Le Pen-Zemmour : "C'est la première fois qu'il y a deux candidats importants à la droite de la droite", analyse le politologue Erwan Lecoeur
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Questions et réponses
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- 0:31OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est du jamais vu en France ?
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Un Français sur trois, si je résume, prêt à voter aujourd'hui pour l'extrême droite. Ça dit quoi de l'état de l'opinion publique ?
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Vous disiez ce qui est inédit aujourd'hui, c'est qu'on est deux poids lourds au-dessus des 10%.
- 4:04RelanceRéponse partielle
Pourtant là, justement, on parle du premier tour et Marine Le Pen, elle baisse un peu elle a perdu 2-3 points ces dernières semaines.
- 4:35OuverteRéponse directe
Qui a le plus de réserve de voix aujourd'hui entre Éric Zemmour et Marine Le Pen dans ce corps électoral abstentionniste ? Est-ce qu'on le sait ?
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Marine Le Pen a changé de stratégie face à Éric Zemmour ces derniers mois. Elle l'a dans un premier temps ignorée, puis elle a refusé de le critiquer, et dans une interview au Figaro en fin de semaine dernière, elle a pour la première fois attaqué frontalement. Est-ce que cette stratégie peut être payante aujourd'hui de diaboliser quand elle-même a tenté de se dédiaboliser ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Marine Le Pen et Éric Zemmour donnaient à égalité à 14% d'intentions de vote chacun. »
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« Si on ajoute Nicolas Dupont-Aignan 2%, on a un bloc d'extrême droite aujourd'hui qui pèse environ 30% des voix. »
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« c'est la première fois qu'il y a véritablement deux candidats importants à la droite de la droite, pour le dire rapidement. »
- 1:20InvitéFait
« C'est le score de Marine Le Pen au deuxième tour de la dernière élection présidentielle. »
- 1:44InvitéFait
« Il y a quelque chose dans ce milieu-là, dans ces milieux-là, qui est de l'ordre de cette fois la victoire serait possible. »
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« On a un peu ce sentiment d'abord au niveau de l'abstention, au niveau de la configuration. »
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« Ce bloc de 30% d'une droite identitaire, conservatrice voire réactionnaire et nationaliste ça n'est pas tout à fait nouveau, ni en France ni ailleurs en Europe. »
- 3:24InvitéFait
« Marine, elle, le veut beaucoup plus et son entourage aussi. »
- 3:39InvitéFait
« Éric Zemmour médiatiquement est très fort car il a le groupe Poloré derrière lui. »
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« Pour une Marine Le Pen qui s'est recentrée qui s'est tranquillisée qui s'est présidentialisée de récupérer ce que j'appellerais les gens déçus les gens énervés les gens en colère. »
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« Marine Le Pen a, depuis les années 90 avec le ni de gauche, ni de droite français d'abord travaillé sur ce qu'on appelle le ninisme. »
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« elle a pour la première fois attaqué frontalement en disant une phrase qui a fait le tour des médias et il y a même quelques nazis autour d'elle. »
- 8:54InvitéFait
« c'est le problème c'est ce qui avait été reproché à Marine Le Pen c'est qu'elle semblait cliver trop fortement. »
- 9:15InvitéFait
« c'est d'abord de se recentrer pour devenir présidentiable devenir une femme qui peut rassembler les français et plus seulement son camp. »
- 9:32InvitéFait
« Éric Zemmour son programme c'est Le Pen 1980 enfin soyons clairs ou 1990 exactement. »
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« si elle se qualifie pour le second tour je le disais non seulement elle aura une réserve de voix des Zemmouristes qui seront venus voter alors qu'ils ne seraient pas venus pour elle au premier tour. »
- 16:11Locuteur non identifiéFait
« Éric Zemmour a axé son programme sur l'immigration et l'islam. »
- 16:14Locuteur non identifiéFait
« Marine Le Pen elle met l'accent sur le pouvoir d'achat. »
- 16:59InvitéFait
« les français sont de moins en moins racistes de moins en moins islamophobes. »
- 21:08InvitéFait
« Aujourd'hui très clairement c'est plutôt le camp de la droite si tenté que l'on puisse encore parler de droite et de gauche c'est plutôt le camp du conservatisme et de la conservation qui profite clairement très nettement. »
- 21:30InvitéFait
« on a trois grands camps on a le camp du statu quo le camp de libéralisme techno-libéral et gestionnaire avec Emmanuel Macron et quelques autres une portion du PS une portion de LR. »
- 21:50InvitéFait
« il y a un camp qui n'arrive pas à se constituer qui regroupe en gros la sociale-écologie pour le dire rapidement. »
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France Info. Bonjour Erwin Lecoeur. Bonjour. Vous êtes politologue spécialiste de l'extrême droite. On a voulu vous inviter ce matin justement pour essayer d'y voir plus clair sur ce qui se passe aujourd'hui tout à la droite de l'échec et politique. En partant d'abord de notre dernier sondage France Info Ipsos Soprasteria sur les intentions de vote. Marine Le Pen et Éric Zemmour donnaient à égalité à 14% d'intentions de vote chacun. Si on ajoute Nicolas Dupont-Aignan 2%, on a un bloc d'extrême droite aujourd'hui qui pèse environ 30% des voix. Est-ce que c'est du jamais vu en France ?
Oui, dans les instituts de sondage et aussi loin avant l'élection présidentielle, c'est du jamais vu pour plusieurs raisons. D'abord parce que c'est la première fois qu'il y a véritablement deux candidats importants à la droite de la droite, pour le dire rapidement. Il y a toujours eu plusieurs candidats à l'extrême droite. On se souvient Bruno Maigret, Jean-Marie Le Pen. Mais il y en avait toujours un qui prenait l'ascendant sur l'autre loin en amont et qui d'une certaine façon incarnait et représentait la seule possibilité pour ses électeurs.
Aujourd'hui comme il pèse environ 30% de façon disons sociologique et politique et bien ils se permettent éventuellement d'avoir plusieurs tendances qui se présentent les unes et les autres. Vous l'avez cité, Nicolas Dupont-Aignan, il y en aura peut-être d'autres d'ailleurs. Mais là on a deux poids lourds qui s'équilibrent aujourd'hui sociologiquement et politiquement et aussi médiatiquement.
Un Français sur trois, si je résume, prêt à voter aujourd'hui pour l'extrême droite. Ça dit quoi de l'état de l'opinion
publique ? Alors déjà c'est pas une grande surprise. C'est le score de Marine Le Pen au deuxième tour de la dernière élection présidentielle. Mais là on est au premier. On est au premier. Et c'est ça la différence. C'est que d'habitude au deuxième tour on a une espèce de façon de se réaccrocher à la seule candidate en l'occurrence Marine Le Pen qui était présente. Là il y a quelque chose de l'ordre de ils vont enfin gagner. Il y a quelque chose dans ce milieu là, dans ces milieux là, qui est de l'ordre de cette fois la victoire serait possible. On a l'impression de se retrouver un tout petit peu avant le 21 avril 2002 avec Jean-Marie Le Pen.
Je trouve que je travaillais sur le sujet à cette époque assez assidûment. On a un peu ce sentiment d'abord au niveau de l'abstention, au niveau de la configuration. Le Pen maigré le distinguo entre les deux qui était à l'époque qui agitait la campagne également. Le fait que la violence, l'insécurité sont sur toutes les chaînes de télé. On a un peu ce sentiment de revival. Et puis dernier point tout ça vient de très loin en réalité. Ce bloc de 30% d'une droite identitaire, conservatrice voire réactionnaire et nationaliste ça n'est pas tout à fait nouveau, ni en France ni ailleurs en Europe.
Néanmoins, elle n'avait jamais réussi à trouver l'expression les expressions diverses que Éric Zemmour et Marine Le Pen aujourd'hui permettent d'avoir médiatiquement je le rappelle, avant que ce soit politique.
Vous disiez ce qui est inédit aujourd'hui, c'est qu'on est deux poids lourds au-dessus des 10%. C'est un avantage pour les autres qui sont dans la course ou alors c'est un avantage pour eux parce que s'il y en a un qui arrive au second tour, il a une belle réserve de voix derrière.
Bien sûr, c'est évidemment la deuxième solution. Imaginez que Marine Le Pen soit au second tour elle aura pour elle la possibilité de rallier un certain nombre de personnes qui sur le premier tour ne sont pas ralliées à elle parce qu'ils avaient quand même des différences fondamentales il ne faut pas les nier, les droites sont très diverses et les extrêmes droites aussi on comptait 12 tendances au Front National dans les années 80, donc je vous laisse imaginer entre les monarchistes, les cathos traditionnalistes et les néo-païens, les guerres sont très très dures néanmoins ces gens-là à un moment donné sont animés par ce que Jean-Marie Le Pen a incarné la possibilité d'une victoire.
Jean-Marie Le Pen ne voulait pas forcément le pouvoir en tout cas c'est une des hypothèses que moi je posais à l'époque Marine, elle, le veut beaucoup plus et son entourage aussi quant à, j'allais dire, Bruno Maigret vous voyez, Éric Zemmour aujourd'hui qui est sur la ligne de Bruno Maigret celle de la nouvelle droite de l'époque, celle de Jean-Yves Le Gallou eux veulent le pouvoir alors d'abord médiatique encore une fois, Éric Zemmour médiatiquement est très fort car il a le groupe Poloré derrière lui, c'est très c'est un des principaux groupes en France, ce que n'avait pas Bruno Maigret à l'époque.
Donc en effet, vous avez raison il y a possibilité pour une Marine Le Pen moins pour un Éric Zemmour, on le voit bien parce qu'il clive beaucoup plus mais pour une Marine Le Pen qui s'est recentrée qui s'est tranquillisée, qui s'est présidentialisée de récupérer ce que j'appellerais les gens déçus les gens énervés, les gens en colère
Pourtant là, justement, on parle du premier tour et Marine Le Pen, elle baisse un peu elle a perdu 2-3 points ces dernières semaines Ah, vous faites la moue
Oui, je suis sociologue, je me permets de dire que les sondages sont d'abord quelque chose d'assez subtil à manier et le sondage que vous évoquez est un sondage très intéressant mais il fonctionne sur un certain type d'électorat l'électorat absolument sûr d'aller voter or, nous avons encore 25 à 30% d'électorat qui va aller voter dont on ne sait pas du tout ce qu'il va voter En réalité, pour le moment, Marine Le Pen est quand même encore en tête dans la course
Qui a le plus de réserve de voix aujourd'hui entre Éric Zemmour et Marine Le Pen dans ce corps électoral abstentionniste ? Est-ce qu'on le sait ?
A priori, oui, c'est Marine Le Pen puisque Marine Le Pen a, depuis les années 90 avec le ni de gauche, ni de droite français d'abord travaillé sur ce qu'on appelle le ninisme c'est-à-dire des gens qui ne se voient plus politiquement comme à droite forcément qui sont juste en colère et qui vont, d'une façon plus populiste le néo-populisme, c'est ça créer un peuple de façon un peu artificielle pouvoir aller chercher des gens des voix de gens qui, a priori, ne voteraient pas Éric Zemmour est dans ce que j'appellerais une spécificité à la droite de la droite et il a vraiment cette spécificité ça va être difficile pour lui d'élargir cela la seule possibilité pour lui c'est d'aller chercher du côté de la droite c'est-à-dire de Valérie Pécresse, d'Éric Ciotti, etc.
C'est ce qu'il est en train d'opérer d'ailleurs d'une certaine façon mais pour le moment, on voit bien que c'est Marine Le Pen qui a réussi, entre guillemets, le pari d'élargir auprès des femmes, auprès des jeunes auprès des classes plutôt populaires l'électorat et elle peut encore, éventuellement, continuer à l'élargir
Marine Le Pen a changé de stratégie face à Éric Zemmour ces derniers mois elle l'a, dans un premier temps, ignorée puis elle a refusé de le critiquer et, dans une interview au Figaro en fin de semaine dernière elle a, pour la première fois, attaqué frontalement en disant une phrase qui a fait le tour des médias et il y a même quelques nazis autour d'elle est-ce que cette stratégie peut être payante autour de lui, pardon est-ce que cette stratégie peut être payante aujourd'hui de diaboliser quand elle-même a tenté, depuis des années, de se dédiaboliser ?
Marine Le Pen refait exactement ce qui avait été fait avec Bruno Maigret dans les années 90 quand il est parti ça avait fonctionné, vous vous en souvenez au début, tout le monde donnait Maigret comme vainqueur parce qu'il partait avec le plus de militants le plus d'argent, le plus de réseaux et puis en fait, c'est Jean-Marie Le Pen aidé par Marine Le Pen et à l'époque, un certain Samuel Maréchal qui avait gagné la partie ce qu'elle fait, c'est qu'elle redonne qu'elle perd elle a compris que cette campagne allait se jouer de façon médiatique et donc, elle redonne corps à une saga la saga Le Pen qui nous a énormément attirés on a regardé ça avec étonnement pendant 20 ou 30 ans avec Jean-Marie puis Marie-Caroline la traîtresse puis Marine qui arrive la nouvelle le nouveau monstre le monstre mais en plus gentil que j'avais appelé donc Casimir à l'époque et donc, cette saga-là la saga Le Pen nous a impressionné pendant près de 30 ans la saga Zemmour a réussi à agiter la campagne et donc, les médias en sont très friands depuis 6 mois Marine Le Pen sait qu'elle doit reprendre la main en termes de saga de récits médiatiques et donc, elle raconte le récit de tout le monde m'abandonne ce sont des traîtres vous êtes, vous les fidèles et vous allez me soutenir
avec une Marine Le Pen qui, sur scène ce week-end en meeting a même utilisé un argument qu'on l'avait, je crois à ma connaissance jamais entendue utilisée qui est celle du drame familial des épreuves qu'elle a traversées on aura l'occasion d'en parler dans quelques instants avec vous Erwann Lecoeur vous restez avec nous politologue, sociologue spécialiste de l'extrême droite Le Fil Info à 8h40 avec Lisa Guyenne
La France veut jouer l'apaisement dans le conflit entre la Russie et l'Ukraine Emmanuel Macron attendu à Moscou cet après-midi pour rencontrer Vladimir Poutine il y aura une conférence de presse commune à l'issue de ce rendez-vous et le président français sera demain en Ukraine pour rencontrer Volodymyr Zelensky il pourrait retourner en prison les époux Balkany convoqués à 10h ce matin pour avoir enfreint une centaine de fois les conditions de leur bracelet électronique Isabelle Balkany est absente toujours hospitalisée 4 jours après sa tentative de suicide Claude Guéant lui demande à sortir de prison la justice examine dans la journée sa demande d'aménagement de peine à 77 ans l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy est en détention depuis près de 2 mois pour l'affaire des primes en liquide les chances de médailles envolées pour Tessa Worley la skieuse porte-drapeau de l'équipe de France vient de chuter en deuxième manche du géant la France totalise deux médailles pour l'instant avec l'argent décroché plus tôt ce matin en descente par Johan Claret 41 ans plus vieux médaillé français en ski alpin le 830 France Info Salia Brakia Marc Fauvel toujours avec Erwan Lecoeur politologue spécialiste de l'extrême droite et du populisme on parlait à l'instant de la stratégie de Marine Le Pen à l'encontre d'Éric Zemmour elle ne cesse de répéter qu'Éric Zemmour est trop brutal trop agressif qu'il cherche à diviser les français le but c'est quoi c'est d'apparaître elle comme la candidate de l'apaisement
oui bien sûr c'est le problème c'est ce qui avait été reproché à Marine Le Pen c'est qu'elle semblait cliver trop fortement elle continuait à avoir 70% des français qui ne pouvaient pas voter pour elle
qui l'a trouvée inquiétante
inquiétante et on voit bien que dans les enquêtes qui se sont menées depuis quelques mois maintenant Éric Zemmour apparaît comme bien plus inquiétant qu'elle et c'est un des objectifs de Marine Le Pen c'est d'abord de se recentrer pour devenir présidentiable devenir une femme qui peut rassembler les français et plus seulement son camp premier point et deuxième point elle a un Éric Zemmour qui vient quelque part lui rappeler ses fondamentaux qui fait du Le Pen père Éric Zemmour son programme c'est Le Pen 1980 enfin soyons clairs ou 1990 exactement je le disais avec Bruno Maigret notamment donc c'est un programme beaucoup plus droitier beaucoup plus radical sur certaines choses et donc Marine Le Pen va évidemment jouer la centralité c'est ce qu'on appelle les marges qui se centralisent
mais ça ça peut lui permettre de briser le plafond de verre
c'est ce qu'elle espère ça fait maintenant
elle n'arrive pas à briser depuis quelques années ça fait 10 ans
qu'elle fait cela elle a quand même mis dehors du Front National un certain nombre de radicaux les cathos traditionnalistes avec Golnisch avec les ayatollahs elle a saoulé tout un tas de gens un peu rigolos du début du FN rigolos je m'entends elle les a un peu fait partir et d'ailleurs un certain nombre d'entre eux les identitaires les plus radicaux se sont retrouvés un peu orphelins de Front National
mais elle a aussi perdu une partie de son électorat en faisant ça
voilà elle a perdu une partie de son électorat qui était l'électorat premier du Front National celui des années 80 c'est l'électorat de droite l'électorat droitier Nona Mayer a très bien étudié ça on avait fait un livre ensemble sur ce sujet le vote Front National c'est trois électorats un électorat de droite dans les années 80 celui qui aujourd'hui est chez Zemmour les gens qui ont beaucoup d'argent les gens plutôt âgés plutôt des hommes plutôt dans l'ouest parisien et dans l'ouest des villes donc cet électorat-là de droite très clairement ultra libéral et très conservateur voire réactionnaire catho-traditionaliste en général va voter Zemmour aujourd'hui elle l'a perdu cet électorat déjà Marine Le Pen il y a quelques années maintenant mais elle a gagné un autre électorat d'autres électorats qui n'étaient pas au Front National au départ l'électorat ni niste ni droite ni gauche français d'abord l'expression donc des années 90 elle a gagné cet électorat avec des femmes plus de femmes que son père plus de jeunes également des homosexuels tout un tas d'électorats de différentes compositions sociologiques qui sont venus accréditer sa posture je dirais plus populiste que nationaliste de droite
Jean-Marie Le Pen dit que en recentrant Marine Le Pen Éric Zemmour lui rend service vous faites la même lecture
oui d'une certaine façon Éric Zemmour
est en train de dire c'est ce qui pouvait lui arriver de mieux finalement dans une campagne à condition de se qualifier pour le second tour voilà
si elle se qualifie pour le second tour je le disais non seulement elle aura une réserve de voix des Zemmouristes qui seront venus voter alors qu'ils ne seraient pas venus pour elle au premier tour donc quand on vote au premier tour en général on va jusqu'au bout on vote au deuxième tour et donc plutôt pour Marine Le Pen sans doute et puis deuxième chose en effet ça la normalise entre guillemets ce Éric Zemmour qui arrive aidé d'un énorme groupe médiatique ça normalise et puis surtout il faut le dire en termes de communication pour le coup de la sociologie de la communication ça ouvre la fenêtre d'Overton la fameuse fenêtre où il y a plein de choses qu'on ne pouvait pas dire il y a dix ans dans ce pays et qu'on peut désormais dire comme le grand remplacement par exemple comme le grand remplacement bien entendu ou comme d'autres choses sur l'islam sur l'islamisme et l'islam qui sont la même chose on ne pouvait absolument pas dire ça et pourquoi aujourd'hui ça ne choque plus ?
mais ça c'est un phénomène de communication bien connu Trump nous l'a montré en Inde ce sont les nationalistes hindouistes qui sont arrivés au pouvoir comme ça ce fenêtre d'Overton c'est vous répétez c'est ce que Gramsci nous expliquait vous gagnez la bataille du vocabulaire dans un premier temps vous gagnez la bataille des idées dans un deuxième temps et enfin un jour vous gagnerez la bataille politique c'est ce que fait la droite la nouvelle droite du club de l'horloge et du Grèce des années 70-80 avait ce projet Eric Zemmour est la dernière incarnation je dirais de cette nouvelle droite là aujourd'hui dans le champ politique et en plus il est aidé d'une force médiatique comme jamais l'extrême droite en avait eu avant lui avant c'est à dire je rappelle un groupe énorme qui aujourd'hui rassemble des télévisions des radios mais aussi des réseaux sociaux parce que la fachosphère a fait son choix elle est à moitié chez Le Pen pour les plus traditionnalistes d'entre eux ceux qui sont restés fidèles à la chef puis il y a tout un tas de gens qui étaient à l'abandon qui avaient quitté le Front National qui trouvaient que le Front National c'était comme vous le disiez recentré un peu trop trop tranquille ce que Jean-Marie Le Pen disait lui-même d'ailleurs c'est pour ça qu'il aime bien Zemmour et donc qui va et qui est en train d'utiliser les réseaux sociaux la fachosphère pour Éric Zemmour on les retrouve chez les Gilets Jaunes dans les antivax ils sont en train de coloniser tout un tas de milieux sociaux qui ne sont pas forcément l'extrême droite au départ
pourtant Éric Zemmour quand on l'écoute il dit qu'il veut incarner l'union des droites alors il y a l'ancien numéro 2 du parti Les Républicains qui l'a rejoint il y a effectivement des membres
qui venait du FNJ
qui avait un parcours déjà à l'extrême droite Guillaume Pelletier il y a eu des membres aussi du Rassemblement National qui l'ont rejoint est-ce qu'il peut vraiment incarner cette union des droites Éric Zemmour ?
médiatiquement il l'incarne déjà d'une certaine façon c'est-à-dire qu'il est le personnage médiatique le clown médiatique disons le Z l'espèce de personnage emblématique à la fois machiavélique et à la fois on le sent bien il y a quelque chose dans Zemmour qui fonctionne médiatiquement il l'incarne déjà politiquement il est en effet à la croisée des chemins de ce que la droite fait de plus je dirais conservateur catho-traditionaliste et de plus réactionnaire donc oui il a déjà derrière lui les gens qui pendant les manifs la fameuse manif pour tous se sont retrouvés dans la rue c'est-à-dire les catholiques traditionnalistes contre le mariage pour tous et puis les néo-nazis tous les groupuscules les plus violents qui venaient faire le service d'ordre de ces manifestations et ces gens-là se sont retrouvés en 2013-2014 alors qu'ils s'ignoraient auparavant et Éric Zemmour est un peu l'enfant de tout cela d'une certaine façon comme Marion Maréchal a essayé de l'être elle n'avait pas réussi avant
ça changerait quoi un ralliement de Marion Maréchal à Éric Zemmour puisqu'on a bien compris vous nous avez dit les français se passionnent pas tous depuis des décennies pour la saga des Le Pen le dernier élément aujourd'hui c'est de savoir dans quel camp va basculer Marion Maréchal même si elle envoie de plus en plus de petits signaux de fumée ces dernières semaines en disant je ne voterai pas pour ma tante on a donc compris que si elle votait ce serait plutôt pour Éric Zemmour ça change quoi ?
Spoiler alert il n'y a aucun changement politiquement ça ne change rien Marion Maréchal est déjà exactement sur la même ligne politique que Éric Zemmour les électeurs potentiels de Marion Maréchal sont déjà des électeurs d'Éric Zemmour donc elle n'apporte rien en termes politiques elle apporte médiatiquement elle fait vivre la saga Le Pen elle rallie la saga Le Pen à la saga Zemmour c'est ça que ça apporte et en ce moment nous vivons sous l'ère du médiatique beaucoup plus que du politique la grande majorité et 75% des français ne pensent plus en termes politiques purs idéologiques ils pensent en termes de qu'est-ce que je vois à la télé et qu'est-ce que je vais en faire de cela et Marion Maréchal elle apporte ça elle apporte je dirais la queue de la saga Le Pen elle dit regardez Éric Zemmour a une forme de légitimité le péniste puisque moi même si elle a changé de nom qui vient de cette famille je le rallie puisque je suis moi aussi pour le rassemblement des droites comme l'était Bruno Maigret comme les Jean-Yves Le Galou qui je le rappelle est le principal conseiller aujourd'hui d'Éric Zemmour et qui est le fondateur du club de l'horloge ce groupe de la nouvelle droite qui voulait faire cela ce rassemblement des droites les plus durs
si on continue sur les différences sur le fond Éric Zemmour a axé son programme sur l'immigration et l'islam alors que cette fois-ci Marine Le Pen elle met l'accent sur le pouvoir d'achat est-ce qu'elle fait bien de faire ça ?
d'une certaine façon j'ai envie de vous dire ce qui est hallucinant c'est qu'Éric Zemmour parle de choses dont les français au fond se fichent un peu quand on leur demande aujourd'hui les français quels sont moi je suis sociologue je regarde les choses à long terme les sujets d'inquiétude la santé les inégalités la crise climatique et voilà
mais quand vous rappelez ça Éric Zemmour comme on l'a fait quand il est venu sur ce plateau il dit mais vous vous trompez les français mettent le pouvoir d'achat en un mais si vous les questionnez sur est-ce qu'il faut donner l'argent aux français aux étrangers ils vous disent aux français la santé c'est la même chose ils disent en fait derrière chaque sujet il y a l'immigration et il y a pour lui l'ombre du grand remplacement
mon laboratoire sort à l'état des valeurs des français tous les 10 ans à peu près le dernier vient de sortir il y a quelques années il y a 2-3 ans 2019 nous voyons bien que les français sont de moins en moins racistes de moins en moins islamophobes de moins en moins contre les voilà par contre il y a une ambiance en termes de communication et de médias qui oui en effet peut jouer sur les peurs et ça c'est un autre phénomène de la même façon que nous sommes de plus en plus riches mais que nous voulons de plus en plus de richesses Ingelart l'a très bien expliqué Ronald Ingelart ça s'appelle c'est la loi de la frustration relative nous voyons à la télévision des gens qui sont bien plus riches on veut toujours être plus riches il y a plein de règles en sociologie qui démontrent ça très très bien Eric Zemmour travaille et c'est normal c'est son job dans le champ politique il travaille sur les peurs les angoisses et les frustrations et d'une certaine façon il les incarne lui-même assez bien et donc dans ce cadre là Max Weber nous expliquait le pauvre petit blanc a toujours peur de perdre son travail quand des noirs sont libérés de l'esclavage aux Etats-Unis et donc ils vont créer le Ku Klux Klan et oui bien sûr donc ce besoin de rénover son honneur ethnique qui existe dans toute l'Europe et dans le monde entier qu'on voit en Inde avec les nationalistes hindouistes qu'on voit au Brésil qu'on voit aux Etats-Unis il touche également la France Eric Zemmour joue de cela mais ça ne veut pas dire que les préoccupations des français sont celles-là ça veut dire que il est plus facile d'instrumentaliser ces peurs-là pour dire que l'immigration et l'insécurité et le chômage à l'époque de Jean-Marie Le Pen étaient liés et qu'il fallait pour ça trouver un bouc émissaire et le plus facile à l'époque c'était l'immigré aujourd'hui c'est l'islamiste ou l'islam ou le musulman mais néanmoins ce ne sont pas ça les principales préoccupations des français
Erwan Lecoeur politologue, sociologue vous restez avec nous on va parler dans un instant d'un autre phénomène marquant de cette pré-campagne présidentielle c'est l'abstention on l'a abordé rapidement tout à l'heure certains des instituts y compris celui avec lequel France Info travaille c'est-à-dire Ipsos annonce une abstention qui pourrait être record pour une élection présidentielle dans un peu plus de deux mois on verra s'il y a un portrait robot de la France abstentionniste et ce qu'on peut faire aussi éventuellement pour ramener les électeurs aux urnes dans deux mois dans un instant le fil info tout d'abord 8h52
C'est un effet secondaire de la pandémie les français toujours plus dépendants de leurs écrans la moitié des adultes et des enfants passent plus de temps devant leur ordinateur leur tablette ou leur smartphone depuis la crise sanitaire c'est ce que nous dit une étude de l'Union Nationale des Associations Familiales il avait autorisé la vente d'Alstom en tant que ministre de l'économie 7 ans après le président Emmanuel Macron exige son rachat par la France les installations nucléaires de Belfort doivent revenir sous pavillon tricolore EDF doit acter ce rachat à General Electric aujourd'hui pour 240 millions d'euros à l'étranger le maire d'Ottawa déclare l'état d'urgence la capitale canadienne paralysée depuis plus d'une semaine par les opposants aux mesures sanitaires des dizaines de poids lourds et des manifestants bloquent les rues les chances de médailles envolées pour Tessa Worley la skieuse française victime d'une chute ce matin en deuxième manche du géant plus tôt tout à l'heure le VT1 Johan Claret 41 ans a décroché la deuxième médaille française l'argent en descente en marche de ses Jeux Olympiques de Pékin Peng Shuai sort du silence première interview à un média international dans les colonnes de l'équipe la joueuse de tennis chinoise qui avait accusé de viol un haut dirigeant communiste assure aujourd'hui qu'elle n'a jamais disparu et réfute avoir subi une quelconque agression sexuelle France Info Le 830 France Info Salia Brakia Marc Fauvel Toujours avec Erwan Lecoeur politologue spécialiste de l'extrême droite les instituts de sondage prédisent une abstention qui pourrait battre des records pour cette élection présidentielle pourquoi une partie des français ne veut plus voter ?
Alors ça c'est un phénomène de long terme on le voit depuis une vingtaine une trentaine d'années maintenant à à peu près toutes les élections il y a une baisse de la participation principalement chez les jeunes mais pas que énormément chez les catégories les plus populaires également ce qui pose de sérieux problèmes en termes d'équilibre aussi puisque d'une certaine façon si vous prenez les jeunes les catégories populaires et tout un tas d'autres phénomènes sociologiques alors vous avez une abstention qui va profiter à un camp ou à un autre Alors là dans ce cas là
qui profite de l'abstention ?
Aujourd'hui très clairement c'est plutôt le camp de la droite si tenté que l'on puisse encore parler de droite et de gauche c'est plutôt le camp du conservatisme et de la conservation qui profite clairement très nettement et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle
vous mettez qui dans ce camp là ?
En gros tout ce qui est à droite d'Emmanuel Macron pour le dire très très bien Emmanuel Macron en profite lui aussi ?
Oui il en profite également puisqu'il est dans le statu quo je dirais que si on regardait la France aujourd'hui on a trois grands camps on a le camp du statu quo le camp de libéralisme techno-libéral et gestionnaire avec Emmanuel Macron et quelques autres une portion du PS une portion de LR on a un camp de la conservation voire réactionnaire un camp de la droite identitaire dont on a parlé dont on vient de parler et puis il y a un camp qui n'arrive pas à se constituer qui regroupe en gros la sociale-écologie pour le dire rapidement en termes sociologiques avec des gens qui se reconnaissent dans ces idées-là qui pèsent lui aussi 35% à peu près il pèse très lourd mais par contre politiquement il n'est pas du tout
vous mettez Mélenchon dedans aussi ?
Oui bien sûr Mélenchon, les écologistes ce qui reste d'une partie du PS une partie de la gauche mais pas que parce qu'il y a aussi des gens de gauche qui sont clairement pas du tout écologistes
Pour en revenir à l'abstention c'est un mouvement inéluctable on peut rien faire on doit juste compter les chiffres élection après élection
Ce n'est absolument pas inéluctable et il faut justement c'est un des problèmes depuis 20 ans c'est qu'on s'habitue à ce qu'une partie des gens ne participe plus ni au vote ni à tout un tas d'autres choses parce qu'il n'y a pas que l'abstention c'est un problème démocratique beaucoup plus général beaucoup plus global il y a en effet eu des trahisons démocratiques on pense bien sûr au TCE au traité constitutionnel européen 2005 on pense aussi au fait que les alternances gauche-droite n'ont pas donné d'alternance dans les politiques on peut aussi penser au fait qu'au niveau local il y a de plus en plus de choses qui sont inventives qui sont intéressantes et qui au niveau national ne fonctionnent pas du tout et qui sont même pas du tout regardés par le niveau national je veux dire la participation par exemple le phénomène même de la participation des citoyens pour faire en sorte qu'ils puissent participer en amont une fois tous les 5 ans à la présidentielle puis enfin on a un problème dans notre pays on a le mode de scrutin le type de scrutin le scrutin présidentiel écrase tout et on le voit bien en ce moment on a 3 parties qui concourent en gros pour le dire rapidement mais qui n'ont aucune assise électorale de terrain LREM France Insoumise et Rassemblement National on le dit rapidement personne sur le terrain quasiment et puis on a la droite traditionnelle la gauche traditionnelle et les écologistes qui sont très présents sur le terrain et qui n'ont quasiment aucune chance en tout cas sauf peut-être Mme Pécresse maintenant au niveau national donc on a une France qui est paradoxalement coupée en deux de façon un peu étrange où en gros les choses sérieuses locales on les donne à des gens sérieux et puis on va s'amuser entre guillemets de façon très médiatique et très je dirais culturelle au niveau de la présidentielle à donner le pouvoir à des gens qui au niveau local n'ont pas les manettes et donc on a une politique qui marche un peu sur la tête qui est tenue d'en haut de Paris on a un pays très centralisé également on n'a pas les mêmes phénomènes dans d'autres pays comme l'Allemagne par exemple où le mode de scrutin est différent c'est plus proportionnel ça représente peut-être plus l'état d'esprit du pays du moment aujourd'hui on a l'impression qu'en effet nous sommes dans un pays de paradoxe et démocratiquement nous sommes un pays paradoxal
certains disent que l'une des solutions à l'abstention c'est d'abaisser le droit de vote à 16 ans est-ce que c'est une solution est-ce qu'ils ont raison de dire ça ?
ou est-ce qu'on ajoute
des abstentionnistes aux abstentionnistes en faisant ça ?
pour le moment sans rien changer d'autre on ajouterait des abstentionnistes je pense qu'il vaudrait beaucoup mieux faire beaucoup plus d'éducation civique et permettre aux gens dès l'âge de 16 ans même de 15 ans puisque la majorité politique est à 15 ans on a le droit d'adhérer à un parti mais on n'a rien de droit d'autre en France c'est beaucoup plus les gens les jeunes mais pas seulement à la vie de la société et c'est un autre problème alors là on pourrait imaginer par exemple un service citoyen qui permettrait de passer du temps à rendre service aux autres et à s'occuper des vrais problèmes qui concernent les français la santé l'environnement l'égalité tous ces sujets qui concernent vraiment les français et qui ne sont pas tellement débattus pendant cette présidentielle
Merci Erwan Lecoeur sociologue, politologue spécialiste de l'extrême droite et du populisme invité ce matin au micro de France Info merci à vous Merci à vous Si vous aimez le 830 France Info on vous conseille Élisez la bataille le podcast du service politique de France Info pour tout savoir sur la présidentielle et ses coulisses à découvrir sur votre appli de podcast préféré et sur franceinfo.fr Merci à vous
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