Michel Barnier, Premier ministre : l'Européen - #cdanslair l'invitée - 05.09.24
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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Est-ce que c'est d'abord un Européen, qu'a choisi E.Macron?
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Quelle est son histoire avec l'Europe?
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Il a beaucoup oeuvré sur ce sujet. Il a redoré l'image de l'Europe en disant que ce n'était pas toujours la faute de l'Europe quand on n'arrive pas à régler des problèmes en interne.
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Dans une tribune, en septembre 2021, il se prononce à propos de la politique migratoire européenne pour un moratoire pour mettre un coup d'arrêt aux dérives et au laisser-aller. On se demande si c'est bien le même M.Barnier que celui qu'on connaissait.
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Un autre mot sur l'Ukraine. Est-ce qu'il est totalement aligné sur les positions du président de la République?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00M.Van RenterghemFait
« Il est à la fois suffisamment européen pour être dans la ligne macroniste, pour rassurer les marchés, Bruxelles, qui vise la France et qui a entamé une procédure pour déficit excessif, mais il est suffisamment critique de l'Europe pour plaire aux europhobes et ne pas subir de motion de censure du RN. »
- 3:00M.Van RenterghemFait
« Il a été 2 fois commissaire européen, 1 fois aux régions et 1 fois au marché intérieur. »
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« Il voulait installer un bouclier constitutionnel sur l'immigration, ce qui revenait à remettre en cause la primauté du droit national, en l'occurrence le droit européen, sur le droit français, ce qui est contraire à la Constitution et qui est la négation de ce que doit être l'Europe. »
- 7:00M.Van RenterghemFait
« La réforme des retraites, c'est la ligne rouge pour E.Macron, pour les marchés, pour Bruxelles. »
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... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue dans "C dans l'air l'invité". La France a un nouveau Premier ministre: M.Barnier.
Nous allons parler ce soir avec M.Van Renterghem, grand reporter et chroniqueuse à "L'Express". Vous avez publié "Le Piège Nord Stream" et suivi longuement l'homme du Brexit.
Vous le connaissez bien. Est-ce que c'est d'abord un Européen, qu'a choisi E.Macron? - M.Van Renterghem: C'est intéressant car c'est un homme qui peut plaire à tout le monde de ce point de vue.
C'est un peu l'homme du "en même temps" européen. Il est à la fois suffisamment européen pour être dans la ligne macroniste, pour rassurer les marchés, Bruxelles, qui vise la France et qui a entamé une procédure pour déficit excessif, mais il est suffisamment critique de l'Europe pour plaire aux europhobes et ne pas subir de motion de censure du RN. - C.Roux: On va rentrer dans le détail de ce "en même temps".
Quelle est son histoire avec l'Europe? Pourquoi dit-on toujours que c'est un Européen? - M.Van Renterghem: C'est un gaulliste social-européen, ce qui le distingue des gaullistes sociaux, comme P.Séguin ou F.Fillon, qui s'étaient opposés au référendum sur le traité de Maastricht.
C'est un véritable européen. Il a été chargé d'Affaires européennes au ministère des Affaires étrangères. Il a été 2 fois commissaire européen, 1 fois aux régions et 1 fois au marché intérieur.
Il s'est engagé pour le traité de Maastricht, pour le traité constitutionnel européen. Il a une ligne parfaitement européenne et il est connu comme négociateur du Brexit, où il a très bien mené sa barque. - C.Roux: C'est vraiment le dossier sur lequel une partie des Français l'a peut-être découvert.
Ca a duré des années. C'était son dossier. Il en a fait un livre.
Sur le Brexit, il a appliqué une méthode. C'était quoi? On dit que c'était l'homme du consensus.
Il y avait aussi une forme de projet à l'époque: la négociation avec la Grande-Bretagne. - M.Van Renterghem: La méthode Barnier, qui est devenue un terme consacré, qui n'avait pas été utilisée auparavant, c'était de parler à tout le monde, aux 27 pays, aux 27 chefs d'Etat et de gouvernement et conseillers divers, et de les tenir au courant en temps et en heure de manière simultanée, ouverte et transparente, sans jouer le couple franco-allemand en premier et les petits pays après.
Il mettait tout le monde ensemble face aux Britanniques qui étaient d'une mauvaise foi exemplaire. On peut comprendre le choix d'E.Macron.
Quand on a connu 2 ex-Premier ministres, dont B.Johnson, qui est un menteur professionnel, 4 négociateurs du Brexit, des Britanniques qui étaient de mauvaise foi, qui faisaient fuiter des fake news, le "Daily Telegraph" qui participait aux mauvaises nouvelles...
Cet homme est rompu aux adversaires et aux partenaires. La méthode Barnier fait en sorte qu'il est capable de travailler avec les contraires. - C.Roux: On a le sentiment que c'est quelqu'un de très maîtrisé.
Je n'ai pas le souvenir de l'avoir vu s'agacer sur un plateau de télé. Il est savoyard. C'est quel type de caractère? - M.Van Renterghem: C'est un montagnard.
Il peut faire penser à A.Merkel, que je connais bien. Un de ses hobbies était de marcher en montagne pendant l'été.
Les montagnards ont la particularité qu'ils ne s'arrêtent pas en cours de route. Il a un autre point commun avec elle: il est mésestimé. On le prend toujours pour un imbécile.
Comme elle. J'ai entendu encore un représentant du RN ce matin à la radio, J.-P.Tanguy, qui disait que c'était l'homme le plus stupide de la politique française, que tout le monde le savait.
On ne disait pas d'A.Merkel qu'elle était stupide, mais on la sous-estimait et on s'en est mordu les doigts. Il continue sa marche.
Si on fait le bilan de son action politique...
Il s'est engagé dès 14 ans. Il était gaulliste dès 14 ans. Il a été conseillé régional...
C'est quelqu'un qui n'a pas eu beaucoup d'échecs, y compris les Jeux Albertville. Il n'a pas beaucoup échoué. - C.Roux: Il est considéré comme un homme qui a un bilan au niveau européen.
Est-ce que, sur l'image que peut avoir l'Europe, y compris chez nous...
Il a beaucoup oeuvré sur ce sujet. Il a redoré l'image de l'Europe en disant que ce n'était pas toujours la faute de l'Europe quand on n'arrive pas à régler des problèmes en interne. - M.Van Renterghem: Il est qualifié d'européiste par ses adversaires europhobes, qui le voient comme l'incarnation du technocrate de la dictature de Bruxelles.
En même temps, ce n'est pas un libéral. C'est même le contraire. Quand il était commissaire au marché intérieur, il a beaucoup appris et fait après la crise financière pour la régularisation des marchés financiers.
Il déplaisait aux Britanniques car il voulait introduire des normes avec un sens de l'Etat. Ca n'est pas un libéral. Il est à la fois les deux.
Il a tiré du Brexit des leçons dans un livre où il dit que pour éviter un autre Brexit, il faut être critique de l'UE. - C.Roux: Dans une tribune, en septembre 2021, il se prononce à propos de la politique migratoire européenne pour un moratoire pour mettre un coup d'arrêt aux dérives et au laisser-aller.
On se demande si c'est bien le même M.Barnier que celui qu'on connaissait. Vous avez pu l'interroger sur ce sujet? - M.Van Renterghem: Oui.
J'ai eu une discussion sur le sujet. Je ne comprenais pas ce tweet. Je ne comprenais pas comment l'homme qui avait été extrêmement ferme pendant les négociations sur le Brexit, contre le cherry picking, l'Europe à la carte...
Les Anglais voulaient un peu d'Europe quand ça leur plaisait et pas d'Europe quand ça ne leur plaisait pas. Là, il voulait installer un bouclier constitutionnel sur l'immigration, ce qui revenait à remettre en cause la primauté du droit national, en l'occurrence le droit européen, sur le droit français, ce qui est contraire à la Constitution et qui est la négation de ce que doit être l'Europe. On n'en finit plus, si chacun fait ce qu'il veut. - C.Roux: Ca lui a été reproché, ici, au niveau européen, avec une grande incompréhension. - M.Van Renterghem: Oui.
Comme ça a beaucoup plu aux europhobes et que c'était la ligne que défendaient les souverainistes, notamment le RN, je pense que cette intrusion sur le terrain europhobe lui a servi pour être désigné Premier ministre. - C.Roux: Est-ce qu'il a su se tisser un réseau de soutiens au niveau des chefs d'Etat pendant ces années? - M.Van Renterghem: Beaucoup.
Notamment pendant ces longues négociations du Brexit, qui ont eu l'avantage pour lui de durer longtemps. Il y a eu 4 ans de négociations pendant lesquels il a fréquenté les chefs d'Etat et de gouvernement. Il a parlé d'égal à égal avec tous les Européens.
Ca lui a donné une stature et une confiance en lui pour atteindre l'un des sommets de l'Etat. - C.Roux: C'est un ambitieux. - M.Van Renterghem: Il en voulait à l'époque à E.Macron, qui disait qu'il avait joué contre lui.
En nommant C.Lagarde... - C.Roux: C'est un écolo.
Il est passé par le ministère de l'Ecologie entre 93 et 95. Il défend une Europe verte. - M.Van Renterghem: Il était un peu comme le prince Charles, à parler d'écologie quand tout le monde trouvait ça ridicule, chichi, cucul la praline.
C'est un Européen avant la lettre. Il est dans cette lignée. - C.Roux: Il va devoir rassurer les marchés financiers, les pays frugaux, ceux qui disent à la France qu'il va falloir rétablir les comptes publics.
C'est un premier message envoyé à ces pays. - M.Van Renterghem: La réforme des retraites, c'est la ligne rouge pour E.Macron, pour les marchés, pour Bruxelles.
En ayant l'expérience des arcanes bruxelloises, du marché intérieur...
Il est très rassurant. Il a le profil. - C.Roux: Ca veut dire que ça annonce peut-être des économies et une politique peut-être pas d'austérité, mais une volonté de rétablissement des finances publiques. - M.Van Renterghem: Avec le "en même temps" pour ne fâcher personne et éviter la motion de censure. - C.Roux: Un autre mot sur l'Ukraine.
Est-ce qu'il est totalement aligné sur les positions du président de la République? - M.Van Renterghem: Je ne l'ai pas entendu sur ce sujet.
Il s'est peut-être exprimé. Je ne l'ai personnellement pas entendu. J'ai impression qu'il est sur la ligne macronienne d'une aide à l'Ukraine.
Il n'est en tout cas pas favorable, en tant que véritable Européen, à V.Poutine. Il n'a aucune ambiguïté de ce point de vue. - C.Roux: Quand vous refaites tout le film de sa carrière politique, si on met de côté son moratoire sur l'immigration, c'est un homme de conviction. - M.Van Renterghem: C'est un homme loyal, qui se targue lui-même de n'avoir jamais insulté aucun de ses adversaires ni de ses ennemis.
C'est assez rare en politique. Je pense qu'il n'y a pas beaucoup d'autres exemples. C'est quelqu'un qui est respecté.
Le pendant de cette loyauté, c'est une forme de mollesse. On peut le considérer comme pas assez ferme. Mais il faut se méfier des Savoyards! - C.Roux: Merci beaucoup.
Cette nomination est intervenue aux alentours de 13h.
Michel Barnier