Marylise Léon : "Le travail n'est pas une valeur, c'est un cadre."
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Est-ce que pour vous, la valeur travail, c'est quelque chose qui a du sens ?
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Comment expliquez-vous que certains érigent le travail en valeur ?
- 2:03OuverteRéponse directe
Qu'avez-vous appris aux côtés de Laurent Berger ?
- 3:05OuverteRéponse directe
Est-ce que vous ferez différemment ?
- 3:47OuverteRéponse directe
J'ai rencontré le sexisme en devenant numéro un.
- 5:05OuverteRéponse directe
Est-ce que les choses ont changé en un quart de siècle ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:33Invité politiqueFait
« Je pense que le travail n'est pas une valeur. »
- 3:23Invité politiqueFait
« On n'est plus tellement à l'heure des transitions, on est vraiment à un moment de transformation sociale. »
- 5:21Invité politiqueFait
« Malheureusement, c'est vrai que ça reste toujours vrai. »
- 6:00Invité politiqueChiffre
« La CFDT, on est une organisation d'à peu près 650 000 adhérents, adhérentes. »
- 13:15Invité politiqueChiffre
« On était à peu près 650 000 adhérents, nous étions 612 000 à la fin de l'année 2022. »
- 30:20Invité politiqueChiffre
« Il y a à peu près 7% de chômage, c'est quand même 5 millions de personnes qui sont privées d'emploi. »
- 30:47Invité politiqueFait
« transformer Pôle emploi en France Travail »
- 34:06Invité politiqueFait
« la CFDT, le syndicat de la transformation écologique au travail »
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7h-9h, les matins d'été. Quentin l'a fait. Bonjour Marie-Lise Léon. Bonjour. Vous êtes secrétaire générale de la CFDT depuis le 21 juin dernier et depuis plusieurs années maintenant avec une acuité particulière, même depuis la crise du Covid, illustrée aussi dans le débat autour de la réforme des retraites. La question du travail est au centre de nos préoccupations, au centre de nos interrogations. Certains même l'ont érigée en valeur. Est-ce que pour vous, la valeur travail, c'est quelque chose, un concept même qui a du sens ?
Non. Je pense que le travail n'est pas une valeur. Je pense que le travail, c'est un cadre dans lequel tout un chacun peut, en tout cas c'est ce qu'on espère, puisse s'épanouir, se former, évoluer, bien entendu être justement rétribué. Mais voilà, on n'est pas vraiment sur ce repère de valeur ni non plus dans une considération que le travail serait un droit à la paresse.
Comment est-ce que vous expliquez par conséquent que certains érigent le travail en valeur ? Est-ce qu'au fond, c'est presque une instrumentalisation du travail ou un mauvais emploi que l'on fait du travail et de la question du travail ?
Je pense que c'est une méconnaissance de ce qu'est le travail réel. Je pense que c'est aussi une distance de certains hommes et femmes politiques depuis un certain nombre d'années de ce qu'est le travail réel et d'être plutôt dans une approche un peu facile. Parce que quand on parle de valeur travail, on pointe sur tous ceux qui n'en ont pas. Et voilà, c'est plutôt une méconnaissance qui est problématique parce que ça concerne énormément de citoyens et de citoyennes et que ça peut être un sujet de débat social extrêmement important et intéressant.
Durant près de cinq années, Marie-Lise Léon, vous avez travaillé aux côtés de Laurent Berger. Qu'est-ce que vous avez appris à ses côtés ? Au-delà, qu'est-ce que vous ferez différemment maintenant que vous êtes secrétaire générale de la CFDT ?
Alors, aux côtés de Laurent Berger, j'ai appris ce qui était une responsabilité nationale puisque j'ai travaillé et j'ai milité principalement dans des secteurs professionnels particuliers. Donc là, j'ai découvert à ses côtés une dimension beaucoup plus large. Ce que j'ai appris, je dirais que c'est l'exigence, une exigence de chaque jour et un élément qui me semble important pour un syndicaliste, c'est de jamais perdre de vue la réalité justement de ce travail et quelles peuvent être les aspirations des travailleurs. Jamais, ne jamais réfléchir à leur place, ni imaginer des solutions sans eux. Voilà, donc c'est ce que j'ai envie de poursuivre.
En tout cas, je vais m'y efforcer, mais voilà, ça fait partie aussi des fondements même de mon engagement syndical. Donc, c'est quelque chose qui sera ma boussole.
Est-ce que vous ferez différemment ?
Je ferai forcément différemment parce que je ne suis pas Laurent Berger, ça ne vous aura pas échappé. Je ferai différemment parce que, voilà, la réalité aussi de ce qu'elle travaille aujourd'hui est différente d'il y a dix ans, d'il y a même cinq ans. Les choses évoluent extrêmement rapidement. J'ai coutume de dire qu'on n'est plus tellement à l'heure des transitions, on est vraiment à un moment de transformation sociale, de transformation du rapport au travail, une nécessité de transformation écologique. Et donc, voilà, les modalités et le militantisme, il doit aussi s'adapter, le syndicalisme aussi être dans l'air du temps et répondre à ses défis.
On va y venir, mais avant cela, un petit retour en arrière.
J'ai rencontré le sexisme, le machisme en accédant à des responsabilités, en devenant une femme en responsabilité et en devenant numéro un, c'est-à-dire placée devant le regard des autres, le plus grand nombre de regards possible. Là, il est arrivé très fort.
Alors, je voudrais tout de suite dire, pour qu'il n'y ait pas quand même d'ambiguïté, je crois que toute personne, hommes ou femmes, qui est en première ligne, qui est en responsabilité de numéro un, pour faire vite, connaît des critiques et sujets à polémiques, à affrontements, à controverse, je dirais que ça, c'est la vie, c'est normal, quand on occupe ces fonctions-là, il faut savoir que ça fait partie de la fonction, et donc savoir les vivre. Simplement, quand on est une femme, ça ne se passe pas exactement que quand on est un homme. C'est-à-dire que c'est un peu plus quoi, c'est un peu plus... On découvre, les coups, quand ils sont portés, ne sont vraiment pas de même nature.
Le vocabulaire qui est utilisé n'est pas de même nature.
La voix de Nicole Nota, vous l'avez tout de suite reconnue, Marie-Lise Léon, Nicole Nota, qui a dirigé la CFDT entre 1992 et 2002, et c'était en 1997, cet extrait, elle racontait au micro de Bernard Pivot, dans l'émission Bouillon de Culture, son expérience en tant que femme a de telles fonctions. Est-ce que les choses ont changé en un quart de ce siècle, Marie-Lise Léon ?
Les choses ont changé, mais j'aime beaucoup son expression de la question de l'exposition quand on devient numéro un, et que les coups portés ne sont pas de même nature. Malheureusement, c'est vrai que ça reste toujours vrai. Et pour avoir, moi, beaucoup travaillé dans des milieux masculins, quasi exclusivement masculins dans l'industrie, j'ai découvert effectivement comme elle, donc près de 30 ans après, le sexisme et le machisme, en arrivant dans le militantisme et en prenant des responsabilités. C'est là que ça s'est un peu plus... que ça s'est révélé et que ça ne s'est pas, je dirais, multiplié, mais c'est à cette occasion que j'ai eu ce type de situation.
Vous les manifestent aussi au sein de la CFDT, dans votre confédération, ce machisme, ce sexisme ?
Je dirais qu'il est... La CFDT, on est une organisation d'à peu près 650 000 adhérents, adhérentes, et je l'espère, nous sommes à l'image de la société avec toutes ses qualités et ses défauts. Donc, c'est vrai que ce sont des choses qui existent, mais sur lesquelles, voilà, on est résolument décidé à agir et on fait des progrès.
Depuis le 31 mars dernier, une autre femme dirige au même moment une autre confédération syndicale, Sophie Binet, à la tête de la CGT. Est-ce que cela peut favoriser la convergence syndicale, le fait que vous soyez deux femmes, qu'il y ait une proximité peut-être entre vous, ou au fond, les failles idéologiques, l'histoire même des deux confédérations, fait que c'est un argument secondaire ?
Alors, il y a deux éléments distincts. Il y a le fait d'arriver en responsabilité sur cinq organisations représentatives, d'avoir deux femmes, c'est vrai que ça n'est jamais arrivé.
Presque au même moment.
Presque au même moment, et je dirais que c'est révélateur des difficultés d'accès des femmes en responsabilité. Mais je pense qu'on est dans une situation où il faut qu'on regarde le passé comme étant la période anormale. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, la CFDT, c'est une organisation d'adhérentes. Nous avons 51% d'adhérentes. Et donc, voilà, que les femmes puissent accéder à des responsabilités, ça me semble être aujourd'hui la normalité. Ça ne veut pas dire que c'est gagné. Ça veut dire qu'il faut toujours être très vigilant et de faire en sorte que chacun soit... Chacun et chacune puissent être à sa juste place. Ça, c'est une chose.
Le fait qu'il ne vous aura pas échappé, que nous ne sommes pas devenus une seule organisation, donc les différences continuent d'exister. Et voilà, ce qui compte aussi, c'est qu'on puisse avoir des relations régulières et franches. Voilà, après, ça fait partie des... Les différences entre nos organisations ne disparaissent pas avec le changement de numéro 1.
Alors justement, la bataille contre la réforme des retraites a mis en lumière une intersyndicale forte, soudée durant des mois, une intersyndicale qui a pu, d'une certaine façon, porter ses fruits, notamment sur le plan politique. Est-ce que c'est quelque chose à laquelle vous tenez, cette intersyndicale ? Est-ce que vous allez tout faire dans les semaines, dans les mois qui viennent, pour la maintenir vivante ? Ou au fond, retour en arrière, et chacun a ses différences, et chacun doit les assumer et les comprendre ?
Alors, que chacun ait des différences, les assume et les comprenne, c'est un état de fait qui a été au démarrage même de l'intersyndicale. C'est-à-dire qu'on a été extrêmement clair sur un message commun d'opposition aux 64 ans, au report de l'âge légal de la retraite. Donc, on a été toujours extrêmement clair. Et si l'intersyndicale a tenu, et qu'elle travaille depuis un an, on avait commencé déjà au mois de juillet dernier, si elle a tenu, c'est qu'on a aussi su assumer nos différences et mettre en avant ce qui nous rassemblait plutôt que ce qui pouvait nous diviser. Donc, on a été extrêmement clairs.
Qu'est-ce que ça signifie, au fond, ces convergences ? Est-ce que maintenant qu'il n'y a peut-être plus de bataille commune ou d'adversaire commun, est-ce qu'elle a encore, cette intersyndicale, une raison d'être ? Est-ce que vous allez tout faire pour la maintenir ?
On va tout faire pour prolonger les échanges et en tout cas, savoir sur quels sujets on peut non plus être forcément contre une disposition, mais porter des propositions. On a défini un certain nombre de thématiques sur lesquelles on s'est dit qu'on allait travailler ensemble. La connaissance fine des uns et des autres mériterait d'être encore approfondie. On a des sujets sur lesquels, grosso modo, on sait qu'est-ce que les uns et les autres portent, mais pas forcément de façon très détaillée. Et donc, l'idée, c'est de continuer de travailler ensemble. L'idée n'est pas de se dire à quelle date on fixe la prochaine réunion, enfin, la prochaine manifestation.
L'idée n'est pas non plus de dire quelle plateforme revendicative on se fixe en se disant ça sera l'alpha et l'oméga de l'action de chaque organisation. Voilà, donc des relations qui me semblent normales après avoir travaillé pendant un an, de continuer de travailler ensemble et de, lorsque c'est possible, porter des choses en commun.
Je voudrais vous faire réagir Marie-Lise Léon à un sondage du Cevipof dans son édition 2023. Ils mettent en évidence la faible confiance des Français envers les syndicats. Elle était de 36% en cette année 2023, en baisse de 2 points par rapport à 2022. Loin derrière les PME à 79%, la sécurité sociale à 70% ou même en dessous des banques à 38%, ça m'a un peu étonné, je dois le dire, mais c'est ainsi. Est-ce que le front contre la réforme des retraites a permis de renouer, de retisser un lien de confiance avec les Français ?
Moi, je pense qu'il y a eu un autre visage du syndicalisme qui s'est révélé à l'occasion de ces six derniers mois.
Un syndicalisme qui était uni, qui était mobilisé et qui a su, je pense que le message le plus révélateur, c'est que le débat a permis d'aborder enfin les questions de travail et que quant à l'occasion des retraites, plutôt que la question de l'âge et d'être focalisé uniquement sur ce sujet, on a réussi à élargir un peu plus le débat autour des questions des conditions de travail, autour des salaires, autour des difficultés d'évolution professionnelle, de la reconnaissance des compétences, en bref, tout un ensemble de sujets qui sont, pour beaucoup de travailleurs et de travailleuses, le vrai sujet.
Et quand on était dans les cortèges de manifestants, on parlait beaucoup plus de travail que de retraite.
Mais comment est-ce que vous expliquez, Marie-Lise Léonce, cette défiance structurelle des Français à l'égard des syndicats, des corps intermédiaires en général, mais des syndicats aussi en particulier ? Il faut le rappeler, est-ce que c'est un défaut d'efficacité à votre encontre ? Est-ce que c'est une mésentente ? Est-ce que c'est une méconnaissance de l'action syndicale ? Comment vous l'expliquez ?
Je pense qu'il y a une méconnaissance. Il y a quand même une très large majorité des travailleurs et des travailleuses qui ne croisent jamais un syndicaliste sur l'ensemble de leur carrière professionnelle. On a, nous, une difficulté d'implantation et de pouvoir être présent un maximum sur les lieux de travail. Et ça, c'est notre problème. C'est à nous d'être plus efficaces et de pouvoir être beaucoup plus présents dans les entreprises, dans les administrations. Je pense qu'il y a une question autour de la méconnaissance et en même temps, j'ai envie de dire, on n'a jamais fait autant d'adhésion depuis six mois. on a, je disais qu'on était à peu près 650 000 adhérents.
Nous étions 612 000 à la fin de l'année 2022, c'est-à-dire qu'on a eu enregistré, entre guillemets, près de 50 000 nouveaux adhérents. Et adhérents, c'est-à-dire que c'est inédit depuis...
En intégrant les départs aussi potentiels ?
Alors ça, c'est du... C'est une... C'est de nouveaux adhérents, adhérentes. Il y a forcément, effectivement, des départs. Le solde est largement positif. Et donc, ça veut dire qu'il y a... Pendant cette période des retraites, il y a eu un élan et une envie aussi de soutenir notre action et les messages que l'on pouvait porter.
Est-ce que l'une des façons aussi, peut-être, Marie-Lise Léon, de tisser un lien de confiance plus fort, plus stable avec les Français, c'est de parler aux Français auxquels les syndicats n'ont pas toujours parlé ? Je pense évidemment aux chômeurs, je pense aussi à la nouvelle économie et aux auto-entrepreneurs. Est-ce que ça, c'est un objectif que vous avez et qui vous tient à cœur de nouer des liens aussi avec ces personnes, avec ces travailleurs ?
Oui, oui, oui. C'est essentiel.
Pas seulement avec les salariés ?
Absolument. Absolument. On est, comme je le disais, dans un moment de transformation et d'accélération des transformations du travail, de l'évolution aussi des formes d'emploi avec une plus grande diversité d'aspirations en fonction, alors bien entendu, de son activité, du cadre dans lequel on évolue. Et c'est essentiel, effectivement, qu'on puisse nous répondre présents auprès de tous ceux et toutes celles qui ont le plus besoin de syndicalisme. Et de façon assez paradoxale, c'est auprès d'eux que nous sommes le moins présents.
Vous évoquiez les demandeurs d'emploi, les jeunes qui ont souvent dans le démarrage d'une vie active besoin de soutien ou parfois d'être défendus mais uniquement parfois d'avoir des conseils, de l'information. Ce sont eux vers lesquels il faut qu'on puisse se tourner. Et puis, les nouvelles formes d'emploi, bien entendu. On parle des auto-entrepreneurs. On a nous lancé une structure ad hoc pour les indépendants, les travailleurs indépendants qui soient ou non, qu'ils aient une activité ou non liée à une plateforme. Ça fait partie de l'évolution du monde du travail dont on doit tenir compte.
Ce n'est pas forcément des intérêts qui s'opposent, les intérêts entre les demandeurs d'emploi et les travailleurs, entre les salariés et les indépendants. Comment est-ce que vous menez d'un même combat, d'un même dialogue des intérêts parfois divergents, il faut le reconnaître ?
Ça, c'est un peu le quotidien d'une confédération comme la CFDT d'organiser des travailleurs qui parfois sont dans des secteurs concurrentiels, dans un même secteur des salariés et des militants qui peuvent donc être travaillés au quotidien, travailler ensemble dans la CFDT mais travailler dans des structures elles-mêmes et des entreprises concurrentes. Donc, la composition avec des intérêts divergents, je dirais que ça fait partie quasiment de notre travail syndical à la base même de notre quotidien.
Voilà, donc c'est absolument pas un problème parce que moi je suis convaincue que c'est en intégrant l'ensemble de ces problématiques et de ces intérêts divergents qu'on pourra construire les meilleurs équilibres.
On a évoqué à Marie-Élise Léon le lien de confiance qui unissait la CFDT et les Français. Le lien de confiance maintenant entre la CFDT et le gouvernement, entre la CFDT et l'exécutif, il a été en partie rompu, on le sait, pendant l'examen à l'Assemblée nationale du projet de loi de la réforme des retraites. Est-ce que ce lien est en train de se rétablir ou comment vous comptez le rétablir des deux parties ?
Alors, c'est un lien qu'il faut retisser, un dialogue qu'il faut renouer. On a eu l'occasion de rencontrer la Première Ministre la semaine dernière à la fois sur les sujets qui étaient devant nous pour la rentrée et puis les modalités selon lesquelles elle souhaitait ou pas justement renouer ce dialogue. C'était extrêmement clair que nous ne reviendrions pas discuter avec le gouvernement selon les mêmes termes ou en tout cas dans les mêmes conditions qu'on a pu connaître au moment des retraites.
Donc, elle nous a donné quelques éléments de réponse en nous disant qu'il y avait des sujets sur lesquels elle souhaitait qu'il y ait une autonomie des organisations syndicales et patronales que dans le cadre des négociations qui allaient s'engager à la rentrée le gouvernement était prêt à nous laisser les marges de manœuvre. on a beaucoup souffert notamment depuis 5 ans sur le fait qu'il y ait des négociations tellement cadrées qu'il n'y avait plus grand chose à négocier
Des négociations presque vides sans grand amour ?
Oui, vides je pense notamment à l'assurance chômage où dans un cadre dans un document on nous indiquait les objectifs les modalités les moyens les leviers sur lesquels il fallait agir et le résultat final quasiment donc là on s'est assuré que ça ne serait pas le cas. Mais donc c'est quoi ?
C'est des négociations auparavant c'est la preuve que l'exécutif le gouvernement ne croit pas du tout à la valeur du dialogue social ?
Lorsque le cas de figure que j'évoque sur la négociation sur le chômage de 2018 c'était effectivement un gouvernement qui parce qu'il le devait passait la main aux organisations syndicales et patronales mais qui était persuadé qu'il savait mieux que nous ce qu'il fallait faire donc il avait déjà décidé du point d'atterrissage de cette négociation avec des conditions telles que la négociation a été compliquée tellement compliquée qu'elle a échoué et que le gouvernement a repris la main donc là on leur a clairement indiqué que ça ne devait pas se renouveler voilà on a eu des engagements de la première ministre qui nous a dit que nous aurons les marges de manœuvre nécessaires voilà on attend de voir maintenant comment ça va se concrétiser fin août début septembre
il y a peut-être même dans l'ADN originel du macronisme une défiance à l'égard des corps intermédiaires en général des syndicats en particulier est-ce que c'est dépassable cette méfiance cette défiance
oui je pense que c'est dépassable et en tout cas c'est souhaitable et voire même nécessaire c'est-à-dire que moi je ne crois absolument pas qu'à l'exercice d'un pouvoir entre un homme et les citoyens ou les citoyennes les corps intermédiaires ont une utilité et ils font partie ils sont partie prenante de la démocratie donc c'est important de leur laisser cet espace de dialogue et de construction
merci beaucoup Marie-Lise Léon on va poursuivre cette discussion à partir de 8h20 on reviendra sur les discussions récentes que vous avez eues avec l'exécutif et sur le fond des dossiers les uns après les autres France Culture il est 7h58 7h09 les matins d'été Quentin l'a fait et à 8h22 sur France Culture suite de notre discussion avec Marie-Lise Léon secrétaire générale de la CFDT et le 13 juillet dernier deux jours avant les 100 jours d'apaisement promis par Emmanuel Macron Elisabeth Borne la première ministre réunissait les 5 organisations syndicales représentatives les 3 organisations patronales l'objectif renouer le dialogue pour bâtir ensemble un nouveau pacte de la vie au travail Marie-Lise Léon est-ce que ce lien de confiance il est rétabli d'abord et quels sont les contours de ce nouveau pacte de la vie au travail ?
On a eu une première réunion d'étape et les négociations vont véritablement démarrer au mois de septembre les conditions de négociation seront on verra si elles sont réunies à la rentrée en tout cas ce qu'on a entendu c'est un gouvernement qui était prêt à faire toute sa place à la démocratie sociale aux organisations syndicales et patronales donc la confiance ça se construit petit à petit donc on verra à partir du mois de septembre comment les discussions s'enclenchent et comment voilà quel type de négociation on va pouvoir réellement mener
Est-ce qu'il vous a semblé que c'était un discours de conviction ? vous avez évoqué un peu plus tôt dans notre discussion le fait que beaucoup des négociations et de la négociation collective avec le gouvernement étaient bordées préparées en amont est-ce que vous supposez que cette fois-ci le gouvernement est prêt à entamer un véritable dialogue social avec du grain à moudre et de la matière et des marges de négociation ?
Je l'espère je l'espère on va voir comment ça se passe au mois de septembre on a entendu à plusieurs reprises à la fois le président de la république et les responsables du gouvernement dire qu'ils avaient changé de méthode là nous maintenant la CFDT attend véritablement des actes et puis et puis une vraie capacité à pouvoir négocier ce qui veut dire qu'il faut aussi que les organisations patronales s'engagent qu'elles ne se réfugient pas forcément derrière le gouvernement en essayant de peser sur un certain nombre de dispositions je pense notamment à des maintiens d'aides publiques à des maintiens d'exonération de cotisations Est-ce que vous voulez dire
pardonnez-moi quand les organisations patronales se cachent derrière le gouvernement ?
Je pense qu'à un moment certaines organisations patronales ont préféré aller s'adresser au gouvernement et aller chercher des aides ou des solutions qui pouvaient être traduites directement dans la loi plutôt que de passer par la négociation on avait souvent une expression à la CFDT de dire une partie du patronat était plus prompte à aller au guichet qu'à la table des négociations donc aujourd'hui c'est important qu'on puisse articuler intelligemment le rôle et les rôles de chacun et de chacune il y a des espaces en propre pour les syndicats à investir et puis il y a des moments où le gouvernement ou l'Etat doit aussi pouvoir intervenir ce sont ces ajustements qu'il faut qu'on puisse qu'on va vérifier à l'usage
Si on entre dans le contenu Marie-Lise Léon quelle devrait être la substance d'un nouveau pacte de la vie au travail quels sont les grands enjeux pour vous de ce texte de cette discussion à venir ?
Dans le cadre de ce que l'on a nous comme retour des travailleurs et des travailleuses il y a un sujet qui est le sujet prioritaire depuis plus d'un an maintenant c'est le pouvoir d'achat le pouvoir d'achat donc ça implique qu'il y ait des négociations salariales dans les branches professionnelles dans les entreprises dans les qui puissent aussi avoir des discussions avec l'Etat employeur pour les administrations donc ça c'est le sujet sur lequel il faut qu'on puisse continuer de négocier et nous ce que l'on souhaite c'est qu'il y ait une véritable implication pour le coup des organisations patronales on a des dispositions de branches qui sont en fait des filets de sécurité pour les salariés qui n'ont pas de négociation dans leurs entreprises et encore aujourd'hui on a nous calculé qu'on a 130 branches professionnelles sur 171 qui ont encore des coefficients sous le SMIC c'est à dire qu'on a un tassement des bas de grille et donc un ensemble de salariés qui ne font pas le même métier qui ont des compétences différentes mais qui sont exactement payées de la même façon donc ça c'est inacceptable et on revient sur la question du travail c'est à dire que le travail réel n'est pas reconnu les compétences ne sont pas valorisées et ça concerne des secteurs d'activité je pense il y a les officines de pharmacie les laboratoires de biologie médicale qui sont en plus des secteurs dans lesquels les salariés ont été particulièrement impliqués au moment de la crise Covid et où je pense que la santé financière de ces établissements n'est pas forcément fragilisée donc il y a un vrai enjeu de négociation sur la question du pouvoir d'achat
sur ce point je me permets juste de vous couper Marie-Lézéon sur ce point le gouvernement a dit qu'il voulait agir ou en tout cas commencer à réfléchir à la question que vous évoquez c'est de la compression des bas salaires en bas de grille qu'est-ce que peut faire l'exécutif et le gouvernement vous l'avez dit aussi dans le même temps la majorité des négociations des discussions dans ce champ-là se jouent à l'échelle des branches parfois plus rarement à l'échelle des entreprises qu'est-ce que peut un exécutif qui discute à l'échelle nationale
ça fait partie des responsabilités que doit aussi assumer l'exécutif et c'est une proposition que l'on fait lorsque les branches ne jouent pas le jeu de la négociation lorsqu'il y a 8 10 coefficients sous le SMIC nous demandons à l'exécutif de prendre des mesures plus contraignantes pour les entreprises concernées par exemple qu'elles ne puissent plus bénéficier d'exonération de cotisation patronale parce qu'elles ne respectent pas la dynamique de négociation et une véritable reconnaissance du travail qui est fournie par les salariés ça c'est un exemple d'articulation intelligente me semble-t-il entre ce qui doit être dans l'espace de la négociation et lorsque la négociation dans le cadre d'une négociation il y a une volonté manifeste de ne pas jouer le jeu que l'état puisse intervenir et donc dynamiser cette négociation
donc si je comprends bien repenser la question des aides aux entreprises et les rendre conditionnelles pour repenser leur conditionnalité en fonction de la capacité des entreprises à jouer le jeu de la négociation
à jouer le jeu de la négociation ça fait partie donc ça peut intégrer des exonérations de cotisations ça peut être aussi le cas pour des aides publiques qui sont distribuées données accordées avec des objectifs précis qui sont rarement vérifiées rarement évaluées et qui représentent des milliards d'euros annuels et l'idée que je défends n'est absolument pas dire qu'il faut supprimer les aides aux entreprises absolument pas néanmoins je pense qu'il y a on est à un moment y compris démocratique où c'est important que les entreprises puissent faire preuve de plus de transparence et lorsqu'elles bénéficient d'aides qu'elles puissent tout à fait en transparence expliquer et montrer à quoi ces aides ont pu être utilisées
Un nouveau pacte de la vie au travail je renoue avec votre fil vous avez évoqué le pouvoir d'achat d'autres sujets ont été évoqués
Le pouvoir d'achat la question de la santé au travail des conditions de travail y compris pour des personnes qui ont été des salariés des travailleurs qui ont été exposés au moment de la crise Covid qu'on a appelé les travailleurs de la deuxième ligne qui en fait sont majoritairement des travailleuses de la deuxième ligne et qui sont souvent dans des secteurs d'activité où il y a peu de dynamique de négociation une mauvaise reconnaissance de leurs compétences et très peu d'évolution de carrière possible une incapacité des employeurs à donner des perspectives donc ça la question des parcours professionnels c'est un enjeu aussi de négociation l'amélioration toujours et encore des conditions de travail la prévention des accidents de travail 2021 on est encore à près de 605 000 accidents de travail en un an c'est énorme donc ça ça fait partie des enjeux sur lesquels on souhaite continuer de s'investir et là aussi c'est une question de responsabilisation et d'engagement des organisations patronales
L'autre sujet d'actualité dans le champ social et travail c'est le projet de loi plein emploi adopté par le Sénat la semaine dernière pour rappel l'objectif de ce projet de loi dont on parle bien peu je trouve c'est de réduire le chômage autour de 5% d'ici 2027 avec deux axes majeurs de transformation d'abord la transformation de Pôle emploi en France travail et le conditionnement du RSA à 15 voire 20 heures d'activité votre avis sur ce sujet et au-delà sur ce projet de loi très dur relativement dur pour les bénéficiaires du RSA
alors c'est c'est un projet de loi dont on parle beaucoup à travers effectivement la question des sanctions la question de la conditionnalité du RSA malheureusement en perdant un peu de vue l'objectif initial que nous partageons totalement nous CFDT c'est comment on va vers un objectif de plein emploi je ne sais pas si ça sera 5 si ça sera 6% globalement mais comment on permet à tous ceux qui aujourd'hui sont éloignés voire très éloignés de l'emploi puissent revenir sur le marché de l'emploi
le plein emploi la définition officielle c'est 5 c'est 5
mais c'est un arbitrage et ça n'est qu'une ça n'est qu'une qu'une statistique derrière aujourd'hui il y a à peu près 7% de chômage c'est quand même 5 millions de personnes qui sont privées d'emploi et qui pour la plupart et une très large majorité cherchent un travail donc moi je pense que c'est un objectif que nous partageons aller vers le plein emploi c'est un objectif qui est très intéressant après ça veut dire quoi transformer Pôle emploi en France Travail est-ce que c'est un changement de logo est-ce que c'est un rapprochement des différents acteurs du service public de l'emploi avec une meilleure coopération et je pense que si l'objectif est de se dire j'arrive à France Travail je suis jeune je suis en situation de handicap ou je suis cadre par exemple l'idée est que ma situation soit bien prise en compte et que je puisse bénéficier de l'accompagnement ce que je trouve dommage avec les débats actuels c'est que politiquement le gouvernement a souhaité aborder la question sous l'angle justement des conditions et des sanctions moi je j'ai aucun problème avec les devoirs des demandeurs d'emploi on parle trop rarement de leur droit et leur droit c'est un droit à l'accompagnement de qualité qui soit vers l'emploi mais ça peut être aussi un accompagnement social il y a des personnes qui ne sont pas en capacité de tout de suite aller vers l'emploi elles ont besoin d'un accompagnement en termes de santé en termes de logement et donc c'est c'est de ces droits là dont j'aimerais qu'on parle plus et qui n'a pas été le choix politique
dans le même temps Marie-Élise Léon ce discours des droits et devoirs la CFDT l'a toujours tenu et on sait bien quand on parle des droits et devoirs qu'on parle d'abord des devoirs qu'est-ce qui vous ennuie dans ce projet de loi porté par le gouvernement
c'est qu'on parle beaucoup des devoirs des devoirs d'activité ce qui m'ennuie dans les 15 inventeurs c'est que il y a un entretien d'une ambiguïté sur qu'est-ce que c'est qu'une activité est-ce que c'est de la formation est-ce que c'est de l'accompagnement est-ce que c'est du bénévolat je pense que l'idée n'est pas totalement abandonnée parmi certains responsables politiques et que cette ambiguïté entretenue elle laisse planer toujours et encore l'idée que les personnes qui sont en situation de recherche d'emploi elles l'ont un peu cherché et qu'elles ne se donnent pas tous les moyens pour y arriver c'est je trouve stigmatisant et dommage d'aborder cette question du plein emploi sous cet angle là
votre premier discours comme secrétaire général de la CFDT Marie-Lise Léon vous l'avez entamé par le sujet de la responsabilité écologique des entreprises quelle est cette responsabilité écologique selon vous quelle doit être la responsabilité des entreprises dans ce domaine
elles doivent être pionnières et je pense que c'est de la responsabilité des entreprises d'être très fortement engagées dans la transformation écologique il y a trop aujourd'hui de secteurs d'activité qui attendent de la contrainte législative ou normative pour bouger voilà on est sur des voilà elles vont au bout d'un modèle économique et n'avancent que contraintes efforcées et malheureusement la problématique c'est que ce sont les salariés qui en payent le prix parce qu'ils sont au pied du mur et lorsqu'il y a des évolutions des fermetures d'entreprises par exemple notamment je prends l'exemple de la filière automobile avec le passage du thermique à l'électrique il y a des salariés de fonderie qui se sont retrouvés au pied du mur avec des fermetures brutales d'entreprises parce que rien n'avait été anticipé donc si je veux faire de la CFDT le syndicat de la transformation écologique au travail c'est bien un enjeu écologique un enjeu d'avenir mais un enjeu aussi de démocratie en entreprise et que la parole et la situation des salariés elles soient bien intégrées dès le départ et je suis convaincue qu'on n'aura pas de transformation écologique juste si on ne tient pas compte justement de la situation des salariés et de leurs compétences parce que c'est quand même grâce à eux aussi que cette transformation va pouvoir se faire
Merci beaucoup Marie-Lise Léon je rappelle que vous êtes secrétaire générale de la CFDT merci d'être venu ce matin au micro des matins de France Culture il est 8h36 merci d'avoir regardé cette vidéo
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