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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 2 novembre 2025 24 minAutoproduitActualité / polémiqueEurope & internationalNumériqueEnvironnement & énergieInstitutions & élections

"La seule manière de résister à Trump et à Poutine, c'est la culture" : Barbara Cassin, directrice de recherche au CNRS

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 20 %Défensif 50 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:45OuverteRéponse directe

    On va voir un mot, un mot pour qualifier la langue de Trump, Barbara Cassin.

  • 2:19OuverteRéponse directe

    Comment se fait-il que vous ayez eu l'idée de travailler sur la langue de Trump ?

  • 5:36OuverteRéponse directe

    Est-ce que ce n'est pas épuisant ? Et est-ce que vous avez l'impression de mener un travail vain ?

  • 7:38OuverteRéponse directe

    Avec quoi Trump sature l'espace médiatique ? Avec du bruit ? Est-ce que c'est encore une langue ?

  • 9:50OuverteRéponse directe

    La continuité entre la Grèce antique et Donald Trump ?

  • 13:21OuverteRéponse directe

    L'usage de Twitter/X et des médias sociaux fonctionne comme un mégaphone ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:14PrésentateurChiffre
    « C'était le 5 novembre 2024, victoire absolument sans appel, 77 millions de voix. »
  • 0:24PrésentateurFait
    « Jamais un candidat républicain n'avait obtenu autant de voix à une élection présidentielle américaine. »
  • 3:37InvitéFait
    « C'est un homme qui parle et qui écrit avec une gomme. Une gomme. Il l'efface. »
  • 6:10InvitéFait
    « Il a signé un nombre de décrets hallucinants. Il n'arrêtait pas, il signait avec son gros feutre noir. »
  • 7:55InvitéFait
    « L'Union européenne a été créée pour nous arnaquer. »
  • 7:57InvitéFait
    « Il faut les attraper par la chatte. »
  • 7:59InvitéFait
    « Les Mexicains sont des violeurs. »
  • 10:59InvitéFait
    « Personne ne s'y connaît autant sur l'environnement que moi. »
  • 12:10InvitéChiffre
    « Le discours de Donald Trump a été jugé compréhensible par un enfant de 9 ans. »
  • 13:38InvitéFait
    « En 2021, il est suspendu de X, de Twitter à l'époque parce qu'on le suspecte d'avoir encouragé l'assaut sur le Capitole. »
  • 15:05InvitéFait
    « Le golfe du Mexique devient le golfe des Amériques. »
  • 17:14InvitéFait
    « Tout ce que disent les autres et qui me critiquent, c'est un mensonge. »
  • 22:59InvitéChiffre
    « Il a 34 ans. Il est tout jeune et il a, d'après tous les sondages, 95% de chances de gagner mardi. »

Temps de parole

  • Présentateur46 %
  • Invité31 %
  • Présentateur 223 %

0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Et un grand entretien ce matin à quelques jours de l'anniversaire de l'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. C'était le 5 novembre 2024, victoire absolument sans appel, 77 millions de voix. Jamais un candidat républicain n'avait obtenu autant de voix à une élection présidentielle américaine. Et nous voulions croiser les regards pour comprendre ce qu'il y a dans la tête et sur la langue de l'homme qui joue le monde à pile ou face. Comment il mène la guerre des mots également. Ce sont les titres de deux livres passionnants qui viennent de paraître.

Et chers auditeurs, vous pouvez nous écrire pour nous dire ce que vous pensez justement de cette manière dont le monde, selon Trump, vous inspire ou vous désespère. Au 01 45 24 7000 ou en nous écrivant sur l'application Radio France. Barbara Cassin, Guillaume Hennette, bonjour à tous les deux. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue, nous voulions croiser vos regards. Celle de l'académicienne, docteur en lettres, directrice de recherche au CNRS, philosophe, philologue, donc spécialiste des mots et de langage. Justement, il est largement question dans la guerre des mots, Trump, Poutine et l'Europe, le livre que vous publiez aux éditions Flammarion.

Guillaume Hennette, vous êtes le rédacteur en chef et notamment chargé des reportages de l'émission Quotidien sur TMC. Et vous publiez Donald, le monde à pile ou face. C'est aux éditions Taillandier, Bangoumi. On va démarrer avec une question assez simple ou peut-être difficile. On va voir un mot, un mot pour qualifier la langue de Trump, Barbara Cassin. Fuck. Fuck. Et on a le droit de le dire car on est en France.

1:56
Invité

On peut le dire alors ? Guillaume Hennette. Je suis surpris. Moi, déjà là, je... Waouh ! Sacré début. Moi, je dirais... Alors moi, forcément, je vais... Barbara Cassin de l'académie française. Qui commence donc notre grand entretien avec Fuck. Moi, j'aurais dit pauvre et efficace. Parce que pauvre, il n'y a pas beaucoup de mots. Mais efficace, parce que ça marche très bien. La preuve.

2:17
Présentateur

Alors, Barbara Cassin, expliquez-nous. Comment se fait-il que vous ayez eu l'idée de travailler sur la langue de Trump ? Votre vie, vous l'avez largement consacré à traduire du grec ancien, des chefs-d'oeuvre, à travailler sur la poésie, d'Homère, sur de grands textes. Quel rapport entre votre travail, le travail d'une vie, et ce que vous faites dans ce livre, à savoir essayer d'analyser, de prendre au sérieux la langue de Trump ? Celui qui tord, celui qui parle de manière étonnante, toujours surprenante. Le rapport le plus évident, c'est le rapport aux politiques. Quand je travaille sur la Grèce ancienne, je travaille sur la politique contemporaine aussi. Et là, c'est le cas.

J'ai été horrifiée par la manière dont Trump barrait, interdisait, l'utilisation de certains mots, à peu près 150, du courant, du quotidien, des mots dont on a envie, du genre, je ne sais pas moi, diversité, équité, inclusion, même à un moment donné, femme, il n'a pas osé jusqu'au bout. Donc, ces 150 mots qu'il ne faut pas prononcer si on veut être financé, parce que c'est toujours un deal dont il s'agit, ça m'a terrifiée. C'est assez frappant. C'est un homme qui parle et qui écrit avec une gomme. Une gomme. Il l'efface. Il efface certains mots.

Qu'est-ce que ça veut dire, ce besoin que vous avez eu, comme jamais d'écrire ce livre-là, au moment même, je le disais, où vous donniez des conférences sur Homer ? Ça vous a apparu quasiment absurde. C'est ce que vous racontez, d'essayer de comprendre ce sentiment de honte que vous éprouviez en écoutant Trump. Oui. Ma honte, c'était de parler d'Homer quand il y avait un Trump, quand il y avait un Netanyahou, quand il y avait Gaza, quand il y avait l'Ukraine. Donc, ma honte, c'était ça. Et j'en parlais à Galatasaray, c'est-à-dire à Istanbul, à des jeunes. Et je me disais, mais pourquoi ils veulent m'entendre parler de ça alors qu'il se passe tellement de trucs terribles dans le monde ?

Et je me suis consolée avec eux, d'ailleurs, en réfléchissant un peu plus et en me disant que la seule manière de résister, la seule manière de résister à Trump comme à Poutine, c'était la culture. Et donc, en étant fortement ancré sur ce qu'on peut faire de mieux, ce qu'on peut lire de mieux, ce qu'on peut penser de mieux, en Europe notamment. Comme outil de résistance, et on va en parler. Votre livre de Guillaume Hennette, Donald, Le Monde à pile ou face, il faut nous décrire d'ailleurs la couverture, parce qu'elle... Alors, il faut imaginer pour ceux qui...

5:02
Invité

C'est une folie graphique et très pédagogique, ce livre. Voilà, donc on a une image de Trump, une photo de Trump, la photo officielle de 2016 et la photo officielle de 2024. Et en fonction de comment on bouge le livre, où on se situe, on a soit l'une, soit l'autre. 2016, il est souriant, salut c'est moi, nouveau président. 2024, il fait la gueule, salut c'est moi, et on ne va plus rigoler maintenant. Donc c'est une image lenticulaire assez catchy.

5:27
Présentateur

Dans l'émission quotidienne, vous envoyez des reporters très régulièrement, vous travaillez sur les images, les discours de Donald Trump. Est-ce que ce n'est pas épuisant ? Et est-ce que vous avez l'impression de mener un travail vain ? C'est une question qui est V-A-I-N, c'est une question que pose le magazine Le New Yorker cette semaine, et il la pose de manière extrêmement sérieuse. Au fond, est-ce que ça sert encore à quelque chose d'essayer de décrypter, de déminer, de débunker, comme dirait Barbara Cassin, les mensonges et le rapport complètement tordu à la vérité de Donald Trump ?

6:04
Invité

Alors moi, je crois que c'est nécessaire de le faire, c'est important de le faire, de décrypter, d'essayer de comprendre qu'est-ce qui se passe derrière. Après, c'est vrai que lui, son objectif, c'est la saturation médiatique. C'est de dire, je n'arrête jamais, je n'arrête jamais, je n'arrête jamais, je n'arrête jamais. Au tout début de sa présidence, vu qu'on parle des 1 an de Donald Trump, on se souvient qu'il a signé un nombre de décrets hallucinants. Il n'arrêtait pas, il signait avec son gros feutre noir, il montrait les décrets. Décret, je sors des accords de Paris. Décret, je sors de l'Organisation Mondiale de la Santé.

Décret, je libère tous les prisonniers de l'assaut sur le Capitole. Bref, il sature l'espace médiatique et il y a deux façons de voir les choses. Soit ça ne sert à rien de courir après lui, soit ça sert de continuer à expliquer qu'est-ce qu'il fait, qu'est-ce que ça veut dire, qu'est-ce que ça veut dire de l'Amérique de 2025.

6:46
Présentateur

Donc une autre manière de résister ou d'essayer de créer quelque chose comme un contre-modèle ou d'essayer de faire porter la voix des faits, la voix de la vérité dans un monde de la post-vérité qui est le sien.

7:00
Invité

Et j'imagine que si le New Yorker se pose cette question-là, et il n'est pas le seul, c'est que ça veut dire que chez nous aussi, c'est très compliqué. Déjà chez eux, ils ont du mal, parce qu'en plus, il s'en prend pas mal aux médias. Il a lancé un procès à 15 milliards de dollars contre le New York Times, à 10 milliards de dollars contre le Wall Street Journal. Il vient de restindre l'accès des journalistes à la Maison-Blanche. C'était une info qui est sortie hier ou avant-hier. Bref, c'est très compliqué. Mais encore une fois, je pense que c'est nécessaire.

7:24
Présentateur

La politique, ce sont des mots. Dire, c'est faire. Barbara Cassin, c'est le titre d'un livre célèbre. Quand on entend parler Donald Trump, et il sature l'espace médiatique, comme le disait Guillaume Hennette à l'instant, il sature l'espace médiatique. Avec quoi ? Avec du bruit ? Est-ce que c'est encore une langue ? Est-ce que c'est une neuve langue, comme vous l'expliquez ? Oui, c'est une neuve langue. C'est-à-dire que les termes n'ont pas le même sens. Regardez, j'ai mis en exergue trois phrases de ce livre. L'Union européenne a été créée pour nous arnaquer. Il faut les attraper par la chatte. Les Mexicains sont des violeurs.

Vous imaginez un président du plus grand pays du monde, ou à peu près, s'exprimer comme ça. Mais c'est quoi ? Oui, effectivement, c'est une neuve langue. C'est une neuve langue. Est-ce que c'est si loin, finalement, de l'effet sophistique qui était l'un des titres d'un livre que vous avez publié il y a longtemps ? Puisque la philosophie, elle commence par Socrate qui essaye, par le langage, de montrer que les sophistes racontent n'importe quoi. Son relativiste déforme le rapport à la vérité. Est-ce que c'est une même filiation ou avec cette forme de populisme, de discours direct de Donald Trump, on est dans un autre ordre de communication ? On est dans un autre ordre de communication.

Mais là, vous parlez des sophistes, justement, comme Platon ou comme Socrate le fait. Et ce n'est pas du tout comme ça que je les vois. C'est-à-dire que, pour moi, c'est plutôt comme, puisqu'on est dans la philo, c'est plutôt comme Hegel. Ce sont les maîtres de la Grèce. C'est-à-dire qu'ils lui apprennent à parler et qu'ils lui apprennent à penser. C'est les maîtres en culture et en parole. Et donc, les sophistes, ce sont ceux qui pensent que dire, c'est important. Parler, c'est important, mais pas parler n'importe comment. Et le plus connu des sophistes, c'est Protagoras, qui dit, l'homme est la mesure de toute chose.

Dans le Té-Tête, à ce moment-là, on voit Socrate qui dit, alors, tu pourrais dire, si tu étais un cochon, tu dirais, le cochon est la mesure de toute chose. Et Socrate, tout seul, se répond à lui-même, mais si Protagoras était là, il me dirait, tu n'as pas honte, Socrate ? Mais si, si, j'ai honte. J'ai honte, parce que ce que veut dire Protagoras, c'est que toi, toi, toi, il te faut supporter d'être mesure. Autrement dit, juge. Et donc, politique, faire de la politique, être un être politique, c'est parler et juger. Et nommer.

Et je vous pose la question de la continuité entre la Grèce antique que vous connaissez si bien avec Donald Trump et le moment contemporain que nous vivons, très simplement parce que Protagoras, celui qui dit que l'homme est la mesure de toute chose, c'est ce qui conduit Donald Trump, par exemple, à être climato-sceptique. Vous me parlez de réchauffement climatique. Regardez, moi, j'ai froid. Ça, c'est quelque chose qui est très frappant, Guillaume Hennette. De toute façon, allez-y, Barbara. Barbara Cassin. Non, mais au secours. Non, mais au secours, mais c'est l'un des ressorts du climato-scepticisme. Le réchauffement climatique n'existe pas, j'ai froid.

Mais c'est juste un relativisme extrêmement mal compris et certainement pas celui de Protagoras. Celui de Protagoras, c'est celui qui dit juger, c'est-à-dire prenez les éléments qu'il faut pour décider de ce qui est. Regardez, prenez un pas de recul et regardez ce qui est, non pas ce que vous, vous, Trump ou un tel ressentez, mais jugez. Jugez ? Oui. Prenez le taureau par les cornes et la politique par là où il faut, c'est-à-dire comme jugement. Guillaume Hennette ?

10:56
Invité

Sur le réchauffement climatique, effectivement, Donald, il a une sorte de constance là-dessus de toutes les manières. Par exemple, sur les éoliennes, il a toujours dit... Donald. Oui, Donald, j'ai dit. Donald. Non, mais Donald. Donald. Je ne dis pas le président Trump ou 47. Non, Donald.

11:10
Présentateur

Notre Donald. Votre Donald. Fucking Donald. Leur Donald. Ce n'est pas encore dans le dictionnaire de l'Académie française, mais après cette émission, ça va y rentrer. J'ai l'impression

11:20
Invité

que ça va être... Non, mais là aussi, on revient sur le langage en disant, effectivement, je disais tout à l'heure deux mots pauvres et efficaces. C'est vrai qu'il y a eu des analyses. Alors nous, dans le livre, à intervalles assez régulières, on essaye de mettre des phrases clés de Donald Trump en gros. Pourquoi ? Parce que c'est toujours un peu le même schéma. Il dit toujours personne ne connaît autant, et après il met quelque chose, que moi. Personne ne s'y connaît autant sur l'environnement que moi. Personne ne s'y connaît autant sur les drones que moi, sur la Bible que moi, sur les femmes que moi, sur les Afro-Américains que moi, etc.

Et ce qui est intéressant, et ça, d'ailleurs, vous en parlez dans votre livre, c'est aussi une étude qui avait été publiée par le Boston Globe en 2016. Il y avait 19 candidats pour être président. Le Boston Globe fait, ok, je prends tous les discours de ces 19 candidats et je leur fais passer le test de Kincaid pour savoir la lisibilité, c'est-à-dire qui comprend les discours. Et le discours de Donald Trump a été jugé compréhensible par un enfant de 9 ans. Donc grosso modo, ce que disait le Boston Globe, c'est le discours de Trump, les mots qu'il emploie, le très faible nombre de mots qu'il emploie, c'est pour être compris par quelqu'un qui a 9-10 ans.

Et à partir de là, on se dit, voilà, lui, il dit quelques mots. Grab them by the pussy, fake news, build that wall, make America great again. Il le répète, il le répète, il le répète et honnêtement, tout le monde connaît ces mots maintenant. Barbara Cassin.

12:37
Présentateur

Oui, c'est comme, il a le langage d'un mot au maximum de 14 ans et la même syntaxe. Vous parlez d'ailleurs, vous montrez que le niveau lexical de Donald Trump, c'est celui d'un élève en gros de 5e avec des oppositions binaires. Ah oui. Les oppositions binaires, c'est bien mal, vrai faux, j'aime, j'aime pas. Et ça ne le décrédibilise pas au contraire. Non. Comment le comprendre ? Ça s'appelle le populisme. Ça s'appelle le populisme. Ah oui, c'est très simple.

Et c'est quelqu'un, donc, si j'insiste sur la dimension du langage et des mots, il y a dans un instant les questions des auditeurs de France Inter qui s'intéressent et qui sont fascinés eux aussi par cette manière qu'il a de s'adresser à tout le monde. Quand, Guillaume Hennette, vous travaillez sur les mots de Trump, il y a cette phrase « Nous ne serons pas réduits au silence. » L'usage de Twitter, l'usage de X, l'usage de trousse sociale et des médias sociaux, ça fonctionne comme un mégaphone.

13:34
Invité

Ah ben, c'est un mégaphone mais vraiment très très puissant. Effectivement, en 2021, il est suspendu de X, de Twitter à l'époque parce qu'on le suspecte d'avoir encouragé l'assaut sur le Capitole. Et donc, du coup, à ce moment-là, effectivement, il dit « On ne se laissera pas faire, on ne se laissera pas réduire au silence » et il lance sa nouvelle plateforme « Trousse Social ». Et donc, « Trousse Social », rien que le nom, déjà c'est magique.

13:56
Présentateur

Ce nom est génial. Ce nom est génial. Je suis celui qui parle. Oui. C'est comme ça que commence votre livre, Barbara Cassin. Et du coup, je suis celui qui parle et « Trousse Social », je suis celui qui dit la vérité. Qui dit la vérité et qui dit la vérité de la société que vous êtes, que nous sommes. Parler, c'est l'un des fondements de l'action politique. On peut même dire que la politique, c'est un art de la parole mais d'une parole performative. On parle, donc on fait. Et vous vous amusez à voir tous les mots qu'il emploie, par exemple, pour rebaptiser. Il a rebaptisé même des mots qui concernent des zones géographiques. Le golfe du Mexique devient le golfe des Amériques.

Mais à quoi ça sert, Barbara Cassin ? C'est un affichage massif de la puissance américaine par rapport à ceux qui sont des trafiquants de drogue et des repris de justice. C'est un affichage de la puissance.

14:51
Invité

On a commencé, effectivement, en rappelant quelques phrases qu'il a dit, notamment sur le Mexique. Et on sait à quel point il ne porte pas le Mexique dans son cœur. Donc, le fait d'avoir sur les côtes des États-Unis le golfe du Mexique, pour lui, c'était juste insupportable. Et donc, le golfe d'Amérique, c'est quand même beaucoup plus classe.

15:07
Présentateur

Et il y a, d'ailleurs, ce que vous faites dans votre livre, je le disais, avec ce graphisme qui est très frappant, qui est extrêmement clair et pédagogique, vous vous amusez pour avoir une analyse de certains mots. BFF, ça aussi, ce n'est pas dans le dictionnaire de l'Académie française. BFF, c'est Best Friend Forever. Bien sûr. Et c'est... Alors,

15:30
Invité

justement, il en a plusieurs. Il en a plusieurs. Il en a plusieurs parce que le premier mandat, en 2016, il s'est entouré de gens. Grosso modo, c'était le Parti républicain qui lui disait il faut que tu travailles avec telle personne, telle personne. Résultat, ça n'a pas du tout marché. En 2016, entre 2016 et 2017, il a viré un tiers de ses équipes. Là, cette année, il ne s'est entouré que de BFF. G.D. Vance, par exemple, et plein d'autres comme ça. Pourquoi ? Parce qu'ils lui sont super fidèles. Pas de Bondy. Pas de Bondy. C'est la ministre de la Justice, évidemment. Ancienne avocate de Donald Trump.

15:58
Présentateur

Et l'art des mots, il est extrêmement important. Il est important. Oui, sur l'art des mots,

16:03
Invité

parce que c'est très important, je trouve. Son ministre de la Défense, ce n'est plus son ministre de la Défense. Comme on est sur les mots, c'est le ministre de la guerre. Il a changé ministre de la Défense, security of defense, par security of war. Ministre de la guerre. Ça, ce changement-là, il est hyper important pour comprendre ce qu'il est en train de faire en ce moment, c'est-à-dire montrer ses muscles et son ministre de la Défense, Pete Exet, d'ailleurs, c'est un sacré personnage, oui.

16:28
Présentateur

Est-ce qu'on peut encore parler de fake news, Barbara Cassin ? De vérité ? Vérité alternative. Oui, de vérité alternative ou est-ce que finalement ces cadres-là, ces cadres qui structurent la pensée rationnelle ont complètement éclaté avec ce que vous décriviez tout à l'heure comme un phénomène qui dépasse largement Trump, qu'on retrouve chez Poutine, qu'on retrouve chez d'autres populistes, comme une nouvelle manière de faire de la politique. Mais il ne faut absolument pas parler de vérité alternative, non. Non. Il faut parler de mensonge, il faut parler de vraiment de fake news, c'est-à-dire d'un fox, d'un tox. D'un fox, d'un tox.

17:08
Invité

On retrouve le côté binaire dont on parlait tout à l'heure, c'est-à-dire encore une fois, son réseau social, c'est trousse social. Et à côté, il y a les fake news. Donc c'est ce que je dis, c'est la vérité, tout ce que disent les autres et qui me critiquent, c'est un mensonge. Donc c'est-à-dire que si Donald Trump était là dans le studio et qu'on lui disait vous êtes sur France Inter, il disait non, on n'est pas sur France Inter et il maintiendrait qu'on n'est pas sur France Inter. Bon ben voilà, c'est comme ça. Il répète, il répète, il répète, jusqu'à ce que ça rentre dans la tête des gens.

17:30
Présentateur

Enfin ça l'arrangerait qu'on soit sur France Inter. C'est vrai, Barbara Cassin, il a souvent cette expression donc, oui, comment dire, il faut supposer que c'est volontaire, ces erreurs qu'il commet lorsque, Guillaume, vous reproduisez cette page où Donald Trump dit que Belgique est une ville magnifique.

17:50
Invité

La Belgique est une ville magnifique.

17:51
Présentateur

Lorsqu'il dit par exemple qu'il a fait la paix entre l'Arménie et l'Albanie, est-ce que ce sont des erreurs ou pour vous c'est volontaire, Guillaume Hennette ? Il est un culte aussi.

18:03
Invité

Il ne sait pas exclure. Ce n'est pas exclure. Effectivement, et puis il y en a plusieurs aussi quand il se trompe sur le nom des pays africains, quand il se trompe sur une cible, quand il pense qu'il est allé frapper l'Irak, en fait, il dit qu'il a frappé la Syrie. Enfin bon bref, il se trompe. La géopolitique, une carte de géographie, ce n'est pas vraiment le truc qu'il regarde tous les matins. Ce qui l'intéresse, lui, c'est son pays.

18:27
Présentateur

Barbara Cassin, j'aimerais vous soumettre une question que Catherine vous pose sur l'application de France Inter. Est-ce qu'il a changé à jamais la manière de faire de la politique jusqu'en Europe, jusqu'à ce côté-ci de l'Atlantique ? Il a vraiment décomplexifié tout le monde. Et plus personne n'a honte. Maintenant, j'espère qu'il n'a pas changé ça pour de bon. C'est-à-dire que je pense que la honte est un grand atout en politique, est un grand mobile de politique. Et puisque vous disiez que j'étais héléniste, ce qui est absolument vrai... Oui, je le maintiens. Même si votre premier mot a été « fuck », vous êtes héléniste.

Eh bien, les deux vertus en politique pour les Grecs, c'est aïdos, la honte, c'est-à-dire la conscience du regard de l'autre, et d'iquet, la justice, c'est-à-dire la juste répartition, la bonne répartition. Aïdos et d'iquet, j'espère que ça restera. Aïdos et d'iquet, j'espère que ça restera aussi. Hélène, sur l'application France Inter, dit « super » ces invités qui tombent à pic. Élève de seconde, mon fils vient de découvrir « 1984 » de George Orwell. Merci pour cette résonance actuelle. Barbara Cassin, c'est une référence constante George Orwell dans le discours du commentaire politique. Pourquoi est-ce que George Orwell est indispensable pour comprendre Donald Trump ?

Parce qu'il rend manifeste la manière dont on peut transformer les mots et transformer le sens des mots. et au fronton de son ministère de la vérité, il y a, si je ne me trompe, Dans 1984. Dans 1984. Ça n'existe pas encore aux Etats-Unis, mais ça ne va pas tarder. Parce qu'il n'y a pas non plus de ministère de la vérité. Il n'y a qu'un ministère de la guerre. Mais il pourrait y avoir guerre et paix. C'est assez juste. Il y a guerre et paix, vérité et mensonge, etc. C'est-à-dire que, voilà, Trump réussit à faire dire au mot le contraire de ce qu'ils disent. Guillaume Hennette, ça c'est assez frappant aussi.

20:36
Invité

Oui, mais moi...

20:37
Présentateur

Et vous en jouez d'ailleurs. La mise en scène dans votre livre permet de voir les contradictions, mais... Les contradictions, ça, en plus, lui, il s'en fout.

20:44
Invité

C'est-à-dire qu'il peut dire à Zelensky un jour quand il l'humilie à la Maison Blanche qu'il n'a pas les cartes en main et qu'il ne pourra jamais regagner tous les territoires perdus en Russie et dire deux mois après exactement l'inverse en lui disant je pense que tu peux faire ça. Il peut dire, il n'y a pas longtemps, donc les contradictions, ça, c'est pas un problème pour lui.

21:05
Présentateur

Au contraire, ça fait sidérer et ça, c'est tout ce qu'il demande. Et d'ailleurs, vous vous arrêtez tous les deux sur son rapport à Zelensky. Pourquoi avoir fait la carte de tous ces golfs ? C'est pas qu'anecdotique, Guillaume Hennette. Dans votre livre, les golfs, alors non pas au sens du golf du Mexique, mais des parcours de golf où il a l'air de passer l'essentiel de ses journées. Un truc qui reviendrait sur l'eau,

21:28
Invité

un truc un peu original. C'est pas impossible. Non, mais parce que, alors un, ça fait partie de... Parce que Trump, avant tout, c'est un businessman. Donc, il faut pas oublier cette dimension-là. Et c'est pour ça que dans le livre, on va aussi beaucoup sur ses biens immobiliers, ses golfs, etc. Et puis aussi, c'est un outil et un terrain diplomatique, le golf. C'est-à-dire qu'il s'en sert à la fois pour faire venir des chefs d'État d'étrangers ou alors pour provoquer. C'est-à-dire que quand l'autre jour, il y a eu les manifestations No Kings, 7 millions de personnes dans les rues aux États-Unis, ce qui honnêtement n'est pas énorme quand on regarde sur la totalité de pays.

No Kings, pas de roi. Pas de roi. Manifestation. Lui, il est où à ce moment-là ? Il est parti jouer au golf. Donc, c'est aussi une façon de leur dire je m'en fous de votre truc. Moi, je fais ce que je veux. C'est Ubu-Roi ?

22:08
Présentateur

Oui, c'est Ubu-Roi, tout à fait. Mais c'est grave que ça existe pour de bon. Jusqu'à maintenant, ça n'avait pas existé à ce point-là. Pas à ce point-là. Voilà. Pas à ce point-là. Il y a en ce moment une campagne importante et qui défie aussi la manière de pratiquer la politique. que c'est l'élection pour le maire de New York, Guillaume Hennette. Vous êtes en vacances. Vous allez reprendre le travail dès demain. Dès demain. Le quotidien de retour. Oui, mais justement, vous allez suivre l'élection du maire de New York avec un personnage totalement à l'opposé de Donald Trump. En apparence, décrivez-nous Mamdani.

22:44
Invité

Alors, pour moi, l'élection de mardi, ça va être un test ultra important pour les Etats-Unis. Donc, Zohan Mamdani, né en Ouganda, parent indien, grandit en Afrique du Sud, arrive à 7 ans dans le Queens à New York, naturalisé américain en 2018 seulement. Il a 34 ans. Il est tout jeune et il a, d'après tous les sondages, 95% de chances de gagner mardi. Même Donald Trump a dit, c'est plié, c'est terminé. Il a gagné une primaire démocrate. C'est-à-dire que le Parti démocrate a fait une primaire avec Andrew Cuomo, un mec très connu, ancien gouverneur de l'État de New York, etc. Un vieux de la vieille. Un vieux de la vieille. Et ce petit Zohan Mamdani, 34 ans, on s'est dit, il va être balayé.

Pas du tout. Il gagne. Et alors, il est musulman, pro-palestinien. Il a dit que si Netanyahou arrive à New York, il ferait arrêter Netanyahou. Bref, Donald Trump le qualifie de cinglé communiste et a dit que si jamais il gagnait, ça allait faire quelque chose de... Honnêtement, voyons, mais ça peut être quelque chose de... S'il envoie la garde nationale, s'il envoie l'ICE, etc. à New York dans les semaines vivaines, ça va faire des images incroyables.

23:45
Présentateur

En tout cas, ça va faire des images incroyables. Mais les mots, en tout cas, montrent que quelque chose est en train de passer aux Etats-Unis et c'est une manière de résister à Donald Trump, manière dont vous résistez aussi, Barbara Cassin de l'Académie française et dans ce livre La guerre des mots Trump, Poutine et l'Europe chez Flammarion de l'Académie française. Fuck ! Et Donald, le monde à pile ou face, c'est passionnant et c'est publié chez Talendier Bangoumi. Merci infiniment à tous les deux. Bonne journée. Merci beaucoup. À suivre la revue de presse.

"La seule manière de résister à Trump et à Poutine, c'est la culture" : Barbara Cassin, directrice de recherche au CNRS · Pourquijevote