Robert Ménard fait son "mea culpa" sur RTL et parle "d'aveuglement" après ses affiches anti-immigration à Béziers en 2015
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:13OuverteRéponse directe
Pourquoi donc ?
- 0:26OuverteRéponse directe
Vous êtes en plein doute, vous flanchez sur vos appuis Robert Ménard ?
- 1:20OuverteRéponse directe
Mais il y a quand même une question à laquelle même votre fille Clara doit avoir du mal à répondre. Aujourd'hui vous roulez pour qui Robert Ménard ?
- 1:51OuverteRéponse directe
Vous dites quand même qu'à Nice, au municipal vous auriez voté Éric Ciotti au premier tour, qu'à Paris vous auriez voté Sarah Knafo.
- 2:28OuverteRéponse directe
Donc là-dessus vous êtes d'accord avec elle ?
- 3:01OuverteRéponse directe
Quand vous écrivez ces mots, vous parlez de vous et de votre campagne d'affichage dans les rues de Béziers. C'est en 2015 quand vous aviez fait placarder des affiches représentant un train bondé de réfugiés avec la légende « Ils arrivent ».
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:15Invité politiqueFait
« C'était une connerie. »
- 3:17Invité politiqueFait
« Et c'est de l'aveuglement. »
- 3:32Invité politiqueFait
« En l'occurrence, oui, il y a trop d'immigration en France, trop de gens. »
- 6:16Invité politiqueFait
« J'étais le patron de Reporters Frontières. »
- 6:21Invité politiqueChiffre
« J'ai défendu des gens pendant 20 ans, pendant plus de 20 ans. »
- 6:36Invité politiqueChiffre
« 1% de la population, plus de 50% des menaces, des insultes et tout. »
- 7:36Invité politiqueFait
« J'ai été marxiste. »
- 8:51Invité politiqueFait
« Je ne bois pas une goutte de vin dans une ville qui vit de la viticulture. »
Temps de parole
- Invité politique67 %
- Présentateur33 %
≈ 3,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Il est le maire iconoclaste de Béziers, il publie Lettres à Clara aux éditions de Télémac. Robert Ménard est donc l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Robert Ménard. Bonjour Thomas. Je suis bien embêté. Pourquoi donc ? Je suis bien embêté parce que je connais le Robert Ménard un peu grande gueule, plutôt très à droite que l'on caricature un peu sans doute parfois. Et après avoir lu votre livre, dans lequel vous vous adressez à votre fille Clara qui elle est très à gauche, je ne sais plus très bien qui est en face de moi. Vous êtes en plein doute, vous flanchez sur vos appuis Robert Ménard ?
Je suis surtout un papa qui ne veut pas perdre le fil avec sa fille. Elle a 24 ans, ma fille, je l'aime par-dessus tout. Et je vois qu'il y a de temps en temps des fossés que j'ai le sentiment de trouver infranchissables. J'en ai marre de ces repas de famille où on coche tout ce qu'on ne peut pas parler. Je ne vais pas parler de l'immigration, je ne vais pas parler du féminin, je ne vais pas parler surtout pas de Gaza parce que là c'est le drame de l'écologie, on n'en parle pas. Ce n'est pas possible, mais je pense que... Ça doit être silencieux les repas chez les Ménards. Non, parce qu'on trouve d'autres sujets. Mais enfin non, vous avez des enfants.
Vous ne voyez pas que de temps en temps c'est compliqué. Et je ne veux surtout pas être le vieux con, moi j'ai 73 ans, je ne veux pas être le vieux con qui dit en gros ça lui passera avec l'âge. Non, parce que ce qui est intéressant c'est que vous vous remettez en question dans ce bouquin,
mais il y a quand même une question à laquelle je pense que même votre fille Clara doit avoir du mal à répondre. Aujourd'hui vous roulez pour qui Robert Médard ?
Mais pour personne, mais moi je n'ai jamais roulé pour quelqu'un. Je ne me suis jamais demandé de quelle écurie je faisais partie. Je suis juste un peu seul parce que je ne suis pas dans un parti, dans un groupe et tout. et de façon royalement seul parce que ça me permet de répondre à vos questions sans voir avant quelqu'un qui me dit tu devrais dire ça ou pas ça.
Sans élément de langage, ça c'est vrai. Vous dites quand même qu'à Nice, au municipal vous auriez voté Éric Ciotti au premier tour, qu'à Paris vous auriez voté Sarah Knafo. Bon, ça ne vous met pas du côté des gauchistes.
C'est quand même plutôt l'extrême droite tout ça. Vous savez, on a fait assez de choses ensemble. Mais en même temps, je ne me dis pas que Sarah Knafo a raison sur tout, que Ciotti il a raison sur tout. J'essaie de... J'aimerais, mais je ne sais pas les mots qu'il faut emploier et tout, j'aimerais à la fois dire qu'il faut vraiment changer ce monde. Parce que moi, je le dis à Clara, moi quand j'avais son âge je trouvais que le monde était dégueulasse. Je le pense exactement de la même façon.
Donc là-dessus vous êtes d'accord avec elle ?
Absolument. Le monde tel qu'il est ne vous convient pas ? Il vous convient, vous ? Enfin tu vas dans la rue, tu te sens d'un coup qu'il ne te convient pas. Nous on est des privilégiés ici. Il y a plein de gens qui ne le sont pas. Moi je ne veux pas que Clara, elle pense que je suis un vieux papa, parce que je suis un vieux papa qui est en gros un peu réac, qui pense que le monde était tellement mieux quand il avait 20 ans et que tout va bien pour tout le monde, parce que ce n'est pas vrai.
Ce qu'on peut vous reconnaître, c'est que vous vous remettez en question. Il faut se méfier de ces emportements et même de ces convictions qui peuvent vous faire honte le lendemain. Quand vous écrivez ces mots, vous parlez de vous et de votre campagne d'affichage dans les rues de Béziers. C'est en 2015 quand vous aviez fait placarder des affiches représentant un train bondé de réfugiés avec la légende « Ils arrivent ». A l'époque, vous en étiez très fiers.
Aujourd'hui. C'était une connerie. Et c'est de l'aveuglement. Et c'est ce que je dis. Moi, chaque fois que j'ai fait une connerie à Béziers, c'est chaque fois où j'ai plaqué des idées sur la réalité. C'est-à-dire, au lieu de regarder, en l'occurrence, les gens qui arrivent, le malheur qui est le leur et tout ça, tu sais, tu as trois idées en tête. En l'occurrence, oui, il y a trop d'immigration en France, trop de gens, mais ce n'est pas pour ça que tu vas t'en prendre au type qui arrive, lui. Parce que si j'étais à la place du Syrien, du Burkinabé ou du... Qu'est-ce que je ferais ? Je rentrerais illégalement en France et je ferais venir mes enfants. Bien sûr, je ferais ça.
Et chaque fois que tu quittes le terrain de ça, de l'avis des gens, des gens que tu rencontres et que tu te dis que tes convictions sont plus fortes que ça... Les convictions, c'est un tellement beau mot, je fais attention, parce qu'à la fois, les convictions, on a besoin d'avoir des convictions.
Elles sont plus nuancées, vos convictions. Vous écrivez, l'expérience est utile, elle te permet d'être plus nuancée, moins péremptoire.
Moins péremptoire, mais en même temps, je déteste les gens qui vous disent... Ah, vous savez, la phrase, c'est plus compliqué. Parce que la phrase, c'est plus compliqué, c'est le début de « je fais rien ». Donc, comment on peut dire, c'est plus compliqué, c'est pas en noir et blanc, et pas abandonner l'idée que nos enfants portent, parce qu'ils ont 20 ans et qu'ils ont raison de la porter, qu'il faut changer les choses ?
Prenons un cas pratique. Si on votait dimanche, pour le premier tour de la présidentielle, vous avez devant vous des bulletins, Édouard Philippe, Jordan Bardella ou Marine Le Pen, Raphaël Luxman, Jean-Luc Mélenchon, Bruno Retailleau, Gabriel Attal.
Vous votez pour qui ? Je ne sais pas. Ce n'est pas que je ne veux pas répondre. Sérieux ? Je ne voterai pas pour la France insoumise. Je n'ai pas envie de me retrouver à choisir entre la France insoumise et Jordan Bardella. Vous pourriez voter Bardella ou pas ? Contre la France insoumise, je n'hésiterai pas. Je vous dis ça, mais ça ne me fait pas de moi un aficionado du Rassemblement national. Je n'ai jamais été.
Vous êtes un électeur paumé comme il y en a beaucoup.
Et vous, vous n'êtes pas paumé. Pour qui vous voteriez ?
Moi, je ne suis pas votre fille. Votre fille, Clara, elle vote pour qui ?
Elle vote très à gauche. Enfin, pas à Béziers, parce qu'elle vote pour moi, évidemment. Ce n'est pas la question. Mais elle vote...
On finira aux services sociaux que votre fille ne peut pas voter pour qui elle veut à Béziers. Non, mais attends, mais moi... Elle est insoumise, elle. Elle vote très à Bélenchon, vous pensez ou pas ?
Je ne sais pas. Quand j'en parlais avec elle, j'ai dit, mais écoute, avec les saloperies qui disent sur ton père ou sur ta mère, tu devrais juste te poser des questions. Et ça, c'est un argument... Vous jouez de la corde de l'affect, ça c'est moche. Et vous, vous ne jouez jamais sur la corde de l'affect. Ça c'est moche.
Parmi les nombreux sujets de grande incompréhension entre Clara et vous, il y a Israël. Et vous écrivez, je ne confonds pas un chef de gouvernement, et Dieu sait s'il est critiquable, on parle de Netanyahou et son pays, pas plus, tu l'imagines bien, qu'Emmanuel Macron et la France. Est-ce que vous, vous voteriez la proposition de loi Yadan dont on parlait tout à l'heure aujourd'hui sur les nouvelles formes d'antisémitisme ? Est-ce que Clara, elle, a voté la pétition contre ce texte ?
J'espère bien que non, qu'elle ne l'a pas signée, parce que quand vous voyez comment ils décrivent dans la pétition Israël, l'État génocidaire et d'apartheid, sans déconner, rien que ça, tu te dis, on ne va pas la signer celle-là. Moi, attends, c'est un sujet compliqué pour moi. J'étais le patron de Reporters Frontières. J'ai défendu des gens pendant 20 ans, pendant plus de 20 ans, dont je pensais que le début de la première phrase était une ânerie. Donc, j'aurais tendance à dire ça. Moi, j'étais contre la loi Guesso, par exemple. Mais aujourd'hui, je me dis autre chose, je me dis, les Juifs, c'est quoi ? 1% de la population, plus de 50% des menaces, des insultes et tout, c'est les mêmes.
Et je me dis que peut-être les choses ont changé.
Vous la voteriez ou pas cette population ?
Là, je la voterai ou pas. Là, vous la voterai.
Pourquoi on n'arrive plus à se comprendre et même à se parler dans ce pays ? Emmanuel Macron, il a été élu en 2017 avec une promesse, celle de réconcilier les Français. Mais vous, même pour parler à votre fille, à Clara, vous êtes obligé de lui écrire. Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi on ne se parle plus ?
Parce que je crois qu'on est chacun enfermé dans... Je le vois avec mes enfants, parce qu'on a plusieurs enfants. Chacun enfermé dans ses certitudes. Dans sa radicalité aussi ? Oui. Les médias sociaux, les gens qui vont sur les réseaux et tout, c'est un miroir. Moi, ça ne me gêne pas, les réseaux sociaux. C'est un miroir dans lequel tu t'enfermes. Moi, ça m'est arrivé aussi, je le disais tout à l'heure, de penser tranquillement. J'ai été marxiste, je pensais que... J'étais très très jeune, je pensais que le mec...
Ça a duré longtemps, ça ?
Non, ça a duré... Mais j'étais à la fac et tout, à l'époque, tout le monde était marxiste. On a étudié Karl Marx à la fac. Il ne se souvient pas, il n'était pas né. On vous imagine mal du côté du Sentier Lumineux, mais pourquoi pas ? Non, mais ce que je veux dire, je pensais à cette époque-là, que si tu n'étais pas marxiste, c'est que tu étais un abruti. Et je pense que chacun, aujourd'hui, pense ça. Et c'est ça qui est problématique. Et c'est ce que j'essaye d'expliquer à ma vie.
Vous parlez de tout, le style Ménard, c'est aussi une forme de grossièreté. Je suis toujours aussi grossier. Tu me connais les remarques de maman. Vous parlez à Clara. De maman, on n'y change pas grand-chose, mais j'essaye de ne pas blesser, de ne dire que ce que je pourrais dire en face de la personne dont je parle.
Oui, c'est Noël Copain qui disait ça aux jeunes journalistes. À la Croix. À la Croix, qui était le patron de la Croix, quand il venait leur dire à la déontologie, il dit « Écoute, tu n'écris que ce que tu es capable de dire à un mec en face. » Je trouve que c'est un truc de bon sens. Non, sur la grossièreté, pardon, c'est de vous dont je parle.
Oui, c'est vous qui êtes grossier. Quand vous veniez l'année dernière pour les débats, c'est vrai que je vous disais « Arrêtez un peu, Robert. »
Avec les putains et autres connards et tout ça. C'est ça, ne recommencez pas, s'il vous plaît.
On apprend aussi que vous avez été apiculteur et que vous êtes végétarien. C'est marrant parce que moi, je vous imaginais plus en Fabien Roussel en train de faire griller les saucisses au barbecue qu'en Sandrine Rousseau. C'est l'effet Clara, ça ou pas ?
Non, j'étais végétarien avant elle, c'est plutôt le contraire. Je ne bois pas une goutte de vin dans une ville qui vit de la viticulture. Parce que les gens pensent que si tu es à droite, c'est que tu aimes la viande et le vin. Et non, je ne suis pas comme ça. Peut-être que les gens sont un peu plus compliqués que vous l'imaginez.
Et puis on a pensé que vous vouliez être prêtre. Catholique culturel, vous définissez aujourd'hui. J'ai envie de croire plus que je ne crois. Ce n'est pas le meilleur résumé de votre personnalité, ça ? Vous vous cherchez en fait, Robert Ménard ?
Ou vous vous êtes trouvé ? Non, je ne me suis pas trouvé. Je doute de moi tous les matins en me réveillant. Et quand je viens ici à votre micro, j'y suis venu longtemps, je me suis demandé au nom de quoi je pouvais donner mon avis parce qu'il était quoi mieux argumenté, plus intelligent que d'autres ? Je ne le crois pas.
Bon, à la fin du livre, Clara répond brièvement à votre lettre. Ah non, je ne suis pas sur la bonne page. Je remercie-moi. Elle écrit Papa, j'ai bien reçu ta lettre. Je voulais simplement te dire merci. Merci de m'avoir écrit ce que tu n'arrivais pas à me dire. Je te comprends mieux maintenant. Nous ne sommes toujours pas d'accord sur tout, mais je ne suis pas sûr que ce soit ce qu'il faille retenir. J'espère que cette lettre nous permettra de nous parler plus facilement à l'avenir. Et même si ce n'est pas le cas, tant pis. Retiens juste que je t'aime, Clara.
C'est la seule chose que j'avais envie d'entendre. Vous êtes ému ? Vous, non, vous ne le seriez pas. Qu'est-ce que tu attends de ma fille qu'elle me dise que je t'aime ? C'est la seule chose que je voulais.
Merci beaucoup, Robert. Bienvenue sur RTL. Lisez ce livre, Lettre à Clara. Comment peut-on être si proche et en apparence si loin aux éditions Télémac ? Et restez avec nous parce que Philippe Quervivière arrive.