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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 29 juillet 2026 10 minComplaisantDivertissement

Sous surveillance : deux femmes dans la cage dorée d’un prince saoudien

Au micro : Bérangère BonteSource d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

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0:00
Présentateur

France Culture, les matins d'été, Bérangère Bonte. Le triangle d'or sort donc en salle ce mercredi, référence à ce quartier de Paris, quartier des boutiques de luxe, des grosses fortunes étrangères, où Laura, une petite boule de muscles qui s'apprête à rejoindre l'armée, se fait embaucher pour gagner un peu d'argent comme assistante de Souria, une riche saoudienne qu'elle croit être la compagne d'un prince et qui est en réalité plutôt sa prisonnière. Bonjour Hélène Rosselé-Ruise.

0:34
Invité politique

Bonjour, merci de me recevoir.

0:35
Présentateur

Vous êtes là, merci à vous d'être là, vous êtes la réalisatrice de ce triangle d'or. Ferme bien la porte derrière toi, c'est quelque chose qui peut l'énerver.

0:44
Invité

Ensuite, là-haut, tu as les affaires de la famille de monsieur, n'y va pas, t'as rien à y faire. Ici t'as des caméras de surveillance, fais gaffe, y'en a un petit peu partout. Pas de commentaires en sa présence, même en français. Le hall, le petit salon de madame, le grand salon. T'as des accès ici et là. Ça va, tu suis ? Oui. La salle de sport et la piscine. Madame, elle ne sort pas. Les prestataires, ils passent par le hall et toi et le chauffeur de monsieur, vous pouvez emprunter le parking. Là, ce sont les espaces de service. Et ici, c'est ta chambre. Tiens, ça, c'est toutes les informations que les anciennes assistantes ont collectées. Tu seras seule à tenir la maison, ça peut servir.

Et dernière chose, ne soit jamais plus belle qu'elle, elle n'apprécierait pas.

1:30
Présentateur

Premier long métrage qui explore à la fois les rapports de domination au travail et ce que peut vouloir dire d'être une femme, finalement. Hélène Rosselé-Ruiz, l'atmosphère qui se dégage là de l'extrait qu'on vient d'entendre, ce contexte grande fortune du golf, ghetto de riches, ça vous vient d'où ? C'est arrivé comment ?

1:47
Invité politique

En fait, moi, j'ai travaillé à un moment, je viens d'une famille pauvre et à un moment où j'ai particulièrement eu besoin d'argent, plus que d'habitude. J'étais à l'époque hôtesse d'accueil et je ne me sortais pas d'un crédit à la consommation. Une collègue m'a proposé de travailler au black et de faire des ménages pour une famille saoudienne, Avenue Foch. Et c'était la première fois que je...

2:08
Présentateur

C'est exactement dans le triangle d'or, c'est le 16e, c'est juste à côté, c'est le marronissement de Paris.

2:11
Invité politique

Oui, c'est ces lieux de richesse et de pouvoir de Paris avec la moitié des appartements qui ne sont quasiment pas habités ou la plupart du temps pas habités l'année. Et c'est la première fois que je mettais les pieds dans ces rues-là. En fait, on voit bien les Champs-Elysées, mais toutes les rues adjacentes, c'est des espaces qui sont peu habités, où il y a peu de circulation, qui sont assez hostiles. Et c'est cette expérience-là qui m'a ensuite donné l'envie d'écrire ce film.

2:37
Présentateur

Et alors cette expérience-là, vous l'avez malaxée à quatre mains avec une complice que je cite tout de suite, Pauline Guéna, qui est la scénariste du film, qu'on connaît pour son livre écrit après une assez longue enquête dans un service de police judiciaire, le livre qui avait inspiré le film La nuit des douze, dont on avait beaucoup parlé. C'est aussi une autodic-dac qui a été plume de toute une série de femmes. Qu'est-ce qu'elle vous a apporté dans l'écriture de ce film ?

3:02
Invité politique

Pauline Guéna, on s'est rencontrés vraiment au tout début de l'écriture. Elle connaissait mon expérience et en fait, elle a à la fois une plus grande expérience que la mienne, puisque c'est mon premier long-métrage de l'écriture scénaristique. Et en même temps, c'est la première fois qu'elle accompagne l'écriture d'un long-métrage du début à la fin. Et donc, on a travaillé à quatre mains, mais vraiment main dans la main, du début à la fin, en travaillant à la fois sur la construction de ce film, une fiction, et sur tout un travail de documentation au long cours, à chaque étape de confronter notre écriture. C'est-à-dire sur ces familles saoudiennes ?

Sur les deux, c'est-à-dire à la fois sur ce que ça veut dire que de travailler pour des personnes extrêmement riches dans tous les milieux. Donc, on s'est renseigné auprès de conciergeries de luxe, de nounous, de gouvernantes, de chauffeurs. Et également sur ces femmes saoudiennes qui, parfois, ont fui leur pays. Donc, ça va des travaux d'Hélène Coutard avec le livre Fugitive à nous parler avec des femmes en Zoom, souvent à distance, de récolter leurs témoignages, de confronter l'histoire qu'on avait construite pour être sûre que cette fiction s'ancre dans quelque chose qui est réel.

4:20
Présentateur

Alors, vous avez construit aussi deux très beaux personnages de femmes. Franchement, quand on est actrice, je pense qu'on est contentes de recevoir ce genre de propositions. Donc, il y a Souria, la riche hyper féminine saoudienne, et Laura, la domestique, qui va s'engager dans l'armée. On ne sait pas grand-chose de leur vie. C'est voulu ?

4:37
Invité politique

Oui, en fait, il y avait l'envie déjà d'un rapport à une forme de pudeur. Et j'avais l'impression qu'il fallait rentrer dans cet hôtel particulier comme Laura, avec très peu d'informations. Et que c'est à travers et leurs rencontres et leurs actions que les personnages allaient se dévoiler. Ça a été une question de dosage, et à l'écriture, et au montage ensuite, de qu'est-ce qu'on conservait comme information ou non. Je trouvais intéressant qu'on garde, notamment sur le personnage de Souria, une forme de mystère. Et que les deux femmes n'existent que dans ce moment de rencontre, en fait.

5:11
Présentateur

Oui, c'est ça. Alors, Laura, c'est Malouk Ebizi, qui, franchement, qui est une pépite, sans doute, je pense, pour le cinéma français. C'est parfois galvaudé, mais là, je pense que c'est le cas. On l'avait découverte en influenceuse rêvant de percer dans la téléréalité avec Diamant Brut, le film d'Agathe Riedinger, pour lequel elle a d'ailleurs été nommée au César, si je ne dis pas de bêtises. Qu'est-ce qui vous a amenée à la choisir, elle ?

5:36
Invité politique

Malouk, déjà, le personnage de Liane dans Diamant Brut, ça ne me renseignait pas tant sur le personnage de Laura, mais par contre, sur sa capacité à rentrer physiquement dans un personnage pleinement et de se plonger dedans. Ensuite, c'est une jeune actrice qui a fait beaucoup de gymnastique. Elle est à la fois très mince, mais en même temps, elle a une puissance physique qu'on a travaillée pour le film. Et je trouve qu'elle a quelque chose de très contemporain. un humour, une insolence, quelque chose qui me plaisait et qu'elle a apporté au personnage de Laura. Il y avait déjà des choses à l'écriture, mais je crois qu'elle l'a emmenée plus loin.

Et donc, ça a été un bonheur de travailler avec cette actrice.

6:15
Présentateur

Et elle monte en puissance dans la relation avec cette souria. C'est assez impressionnant. Quand on vous dit ce côté physique, c'est très frappant.

6:23
Invité politique

Oui, et puis il y avait l'envie de confronter deux rapports au féminin, en fait, deux physiques différents qui, dans les deux cas, résultent d'une forme d'oppression du corps. Et Malou, en travaillant sur sa puissance, c'est un personnage qui, au fond, est impuissant face au vrai puissant de ce monde, mais qui se prépare sans cesse à devoir répondre à quelque chose. Ça m'intéressait sur ce que ça dit de la jeunesse d'aujourd'hui. Ça dit quoi ? En fait, notamment ce que ce personnage, la manière dont elle aspire à être militaire, en fait, c'est quelque chose qu'on voit aux jeunes issus de milieux pauvres, comme un horizon, comme un échappatoire.

On le voit dans les grandes campagnes de l'armée. Et en même temps, c'est des jeunes qui, souvent, se retrouvent sentinelles, impuissantes, dans Paris, à patrouiller, comme ça, et qui, en fait, ne peuvent pas grand-chose quand la violence du monde se met devant eux.

7:22
Présentateur

Il y a quelque chose de très beau qui se développe dans la relation entre ces deux filles, qui évolue, d'ailleurs, avec des statuts qui sont mouvants. Et c'est ça qu'il y a entre la riche, la pauvre, la patronne, la servante. Mais enfin, c'est plus complexe que ça. Le prince, lui, est inexistant. En revanche, il y a quand même un homme, c'est Emre, qui est très présent. C'est un autre employé. Quel rôle il a dans votre histoire ?

7:44
Invité politique

Emre, qui est joué par Ziad Bakri, en fait, il permettait d'apporter une complexité, déjà, à ces rapports de domination qui vont court dans le film. C'est un film qui ne traite pas seulement de la violence des hommes sur les femmes, mais aussi des riches sur les pauvres. Et, en fait, dans ce système-là, personne n'est libre. Et la présence de ce personnage permettait de complexifier, en fait, cette représentation. Et aussi, je trouve, de la rendre plus juste. Moi, quand j'ai eu beaucoup d'emplois, et quand j'ai travaillé, je travaillais sans cesse avec des hommes qui étaient des chauffeurs, des vigiles, des vendeurs comme moi, des caissiers. Et, du coup, j'ai beaucoup pensé à eux aussi.

Il y avait un endroit où le personnage d'Emre permettait de raconter aussi un peu plus de la violence du monde au sein de cet hôtel particulier. C'est un homme qui a un parcours d'exil, qui vient d'un pays qui est victime d'un génocide. Et tout ça permettait de le raconter aussi et de rendre un peu du réel des situations de ses employés de maison, en fait. Combien de salles pour ce premier long-métrage ? Sans salles.

8:49
Présentateur

C'est ce qui est très bien. C'est un combat, le cinéma, quand même. Vous l'esquissez dans ce que vous dites, mais votre parcours, ça ne vous a pas été offert, ça.

9:01
Invité politique

Non, ça ne m'a pas été offert. C'est le fruit de beaucoup d'années. Je suis plutôt jeune, mais je ne suis pas vieille non plus. Mais c'est quand même beaucoup de travail pour essayer d'arriver à ce premier long-métrage. Et je suis très émue et j'ai peur aussi de cette sortie.

9:20
Présentateur

Vous avez raison, mais j'espère que le public sera au rendez-vous. D'ailleurs, je ne l'ai pas dit, mais c'était un court-métrage au départ que vous aviez fait avec votre sœur, avec qui vous continuez à travailler. Il y a d'autres projets, là ?

9:30
Invité politique

Non, c'est un court-métrage que j'avais réalisé toute seule à l'AFEMIS quand j'étais étudiante. Et non, un prochain long-métrage, j'espère, avec ma productrice et un prochain film avec ma sœur, peut-être aussi.

9:41
Présentateur

Le Triangle d'or en salle, donc Hélène Rosselet-Ruiz, merci beaucoup.