BORNE / MACRON : MERCI POUR CE PUR MOMENT DE PROPAGANDE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
C'est grave. Les propos de Jean-Luc Mélenchon sont graves. Son projet politique sous-jacent, mortifère pour la stabilité de nos institutions et pour notre pays, c'est grave.
Tenir des propos comme ça, c'est grave. Le guide suprême de la France soumise à Poutine, vêtu d'un manteau de cuir qui aurait fait fureur dans les années 30, nous a expliqué lundi avec les gestes de la main et du menton en vogue à l'époque, qu'il fallait, je cite, "mettre à bas la mauvaise République". Vous évoquez également les nouvelles outrances du leader de la France insoumise.
Elles s'inscrivent dans une remise en cause permanente de nos institutions. Elles sont une nouvelle étape pour saper la confiance de nos concitoyens dans notre démocratie. Le problème c'est quoi ?
Le problème c'est que la gauche à l'Assemblée nationale, elle est complètement soumise à Jean-Luc Mélenchon. Il n'est même plus député, il n'est même plus président de parti, mais en vérité il reste les deux et c'est lui qui donne les ordres. Quand M.
Mélenchon dit que la police tue, quand on dit qu'il faut désarmer les policiers et les gendarmes, quand M. Mélenchon dit qu'il faut rééduquer les policiers, qu'il faut les soigner, vous ne trouvez pas ça terrifiant ? Les vrais méprisants sont les gens qui ne veulent pas parler avec les autres.
C'est les gens qui leur mentent, et ceux-là sont en train de paver le chemin des extrêmes. Parce que, sur le mensonge, les extrêmes sont bien meilleurs que les partis de gouvernement. Le 14 mai, le Journal du dimanche a publié un long entretien avec Elisabeth Borne, dont les propos ont été recueillis par deux journalistes de cet hebdomadaire du groupe Bolloré.
C'est une interview édifiante où la chef du gouvernement peut très tranquillement imposer sa vérité face à des interlocuteurs qui s'abstiennent soigneusement de la confronter à ses altérations de la réalité ou à ses hypocrisies. Alors finalement, pourquoi avez-vous si peur du débat ? Par exemple, quand ils lui demandent pour commencer quel bilan elle tire de l'année qu'elle vient de passer à Matignon, Elisabeth Borne répond, je cite, "Au moment où la nouvelle Assemblée nationale s'est installée, on disait qu'on serait bloqués, incapables de porter des réformes.
D'après la Première ministre, ces accusations étaient injustes, puisque 27 textes ont été adoptés, dont la réforme de l'assurance chômage et celle des retraites. Ce dernier point n'est pas complètement faux, la réforme des retraites a effectivement été considérée comme adoptée après le rejet de deux motions de censure contre le gouvernement. Mais ce que la chef du gouvernement ne dit pas, c'est qu'en réalité l'adoption de cette réforme extraordinairement impopulaire a été le résultat de ce qu'il faut bien appeler un coup de force parlementaire, durant lequel le gouvernement a drastiquement limité la durée des débats à grands coups d'articles 47.1 et 44.3, avant de recourir pour la onzième fois en moins d'un an à l'article 49.3.
Sur le fondement de l'article 49, alinéa 3 de la Constitution, j'engage la responsabilité de mon gouvernement. Questionnée sur cette réforme, la Première ministre déclare ensuite qu'elle aurait, je cite encore, « préféré qu'on puisse avancer davantage avec les partenaires sociaux ». Mais elle oublie de préciser que c'était précisément ce que demandaient ces partenaires.
C'est la raison pour laquelle les huit plus importants syndicats français et cinq organisations de jeunesse avaient écrit à Emmanuel Macron le 9 mars dernier, une lettre déplorant notamment l'absence de réponse du président de la République et du gouvernement face aux mobilisations massive contre la réforme des retraites, et dans laquelle ils demandaient une rencontre avec le chef de l'État. Les syndicats, ils en appellent toujours à Emmanuel Macron, mais l'Élysée reste sourd à leur demande de rendez-vous. Demande qui a obtenue une fin de non-recevoir du gouvernement.
La seule porte ouverte, c'est celle du ministre du Travail. leur a fait savoir la Première ministre, insuffisant pour les syndicats. Ils ont donc décidé d'écrire directement à Emmanuel Macron.
Mais 24 heures plus tard, Macron avait sèchement refusé de les recevoir car il préférait se consacrer, leur avait-il expliqué, à la préservation du débat parlementaire sur la réforme, qui constituait, ajoutait-il, l'essence même de notre démocratie, alors même qu'il s'employait à empêcher ce débat par tous les moyens législatifs à sa disposition. Contrairement à ce que suggère Elisabeth Borne dans le Journal du dimanche, c'est donc parce que le président de la République et le gouvernement ont refusé de répondre à leur demande qu'il n'a pas été possible d'avancer davantage avec les partenaires sociaux, comme le réclamaient pourtant ces syndicats. Mais les journalistes qui recueillent les propos de la Première Ministre s'abstiennent fort gentiment de le lui faire remarquer.
Lorsqu'elle incrimine ensuite certaines oppositions qui ont laissé croire qu'il n'y avait pas de problème de financement de notre système de retraite, qui pourrait selon le gouvernement accuser un déficit de 12 milliards d'euros en 2027, Elisabeth Borne une fois encore s'éloigne beaucoup de la réalité, car contrairement à ce qu'elle prétend, et comme l'a notamment démontrer l'économiste Michael Zemmour, il aurait été très facile de financer cet hypothétique déficit sans passer par une réforme à laquelle les Français sont, répétons-le, très majoritairement opposés. Et est-ce qu'on avait besoin d'une réforme des retraites en premier lieu selon vous ? Non, on n'en avait pas besoin au sens de ce calendrier-là et de cette forme-là.
Pour ne citer qu'un exemple, la baisse de 50% de la CVAE, Un impôt dû par les entreprises réalisant plus de 500 000 euros de chiffre d'affaires annuel coûte actuellement une quinzaine de milliards d'euros par an à l'État. En renonçant à cette baisse, dont l'utilité n'a fait l'objet d'aucune évaluation sérieuse, l'État récupérerait donc de quoi combler très facilement un éventuel déficit du système de retraite en 2027. Elisabeth Borne le sait fort bien, mais au lieu de revenir sur ce cadeau fait au patronat, elle préfère s'en prendre à son opposition de gauche.
Et là encore, les journalistes du Journal du dimanche qui recueillent ces propos s'abstiennent pointer les faiblesses, pour le dire très gentiment, de sa démonstration. "Oh, oh ben ça c'est une surprise ! Oh c'est incroyable, je crois bien que je vais crever d'une crise cardiaque tellement c'est surprenant !" Ces journalistes questionnent ensuite la Première ministre sur la démission du maire de Saint-Brévin-les-Pins, qui a été la cible pendant plusieurs mois d'une campagne d'intimidation d'extrême droite extrêmement violente, et qui regrette à très juste titre de ne pas avoir été soutenu par l'État.
Elisabeth Borne explique que cette campagne à laquelle elle n'avait donc jamais réagi est intolérable. Elle précise "Attaquer un élu, c'est attaquer la République. Si nous avons été insuffisamment réactifs, ajoute-t-elle, nous allons davantage nous mobiliser pour protéger les élus face à la montée des violences." Le plus remarquable ici n'est pas ce que dit la chef du gouvernement, c'est ce qu'elle ne dit pas.
Elle évite en effet avec beaucoup d'application de mentionner l'élément le plus important de cette sinistre affaire, qui est que c'est l'extrême droite et elle seule qui a persécuté le maire de Saint-Brévin et qui s'est d'ailleurs chaudement félicité de sa démission. En d'autres termes, en refusant de les nommer précisément, la Première ministre dilue et minimise la responsabilité des organisations et des partis nationalistes et racistes qui s'en sont pris à cet élu. Il est vrai que dans l'esprit de la chef du gouvernement, la gauche antiraciste semble être plus redoutable que l'extrême-droite xénophobe. « A bas, à bas, le Front National !
Et F comme fasciste, et N comme nazi ! » En effet, dans la suite de l'interview publiée par le Journal du dimanche, elle s'en prend une fois encore à Jean-Luc Mélenchon, qui a dénoncé ce qu'il appelle la "mauvaise République" « A bas la mauvaise République ! » et elle répète le bobard énorme dont nous avons déjà parlé ici même la semaine dernière, selon lequel le projet politique du candidat insoumis à la dernière présidentielle serait de mettre à bas nos institutions.
C'est toujours un mensonge, Mélenchon, quoi qu'on pense de lui par ailleurs, ne veut pas détruire les institutions républicaines comme le prétend Elisabeth Borne, il veut au contraire les réformer, car cela permettrait selon lui d'améliorer leur fonctionnement. Et lorsque les journalistes qui l’interviewent lui demandent si, à force de désigner la gauche radicale comme son ennemi numéro un, le pouvoir exécutif n'a pas un peu trop oublié le combat contre le Rassemblement national qui prospère en silence, la Première ministre, qui vient donc d'éviter de pointer la responsabilité de l'extrême droite dans la démission du maire de Saint-Brévin, leur fait d'abord cette réponse. « Rien dans ma vie, dans mes valeurs, ne m'amène à avoir quelque complaisance que ce soit pour le Rassemblement national », déclare-t-elle.
Mais tout de suite après, elle ajoute un gros bémol à cette magnifique proclamation en déclarant que la France Insoumise fait de l'anti-parlementarisme au sein du Parlement, alors que Marine Le Pen et son groupe, eux, respectent les formes. C'est marrant c'est toujours les nazis qui ont le mauvais rôle. Nous sommes en 1955, Herr Bramard, on peut avoir une deuxième chance ?
Merci. Après avoir soutenu qu'elle n'avait pas la moindre complaisance pour l'extrême droite, Elisabeth Borne explique donc très sérieusement et très tranquillement que cette extrême droite est selon elle plus respectueuse que la gauche des institutions parlementaires et républicaines. Pour le dire autrement, après avoir promis qu'elle n'avait pas la moindre complaisance pour l'extrême droite, Elisabeth Borne se montre assez complaisante pour suggérer que l'extrême droite serait moins dangereuse pour la démocratie que l'opposition de gauche.
Qu'est-ce que vous avez à sourire comme des glands ? Mais il est vrai qu'elle aurait tort de se gêner puisque là encore, les journalistes qui l’interviewent ne relèvent aucune contradiction dans ses propos. Le 14 mai, le jour même donc où sa Première ministre répondait aux questions du Journal du dimanche, Emmanuel Macron accordait de son côté une interview à l'Opinion, quotidien ultra-libéral.
Dans le cours de cet entretien, il a notamment fait cette bouleversante déclaration, ouvrez les guillemets, "tous ceux qui contribuent au déni de réalité préparent l'arrivée des extrêmes, parce que le déni de réalité, c'est le carburant des extrêmes". Emmanuel Macron a raison, ce qu'il dit là est assez vrai. On ne va pas au contact comme je vais depuis que je suis engagé dans la vie politique quand on a du mépris pour les gens.
Et je vais vous dire, quand on a du mépris, on s'en fiche. Le vrai mépris, c'est de mentir aux gens. Le vrai mépris, c'est ça.
Espérons cependant qu'il ne tombera jamais sur l'interview où Elisabeth Borne explique au Journal du dimanche que sa réforme était l'unique moyen d'assurer le financement de notre système de retraite, ou qu'elle n'a aucune complaisance pour l'extrême droite, mais qu'elle la trouve tout de même moins dangereuse que la France insoumise. Car si le chef de l'Etat découvrait que sa Première ministre est une virtuose du déni de la réalité, et qu'elle prépare donc, selon lui, l'arrivée des extrêmes, ça risquerait de lui faire un choc.
Élisabeth Borne