Moyen-Orient : la guerre menace-t-elle l’agriculture européenne ? | 28 minutes | ARTE
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Voilà des semaines qu'ils sont bloqués, interdit de navigation dans le détroit d'Ormuz. Plus de 600 bateaux devraient pouvoir lever l'ancre à la faveur de l'accord entre Washington et Téhéran annoncé la nuit dernière. Passage stratégique, le détroit d'Ormuz permet on le sait l'acheminement des hydrocarbures mais pas seulement.
Un tiers du transport maritime mondial des engrais y transite. Les agriculteurs d'Asie, d'Afrique et de l'Europe sont donc directement impactés par la guerre en Iran. Hier, ces membres de la coordination rurale des Yvelines ont délaissé les travaux des champs du printemps pour alerter sur les difficultés qui s'accumulent.
Avec la guerre au Moyen-Orient là, on a les prix des carburants qui ont explosé, le prix des engrais qui ont explosé. Et là, ça nous coûte réellement de l'argent et déjà que les trésoreries sont plus mal là depuis la guerre en Ukraine, ça fait 4-5 ans qu'on on s'en sort plus quoi. En 2022, l'invasion russe de l'Ukraine avait déjà mis en exergue la dépendance de l'Europe aux importations d'engrais et de gaz russes qui sert à leur fabrication.
Une réunion se tiendra à Bruxelles lundi prochain pour échafauder des solutions. L'Union européenne n'est pas autonome souveraine en matière d'engrais. Nous ne produisons que 40 % des engrais.
Donc il faut progresser dans la souveraineté. Il faut un plan engrais évidemment. Alors comment inciter à produire des engrais sur le sol ?
Quelles alternatives moins coûteuses, plus naturelles ou plus respectueuses de l'environnement mettre en ? Nos trois invités pour ce débat, Benoît Biteau, bonsoir. Vous êtes paysan bio, agronome et vous êtes aussi député écologiste de Charente-Maritime. ?
Alors j'élève des des vaches, des chèvres, des chevaux de trait, des poneys du Poitou, des poules pondeuses, mais je suis aussi producteur de céréales en grande culture, 18 espèces dédiées à l'alimentation humaine. Très bien. Et selon vous, Benoît Biteau, la hausse des prix des engrais va faire exploser les coûts de production agricole.
Vous êtes bien placé pour pouvoir le dire. L'Europe est trop dépendante des importations. On avait pourtant tiré la sonnette d'alarme, ajoutez-vous, au début de la guerre en Ukraine en 2022.
Emmanuel Ducrot, bonsoir, journaliste économique pour le quotidien L'Opinion, spécialiste des questions agricoles. Selon vous, l'Europe a des plans pour développer des engrais européens, mais si on veut relocaliser leur fabrication, il faut miser sur les engrais décarbonés, et ça, c'est compliqué. On nous expliquera évidemment pourquoi au cours du débat.
Et à côté de vous, Aurélie Catelot, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes directrice du programme Agriculture et Alimentation France à l'Institut du Développement Durable et des Relations Internationales, l'Iddri.
Selon vous, on peut utiliser moins d'engrais pour un même rendement, mais la vraie question, c'est de repenser complètement, ajoutez-vous, les systèmes de production pour diminuer la place des engrais chimiques de synthèse. Et on démarre on démarre le débat avec le chiffre du jour, Benjamin. 30 % des engrais mondiaux transitent par le détroit d'Ormuz, un détroit fermé depuis le 28 février, début de la guerre contre l'Iran.
Il vient de rouvrir aujourd'hui. Le trafic des engrais venant notamment d'Inde, de Chine, du Pakistan ou du Bangladesh, très gros producteurs, va pouvoir reprendre. Benoît Biteau, c'est un soulagement pour vous ou en fait vos factures ont déjà ?
Vous êtes déjà impacté par ce qui s'est passé. Moi, je suis pas impacté parce que je n'en utilise pas. Pas du ?
Je vais parler Non, du tout. Mais je vais parler des agriculteurs, c'est-à-dire que malheureusement, et ça et je j'aurais pu aussi prendre la citation d'Aurélie, hein. Depuis 2022, on aurait dû s'interroger de de comment, quelle trajectoire on fait pour essayer de s'affranchir de cette dépendance, parce que on a une vraie addiction.
Et donc effectivement, ceux qui n'ont pas réussi à faire cette bifurcation des systèmes agricoles et qui sont toujours dépendants des engrais, ça leur coûte énormément cher. Alors, il y a le problème de la disponibilité, mais il y a le problème du prix. Oui.
Et donc là, il y a il y a vraiment quelque chose à réinventer. Euh, il y a les les réponses techno-solutionnistes qui qui qui qui consistent à dire on va faire des engrais décarbonés. Moi, je pense qu'il faut surtout réfléchir au système de production qui s'affranchit de ces engrais.
Ouais. Mais vous avez des collègues qui ont déjà des factures qui ont augmenté, si on comprend bien. c'est c'est c'est évident.
C'est évident. Et Aurélie Catala, et ben en fait, on dit la guerre en Ukraine avait déjà révélé notre faiblesse vis-à-vis des engrais. Et là, c'est un nouvel avertissement avec la guerre au Moyen-Orient, ça a mis en en évidence notre dépendance aux importations d'engrais, 60 % pour l'Union européenne, c'est énorme.
Oui, tout à fait. Et ce chiffre, il est il est même un petit peu plus élevé pour la France, puisque la France, elle importe deux tiers des engrais des engrais chimiques qu'elle consomme. Euh, donc on a une véritable dépendance stratégique à l'importation sur les engrais chimiques.
C'est vrai que on avait déjà eu des événements des précédents aléas qui nous avaient averti sur les risques que que qu'on que l'agriculture française court avec ces niveaux de dépendance. Aujourd'hui, on a un nouvel épisode géopolitique qui nous le rappelle. Et donc, c'est vraiment important, je pense, de profiter des prochaines occasions politiques au niveau français au niveau européen pour euh non pas blâmer les agriculteurs de leur niveau de consommation d'engrais, mais pour se dire comment est-ce que collectivement on peut faire en sorte de re-regagner ce que j'appelle en souveraineté azotée, c'est-à-dire la capacité de l'Union européenne et de la France à euh répondre aux besoins d'azote avec ses propres productions.
À propos de l'Union européenne, Emmanuel Ducros, dans un papier publié hier, vous aviez des mots très très durs. Vous dites on a rien appris de la guerre en Ukraine de 2022, angélisme, impréparation de la part de l'Union européenne. Vous êtes d'accord, ?
Ça arrive. Ça va ? Vous êtes ?
Euh, en fait, il y a une chose qu'on doit dire d'abord, c'est que les plantes ont besoin de nutriments, d'azote, de potasse et de phosphate. Ça, c'est une réalité sur toute la planète et d'une manière ou d'une autre, on doit leur en donner. Alors, c'est avec des engrais comme ceux-là azotés, mais ça peut être avec des engrais organiques.
Il se trouve que ceux qu'on a en Europe sont très bien utilisés. Donc, pour l'instant, on est quand même dans cette équation, elles ont de toute façon besoin de ces nutriments qu'on apporte d'une manière ou d'une autre. de ?
De ? De On parle de toutes les cultures, mais on parle essentiellement des céréales en l'occurrence, mais de toutes les cultures. Blé, maïs, enfin, moins pour le soja.
Après, on a des plantes qui en ont moins besoin. Par exemple, on a Si on a par exemple des légumineuses, elles elles vont plutôt tendance à aller chercher de l'azote dans l'air et à la ramener dans le sol. Donc, ça, c'est une partie agronomique de la solution, mais il y a rien de magique.
Alors, oui, La préparation et l'angélisme, on en reparle. Oui, parce que en fait, on a une double dépendance sur les engrais. On a la dépendance aux solutions azotées, c'est-à-dire à l'urée à ces et à ces et à ces composants.
Donc, là, on est dépendant à hauteur de 60 % en Europe, mais on a une autre dépendance, celle du gaz, parce que l'engrais, c'est un co-produit du gaz. Donc, en fait, on est dans cette double dépendance. Alors, je me doute que on ne sera pas d'accord sur la manière de régler le problème et que effectivement les engrais décarbonés sont peut-être pas la solution que vous préférez.
Mais il se trouve que quand même, on en aura besoin de ces engrais décarbonés, parce que l'autre problème des engrais azotés, c'est qu'ils sont très émetteurs de carbone dans leur cycle de fabrication et dans leur usage, parce qu'on a une partie de cet azote qu'on apporte aux plantes qui s'en va. En Europe, c'est 40 % et on est les meilleurs du monde sur la manière de d'apporter cet azote aux aux plantes. Donc, on a en théorie des solutions pour faire des engrais décarbonés.
Alors, soit on capte du carbone en amont, ce qui est pas une Enfin, voilà, c'est pas magique. aux solutions tout à l'heure. Mais en tout cas, ça va coûter très cher.
Et l'Europe ne s'y est pas préparée correctement. ne s'y est pas préparée. D'accord.
Bon, puis alors, il y a un autre problème, on va en parler avec vous trois et avec Anna évidemment, c'est la taxe carbone aux frontières, le MACF. MACF, mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, qu'on appelle aussi donc taxe carbone aux frontières, un instrument qui vise avant tout à protéger les entreprises européennes des concurrents étrangers qui n'ont pas les mêmes normes environnementales que celles qui sont utilisées dans l'Union européenne. Ce mécanisme, il s'inscrit dans le pacte vert qui doit permettre à l'Union européenne d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.
La taxe, elle a commencé à s'appliquer en octobre 2023, puis elle s'est généralisée au 1er janvier 2026 et dès lors, tous les produits importés en Europe que je vais citer, acier, fer, ciment, aluminium, électricité, hydrogène et bien sûr les engrais, tous ces produits qui dépassent les quotas d'émissions de carbone définis par l'Union européenne sont soumis à une surtaxe qui tourne en ce moment autour de 83 euros la tonne de CO2, euh ce qui fait naturellement augmenter euh les prix des engrais importés et qui impactent directement les coûts de production des agriculteurs. Et d'ailleurs, les syndicats de paysans français estiment ce surcoût à 4000 euros par ferme par an. La ministre française de l'Agriculture, Agnès Pannier-Runacher, C'est une moyenne 4000. moyenne, en moyenne, tout à fait.
La ministre française de l'Agriculture et ses homologues italiens et croates ont donc demandé la suspension de ce texte qui leur a été refusée par Bruxelles au motif que cela pénaliserait les producteurs vertueux d'engrais européens. En revanche, la Commission envisage d'utiliser les recettes de cette taxe carbone pour amortir les chocs financiers, par exemple, en stabilisant les prix des engrais. Aurélie Catelot, est-ce que selon vous, c'est la bonne solution à la fois pour préserver euh les agriculteurs, mais en même temps nos normes environnementales ?
Oui, le le Il y a une taxe qui s'applique sur les fabricants européens d'engrais et le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, il vise à imposer cette taxe sur les importations d'engrais en provenance de pays tiers. Autrement dit, c'est une forme d'application d'un principe qui est assez consensuel en France, qui est celui de la réciprocité des normes. Par exemple, on dit on ne veut pas d'importation de poulets moins chers euh qui ne respectent pas nos standards environnementaux.
Le MACF sur les engrais, c'est la c'est l'application du même principe sur cette fois non pas un produit alimentaire, mais un intrant nécessaire à à fabrication. Donc sur le principe, ça me semble être cohérent si on veut de la réciprocité des normes d'aussi l'appliquer sur un produit comme les engrais. Maintenant dire est-ce qu'il y a eu un déficit de bonne communication, d'anticipation parce qu'en fait ça fait 3 ans qu'on le sait que ce mécanisme est censé s'appliquer aux engrais. que vous allez dire oui.
Et est-ce que exactement, on a eu aussi un déficit éventuellement d'accompagnement des agriculteurs qui font face à à à l'entrée en vigueur de ce MACF sur les ? Oui, ça on peut l'entendre. Par contre, il faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain si on veut porter la réciprocité des normes, alors soyons cohérents jusqu'au bout et on l'applique aussi sur les engrais.
C'est c'est écolo Benoît Biteau mais ça vient porter préjudice là aussi à vos collègues qui utilisent des engrais. Cette cette taxe là, est-ce que vous en demandez vous aussi euh la la ? Non non, moi je je alors là je je il faut surtout pas supprimer cette ce mécanisme là.
Incroyable. Parce que parce qu'il est vertueux, c'est c'est effectivement de la réciprocité. On peut pas demander des clauses miroirs, des mesures miroirs sur des productions alimentaires et et et avoir une gestion différenciée de de la taxe carbone, c'est c'est c'est pas possible.
Mais ça va augmenter pardon très concrètement ça ce ce genre de taxe ça va augmenter aussi ce qu'il y aura dans nos assiettes aussi parce que entre les engrais le prix des engrais et les taxes qu'on ajoute, ça va coûter cher au consommateur très concrètement. Oui, ça peut coûter mais ça constitue des enveloppes publiques, ça ça constitue des ressources propres pour l'Union européenne. Et et moi j'étais député européen au moment où on a réfléchi à cette à cette ajustement carbone et et je l'ai défendu tout simplement parce que je pense que c'est par les ressources propres qu'on trouvera aussi les moyens d'engager l'accompagnement de la bifurcation agricole pour se sortir de de de cette dépendance aux engrais qui viennent des pays tiers extérieurs à l'Europe.
Donc c'est c'est un mécanisme qui doit nous aider, qui doit être utilisé pour accompagner la bifurcation agricole parce que aujourd'hui ce qui menace la souveraineté alimentaire dont tout le monde parle, c'est pas la difficulté d'accéder à des engrais, c'est pas la disparition d'une molécule, c'est l'effondrement de la biodiversité et le dérèglement climatique contre lequel on s'attaque frontalement avec la MACF. Donc, il faut il faut quand même prendre de la hauteur par rapport à ça et s'attaquer aux vraies causes de ce qui menace réellement la souveraineté alimentaire. terme, c'est ça.
Mais bien sûr, c'est mais l'intérêt de la MACF, c'est c'est c'est une projection à long terme. On n'est pas sur du court terme ici quand on fait ça. Emmanuel Ducros, pourquoi il y a pas de fabricants d'engrais ?
Il y en a. Il y en a mais ils ferment, c'est ce que vous relevez dans le temps, ils ferment. Ouais, ils ferment.
En France et dans d'autres pays d'Europe ? en 4 ans 10 % de nos capacités de production d'engrais azotés définitivement et on a une partie des chaînes de fabrication qui sont à l'arrêt. ?
Parce que les prix du gaz ont tellement augmenté que les fabrications ne sont plus compétitives. Et donc en fait, on est on est dans un paradoxe parce que le MACF, l'autre aspect qui était celui de rééquilibrer comme vous le disiez, c'était aussi de redonner de l'air aux fabricants européens pour qu'ils puissent investir dans des nouveaux projets plus vertueux, plus décarbonés. Mais sauf que c'est comme ça arrive à contretemps, on personne n'est contre cette mesure MACF, c'est c'est plutôt une très très bonne idée.
Simplement, elle arrive dans un contexte économique qui est tellement perturbé que elle elle est inefficace. Et qu'on n'a pas prévu la suite, c'est-à-dire des plans d'investissement. Alors quelles alternatives aux ?
Vous en parliez Benoît Biteau, est-ce qu'ils ? Notre urine, ça serait pratique et sans limite. Pourquoi ?
Regardez cet extrait d'un reportage de France 3. L'idée peut faire sourire, mais elle est prise très au sérieux par l'entreprise Label Verte missionnée par la région et l'ADEME pour mesurer les atouts de ce fertilisant naturel. Cette station de recherche agricole a comparé l'efficacité de l'urine avec un engrais chimique sur quatre variétés végétales.
C'était très satisfaisant puisque du coup euh l'urine a donné euh les mêmes résultats, était tout aussi qualitatif que les autres engrais euh déjà utilisés sur le marché. Une étape supplémentaire vient d'être franchie chez ce pépiniériste, le premier à exploiter sur ses cultures l'urine stockée depuis des mois. Diluée et transmis quotidiennement par goutte-à-goutte, le liquide a remplacé l'engrais biologique. pas.
C'est là où vous allez peut-être pas être d'accord en théorie du cas c'est réaliste ou ? Bien sûr, ça peut faire partie des pistes à explorer. Globalement, la la la question qu'il faut se poser, c'est comment est-ce que l'Union européenne peut répondre à ses besoins en azote.
Trois leviers. Le premier, c'est la sobriété. Les agriculteurs ont déjà fait des efforts pour réduire leur utilisation d'engrais chimiques, mais on a un objectif de diviser par deux cette utilisation d'engrais chimique à horizon 2050 qui nous est fixé par la stratégie nationale bas carbone.
Il faut continuer dans cette dans cette voie, il faut optimiser les pratiques. Deuxième levier, ce sont les leviers agronomiques que Madame Ducrot notamment déjà évoqué, c'est-à-dire la polyculture élevage pour utiliser les effluents d'élevage et redéployer les légumineuses qui fixent naturellement l'azote de l'air. Et troisième piste qu'on peut explorer, c'est toute nouvelle technique ou technologie qui présente un bilan environnemental vertueux.
Alors peut-être pour partie, posons-nous la question de est-ce qu'on peut faire des engrais décarbonés avec de ? Ça peut être une piste à considérer, mais il y a d'autres choses. Ça peut être le recyclage des urines humaines, ça peut être aussi le développement de de de d'enzymes qui vont fixer l'azote dans le sol.
Il y a d'autres techniques. Ça ça fait partie du paquet de solutions, mais par contre, il ne faut pas que ces solutions techniques ou technologiques nous privent de de s'attaquer de front aux deux premiers leviers, sobriété et agronomie. Benoît Biteau, vous utilisez urine humaine ou animale ou ça vous semble ?
On voyait Anna nous faisait remarquer la pépinière sur l'étoile de ces jeunes d'utopistes. Mais ça peut pas se faire à échelle Moi moi je je je je je je condamne pas ou je repousse pas cette solution là. Moi j'ai une préférence, vous l'avez vous l'avez dit dans ma dans la dans la présentation, je suis agronome.
Et moi j'ai moi ma préférence, elle va vers l'agronomie. Et je vous l'ai dit tout à l'heure, ce qui menace la souveraineté alimentaire, c'est le dérèglement climatique et l'effondrement de la biodiversité. Et bien quand on s'attaque au dérèglement climatique, on on on fait le constat qu'on doit reculer sur la dépendance aux engrais parce que pour faire 1 kg d'azote, il faut et Emmanuel Macron l'a dit, il faut 1,5 L de gaz ou de pétrole pour faire 1 kg d'azote.
Quand on en utilise 200 à 300 kg sur des cultures comme le blé, le maïs, le colza, ça veut dire qu'avant même d'avoir tourné la clé du tracteur, on a déjà une dépendance de 3 à 400 L de pétrole ou de gaz. Donc ça veut dire que l'agriculture Non, laissez-moi finir. Ça veut dire ça veut dire que l'agriculture est pour le moment un problème, elle est aussi victime du dérèglement climatique mais elle peut être la solution si elle arrive à s'affranchir de ses dépendances.
Et donc c'est l'association par exemple Aurélie a ouvert la voie, c'est l'association je fais attention, c'est la c'est c'est l'association de légumineuses avec des des des non légumineuses dans la même parcelle et et quand on n'a pas utilisé de pesticides, quand on n'a pas utilisé d'engrais de synthèse, qu'on a restauré la vie du sol et qu'on a fait le choix de variétés locales et anciennes, on se rend compte que les variétés enfin les les ces ces plantes-là communiquent entre elles et on peut avoir un transfert d'azote d'une légumineuse qui fixe l'azote atmosphérique 80 % A un moment donné, ils vont ils vont ils vont buter. On peut pas d'un côté condamner le prix de la difficulté de s'approvisionner en en engrais azotés, le prix des engrais azotés et balayer d'un revers de la main les solutions agronomiques. Et donc 80 % de l'atmosphère qu'on respire est composée d'azote et on a des plantes qui savent la fixer.
C'est vrai qu'on on ne cesse de nous dire euh qu'il y a des potentiels effets toxiques de ces engrais. Comment se fait-il que depuis des années on n'a pas évolué vers des engrais plus naturels ou pour vous c'est pas ? Bah il faut surtout pas mélanger tous les engrais parce que là vous parlez d'engrais au phosphate et là nous on parle d'engrais au à l'azote, c'est pas la même chose.
On parle pas du même sujet. Donc moi je veux bien Oui mais là on parle d'azote. On parle de notre dépendance à on parle de notre dépendance à l'azote donc c'est pas le même sujet.
Euh moi ce que je voudrais vraiment dire c'est que il faut se garder de laisser penser qu'il y a des solutions magiques qui pourraient fonctionner partout en France. Selon les modes de production, selon les terroirs, on n'a pas les mêmes besoins en engrais. Selon les comment dire, l'agriculture française, c'est une mosaïque extrêmement complexe de pratiques, d'assolement, de rotation.
Donc en fait, tout ça, c'est des transitions qui sont lentes et il y a pas de solution magique. Donc il faut pas faire croire que on aurait un truc comme ça du jour au lendemain en juste remettant des légumineuses, c'est quand même un petit peu plus complexe. du temps ou ?
Est-ce qu'on aurait pu aller plus vite pour éviter ces ces engrais Mais en fait, moi je suis pas d'accord. pas forcément bon pour notre Je suis pas d'accord pour dire que c'est en soi un problème. C'est il faut réfléchir à toute il faut tirer le fil jusqu'au bout de nos productions.
Qu'est-ce qu'on veut faire de l'agriculture ? On a une agriculture française qui exporte des céréales. De mon point de vue, ce n'est pas un problème parce que le fait d'exporter des céréales, c'est aussi un outil diplomatique, c'est aussi la garantie de stabilité politique dans tout le bassin méditerranéen et si on ne le fait plus, ce sont les Russes qui le font.
Donc il faut tirer les fils de notre modèle agronomique et de notre modèle agricole jusqu'au bout. Sur la dimension géopolitique de notre modèle agronomique. Bien sûr, on a de toute façon oui, on a spécialisé les zones de la planète et notamment le bloc russo-ukrainien sur la production de céréales.
Donc si c'est c'est sûr que si nous n'en produisons pas, eux ils vont les produire. Mais moi ce que je dis, c'est qu'on peut produire des céréales et aussi des légumineuses et le faire dans la même parcelle et ça ça marche très bien et ça fait de la diversité alimentaire, ça fait de l'autonomie et donc ça ça ça règle le problème des dépendances et et et donc on commence à allumer un cercle vertueux. C'est ce que je disais tout à l'heure, l'agriculture peut être responsable du changement climatique climatique, elle peut être victime du dérèglement climatique, mais elle peut aussi apporter la solution du dérèglement climatique.
Aurélie Catalao, tout à l'heure vous parliez d'engrais à base d'hydrogène. Est-ce que ça ça rentre dans la grande famille des engrais décarbonés et est-ce que ça peut ? Oui, ça rentre théoriquement dans cette grande famille là.
Aujourd'hui par contre, c'est vraiment une technologie qui en est des à des stades balbutiants dans l'Union Européenne et pour lesquels on est loin d'être très au clair sur la faisabilité économique et technique d'un grand passage à l'échelle. On peut se Enfin, c'est ce que je disais tout à l'heure, explorons l'opportunité de le faire, mais par contre, dans tous les cas, que ce soit opportun ou pas, on on ne peut pas substituer nos importations d'engrais par cette technologie qui n'est pas du tout disponible en quantité et économiquement abordable. Donc, c'est pour ça qu'on a besoin absolument de réfléchir aussi à la réduction de nos usages et aux leviers agronomiques.
Sur la réduction des usages, alors Emmanuel sur la réduction des usages, vous êtes d'accord avec ça ou ? Il faut aller plus loin, plus ? Évidemment, enfin oui, évidemment, personne ne ne dit le contraire.
La réduction des usages, elle est Mais il y a pas d'objectifs nationaux ou de plan Si il y a il y a Bah si, il y a un un objectif européen, Aurélie Catala l'a l'a mentionné, de division par deux des usages. D'ici à quel horizon, ? 2050.
Donc, on sait qu'on y ira. Alors, on a la chance de vivre en une dans une époque où on a des solutions technologiques qui peuvent apporter des réponses. C'est-à-dire que on connaît désormais des cartographies hyper précises des parcelles, on sait où il y a des besoins, on sait où il y en a pas besoin, on sait où il y en a moins besoin, on sait de quoi il y a besoin où.
Et ça, ça veut dire qu'on peut faire des épandages d'engrais hyper fins. Et on connaît aussi de mieux en mieux la biologie des plantes, c'est-à-dire que l'azote, les plantes en ont besoin quand elles font leurs feuilles. Donc en fait, on on sait à quel moment le mettre théoriquement et mais c'est des modèles qu'on doit adapter en permanence parce que le changement climatique fait que les feuilles n'arrivent plus exactement au même moment qu'avant.
Donc en fait, c'est la connaissance fine, énormément de données qui va donner des réponses. Mais encore une fois, c'est c'est c'est fin et c'est lent. Hmm.
Alors, pour vous faire sourire tous les trois, regardez notre archive, elle date de 1959, ça a été filmé en Inde, une démonstration si la musique adoucit les mœurs, elle pourrait aussi peut-être servir d'engrais pour les plantes, en tout cas, les faire pousser. On est en 59, effectivement. La musique adoucit les mœurs, dit le proverbe.
Son rôle ne s'arrête pas là. Aujourd'hui, les laboratoires de l'université indienne d'Annamalai étudient l'action des ondes musicales sur la croissance des plantes. Il apparaît en effet que les vibrations produites par des sons musicaux déterminent une amélioration surprenante dans la rapidité et l'ampleur de la pousse de n'importe quelle plante.
Tels exemples montrant la différence entre une plante laissée à l'action de la nature et une autre traitée à la musique sont particulièrement suggestifs. Et l'on peut imaginer le temps proche où les champs seront parcourus par des charmeurs de plantes répandant leur engrais musical. Bah, Benoît Biteau, je suis pas sûr que vous utilisez la musique, vous, mais vous utilisez quoi, ?
Le le fumier, le ? Qu'est-ce que qu'est-ce que vous ? Et est-ce que du coup, ça facilite aussi vos relations avec les ?
On sait qu'il y a des Français qui se retrouvent autour de champs et qui s'inquiètent de l'épandage d'engrais. Ben, moi, je je je revendique être sur une structure qui bénéficie de l'agroloving et non pas de l'agrobashing. Ah, alors.
On aime nos paysans. et l'anecdote raconte que que des propriétaires fonciers m'ont même demandé de de de prendre leurs terres pour faire ce que je faisais chez moi, chez eux, euh pour valoriser. Voilà, pour voilà, et que j'ai rétrocédé, moi, depuis que je suis agriculteur, j'ai permis sept installations, justement en prenant du foncier comme ça et en le rétrocédant.
Parce que cet épandage-là, Emmanuel Ducros, ça fait peur à ceux qui sont à proximité de de ces champs, soyons clairs aussi, dans dans les dans dans les villages à proximité en ruralité, non. vraiment peur. Je pense que les gens ont peut-être plus peur des phytosanitaires, mais euh mais les engrais en soi, euh comment dire, ce sont des ce sont des nutriments.
Enfin, c'est c'est de l'azote, de la de la potasse, de la phosphate, c'est des choses qui sont en elles-mêmes relativement inertes. Hmm. Et ben, écoutez, ce sera le mot de la fin pour un débat qui était tout sauf inerte.
Merci à tous les trois.
Benoît Biteau