez un emploi, il y a un an et demi, vous aviez le droit au chômage pour chercher l'emploi suivant. Aujourd'hui, si vous avez moins de 25 ans, que vous perdez votre emploi, que vous avez travaillé cinq mois, vous n'avez plus le droit au chômage et vous n'avez pas le droit au RSA parce que vous n'avez pas 25 ans. Donc vous êtes dans un trou. Vous êtes complètement dans un trou et vous dépendez de la solidarité familiale, d'un contrat jeune si vous en trouvez un, etc.

Donc le durcissement, il a déjà eu lieu du côté des jeunes, par exemple, du côté des personnes en activité réduite qui étaient au chômage quelques jours par semaine. Il a aussi eu lieu du côté des seniors. C'est-à-dire qu'on sait que les personnes qui sont sans emploi autour de 58-59 ans ont beaucoup de mal à retrouver un emploi. Il y a eu la réforme des retraites qui a décalé le point d'arriver à la retraite et il y a eu un raccourcissement de la durée d'indemnisation. En fait, il y a déjà eu des réformes extrêmement dures. L'indemnisation du chômage a baissé de 16% en moyenne, l'accès à l'indemnité chômage a aussi été restreinte.

Et donc, personne ne pense réellement d'une part qu'il faut un nouveau tour de vis et d'autre part que ça va améliorer les chiffres du chômage. Y compris d'ailleurs des économistes qui sont plus proches d'Emmanuel Macron qui l'ont souvent conseillé disent aujourd'hui stop, halte au feu, faisons une pause, évaluons les réformes qui ont déjà été faites et regardons ce que ça a donné.

16:40
Présentateur

Michael Zemmour, la question de la désmicardisation du pays. Gabriel Attal insiste sur la nécessité. Je cite que le travail paye davantage que le fait de ne pas travailler. Est-ce qu'aujourd'hui il existe une forme de trappe dans laquelle serait pris à la fois ceux qui ne travaillent pas qui ne sont pas forcément encouragés à reprendre un travail parce que l'effort que ça demanderait par rapport aux gains financiers n'est pas suffisant et par ailleurs est-ce que ceux qui travaillent ont du mal à décoller de cette zone du SMIC ?

17:08
Invité

Alors, cette expression de dire le travail paye moins que de ne pas travailler c'est trompeur. Globalement, ce n'est pas vrai. Il y a une étude de France Stratégie qui montre par exemple que pour les personnes au minima sociaux...

17:18
Présentateur

France Stratégie est une agence de l'État donc qui n'est pas censée être politique.

17:23
Invité

Bien sûr. Qui montre qu'il y a quelques années, il y a quelques dizaines d'années, ça pouvait être vrai mais quand on est au minima sociaux et qu'on reprend un travail même à mi-temps, le niveau de vie augmente. Par contre, on ne sort pas forcément de la pauvreté. Quand on est au chômage, la loi dit qu'on ne peut jamais toucher plus de 75% de son salaire de référence. Donc, ce n'est pas vrai de dire qu'on vit mieux sans travailler qu'en travaillant sauf à dire que si vous êtes cadré au chômage, oui, effectivement, vous avez une indemnité chômage qui est supérieure au SMIC, mais c'est la vocation de l'assurance chômage.

Donc, cette idée de dire que le travail paye moins que de ne pas travailler, c'est faux. Ensuite, effectivement, le travail ne paye pas beaucoup en ce moment. On a une panne des salaires. Il y a un mot que je n'aime pas beaucoup qui est SMICardisation. Je n'aime pas beaucoup parce que le SMIC, ça a vraiment permis de maîtriser les inégalités salariales historiquement en France. Mais on a plus de personnes qui se retrouvent au SMIC en ce moment. À peu près 17% des salariés qui sont au SMIC.

18:14
Présentateur

Contre 10% il y a encore quelques années.

18:17
Invité

Contre 10% il y a quelques années.

18:17
Présentateur

C'est aussi dû au fait que le SMIC a augmenté quand même.

18:20
Invité

Alors, en fait, le SMIC n'a pas bougé en pouvoir d'achat. Il a suivi l'augmentation des prix. Il est indexé. Et donc, il a augmenté en euros. Mais son pouvoir d'achat n'a pas bouché. Ce qui s'est passé, c'est que les autres salaires ont baissé. C'est-à-dire qu'ils n'ont pas suivi l'augmentation des prix. Et du coup, des gens qui étaient un petit peu au-dessus du SMIC, ils se retrouvent au SMIC.

18:36
Présentateur

Mais est-ce qu'il y a un plafond ? C'est-à-dire, est-ce qu'il y a un plafond, une sorte de faux plafond qu'on pourrait réussir à faire sauter et qui permettrait effectivement à ceux qui sont au SMIC et qui y sont un peu coincés ? Gabriel Attal précisait que ça coûtait en réalité très cher à ce niveau-là d'augmenter juste de 100 euros un salarié. Ça coûtait quasiment 500 euros pour l'employeur pour un gain en réalité minime parce que même compensé par le fait de se retrouver à perdre d'autres aides par ailleurs. Bref, ça n'est plus l'intérêt de personne avec cette prime d'activité.

Est-ce que, oui ou non, il faut faire sauter un de ces verrous et que ça permettrait de pouvoir reprendre le chemin d'un salaire plus élevé ?

19:14
Invité

On peut aménager un peu les exonérations de cotisations sociales et la prime d'activité mais je pense que le gouvernement se trompe de diagnostic. Il y a deux raisons pour lesquelles les salaires n'augmentent pas. Première raison, on a eu des années de croissance faible et donc il y a des entreprises qui ont des difficultés. Mais la deuxième raison, c'est qu'on a eu pendant des décennies des politiques qui avaient pour but de désarmer la négociation salariale. Les gouvernements ont mis en place par exemple le gel du point d'indice dans la fonction publique.

Non seulement ça n'augmente pas les fonctionnaires mais ça crée un climat sur le marché du travail qui n'est pas favorable à la négociation salariale. Deuxième exemple, la prime Macron. Elle est là exactement pour dire aux employeurs si vous voulez rémunérer vos salariés, on met une prime à disposition ce qui vous permet de ne pas augmenter les salaires. On a plein d'exemples comme ça.

19:55
Présentateur

Qui n'ont pas encouragé l'augmentation des salaires.

19:56
Invité

Qui ont encouragé même à ce que les salaires diminuent en pouvoir d'achat réel. Et donc, si on veut réamorcer l'augmentation des salaires, ce qui probablement se produira dès qu'il y aura un peu de croissance, il faut sans doute aussi revenir pas seulement sur la fiscalité mais sur la législation du marché du travail et notamment avoir des accords de branche qui sont plus contraignants.

20:16
Présentateur

Merci Michael Zemmour de nous avoir aidé à y voir plus clair. Michael Zemmour, économiste, pour vous en tout cas, il n'y a pas forcément le feu, il faut réformer mais de manière plus douce et puis évidemment, vous estimez que c'est du côté des recettes qu'il faut aller chercher l'argent. 8h53 sur RMC BFM TV.