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interviewLCP (sur YouTube)· 22 novembre 2025 14 min

Olivier Serva, député LIOT de Guadeloupe | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Mon invité a été un des premiers macronistes de Guadeloupe, mais il siège aujourd'hui au sein du groupe LIOT à l'Assemblée. Qu'il parle de coupe de cheveux, d'étymologie ou même du Bénin, tout le ramène à son combat pour les Outre-mer. Générique -Bonjour Olivier Serva. -Bonjour à vous. -Votre visage est apparu sur les écrans, dans les JT, au mois de novembre 2022.

Vous êtes devenu célèbre à une occasion un peu particulière, on va le voir. C'était lors d'un débat dans l'hémicycle sur ce qu'on appelle la réintégration des personnels soignants qui avaient été suspendus de leurs fonctions parce qu'ils n'étaient pas vaccinés. -C'est ça. *-Vous êtes contents *d'avoir pu trouver *une petite mesquinerie obstructive *pour ne pas laisser *une niche aller jusqu'au bout. *Cri indistinct *-Tu vas la fermer !

Cris de protestation -Ah non ! Non, c'est pas possible. *Non, *M.

Serva, c'est une invective. *M. Serva, non.

Chers collègues, *on ne peut pas en venir *aux invectives de cette manière-là. La séance *est suspendue pour cinq minutes. *C'est pas possible. -Vous êtes d'un naturel plutôt calme d'habitude.

Qu'est-ce qui s'est passé ? -Effectivement, c'était un moment très dense à l'Assemblée nationale. Nous avons une niche parlementaire de la France Insoumise.

Souvenez-vous, on sort du COVID. -Donc, ça veut dire que le groupe de la France Insoumise a l'initiative pour présenter ses propres propositions de loi. -Exactement. -Et dans celles-ci, il y a la réintégration des personnels soignants qui ne sont pas vaccinés, qui ont été suspendus et qu'on doit réintégrer parce qu'on manque de soignants.

Souvenez-vous, on les applaudissait aux 20 h 00 quelques mois auparavant. Et là, il y a une démarche obstructive du groupe En Marche, Sylvain Maillard, le responsable du groupe, où il y a une tension énorme, où il voit qu'ils vont perdre le vote, et donc il dépose des amendements, des sous-amendements pour faire durer le débat. -Pour empêcher d'aller au vote. -Oui, une niche parlementaire, à minuit, c'est fini. -Et qu'est-ce qu'il vous a dit pour vous mettre dans cet état ? -Je vais vous le dire.

Dix minutes avant, la présidente suspend l'Assemblée nationale parce qu'il y a une grosse tension. Il y avait déjà eu des incidents. Elle réunit les responsables de texte.

Je suis le responsable de texte pour mon groupe LIOT. Sylvain Maillard est le responsable de texte pour En Marche. Et elle nous dit : "Soit on arrête les débats tout de suite, soit on recommence, mais chacun parle à son rôle et on se laisse parler." Et là, on se serre la main, Sylvain Maillard, Mathilde Panot... -Il y avait un deal. -Il y avait un deal oral.

Et Mathilde Panot me dit : "Bon, Olivier, comme c'est toi le plus calme de la bande, commence." Et je commence assez calmement. Et alors qu'on s'était dit qu'on se laisse parler.

L'hémicycle, c'est très petit... -Ca résonne beaucoup.

On ne se rend pas compte quand on regarde à la télé, les micros ne captent pas l'ambiance. -Oui. -Mais c'est vraiment bruyant. -Sylvain Maillard est à 25 mètres de moi.

Moi, je l'entends très bien, même si on entend que moi au micro. Et là, Sylvain, que je connais très bien, se lève en me disant : "Vous n'avez pas à me donner des leçons de morale." Mais qu'est-ce que c'est que ça ?

On s'était dit, dix minutes avant, qu'on se laisse parler. Je reprends mon souffle, je continue et il se lève de nouveau en m'interrompant plus fort. Alors là, il fallait que je signale mon mécontentement. -Vous regrettez ces mots, aujourd'hui ? -Bon, la violence des mots n'est jamais souhaitable, n'est-ce pas ?

J'aurais pu lui dire : "Tais-toi." Mais... sur le fond, la tension, l'obstruction, le non-respect de la parole donnée...

D'ailleurs on m'a demandé de présenter mes excuses. J'ai refusé de le faire, parce qu'il y avait, en face de cette violence des mots, une violence des actes, une obstruction par rapport à des personnels soignants, des Français, y compris chez moi, qui souffraient beaucoup. Vous imaginez bien, 18 mois sans salaire.

C'est insoutenable. Même moi... -C'est un sujet qui a beaucoup mobilisé en Guadeloupe et dans les Outre-mer en général, la réintégration des personnels soignants non vaccinés.

Et il faut dire que tous vos combats politiques ou presque sont liés aux Outre-mer. Vous dites que c'est votre socle, les Outre-mer. Ca veut dire quoi ?

Ca veut dire que vous n'êtes ni de droite ni de gauche ? Vous êtes du parti des Outre-mer ? -Oui, bien sûr.

Si vous voulez me toucher, il faut me parler des Outre-mer. Il y a 577 députés. Chacun choisit ses combats.

Moi, je suis d'origine ultramarine. Je suis français de la Guadeloupe. Je fais partie de ce qu'on appelle la France visible.

Et je considère qu'il y a parfois des injustices, des discriminations, des manques d'égalité qui doivent être corrigés. Et effectivement, je pense que c'est un combat qui mérite d'être mené. Je ne suis pas peu fier d'avoir créé, pour la première fois à l'Assemblée nationale, un groupe qui porte en son sein le nom Outre-mer, LIOT, Libertés, Indépendants, Outre-mer et territoires. -Alors, parmi vos combats, il y a le combat contre la vie chère aux Antilles, le combat contre les sargasses, ces algues qui polluent les côtes de la Guadeloupe et de la Martinique, qui polluent les plages.

Et puis vous battez contre l'usage de certains mots aussi. Et donc en préparant l'émission, j'ai découvert l'étymologie du mot "métropole". Je ne connaissais pas son étymologie.

Et vous avez obtenu qu'il soit remplacé désormais par le mot "hexagone" dans les textes publics. Expliquez-nous pourquoi ? -Eh bien oui.

Souvent, c'est la connaissance d'une personne bien placée. En l'occurrence, Sébastien Lecornu est ministre, à l'époque, de la Défense, mais il a été ministre des Outre-mer. Et dans un texte sur la loi d'orientation pour la Défense, je dépose un amendement en disant qu'on doit remplacer le terme "métropole", par "hexagone".

Pourquoi ? Métropole, dans le dictionnaire, c'est territoire dont sont issus les colonies. Or, depuis 1946, les départements d'outre-mer ne sont plus, en théorie, des colonies.

Et quand je commence à expliquer ça dans mon amendement, je sens, notamment sur la partie droite extrême de l'hémicycle, ça tousse un petit peu. Mais quand j'explique, figurez-vous que c'est voté à l'unanimité. "Hexagone", c'est plus neutre, c'est plus géométrique, alors que "métropole", c'est plus connoté. -On va s'arrêter sur un autre de vos combats, plus inattendu.

Ca a d'ailleurs pu en faire sourire certains, mais c'est un sujet très sérieux. *-Les cheveux texturés doublent *le risque de micro-agression *au travail. -C'est le cas *de Boubakar Traoré qui a poussé *le parlementaire Olivier Serva à proposer cette loi *contre les discriminations capillaires. *En 2012, le jeune homme est en conflit *avec son employeur *à cause de ses dreadlocks. *Ce steward d'Air France a dû porter une perruque *pour travailler pendant quatre ans et demi. *La coupe, *la longueur, la couleur *ou la texture des cheveux viennent s'ajouter *à la liste des discriminations passibles de sanctions pénales. -Vous êtes donc à l'origine de cette loi contre les discriminations capillaires.

Alors, n'y voyez pas malice mais, quand on est chaud on peut aussi être victime de discriminations capillaires ? -Absolument. Figurez-vous que moi aussi, quand ma collaboratrice parlementaire, suggérée pas Guylaine Conquet, une ancienne journaliste de Guadeloupe Première, est venue m'apporter ça, j'ai souri en disant : "Mais qu'est-ce que c'est que ça ?" Très rapidement, j'ai compris. -Guylaine Conquête, elle est là. -C'est elle, avec Max Mathiasin, mon collègue.

Drapeau de la Guadeloupe. Et donc, qu'est-ce qui s'est passé ? En fait, en recherchant rapidement, on comprend que, un, c'est un problème sanitaire.

Les femmes qui utilisent des produits lissants ont trois fois plus de chances d'avoir des fibromes ou des cancers de l'utérus. Problème économique. Ca coûte plus cher d'utiliser des produits lissants.

Et c'est un problème de représentation de soi. Vous savez, quand on se lisse les cheveux, quand on transforme ses cheveux, eh bien, on se dénature soi-même. Et quand on se dénature soi-même, on n'est pas bien pour soi ni pour la société.

Huit femmes noires sur dix. Dans le monde, quand elles vont postuler un emploi, changent de coupe. Mais, très important, j'insiste dessus, ce n'est pas qu'un problème de noir.

Les femmes blondes, lorsqu'elles doivent progresser, elles progressent 30 % de moins que les brunes. Les femmes rousses aussi, par rapport à quelques préjugés. Et vous avez raison, les chauves aussi.

Eh bien, ils ont 30 % de... -Et les barbus ? -Je n'ai pas de statistiques sur les barbus.

Mais quand on cumule chauve et barbu, je pense que c'est pénalisant. Mais 30 % de chance de moins et de progresser. Donc c'est un problème universel.

Et... -C'est un combat qu'on peut mener en chanson aussi.

On vous a vu faire une chorégraphie à l'Assemblée avec Eloïsha Iza. -Elle est incroyable, cette chanteuse qui... "Je suis fort, je suis beau et ma force est dans mes cheveux." Je crois que c'est important pour le...

Vous savez, la douleur d'autrui n'est qu'un songe et souvent, la France visible sent plus que la France, je dirais, "normale", ces problèmes de discrimination. Et donc, j'y tiens beaucoup. -On va évoquer votre histoire.

A 26 ans, ce n'est pas la politique qui vous a valu un long reportage à la télévision mais votre agrégation d'économie et de gestion comptable. Je crois que vous avez été le premier antillais à obtenir cette agrégation, c'est ça ? -Oui, je n'en suis pas peu fier, beaucoup de travail. -On vous voit, à l'époque, en train de fêter ça en famille. -Oh là là, j'avais des cheveux !

Vous avez retrouvé ces archives, c'est incroyable. C'est fort, ça. Eh donc...

Ecoutez, je ne suis pas peu fier. Deuxième au concours national après avoir échoué deux fois auparavant. Vous savez, c'est un message pour ceux qui ne réussissent pas du premier coup.

On doit toujours persévérer. Et je suis aussi expert-comptable. -Par la suite, vous avez créé une association, l'Eko Zabym.

Au début, c'était une association sportive et culturelle pour aider la population. Et puis, c'est devenu aussi, je crois, un parti politique, un parti avec des militants qui, de temps en temps, offrent des paniers alimentaires aux habitants ou qui vont distribuer des packs d'eau dans les quartiers qui subissent des coupures d'eau en portant des T-shirts à votre nom, avec votre visage. Est-ce que ce n'est pas un peu limite, tout ça ?

Est-ce que ce n'est pas une forme de clientélisme électoral ? -Je crois que la politique, c'est aussi être au plus proche de la population. -Parce que là, on vous voit avec votre père en train de distribuer des packs d'eau.

On vous voit avec votre famille. -Vous savez, en Guadeloupe, il y a des coupures d'eau. Un tiers de la population n'a pas d'eau tous les jours.

Et c'est sûr que ça, ce n'est qu'une goutte d'eau qui va peut-être soulager une personne un jour. Mais je crois que chacun, comme le colibri, fait sa part. -Mais ce n'est pas une façon d'acheter les électeurs ? -Eh bien, écoutez, nous, on fait notre travail.

Au moins, on fait quelque chose. Ceux qui n'en font rien, eh bien, ils n'ont qu'à proposer autre chose. -En 2016, alors que vous étiez plutôt proche du Parti socialiste, vous avez été un des premiers à soutenir Emmanuel Macron dans sa campagne présidentielle.

Et je crois que vous avez d'ailleurs passé une soirée mémorable à l'époque. C'était au moment de Noël, à la fin de l'année. Vous avez fait une fête avec lui, vous avez chanté, dansé.

Il était vraiment déchaîné. On le voit d'ailleurs danser. Il danse bien le zouk ? -Il s'est bien débrouillé.

Et je dois dire que c'était le chanter Noël d'Eko Zabym, où c'est une tradition chez nous. Et il avait, je pense, bu deux ou trois punchs avec moi. On était bien là.

On avait chanté, on avait bu. Et je me souviens que ses équipes disaient : "Bon, monsieur le candidat, on va rentrer. Il disait : "Non, on est bien." Et oui, à l'époque, on lui a fait confiance, très clairement, parce qu'il était...

Je vais vous dire pourquoi. Je suis expert-comptable. Il était ministre de l'Economie.

J'étais président de l'ordre des experts-comptables et je l'ai vu bien gérer la réforme des professions libérales. Et donc, c'est un homme pragmatique, intelligent. -C'est ça qui vous a converti au macronisme.

Sauf qu'en 2022, vous avez quitté son parti pour rejoindre LIOT, dont on parlait. -Justement par rapport à l'obligation vaccinale. En un mot.

Vous savez quoi ? Quand il décide, en janvier 2021, de faire l'obligation vaccinale, eh bien, je lui dis : "Président, chez moi, en Guadeloupe, j'ai 20 % de personnel vacciné, chez Toi, en France hexagonale, tu en as 55 %. Ca ne va pas marcher chez moi.

Ce sera le bordel." Résultat des courses, il y a eu des émeutes, des tensions. -Donc, on en revient à ce sujet-là. -Oui, c'est le casus belli parce qu'il n'a pas traité les Outre-mer à leur niveau de différenciation de l'Hexagone.

On ne voulait pas de la vaccination. Il ne fallait pas l'imposer. On va conclure l'émission avec le quiz de "La politique et moi".

Vous allez donc devoir compléter les phrases que je vais vous proposer. Mon dernier coup de sang dans l'hémicycle... -C'était pour la réintégration des soignants. -Pas d'autres depuis ? -Pas encore.

Ils rient. "Depuis que je suis devenu béninois..." J'ai découvert ça, vous avez demandé la nationalité... -Béninoise.

Eh bien, je suis fier de revendiquer mon ascendance africaine, je suis fier de rappeler ici à l'hémicycle, quand on voit une montée de la xénophobie, qu'on est fier de revendiquer la nationalité "africaine", béninoise, en l'occurrence, parce que je crois que l'Afrique, c'est un continent riche, d'ailleurs tout être humain vient des hauts plateaux d'Ethiopie, et donc c'est une réalité, je dirais... -On peut expliquer.

Cette loi votée par le Bénin qui permet à tout descendant d'Africains de demander la nationalité béninoise. -Vous disiez que j'étais attaché au mot et je vais dire "d'ascendance africaine". Déjà l'Afrique, on voit que c'est mal vu, alors "descendant"...

C'est la Décennie des peuples noirs qui m'expliquait qu'on dit plutôt "d'ascendance africaine". On peut demander la nationalité béninoise et je crois que ça fait partie du "soft power". -Enfin, les séances de gym d'Eko Zabym...

Je vous vois sur une vidéo. -Récemment. De Zumba. -Je ne sais pas, mais on vous voit danser... -Terrible. -...dans la rue, avec beaucoup de monde. -C'était à l'issue d'une marche.

On fait donc, une Zumba géante, où chacun peut s'exprimer, je dirais, de façon tout à fait décontractée, dont moi. -Oui, on vous voit. D'ailleurs, vous ne faites pas que de la gym, vous faites de la course à pied, je crois. -Je fais de la course à pied, de la boxe française.

J'aime bien le sport, quand j'ai le temps d'en faire. -Merci, Olivier Serva. -Merci à vous.

Générique de fin