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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 27 juillet 2026 23 minComplaisantActualité / polémiqueEnvironnement & énergieSécuritéÉconomie & entreprises

Incendies

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:27OuverteRéponse directe

    Quelle est la situation chez vous ce matin ?

  • 1:49FerméeRéponse directe

    Donc les pompiers ont pu cette nuit lutter efficacement contre le feu, aider un peu par la météo, c'est ça ?

  • 2:19OuverteRéponse directe

    J'imagine que tout ça reste, malgré tout, très précaire, très fragile.

  • 2:52OuverteRéponse directe

    Mais est-ce que les flammes avaient déjà gagné le territoire de votre commune ? Est-ce qu'il y a des dégâts ces dernières heures ?

  • 3:31OuverteRéponse directe

    Tout le monde a été évacué, j'imagine, chez vous ces dernières heures. Il a fallu gérer aussi cette grande opération d'évacuation.

  • 4:12OuverteRéponse directe

    Est-ce que les moyens dont ils disposent sur votre commune, est-ce que les moyens dont vous disposez actuellement sont suffisants pour combattre cet ogre qui vous menace ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:26PrésentateurChiffre
    « 115 000 hectares brûlés depuis le début de l'année, dont près de la moitié ces derniers jours en Gironde »
  • 0:33PrésentateurChiffre
    « 220 000 habitants et touristes évacués, nos premiers déplacés climatiques et le feu aux portes de la 9e ville de France »
  • 2:58InvitéFait
    « Non, on a eu la chance, le samedi soir, on a eu la chance d'avoir un changement d'orientation des vents »
  • 3:25InvitéFait
    « Donc les habitations ont toutes été épargnées »
  • 3:53InvitéChiffre
    « j'avais deux bases d'accueil avec 1200 personnes »
  • 6:24InvitéChiffre
    « nous avons perdu trois sapeurs-pompiers, deux en Gironde, un en Savoie »
  • 6:35InvitéChiffre
    « il y a zéro blessé chez les concitoyens »
  • 8:40InvitéFait
    « la saison incendie, non seulement elle a démarré tôt et de manière très très forte, mais en plus, elle a touché le territoire national de manière générale »
  • 8:51InvitéFait
    « On voit la remontée septentrionale de la problématique incendie »
  • 10:01InvitéChiffre
    « À Nantes, on a trois jours par an à peu près de risque extrême d'incendie. On va passer à neuf jours en 2050 et à quinze jours en 2100 »
  • 15:21InvitéChiffre
    « en France, on a 286 plans de prévention du risque d'incendie de forêt pour 7000 communes exposées »
  • 16:55InvitéChiffre
    « 400 000 de nos compatriotes vivent sous le niveau de la mer, dans leur Pas-de-Calais »
  • 17:05InvitéChiffre
    « 400 000 autres compatriotes vivent dans les Landes »
  • 21:15PrésentateurChiffre
    « sur les 260 000 pompiers en France, il y en a, pour l'instant, 90 000 qui sont formés spécifiquement aux feux de forêt »

Temps de parole

  • Présentateur27 %
  • Présentateur 226 %
  • Invité19 %
  • Invité 215 %
  • Invité 312 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, Alexis Morel, le 6-9 Aout n'a pas encore commencé et une certitude déjà, cet été la France bascule dans l'inconnu face aux incendies. On se projetait sur 2030, sur 2050, dans un pays à plus 4 degrés d'ici à la fin du siècle, mais nous voilà confrontés dès aujourd'hui à de nouveaux phénomènes rendus plus extrêmes, plus violents, plus massifs par le changement climatique, avec ces chiffres inédits, 115 000 hectares brûlés depuis le début de l'année, dont près de la moitié ces derniers jours en Gironde, des scènes inédites aussi, ces 220 000 habitants et touristes évacués, nos premiers déplacés climatiques et le feu aux portes de la 9e ville de France.

Alors comment gère-t-on la catastrophe en ce moment même ? Avec quels moyens ? Quels enseignements faudra-t-il en tirer pour la reconstruction ? On va parler de tout ça ce matin avec nos invités, Eric Brocardi, porte-parole de la Fédération Nationale des Sapeurs-Pompiers, Pauline Villain-Carlotti, géographe spécialiste du risque incendie de forêt, et Antoine Denoy, patron d'Axa Climate, filiale du groupe d'assurance, dédié justement au risque climatique. Bonjour à tous les trois. On attend bien sûr, chers auditeurs, vos questions au 01 45 24 7000 et via l'appli Radio France.

Mais direction d'abord la Gironde, puisque nous sommes en ligne avec le maire de Marcheprime, on est au sud-ouest de Bordeaux. Bonjour monsieur Manuel Martinez, bonjour. Bonjour monsieur. Votre commune est désormais l'une des communes en première ligne face aux flammes. Alors, quelle est la situation chez vous ce matin ?

1:30
Invité

Elle est rassurante et l'état d'esprit est à l'optimisme par rapport à ce qui s'est passé cette nuit, à savoir un peu de pluie pendant une petite heure, ce qui a rendu le terrain un peu plus humide et une stabilité du front de feu.

1:49
Présentateur

Donc les pompiers ont pu cette nuit lutter efficacement contre le feu, aider un peu par la météo, c'est ça ?

1:56
Invité

Exactement. On a eu une chute des vents parce que c'est un moment crucial que de combattre le feu quand on a un peu moins de contraintes. Et là, il y a eu une stabilité, donc ils ont été efficaces. Et aujourd'hui, on peut dire qu'ils ont maîtrisé la partie nord-est du feu qui progresse vers l'agglomération bordelaise.

2:19
Présentateur

J'imagine que tout ça reste, malgré tout, très précaire, très fragile. Ça dépend d'une direction du vent qui peut changer à tout moment.

2:28
Invité

Exactement. Et c'est les mots que j'avais avec le commandant au niveau des sapeurs-pompiers sur la base de vie installée sur marche prime. C'est optimisme d'une part, mais vigilance parce que les vents pourraient se lever, parce qu'on imagine aussi, en regardant la météo, qu'on va avoir des conditions défavorables pour les 48 heures qui arrivent.

2:52
Présentateur

Mais est-ce que les flammes avaient déjà gagné le territoire de votre commune ? Est-ce qu'il y a des dégâts ces dernières heures ?

2:58
Invité

Non, on a eu la chance, le samedi soir, on a eu la chance d'avoir un changement d'orientation des vents. Là où on est, on avait des vents d'ouest qui orientaient le feu directement vers le bourg de la commune. À quelques centaines de mètres, il y a eu une modification d'orientation et qui a orienté le feu, la tête de feu, vers le nord, c'est-à-dire vers l'agglomération. Donc les habitations ont toutes été épargnées.

3:28
Présentateur

Tout le monde a été évacué, j'imagine, chez vous ces dernières heures. Il a fallu gérer aussi cette grande opération d'évacuation. Je crois que votre commune fait 5500 habitants.

3:37
Invité

Oui, on a 5800 habitants, mais j'avais créé deux lieux d'accueil parce qu'on avait accueilli 48 heures avant à la fois des touristes venant des campings de l'Ajka-Ferré et du Porges, puis après les résidents des communes qui avaient été évacuées. Donc j'avais deux bases d'accueil avec 1200 personnes. Et donc il fallait évacuer à la fois la population, mais aussi ces deux lieux d'accueil et les évacuer en trois heures, ce qui a été fait dans la nuit de samedi à dimanche.

4:08
Présentateur

Vous dites que vous êtes en relation évidemment permanente avec les pompiers. Est-ce que les moyens dont ils disposent sur votre commune, est-ce que les moyens dont vous disposez actuellement sont suffisants pour combattre cet ogre qui vous menace ?

4:22
Invité

Oui, aujourd'hui on peut le dire, les moyens pour ce qui nous concerne, cette lame de la partie est-nord-est du feu, ils ont les moyens suffisants, même si on n'est jamais sûr de rien. Mais compte tenu de l'évolution et du travail qui a été fait, je vous assure qu'ils ont été efficaces avec les moyens qu'ils avaient. Mais c'est plutôt à eux de répondre à cela. C'est vraiment le point de vue de la maire qui constate que le feu est maîtrisé pour ce qui concerne le territoire de la commune.

4:58
Présentateur

Et plutôt des bonnes nouvelles, en tout cas des nouvelles rassurantes du côté de Marche Primes ce matin. Merci beaucoup M. Martinez, maire de Marche Primes. Justement les pompiers, ils sont sur ce plateau en la personne d'Éric Brocardi, porte-parole des sapeurs-pompiers de France. 2500 pompiers qui sont mobilisés sur ce seul mais gigantesque incendie de Gironde. Quel est l'état des troupes ce matin ? L'état des troupes, il est toujours dans cette volonté de vouloir en découdre avec le feu, cette volonté de vouloir tenir les positions et d'essayer de continuer à pilonner ces fronts de flammes. On a eu un sursis avec ce sujet de la pluie pendant cette nuit-là.

Ce qui va nous permettre aujourd'hui d'avoir une course contre la menthe avant de la rehauser les températures qui sont prévues. Il y a un petit créneau qui est important. C'est un petit peu, comme je dis toujours, un combat entre David et Goliath. Et là, on va essayer de trouver un point faible. Mais je peux vous dire qu'ils ont la rage au ventre. Ils sont dans le cœur de leur mission. Aujourd'hui, il ne faut pas se leurrer. Les sapeurs-pompiers, quand ils signent leur engagement, c'est pour ce qu'ils sont en train de faire actuellement. Donc, il est très difficile de mettre les sapeurs-pompiers au repos ou au retrait du fonds des FALAM.

Il est également très difficile aussi d'en remettre en disponibilité pour permettre justement d'aller au front. Donc, vous voyez qu'on est sur un sujet aujourd'hui où la tension opérationnelle et la tension humaine est à son maximum. Et que, forcément, aujourd'hui, on ne doit que saluer leur engagement à tous les niveaux. Et n'oublions surtout pas, surtout pas, que depuis ce début de saison apocalyptique, nous avons perdu trois sapeurs-pompiers, deux en Gironde, un en Savoie. On doit penser et ne jamais oublier qu'il y a des familles endeuillées, des collègues endeuillées. Et à partir de là, même si j'entends... Il y a des blessés aussi, 80 pompiers blessés en Gironde. Exactement.

Ce qu'il faut souligner quand même, c'est qu'il y a zéro blessé chez les concitoyens. Donc, cela veut dire que nous sommes... Ça, c'est une réussite pour vous. Mais bien sûr que c'est une réussite, il faut le dire, parce que les pompiers ont besoin aussi de voir que ce qu'ils font n'est pas vain, que ce qu'ils font est fait avec le courage, dévouement et détermination. Et qu'à ce titre-là, il est important de souligner dans les bandeaux télé ou quoi ou caisse, tout simplement que l'action a été remarquable de ce côté, parce que ça a été une conjugaison de prise de responsabilité des exploitants de sites touristiques.

Ça a été une combinaison, une conjugaison avec les orientations qu'a prie le commandant des opérations de secours. Et les sapeurs-pompiers aujourd'hui ne peuvent être que fiers de ce qu'il en est et que les concitoyens en soient d'eux-mêmes. Vous l'avez un peu évoqué, mais c'est vrai qu'on entend et on lit ce matin des premières critiques, de la part même de pompiers qui sont sur le terrain, sur parfois leurs équipements, sur la tenue qui n'est pas toujours adaptée, sur les moyens, sur les camions, sur le manque de formation parfois de certains. Il y a quand même des premières questions et des premières interrogations parmi vos effectifs, à mesure que la fatigue gagne aussi.

Je viens du terrain, donc je vais vous dire que ce n'est jamais simple sur le terrain. Il y a toujours effectivement des problèmes en termes d'équipement, que ce soit radiophonique, comme ce soit au niveau vestimentaire. Vous regardez vous-même les images, vous verrez qu'il y a parfois des disparités entre départements ou autres en termes d'équipement. Mais c'est parce qu'il faut rappeler une chose essentielle, c'est que les sapeurs-pompiers sont départementalisés et que les conseils départementaux, qui sont les principaux financeurs des sapeurs-pompiers, font comme ils peuvent au quotidien face à leur budget, sachant qu'ils ont aussi cette orientation d'aider les sapeurs-pompiers.

Et il faut qu'ils continuent à aider. La crainte que l'on a, malgré toutes ces polémiques, c'est qu'en septembre, une autre rentrée se dessine et qu'on oublie ce qui s'est passé au mois de juillet. Et là, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France sera là pour marteler ce qui s'est passé en juillet. Et on va y revenir. Peut-être jeter un oeil à la carte de France ce matin avec vous, Pauline Villain-Carlotti, puisqu'on parle évidemment de ce méga-feu. D'ailleurs, je ne sais pas si on peut parler de méga-feu. Pas encore. Très bien. Mais c'est loin d'être le sol. Et il y a des feux dont on ne parle pas, mais il y a des feux un peu partout.

8:37
Invité

Oui. Là, on a vu que cette année, clairement, la saison incendie, non seulement elle a démarré tôt et de manière très très forte, mais en plus, elle a touché le territoire national de manière générale. On voit la remontée septentrionale de la problématique incendie. On a vu des Canadaires en région parisienne. On a la Bretagne. On a des régions du centre de la France qui brûlent. Donc là, très clairement, la géographie du risque a changé. Ça n'est plus une problématique strictement méditerranéenne.

Désormais, c'est un enjeu national, un risque majeur qu'il va falloir prendre en compte à l'échelle de la France entière et qui demande non seulement de sortir de la gestion de crise pour aller vers la gestion du risque, la planification, anticiper, prévenir et aménager des territoires qui soient résilients aux risques d'incendie de forêt.

9:27
Présentateur

Et peut-être trouver des moyens de réhabiter différemment la forêt. On va y revenir. Juste un mot sur la carte, toujours, Antoine Denoy, puisque chez AXA Climate, vous avez justement modélisé cette remontée du risque, cette extension du risque. On n'est plus du tout uniquement. On s'était habitué à un scénario tous les étés pour tour méditerranéen, Corse, un peu le sud-ouest. On va de moins en moins être seulement là-dedans.

9:48
Invité

Exactement, je m'inscris en accord avec ce qui a été dit. Le risque d'incendie, ce n'est plus, sur les bannières de télévision, un risque qui est lié au sud. Maintenant, l'ensemble du pays est concerné. Et donc, les scientifiques nous le disent depuis des décennies. Mais on le factualise. Par exemple, à Nantes, on a trois jours par an à peu près de risque extrême d'incendie. On va passer à neuf jours en 2050 et à quinze jours en 2100. Donc, il faut se préparer en région ouest, nord et centre à beaucoup de risques et notamment de risques incendie. Mais le point important et le message important aussi pour nos éditeurs, c'est de ne pas penser les risques en silo. Ces risques sont interreliés.

On a vu l'importance qu'avaient eu les fortes précipitations hivernales sur ce qu'on est en train de vivre à l'été. Et donc, c'est important que chaque territoire fasse l'exercice de connaître le climat 2030-2050, comme on connaît tous, chacun, la météo du jour. C'est extrêmement important. Et surtout, pas se contenter de se dire il faut que je m'adapte aux risques incendie, mais avoir des démarches d'adaptation beaucoup plus systémiques où on tient compte de la tempête, de l'inondation, de la sécheresse et évidemment de l'incendie. Mais c'est à condition qu'on prenne ces risques dans leur ensemble qu'on arrivera à mettre en place des stratégies de résilience efficaces.

10:53
Présentateur

Donc, Éric Brocardi, on passe à une situation où on avait des feux « classiques » cantonnés à certaines régions, à une situation où le risque s'étend. Et en plus, on a ces nouvelles formes de feux. Alors, on a entendu feu convectif, orage de feu ces derniers jours en Gironde. Comment on adapte la riposte de votre côté ? Là, on a bien vu qu'on peut... Alors oui, il y a des pompiers d'autres régions qui viennent en Gironde, mais on ne peut pas non plus enlever, si je puis dire, des forces dans d'autres régions qui pourraient être touchées. Comment on fait pour tout gérer ?

En fait, on est sur une difficulté opérationnelle parce qu'à ce jour, aujourd'hui, ce qui fait fonctionner, on va dire, nos attaques et notre stratégie, c'est la solidarité entre les départements. Lorsque vous avez un directeur départemental du nord de la France et qui incite à pouvoir aider un autre département qui est en difficulté par rapport aux feux de forêt, il a envoyé ses troupes en masse. Or, aujourd'hui, le calcul est différent. Il y a une espèce, aujourd'hui, de cristallisation et une veillance sur laquelle les sapeurs-pompiers du nord ne peuvent pas tous descendre comme auparavant dans le sud parce qu'il y a un risque aussi prégnant dans le nord de la France.

Quand je dis le nord de la France, c'est évidemment au nord de Aix, excusez-moi, mais c'est vrai que c'était ciblé sur le portant méditerranéen jusqu'à présent. Donc, sur cette configuration-là, aujourd'hui, ça nous demande beaucoup d'agilité et de plasticité d'un département à l'autre tout en faisant force avec la disponibilité des sapeurs-pompiers volontaires qui constituent 80% de nos effectifs actuellement sur le territoire national, mais en plus à l'heure actuelle sur le terrain.

Donc, vous voyez bien qu'aujourd'hui, il faut impérativement décloisonner, il faut impérativement avoir des méthodes de simplification opérationnelle au sein de l'administration pour continuer à essayer de développer une logique d'aide, de suffisance, de moyens pour permettre qu'à l'avenir, nous puissions être plus facilitants parce que c'est le terrain qui décide l'administration, ce n'est pas l'administration qui décide sur le terrain. Et justement, en termes de moyens financiers, Pauline Villain-Carlotti, on voit qu'il y a une polémique qui monte, on entend beaucoup parler des Canadaires, seuls 7 Canadaires disponibles sur les 12 que compte la France.

Il faut changer d'échelle, là, en termes de moyens par rapport à ce qui nous attend sur l'adaptation des moyens de la sécurité civile ?

13:01
Invité

Alors, moi, je ne suis pas du tout spécialiste de la flotte aérienne et des moyens de la sécurité civile. Donc, moi, le discours que je porte, c'est celui de changer d'échelle, c'est-à-dire en revenir au territoire pour penser l'aménagement du territoire et réduire, ne pas seulement traiter l'aléa, la gestion contre le feu, le risque, c'est la conjonction d'un aléa pouvant occasionner des dommages à des enjeux vulnérables. Là, si on reprend l'exemple de la Gironde, on est dans une configuration qui est dramatique. Pourquoi ?

Parce qu'on a non seulement une forêt très inflammable, mais on a surtout un territoire qui concentre des populations, un habitat résidentiel, un habitat touristique, des hébergements faits pour la saison, donc moyen, plutôt hébergement léger. On a une population qui n'a pas du tout de culture du risque d'incendie de forêt et ces populations mobilisent les services de secours qui doivent intervenir, défendre des points sensibles et qui ont beaucoup moins de possibilités de gérer l'incendie en tant que tel puisqu'ils font plutôt de la défense de populations vulnérables.

14:06
Présentateur

Je voulais revenir juste au sujet sur le moyen aérien. Excusez-moi de vous couper parce qu'on a tendance à focaliser sur la notion du Canadair, le fameux aéronef que l'on voit jaune. Mais je rappelle quand même qu'il y a des dashs aussi à côté et que cette flotte aérienne, c'est vrai qu'elle est en difficulté, ce n'est pas de nouveauté, c'est vrai qu'il y a des nécessités de maintenance. Quand on compare à d'autres pays comme l'Espagne, par exemple. Exactement. Aujourd'hui, je peux le dire, sur son volume global, on est une des flottes les plus puissantes parce qu'on arrive aussi à prêter. Pour autant, le problème, il est plus interne.

Le sujet de la réparation, de la maintenance, des sous-traitants, des choix et des orientations qui ont été pris en termes de traitement. La fédération se range aux côtés des pilotes de la sécurité civile qui, eux, sont vraiment au cœur du système et des difficultés. Il faut se rappeler que derrière chaque avion, vous avez une équipe et notamment des mécanos qui sont déjà flottandus sur les avions et qui ne comptent plus leurs heures pour essayer de remettre les appareils opérationnels. Le message est bien passé. Vous parliez de ces zones. En plus, toujours un peu les mêmes zones qui sont touchées.

Quand on pense à 2022, à l'Andiras et cet incendie de Somos, aujourd'hui, revoir l'organisation. Est-ce que ça veut dire que quand on va reconstruire, il va falloir drastiquement revoir l'habitat, l'organisation même du territoire, l'urbanisation ? Est-ce qu'il faut accepter qu'à l'avenir, il y ait des zones qui soient rendues non habitables ?

15:17
Invité

Oui, très clairement. Il faut revenir déjà là-bas. C'est qu'en France, on a 286 plans de prévention du risque d'incendie de forêt pour 7000 communes exposées. Donc déjà, il y a un hiatus en termes de prévention et d'aménagement du territoire. On a des outils de planification qui existent. Ils ne sont pas mis en œuvre. Ces plans de prévention des risques, qu'est-ce qu'ils pourraient faire ? Ils pourraient limiter la constructibilité des zones les plus exposées et aussi encadrer la manière d'aménager le territoire, notamment en renforçant, en limitant les interfaces habitat forêt, en limitant l'étalement urbain à proximité des espaces boisés et végétalisés.

Repenser aussi les réglementations comme les obligations légales de débroussaillement, non plus à l'échelle strictement individuelle, mais à l'échelle d'un quartier, que ça soit mutualisé, pour qu'on ait vraiment des lisières incombustibles et qu'on évite à chaque fois de se retrouver sur vraiment les fronts entre la forêt et les espaces habités, ce qui est l'endroit où se déclenchent la plupart des incendies, mais aussi qui concentre la plupart des enjeux vulnérables.

16:17
Présentateur

Parce qu'il y a un enjeu en termes, je parle à l'assureur Antoine Denois chez AXA Climate, il va y avoir des maisons, des entreprises que vous ne pourrez plus assurer à l'avenir dans ces zones-là. Il y a un enjeu là-dessus quand même.

16:31
Invité

Évidemment qu'il y a un enjeu, mais nous, notre métier, c'est de faire en sorte que chacun reste assurable. Et là où je rejoins, c'est qu'il va falloir, il y a évidemment des actions de prévention très pratiques, un maire des grilles sur des gouttières pour éviter que les feuilles mortes viennent se loger dans les gouttières et servent d'embrasement à des braises. Donc ça, c'est du pratique et c'est du court terme. Et après, il va falloir refaçonner nos territoires. Je vous rappelle, pour faire un petit peu d'histoire, que 400 000 de nos compatriotes vivent sous le niveau de la mer, dans leur Pas-de-Calais.

Parce qu'au XIIIe siècle, on est asséché et Saint-Omer avant était à un port et Saint-Omer est à 30 kilomètres à l'intérieur. Je vous rappelle que 400 000 autres compatriotes vivent dans les Landes et les Landes avant le XIXe, c'était des marécages et il n'y avait pas de pain. Donc on a, de fait, en France, des paysages qui ont été façonnés par l'humain et par les Français et les Françaises.

Et donc tout l'enjeu, et je rejoins ce qui a été dit, c'est in fine, c'est qu'à l'aménagement du territoire parce que le réchauffement climatique nous oblige drastiquement à changer ces territoires et donc à changer leur aménagement, à changer leurs paysages, à changer les cultures qui sont cultivées et donc nos territoires resteront assurables à condition qu'elles s'adaptent, que ces territoires s'adaptent à ce réchauffement climatique qui est de plus en plus rapide.

17:35
Présentateur

Là, on parle de l'après, juste à court terme sur les semaines et les mois qui attendent les sinistrés. Qu'est-ce que ça représente comme vous, comme défi pour vous, les gens dont les maisons ont brûlé, les entreprises qui sont à l'arrêt ? Est-ce qu'on peut accélérer les expertises ? Est-ce que ça va prendre du temps le passage des experts ?

17:52
Invité

Est-ce qu'on peut progresser là-dessus ? Évidemment, nous sommes aux côtés de ceux qui se battent sur le terrain et on a évidemment beaucoup de gratitude et pas que la gratitude. Donc on a pris des engagements mais comme d'autres assureurs pour être au plus proche des clients qui sont impactés ou au plus proche de l'ensemble des services qui travaillent sur le terrain pour faire en sorte qu'on puisse sortir de cette situation et donc les assureurs comme les autres acteurs économiques, publics, privés prendront leur part dans le combat qu'est le nôtre à court terme.

18:17
Présentateur

Pauline Villain-Carlotti, vous parliez de plan de prévention des risques. Là, on a une question sur l'appli Radio France de Franck qui fait la comparaison. Alors, la comparaison, attention, il me dit j'habite près d'une centrale nucléaire or, autour des centrales nucléaires, un plan d'évacuation est toujours prévu en amont sur un périmètre très large. Pourquoi n'en est-il pas de même pour les zones à risque d'incendie ?

18:37
Invité

Si, il y a des plans communaux de sauvegarde, il y a des plans d'évacuation. Là encore, on parle d'outils qui ne sont pas toujours suffisamment mis en œuvre parce que parfois les communes manquent d'ingénierie territoriale. Ce sont des dispositifs qui ne sont pas toujours connus par les élus et les services municipaux. On a des outils aujourd'hui en matière de prévention et de planification. On n'a pas de déficit d'outils. On a un déficit de mise en œuvre et il faut communiquer sur ces outils qui existent, le rappeler, faire des formations auprès des communes, des élus locaux. Moi, je suis convaincue que ça partira des territoires, les transformations et pas de l'échelle nationale.

19:15
Présentateur

Est-ce qu'on peut encore vivre, pour le dire très clairement, dans ou près de la forêt ? En France, dans ces zones ?

19:21
Invité

On peut vivre près de la forêt à condition d'avoir fait en sorte qu'il y ait une zone tampon entre l'espace végétalisé et l'espace habité. Revenir un peu à nos paysages dans paysages historiques méditerranéens, paysages agro-pastoraux où il y avait des incendies et où les villages étaient organisés avec plusieurs périphéries où autour des villages, on avait un espace entretenu, du maraîchage principalement. Ensuite, l'espace pastoral qui servait de pare-feu parce qu'il y avait un maintien de la végétation, notamment en utilisant le feu pour gérer la végétation et limiter la repousse ligneuse. Et la forêt n'arrivait qu'en troisième périphérie. Il n'y avait pas de zone de contact directe.

On n'avait pas cet étalement urbain, ce mitage de l'espace avec ces villas isolées qui compliquent le travail des pompiers et qui rendent la situation explosive en cas d'incendie de forêt.

20:09
Présentateur

Vous l'avez évoqué, Antoine Denoy, un mot de la culture du risque. Est-ce qu'il va falloir habituer aussi ces populations et notamment les populations touristiques qui viennent temporairement à une catastrophe majeure tous les 3-4 ans ? Il y a un enjeu là-dessus aussi.

20:21
Invité

Bien sûr, culture des risques, culture de la prudence aussi par rapport aux risques qui nous tombent dessus. En Australie, par exemple, les familles en Australie connaissent les routes d'évacuation quand il y aura un problème. C'est des choses très pratiques. Combien de familles françaises savent s'il y a un risque incendie demain, par quel chemin, par quelle route elles doivent évacuer ? Donc, c'est des choses très pratiques. C'est une sensibilisation qu'on doit réaliser. Et là où je rejoins, c'est que les agriculteurs ont un rôle très important à jouer sur cette résilience des territoires.

Je vous rappelle que la moitié des surfaces en France sont cultivées et c'est des agriculteurs qui en prennent soin. Donc, la capacité des agriculteurs à diversifier les paysages, à créer ses zones tampons, à éviter d'avoir trop de combustible autour des habitations et des entreprises, c'est fondamental. Donc, c'est un sujet qui est fondamentalement transvers, systémique et la figure de l'agriculteur est une figure extrêmement importante quand on parle de résilience. Éric Brocardi,

21:09
Présentateur

on parlait de la culture du risque chez les civils, chez les pompiers, ce qui est un enjeu de changement d'échelle en termes de formation. Je lisais que sur les 260 000 pompiers en France, il y en a, pour l'instant, 90 000 qui sont formés spécifiquement aux feux de forêt. Il va falloir faire plus. Il va falloir continuer à former, mais aujourd'hui, l'entente valable qui forme la plupart des sapeurs-pompiers au risque feu de forêt est déjà aussi sur un niveau, on va dire, d'absorption, on va dire, de l'ensemble des formations qui arrivent à un niveau extrême et important.

Il y a dix ans cela, si vous m'auriez dit que je partagerais le banc des formations avec des gens du Nord, je ne vous aurais jamais cru.

Or, aujourd'hui, c'est extrêmement le cas et ce n'est plus anodin, c'est quelque chose qui est intégré et on est assez fiers d'ailleurs de partager la culture du Sud puisque je proviens du Sud de la France avec tous nos collègues et ça prouve aussi une chose, c'est que notre manière de travailler, notre stratégie, elle est fondée sur des éléments qui datent des années 80-90 au travers de la mission Vulcain et qui fonctionne encore et qui est très efficace et ça, aujourd'hui, merci à l'entente valable qui est l'école du feu de forêt en France qui est reconnue internationalement.

Le sujet, c'est aussi de percevoir qu'à l'avenir, il va falloir continuer à progresser dans la capacité à absorber un volume de sape pour pompiers supplémentaires que ce soit dans la formation, le franchissement avec les engins lourds dédié à cela, les niveaux d'équipement derrière, évidemment. Ça ne peut pas rester à ce niveau-là. Merci beaucoup Éric Brocardi, Pauline Villain-Carlotti, Antoine Denoy, invité de France Inter ce matin, il est 9h moins le quart.