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InterviewRadio France (sur Site radio)· 4 juin 2026 6 minComplaisantActualité / polémiqueSécuritéJustice

Christophe Korell : "le téléphone, c'est le nerf de la guerre pour les trafiquants, même en prison"

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:25OuverteRéponse directe

    Ces trafics pilotés depuis la prison, est-ce que c'est un phénomène qui prend de l'ampleur ?

  • 1:04OuverteRéponse directe

    Pourquoi le téléphone est-il facile à obtenir en prison ?

  • 2:15OuverteRéponse directe

    L'impact de la politique menée par Gérald Darmanin contre le trafic de drogue est-il visible ?

  • 3:20OuverteRéponse directe

    L'État met-il les moyens pour lutter contre les trafics en prison ?

  • 4:19OuverteRéponse directe

    À quoi sert d'incarcérer des trafiquants s'ils continuent à agir depuis leur cellule ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:50InvitéChiffre
    « On parle, par exemple, en 2024, de 4 000 téléphones portables qui ont été saisis dans les prisons françaises. »
  • 1:19InvitéFait
    « Malheureusement, la corruption, elle existe aussi dans les établissements pénitentiaires. »
  • 2:30InvitéFait
    « On a aussi des résultats, au moins en termes d'incarcération, dans le nombre de détenus. »
  • 3:39InvitéFait
    « Maintenant, effectivement, il y a des plans spécifiques, donc des financements, qui en découlent au ministère de la Justice, donc ça avance. »

Temps de parole

  • Invité73 %
  • Présentateur24 %
  • Locuteur non identifié3 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:02
Locuteur non identifié

Même derrière les barreaux, ils gèrent leur trafic de drogue.

0:05
Présentateur

Deux suspects ont été interpellés cette semaine pour avoir dirigé leur réseau depuis leur cellule dans les prisons de Lens et d'Amiens. Une trentaine de kilos de drogue ont été saisis. Et nous en parlons avec un spécialiste, Christophe Corel. Bonjour. Bonjour. Vous avez écrit le livre « Le crime organisé en France, le comprendre pour mieux le combattre ». Alors, ces trafics pilotés depuis la prison, est-ce que c'est un phénomène qui prend de l'ampleur ?

0:31
Invité

C'est un phénomène, en tout cas, qu'on connaît depuis maintenant de nombreuses années, qui a été documenté depuis un certain temps maintenant. Ça fait au moins une bonne quinzaine d'années qu'on parle de téléphones en prison. Mais effectivement, le fait est qu'on commence à avoir des chiffres maintenant. J'ai regardé encore récemment les chiffres du ministère de la Justice. On parle, par exemple, en 2024, de 4 000 téléphones portables qui ont été saisis dans les prisons françaises. Donc, c'est un chiffre qui est effectivement énorme. Et ce qui l'augmente, c'est difficile à dire. En tout cas, le téléphone est devenu, au fil des années, quelque chose de très facile à obtenir dans les prisons.

1:04
Présentateur

Et alors, pourquoi, justement, c'est facile à obtenir ? Comment ça passe ?

1:09
Invité

Alors, plusieurs possibilités. La première, c'est via les paroires, des familles notamment, familles proches qui sont autorisées à visiter les détenus. Ça peut aussi être via les agents. Malheureusement, la corruption, elle existe aussi dans les établissements pénitentiaires. Ça peut se passer par drone aussi. On sait que toutes les nuits, on a des policiers qui interceptent ou qui tentent d'intercepter des pilotes de drone et qui essayent de livrer que ce soit des téléphones voire d'autres produits. Et puis, tout simplement, ça peut aussi être des projections dans certaines prisons, via les cours de promenade notamment. On peut réussir à balancer des trucs assez loin.

Donc, il y a différentes possibilités maintenant. Tout simplement, dans les trafics, on sait que le téléphone, c'est un petit peu le nerf de la guerre. Là, finalement, il y a toujours besoin de communiquer, qu'on soit en prison ou pas d'ailleurs. On a besoin d'importer du produit, on a besoin d'organiser la vente, on a besoin de gérer les acheteurs, les vendeurs, etc. Donc, le téléphone est un outil absolument nécessaire à toutes les étapes du trafic. Et donc, quand on a des personnes qui sont interpellées et qui vont en prison, elles ont encore besoin aussi de téléphone, mais finalement comme dehors, pour pouvoir continuer leur trafic.

2:15
Présentateur

Et est-ce qu'on voit aussi l'impact de la politique menée notamment par Gérald Darmanin, qui cible très fort le trafic de drogue depuis quelques années ?

2:27
Invité

C'est une réalité parce qu'effectivement, on le cible très fort. On a aussi des résultats, au moins en termes d'incarcération, dans le nombre de détenus. On a énormément de détenus qui sont dans les prisons pour le trafic. Donc oui, c'est aussi d'une certaine manière ces résultats-là. Ça ne veut pas dire pour autant qu'on a moins de trafic dehors, malheureusement. Mais quelque part, c'est un autre sujet. Mais c'est une relation aussi.

Après, dans les prisons, vous trouvez aussi des détenus qui ont des téléphones, pas nécessairement pour le trafic, mais en tout cas ceux qui sont pour le trafic, pour une grande partie, en tout cas, continuent à trafiquer à l'intérieur des établissements pénitentiaires.

3:03
Locuteur non identifié

Merci Picardie, 8h moins 10. Nous sommes avec Christophe Corral, spécialiste et auteur d'un livre sur le crime organisé en France.

3:09
Présentateur

Alors, on entendait ce matin sur notre antenne le substitut du procureur de la République, Damien, dire que la lutte contre les trafics à l'intérieur des établissements, des prisons, c'est une priorité. Est-ce que, selon vous, l'État met les moyens ?

3:24
Invité

En tout cas, je pense qu'il y a une prise de conscience. On a longtemps déploré, effectivement, la présence de ces téléphones, sans qu'on ne voit concrètement l'administration agir contre ce phénomène. Maintenant, effectivement, il y a des plans spécifiques, donc des financements, qui en découlent au ministère de la Justice, donc ça avance. On a des prisons, entre guillemets, de haute sécurité, comme Vendrin-le-Vieille, où on est sur Sartre, qui sont un petit peu des établissements pilotes, si je puis dire. On essaie de voir, on a mis un espèce de tout sécuritaire autour des plus gros détenus en France, sur ces établissements.

Et donc, je pense que l'idée, c'est de voir un petit peu ce qui fonctionne, comment on peut les améliorer, ce qui peut être dupliqué dans d'autres établissements, à courte ou moyenne échéance. Donc, au moins, en tout cas, il y a une prise de conscience. Il y a des moyens financiers qui vont avec, qui accompagnent tout ça. Donc, en tout cas, ça va dans le bon sens.

4:13
Présentateur

Et si les trafiquants continuent de mener leurs affaires, finalement, depuis leurs cellules, en fait, à quoi ça sert de les incarcérer ?

4:23
Invité

Ça sert toujours, effectivement, à... L'objectif des enquêtes et des enquêteurs de la justice, c'est toujours d'essayer de mettre hors d'état de nuire ces trafiquants, de les embêter un maximum. Maintenant, évidemment, ils peuvent toujours faire un certain nombre de choses depuis la prison, mais ils ne peuvent pas non plus faire ce qu'ils faisaient dehors en prison. Ce n'est pas non plus aussi facile. Donc, ça les gêne quand même énormément d'être en prison. Donc, on fait ce qu'on peut. Il n'y a pas de solution magique, malheureusement. Maintenant, chacun à sa place, les enquêteurs, les magistrats, l'administration pénitentiaire, jouent son rôle.

L'idée, c'est à la fois de punir quand même ces personnes-là, de sortir du système, de les embêter quand même, de faire en sorte qu'ils ne trafiquent plus à l'extérieur, même si certains y arrivent encore depuis la prison, mais moins bien quand même. Ça nécessite quand même un petit peu plus d'organisation. Encore une fois, ça leur met des bâtons dans les roues. Donc, c'est déjà ça. Et puis, on ne peut pas non plus dire qu'on va arrêter parce que finalement, ils continuent à avoir des téléphones en prison. Il faut quand même avancer et puis essayer de sécuriser au maximum les villes françaises.

5:28
Présentateur

Christophe Correl, je rappelle que vous êtes spécialiste, auteur du livre « Le crime organisé en France, le comprendre » pour mieux le combattre. Merci d'avoir été avec nous ce matin et bonne journée. Merci à vous. Merci.

Christophe Korell : "le téléphone, c'est le nerf de la guerre pour les trafiquants, même en prison" · Pourquijevote