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interviewLCP (sur YouTube)· 6 juin 2026 13 min

Géraldine Bannier, députée "Les Démocrates" de Mayenne | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Elle a longtemps pris la parole devant des élèves avant de le faire dans l'hémicycle. Entre temps, mon invitée a été élue maire, mais sans vraiment le vouloir, sauf qu'elle a fini par prendre goût à la politique et qu'elle siège désormais au sein du groupe Démocrates à l'Assemblée. Générique --- --- Bonjour Géraldine Bannier. -Bonjour. -Il y a une forme de constance chez vous.

Tous les ans, à la même période, le ou la ministre de la Culture sait que vous allez lui poser la même question sur le même sujet, avec l'espoir d'être enfin entendue sur ce combat que vous menez depuis longtemps. On va revoir ça en images. *-Madame la ministre, hier, le 12 mars, a eu lieu la troisième édition du quart d'heure de lecture national. *Je me souviens l'an passé des paroles qui fusaient ici ou là alors que je vous posais la même question. *"Quinze minutes ?

Mais c'est rien". *C'est rien et c'est beaucoup. *Nous ne saurions nous passer bien longtemps des bienfaits de la lecture, développement cérébral, langagier, capacité d'imagination, de réflexion, pensée critique, etc. *De ceux qui se laissent emporter dans l'univers des livres, certains emprunteront le chemin d'une réussite pas définie à l'avance ou seront sauvés du désespoir grâce à leur seule compagnie. -Une vraie obstination, quand vous avez un sujet en tête, vous ne le lâchez pas.

Pour vous la lecture, c'est la solution de problèmes qui peuvent se poser aujourd'hui chez les élèves ? -C'est un levier d'ascenseur social, c'est un levier qui peut bouleverser des trajectoires. Et moi, je viens d'un milieu où forcément les livres étaient perçus pas forcément positivement.

On me disait parfois : "Tu vas devenir feignante" parce que je lisais et c'est une chose... -Vos parents vous reprochaient de lire trop, c'est ça ? -Oui, on ne va pas trop les...

Evidemment, ils me disaient que "tu vas devenir feignante, fais attention". Mais ils ont compris que j'avais une attraction pour les livres et ils y ont répondu en achetant des livres. C'est vrai que j'achetais plutôt mes livres chez Leclerc que dans la bibliothèque ou la librairie locale, qui n'étaient pas des lieux pour moi.

Mais le livre, c'est ça, ça permet des parcours qui sont hors des sentiers battus. Je n'aime pas qu'on s'enferme dans des cases. C'est sortir des cases. -On va parler un peu de vous.

Vos parents étaient agriculteurs, éleveurs, je crois, c'est ça, votre père éleveur de bovins ? -Eleveur bovin et maman élevait des volailles. Oui, on avait des chevaux aussi, oui. -Et donc, c'est la lecture qui vous a fait bifurquer, peut-être ?

Je ne sais pas. Vous n'avez pas repris la ferme. Clairement, vous avez pris une voie très différente.

Vous êtes devenue prof de français. C'est à la lecture que vous devez ça ? -Oui, les livres, je suis tombée dedans.

Dès que j'avais un livre sous la main, je lisais. Un appétit dingue. Je lisais des livres, mais aussi "L'Avenir agricole", mais aussi le journal "Ouest France".

Je dévorais tout ce qui me tombait sous la main. Et j'ai continué à lire, et évidemment, ça a changé mon parcours. J'adorais l'agriculture.

Je crois qu'à 12 ans, j'adorais les animaux. Je disais à mon père : "Je vais faire agricultrice comme toi." Et il m'a dit : "Toi, tu vas faire autre chose de ta vie." -Ils ne vous en ont pas voulu ?

Souvent, les agriculteurs aiment que leurs enfants se projettent dans le même métier, reprennent l'exploitation familiale qui a pu se transmettre de génération en génération. Vous, non, du coup ? -Ils ne nous ont pas forcés.

J'avais un frère qui aurait pu reprendre aussi, mais lui n'avait pas l'attraction pour les animaux. Moi, j'adorais les animaux, j'avais un jardin. J'aurais pourquoi pas fait agricultrice, mais c'est vrai que nos parents travaillaient énormément.

On ne prenait pas de vacances, très peu. Et donc, je crois qu'ils m'ont aussi transmis l'idée que c'était quand même un métier difficile. Et moi, je reste vraiment en soutien de ce monde agricole dont on a tant besoin. -Vous intervenez aussi beaucoup sur ces questions.

Alors, vous êtes devenue prof de français, de latin et de grec. Et même plus tard, vous êtes devenue agrégée de lettres classiques. J'imagine que vous ne vous projetiez pas vers un mandat de députée, mais qu'est-ce que la prof de français de l'époque aurait demandé à la députée d'aujourd'hui ?

Qu'est-ce qu'elle attendait des politiques ? -De l'authenticité, de la sincérité, un engagement véritable pour les autres. C'est d'ailleurs, j'espère, ce que j'essaie de faire dans mon mandat de députée, mais c'est vrai que chez moi, c'est venu un peu par hasard, le parcours politique.

Moi, j'étais une enfant timide, réservée, Je n'ai pas du tout pensé faire de la politique jeune. Donc, oui, quelque chose qui va changer la société et améliorer les choses pour les autres. -Et donc, la politique est entrée dans votre vie un peu par hasard en 2007.

à l'occasion de la campagne présidentielle de François Bayrou, vous avez pris votre carte au MoDem. Et quelques années plus tard, en 2014, vous êtes devenue maire de Courbeveille, sauf que vous n'étiez pas candidate. -Non, alors j'ai jamais été vraiment candidate.

Donc, en 2007, j'entre au MoDem parce que j'ai des parents chiraquiens et je deviens à 21 ans professeure. On voit très vite que c'est pas les mêmes milieux et mon premier vote aux présidentielles, je me dis soit je vote comme mes parents, soit je vote comme les gens de mon métier, en gros. Et je n'étais pas à l'aise avec ça.

Jospin, Chirac, les deux me paraissaient des hommes d'Etat... -Vous avez coupé la poire en deux. -Voilà, je n'ai pas su voter au premier tour, j'ai su voter au deuxième tour.

Et une amie me dit : "Regarde ce que raconte Bayrou, il sort des clivages droite-gauche" et c'est comme ça que j'entre au MoDem. Et ensuite, j'ai fait des campagnes cantonales, j'ai fait des campagnes aussi législatives en étant suppléante. On m'a demandé d'être suppléante.

Et puis, c'est là qu'arrive 2014, où des gens de ma commune viennent me trouver à domicile en me disant qu'il y avait besoin de conseillers municipaux, "on a vu que tu t'intéressais à la politique, vient nous voir". J'arrive à un conseil municipal qui préparait les élections et là, moi, j'étais en train de préparer mon agrégation. Ce n'était pas du tout le moment.

Je n'ai jamais imaginé être maire. Mais il se trouve qu'il y a eu un coup de théâtre. Le premier adjoint élu maire nous explique qu'il refuse.

Et là, je me suis dit que ce n'était pas possible, ils vont voter pour moi. Et c'est ce qui s'est passé. Sans être candidate.

Et trois ans plus tard, même chose, mais avec les législatives. Vous avez été investie... -Oui, alors là, je pense que j'avais un profil société civile, puisque j'étais la plus jeune maire de mon département, j'étais professeure depuis plus de 15 ans, donc j'avais vraiment ce profil qui correspondait à ce que recherchait Macron, qui voulait faire venir des gens de la société civile un peu différents, un peu qui ne sont pas formatés à être de Sciences Po, collaborateur parlementaire, puis députée.

Moi, je venais vraiment de la société civile. Finalement, les étoiles se sont alignées quelque part et je correspondais à ce qui était recherché. -Vous avez été élue et vous êtes la première femme élue députée dans le département de la Mayenne.

C'est étonnant, ce n'est pas l'image qu'on se fait de ce département. C'est un département macho ? -Oui, je pense ce département a mis du temps à faire évoluer les choses.

C'est un milieu agricole, beaucoup, industriel. Les hommes, dans l'imaginaire local, ont une importance remarquable. C'est vrai que les femmes ont mis un temps fou.

Il y a eu une sénatrice juste avant moi, Elisabeth Doineau. Elle avait commencé à être maire à 22 ans. Elle devient sénatrice à 50 ans.

Moi, je deviens députée et puis on a eu Valérie Hayer qui a été candidate aux européennes. Mais nous sommes les trois premières femmes au niveau, disons, national ou européen à être élues. -A l'Assemblée, vous intervenez souvent sur deux thèmes.

D'un côté tout ce qui est culture et éducation, de l'autre agriculture. Sur la culture, vous avez notamment fait voter une loi pour protéger les petites librairies. des grands groupes Amazon, la Fnac, en imposant un tarif minimum sur les frais de livraison.

C'est-à-dire qu'une fois encore, on en revient aux livres, c'est toujours la même chose ? -Oui, c'était Mme Darcos qui portait cette loi, qui venait du Sénat, et il fallait un rapporteur sur la loi livre. C'est particulièrement mon sujet, donc moi j'étais ravie de prendre la parole pour protéger les libraires.

C'est un sujet qui me tient à coeur car on n'en parle pas assez. Et moi j'ai vu pendant 15 ans dans mes classes le niveau de français ne faire que se dégrader, l'orthographe, mais aussi la maîtrise du vocabulaire. Et je crains qu'une société sans vocabulaire ne bascule vers la violence.

Donc c'est un sujet fondamental et j'étais ravie de travailler sur cette loi Darcos. -Vous êtes aussi mobilisée sur le recrutement des enseignants, sur la situation des écoles en milieu rural, mais aussi sur l'écriture inclusive. Vous avez pris la parole quand le Rassemblement national a déposé une proposition de loi pour interdire l'écriture inclusive.

Vous vous êtes opposée à ce texte, mais je n'ai pas bien compris si vous étiez pour ou contre. Qu'en pense l'agrégée ? -Radicalement contre, c'est trop difficile à enseigner.

Il n'y a pas de règles. Si vous voulez, l'orthographe obéit à des règles qui s'appliquent. Il y a des exceptions, mais c'est quand même compréhensible.

Or, moi, je n'arrive pas à comprendre comment on applique l'écriture inclusive. Quand je regarde des textes, parfois, ils appliquent, ils mettent un e, parfois, il n'y a pas. Et il y a aussi des erreurs.

Par exemple, on va dire : "rendre femmage" plutôt que de "rendre hommage". Mais alors ça n'a aucun sens, car "homme" se dit "vir" en latin, donc si on rend "femmage", il faut rendre "virage" aux hommes. On se trompe même sur l'étymologie des mots.

Donc ça me paraît complètement abracadabrant et inapplicable dans les classes. -L'autre domaine dans lequel vous intervenez beaucoup, c'est celui que vous avez connu via vos parents, l'agriculture. Vous avez notamment été vice-présidente de la commission d'enquête sur Lactalis.

Je crois que vous avez voté en faveur du retour des néonicotinoïdes. Et vous êtes beaucoup intervenue aussi sur les pensions de retraite des agriculteurs et des conjoints d'agriculteurs. Ca, c'est un sujet que vous connaissez bien par vos parents ? -Oui, c'est un sujet que je connais trop bien.

Merci de me donner l'occasion de rendre hommage à toutes ces femmes qui sont d'une génération sacrifiée. Elles n'ont pas toujours choisi d'être agricultrices. C'est le cas de ma mère.

Elle aurait pu faire autre chose de sa vie. Elle s'est retrouvée agricultrice. Elle a été formée à être une bonne épouse.

Elle a passé à l'époque un brevet d'études ménagères. Elle se retrouve femme d'agriculteurs sans statut. On a créé un statut conjoint-collaborateur.

En fait, elles se retrouvent à la retraite en ayant plus travaillé que leur mari, autant d'heures, les enfants à élever, et ont des retraites de misère. C'est douloureux pour elles. -Il y a quelques années, vous avez brigué la présidence du groupe Démocrates face à Patrick Mignola, puis la présidence de la commission des affaires culturelles, sauf que ça ne l'a pas fait.

Qu'est-ce qui vous a manqué pour franchir ce cap ? -J'étais face à des hommes. Je voulais la présidence du groupe parce que je pensais, et je pense toujours foncièrement qu'il faut changer la manière de faire la politique.

Et je crois qu'au sein des groupes, il y a aussi une manière, moi je viens du milieu professeur, où dans un groupe, on travaille avec justice, avec les uns ou les autres, sinon le groupe ne tient pas. Et je voulais appliquer les mêmes méthodes que dans une classe aux groupes politiques. Etre très claire sur les choses qu'on explique, avoir une sorte de transparence, d'égalité de traitement.

Et c'est ça que j'aurais voulu porter. Alors, je n'ai pas pu. Ca n'a pas fonctionné. -Ce n'était pas programmée comme ça.

Et pour la présidence de la commission des affaires culturelles, j'en étais vice-présidente. Je trouvais qu'étant la première députée de la Mayenne, fille d'agriculteur, agrégée de lettres, je pense que j'avais une forme de légitimité et ça aurait été un beau symbole. Donc, je me suis présentée parce que je ne trouvais pas normal qu'on ne m'explique pas qu'il y aurait un autre candidat venant d'une autre commission et qui allait briguer cette présidence.

Je n'ai pas trouvé ça normal. C'est encore dur en politique. -On va conclure l'émission avec notre quiz.

Vous avez été prof de grec et de latin et vous avez donc droit à un quiz spécial mythologie et politique. Je vous explique le principe. Vous allez associer un homme ou une femme politique à une personnalité de la mythologie grecque ou romaine.

On va commencer avec Ares, le dieu de la guerre et du combat. -Donc, il faut que je trouve un personnage politique. Ares, dieu de la guerre.

Simone Veil. -Simone Veil, très bien. Cronos, regardez.

Cronos sans h. Pas le dieu du temps, mais celui qui a dévoré ses enfants. Ca peut arriver en politique, ça. -Qui a dévoré ses enfants. -qui refusent de passer la main et qui tuent leur possible successeur. -Sarkozy. -Sarkozy. -Apollon, le dieu de la beauté. -Apollon.

Macron. -Macron. Cassandre. qui prédit l'avenir sans... -C'est pour changer Macron de Jupiter, au passage. -Cassandre, qui prédit l'avenir sans jamais vraiment avoir... -Ca, c'est moi, ça.

Je suis très forte, là. -Merci, Géraldine Bannier, d'être venue. -Merci.

Générique de fin