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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 16 février 2021 26 minComplaisantFond programmatiqueÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergieEurope & international

"L'économie est en situation moins difficile que ce qu'on pouvait redouter", dit François Villeroy de Galhau

Au micro : Ali Badou, Karine BécartSource d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:54OuverteRéponse directe

    A quoi ça sert la Banque de France ?

  • 1:53ComplaisanteRéponse directe

    Vous avez toujours de l'or dans vos caves ?

  • 2:09OuverteRéponse directe

    C'est beaucoup ? On en a eu plus à une époque ?

  • 2:17OuverteRéponse directe

    Ça ne nous sert plus à rien d'avoir ça ou ça nous sert encore à quelque chose ?

  • 2:30OuverteRéponse directe

    Retrouver confiance en l'économie, c'est vague, c'est abstrait. Confiance à qui ? Confiance en quoi ?

  • 3:27OuverteRéponse directe

    Comment avoir confiance quand on est en pleine incertitude ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:12Invité politiqueFait
    « Alors il y a une Banque de France parce que l'euro c'est un système fédéral. »
  • 1:23Invité politiqueFait
    « Une bonne monnaie, c'est l'euro, une monnaie qui inspire confiance, y compris la fabrication des billets d'ailleurs. »
  • 2:03Invité politiqueChiffre
    « Là, il y a 2436 tonnes qui sont l'or des français et qui sont sous bonne surveillance. »
  • 2:10Invité politiqueFait
    « Il y en a eu plus entre les deux guerres. »
  • 3:45Invité politiqueFait
    « Les politiques économiques, ce qu'on appelle la politique budgétaire, c'est-à-dire les dépenses publiques. Et puis les politiques monétaires de la Banque Centrale avec des taux d'intérêt très favorables pour les financements ont contribué à amortir le choc. »
  • 5:00Invité politiqueChiffre
    « C'est que nous sommes aujourd'hui 5% en dessous du niveau d'activité pré-Covid. »
  • 5:06Invité politiquePromesse
    « Alors 5% c'est beaucoup, et nous espérons retrouver d'ici la mi-2022 le niveau d'activité d'avant le Covid. »
  • 5:18Invité politiqueChiffre
    « Dans le premier confinement, au printemps dernier, on était à moins 30%. »
  • 7:15Invité politiqueChiffre
    « Aujourd'hui, l'épargne des Français, ça représente environ 100 milliards d'euros. »
  • 7:19Invité politiqueChiffre
    « C'est peut-être un chiffre abstrait, mais c'est une réserve d'à peu près 4% de croissance. »
  • 10:36Invité politiquePromesse
    « Je pense que la plupart seront remboursés. »
  • 10:43Invité politiqueChiffre
    « C'est le chiffre le plus élevé d'Europe. »
  • 11:04Invité politiqueFait
    « On a dit que le PGE, les prêts garantis par l'État, ne seraient pas remboursés mécaniquement au printemps prochain. »
  • 12:00Invité politiqueFait
    « Il faut plus largement, pour le tissu des PME, un dispositif de quasi-fonds propre. »
  • 20:31Invité politiqueFait
    « La Banque Centrale est totalement indépendante. »

Temps de parole

  • Invité politique67 %
  • Présentateur17 %
  • Présentateur 29 %
  • Auditeur2 %
  • Auditeur 22 %
  • Auditeur 32 %

3,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, Karine Bécart, Ali Badou, le 7-9. Le grand entretien de ce mardi 16 février avec Karine Bécart. Nous recevons le gouverneur de la Banque de France. Il publie Retrouvez confiance en l'économie aux éditions Odile Jacob. Vos questions dans quelques minutes, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'application mobile France Inter. François Villeroy de Gallo, bonjour. Bonjour Ali Badou. Et merci d'être au micro de France Inter. Votre parole est rare, vous la réservez en général à des discours techniques et on les décortique pour savoir s'il faut changer de direction. Là vous êtes l'auteur d'un livre accessible, un livre accessible qui nous dit de retrouver confiance en l'économie.

On va vous demander pourquoi et comment. Mais d'abord parce que je pense que la question on vous la pose souvent. C'est d'ailleurs comme ça que s'ouvre votre livre. A quoi ça sert la Banque de France ? On a l'euro, on a la Banque Centrale Européenne.

0:57
Invité politique

Alors il y a une Banque de France parce que l'euro c'est un système fédéral. C'est-à-dire qu'il y a une Banque Centrale Européenne qui est installée à Francfort, présidée par Christine Lagarde. Mais il y a 19 banques centrales nationales qui font vivre l'euro pour les citoyens et qui sont dans les 19 pays de l'euro, y compris en Allemagne d'ailleurs. Et donc la Banque de France c'est 9500 femmes et hommes qui travaillent, qui travaillent beaucoup pour que les français aient accès à deux biens. Une bonne monnaie, c'est l'euro, une monnaie qui inspire confiance, y compris la fabrication des billets d'ailleurs.

Et puis les bons financements pour nos projets, les projets immobiliers pour des particuliers ou l'investissement pour des entrepreneurs. Effectivement, vous l'avez dit, du coup il y a des spécialistes pointus d'économie, de monnaie, de finances. Ce que j'ai voulu avec ce livre, c'est rendre compréhensible, lisible, leurs analyses qui sont souvent très qualifiées mais parfois un peu complexes.

1:48
Présentateur

Et on va en parler évidemment.

1:49
Invité politique

C'est d'autant plus important que les français se posent beaucoup de questions sur l'économie évidemment dans la crise que nous traversons.

1:53
Présentateur

Pour l'anecdote, vous avez toujours de l'or dans vos caves ?

1:56
Invité politique

Alors oui, c'est pas un or qui m'appartient ou qui appartient à la Banque de France, c'est l'or qui vous appartient à Libadou et Karine Bécard. Là, il y a 2436 tonnes qui sont l'or des français et qui sont sous bonne surveillance.

2:09
Présentateur

C'est beaucoup ? On en a eu plus à une époque ?

2:10
Invité politique

Il y en a eu plus entre les deux guerres. Mais c'était il y a longtemps et il faut bien dire que quand vous regardez l'histoire longue, l'or a de moins en moins de rôles.

2:17
Présentateur

Voilà, ça ne nous sert plus à rien d'avoir ça ou ça nous sert encore à quelque chose ? C'est une garantie. Beaucoup de questions à vous poser. L'objectif de votre livre, c'est notamment combattre la défiance. C'est le titre l'indique, retrouver la confiance en l'économie. Qu'est-ce que ça veut dire François Villeroy de Gallo ? Retrouver confiance en l'économie, c'est vague, c'est abstrait. Confiance à qui ? Confiance en quoi ?

2:38
Invité politique

Libadou, vous avez raison. Quand on parle de l'économie, ça paraît un peu abstrait, un peu froid. Mais en fait, l'économie, c'est fait par des hommes et des femmes et ça doit être au service des hommes. Et je crois que c'est ça que j'essaye d'expliquer. C'est que nous avons besoin, en France évidemment, de plus de croissance et d'emploi. Mais quand vous regardez derrière ça, la confiance, c'est le démarreur de la confiance et de l'emploi. Et on va l'illustrer très concrètement. C'est la confiance des particuliers qui puissent consommer et ainsi soutenir l'activité. On l'a vu l'été dernier, on l'a vu au mois de décembre. C'est la confiance des entrepreneurs qui puissent investir et embaucher.

Et si je peux dire, c'est même une confiance en nous-mêmes globalement. Nous Français, nous avons réussi des choses dans le passé et nous pouvons réussir à sortir de la crise. Mais on doute un peu de nous-mêmes.

3:27
Présentateur

Mais comment pour essayer d'en être autrement, nous traversons la pire crise économique des dernières décennies. Comment avoir confiance quand on est en pleine incertitude ?

3:37
Invité politique

Alors, d'abord les politiques économiques, ce qu'on appelle la politique budgétaire, c'est-à-dire les dépenses publiques. Et puis les politiques monétaires de la Banque Centrale avec des taux d'intérêt très favorables pour les financements ont contribué à amortir le choc. Ça, je crois que c'est quelque chose qui a bien fonctionné, je l'explique dans ce livre, en 2020, en France comme d'ailleurs dans tous les pays européens. Il y a eu une réaction forte, rapide, efficace. Après la confiance, je parlais de confiance en nous-mêmes, je suis toujours un peu fasciné de la comparaison des Européens et des Américains.

Regardez les Américains, ils ont moins bien géré que nous que la crise sanitaire, malheureusement ils ont plus de morts. Et pourtant les conséquences économiques, ils sont deux fois moindres. Parce que je crois qu'il y a un espèce de ressort, de confiance en l'avenir, de capacité d'innovation et d'adaptation qui est plus forte côté américain.

4:27
Présentateur

Mais allons un petit peu plus loin, si vous le permettez. Chaque mois, la Banque de France publie une enquête, l'enquête de conjoncture. Vous interrogez 8000 entreprises sur le terrain. Qu'est-ce qu'elles nous disent en ce moment de cette confiance ou pas ? Quels sont les signaux importants qui remontent ?

4:42
Invité politique

Alors ça, ça peut être justement un élément de cette confiance qu'on doit retrouver petit à petit.

4:47
Présentateur

Elle n'est pas là ?

4:47
Invité politique

Non, évidemment il y a une crise grave, vous le disiez, et l'économie aujourd'hui est en situation difficile. Mais moins difficile que ce qu'on pouvait redouter. Qu'est-ce que nous dit cette enquête ? C'est que nous sommes aujourd'hui 5% en dessous du niveau d'activité pré-Covid. Alors 5% c'est beaucoup, et nous espérons retrouver d'ici la mi-2022 le niveau d'activité d'avant le Covid. Mais 5% c'est moins grave que ce qu'on pouvait craindre vu les restrictions sanitaires. Pour vous donner un exemple, dans le premier confinement, au printemps dernier, on était à moins 30%. Donc vous voyez, on a appris à vivre en se protégeant. Évidemment, il faut sortir des restrictions sanitaires.

5:28
Présentateur

Et parce qu'il y a les plans de relance, et parce que les États, les banques centrales ont agi massivement, très vite, très fort. Il y a malgré tout une question qu'on a envie de vous poser lorsque vous vous adressez à nous, à chacun d'entre nous. Vous nous parlez comme consommateurs. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, la situation est assez paradoxale. Les Français ont beaucoup épargné. Et vous aimeriez qu'ils sortent consommer. La consommation, ça représente plus de la moitié du PIB français. Mais c'est vraiment ce qui nous fera retrouver confiance en la vie. Imaginer un avenir meilleur, sortir dépenser notre épargne.

6:01
Invité politique

Alors il y a plusieurs questions, Alibadou, dans ce que vous dites. D'abord, ce qu'on a constaté à l'été dernier, et à nouveau en décembre, c'est que quand les restrictions sanitaires sont un peu levées, les Français ont toujours envie d'acheter, et ça peut être des services qui se procurent, ou des biens qu'ils achètent. Et ça, objectivement, c'est une bonne nouvelle pour l'emploi et pour l'activité. Ça soutient le commerce. Pas forcément pour la planète. Et ça permet de diminuer le chômage. Alors là, on arrive à votre autre question, c'est qu'on peut consommer de façon responsable. Je vais vous prendre un exemple qu'on a tous vécu l'été dernier. Regardez les vacances qu'on a pu passer.

Je peux vous dire, dans mon cas, moi, j'ai passé des vacances en Auvergne, à découvrir notre pays magnifique. Ce n'est pas forcément ce que j'aurais fait. Et donc, je crois qu'on a changé nos habitudes de consommation.

6:44
Présentateur

Non, mais on est encore dans la période de crise. Donc, c'est pour ça aussi que les gens ne sont pas allés très loin, ils n'ont pas pris l'avion, parce que vous sous-entendez ça.

6:50
Invité politique

Mais je crois qu'il y a des aspirations plus longues. Je dis à la fin de ce livre que cette crise, elle nous appelle à réinventer notre modèle. Un modèle qui soit plus écologique, qui soit plus juste, qui ait plus de sens et d'éthique. Au passage, je crois que l'Europe a un rôle central à jouer là-dedans. Ce sont des combats européens, ça. Je parlais tout à l'heure de l'avance américaine sur l'innovation, mais sur les valeurs, l'Europe est en avance. Pour terminer sur l'épargne et la question d'Ali Badou, aujourd'hui, l'épargne des Français, ça représente environ 100 milliards d'euros. C'est peut-être un chiffre abstrait, mais c'est une réserve d'à peu près 4% de croissance.

Au fur et à mesure que la confiance va revenir, cette réserve va aider l'emploi et l'activité.

7:29
Présentateur

La confiance, cette crise est très différente des autres crises. Vous avez soutenu, vous, les banques centrales et les États, l'économie pour amortir le choc. Il y a eu des actions massives pour empêcher les pertes d'emplois, empêcher les disparitions d'entreprises, empêcher ou limiter les baisses de pouvoir d'achat. Est-ce que ça ne risque pas de produire, au fond, le maintien artificiel de ce qu'on appelle des entreprises zombies ? Des jobs, des emplois zombies, à savoir des entreprises qui sont maintenues artificiellement en vie, et pour le coup, l'avenir serait beaucoup plus sombre que ce que vous envisagez ?

8:06
Invité politique

Alors, Alibadou, je n'aime pas ce terme d'entreprise zombie ou d'emploi zombie quand on a en face de soi des hommes et des femmes. Ce n'est pas des zombies. Mais derrière ça, il y a une vraie question qui renvoie à ce que je disais tout à l'heure sur la capacité d'adaptation et d'innovation aux États-Unis. Regardez, une des grandes leçons de cette crise, c'est l'accélération du numérique. On y a été contraint, mais en même temps, le numérique nous apporte plus de liberté à travers le télétravail. Les champions numériques, ils sont aux États-Unis. Et donc, il faut que l'Europe puisse accélérer et innover là-dedans.

Et donc, la reconstruction d'après la crise, ça doit être aussi une transformation. Ça ne peut pas être un redémarrage à l'identique, Il y a certaines entreprises, malheureusement, j'espère en petit nombre, qui ne repartiront pas pareil. Et puis, il y en a d'autres qui vont se créer, s'adapter à la nouvelle donne. Si je pouvais dire, en citant peut-être les deux grands économistes européens du XXe siècle, il faut que nous apprenions à réconcilier, d'un côté Keynes. Keynes, c'est l'économiste anglais du soutien, de la solidarité. Et Schumpeter, c'est l'économiste... Schumpeter, il est moins connu, c'est l'économiste autrichien de l'innovation. On peut très bien réconcilier...

9:11
Présentateur

De la destruction créatrice, Schumpeter. On peut aussi vous dire que la nature du capitalisme, c'est le darwinisme, et que là, en l'occurrence, vous avez créé des conditions économiques totalement artificielles.

9:21
Invité politique

Oui, moi, j'aime pas le capitalisme darwinisme. Pardon, je revendique, quand je parle de réinventer notre modèle, je pense que nous, Européens, on a inventé quelque chose. Regardez les pays nordiques, regardez l'Allemagne, qu'on a appelé économie sociale de marché, je crois que c'est maintenant sociale et durable de marché, qui est efficace sur le plan économique, mais qui est solidaire sur le plan social et écologique. Et ça marche ! Regardez les économies les plus efficaces d'Europe, c'est les économies nordiques. Donc, qu'on vienne pas nous dire que ce modèle européen, il appartient au passé. Je crois qu'il faut qu'on le réinvente. Mais il illustre les aspirations de la jeunesse.

Il y a une contestation, mais qui est au fond très réjouissante. Quand on veut plus de justice sociale, plus de respect de la planète, plus de sens et plus d'éthique, moi, je termine mon livre là-dessus, je crois que cette crise est une occasion d'accélérer la transformation. Mais il faut qu'on soit innovants et adaptatifs.

10:11
Présentateur

Alors, avant d'arriver à tout ça, malgré tout, il y a cette crise qu'on est en train de vivre. Je pense à toutes les aides qu'on a offertes, qu'on a apportées plutôt aux entreprises, et je pense en particulier aux prêts garantis par l'État. 130 milliards à peu près de prêts garantis par l'État. C'est plus que notre propre plan de relance, qui pour l'instant est à 100 milliards. Est-ce que ces prêts, juste comme ça, seront remboursés ? Ou est-ce que c'est effectivement à fond perdu pour l'État ?

10:36
Invité politique

Je pense que la plupart seront remboursés.

10:38
Présentateur

Combien ?

10:39
Invité politique

Ils ont permis d'ailleurs jusqu'à présent, ces 130 milliards que vous citez, c'est le chiffre le plus élevé d'Europe. Voilà quelque chose en France que nous avons réussi. Il faut le dire parce que souvent, nous Français, nous manquons de confiance en nous-mêmes, nous voyons peu nos succès. Et ça a permis que la plupart des entreprises aujourd'hui tiennent bon et la trésorerie. Alors sur le remboursement, je crois qu'il faut se donner du temps. Et la bonne nouvelle des dernières semaines, c'est qu'on a dit que le PGE, les prêts garantis par l'État, ne seraient pas remboursés mécaniquement au printemps prochain. On parlait d'un mur de remboursement.

11:12
Présentateur

Près de la moitié des PME disent qu'elles ne pourraient pas de toute façon rembourser.

11:15
Invité politique

Et donc il y a une réponse très concrète là-dessus. C'est que d'abord, il y a une deuxième année de différé avant remboursement. Et ensuite, le remboursement peut s'étaler sur 4 années supplémentaires. Ça, je crois que c'est bien parce que ça correspond au retour de la confiance et de la croissance.

11:29
Présentateur

Mais il y a des entreprises très importantes, et je pense à Air France évidemment, qui dit d'ores et déjà, rembourser, ce ne sera pas possible. On est sur 7 milliards d'euros.

11:39
Invité politique

Alors, Karine Mécard, il y a un certain nombre de cas, vous avez raison, mais ce n'est pas la majorité des cas où les crédits, la dette ne vont pas suffire et il va falloir renforcer ce qu'on appelle les fonds propres, c'est-à-dire le capital. Et ça, le capital, c'est durable, ça veut dire un investisseur qui prend le risque, mais si ça va bien, si l'entreprise se retourne, l'investisseur a aussi les gains associés. Mais on continue à donner de l'argent ou pas ? Ce n'est pas à moi de décider sur Air France, mais là, il se trouve que l'actionnaire est largement public. Ça peut justifier du capital supplémentaire.

Il faut plus largement, pour le tissu des PME, un dispositif de quasi-fonds propre, c'est-à-dire pour celles pour lesquelles la dette ne suffit pas, mais qui ont une viabilité économique, il faut pouvoir apporter des fonds propres, c'est-à-dire des financements durables.

12:23
Présentateur

Mais vous écrivez dans votre livre, il s'agit d'aider les entreprises viables, c'est-à-dire lesquelles ? Qui va décider ce qui est possible ?

12:30
Invité politique

Alors, Karine Mécard, c'est une très bonne question. D'abord, quelles sont les entreprises qu'il faut aider ? C'est celles qui sont viables économiquement, mais fragilisées financièrement par la crise. Une entreprise qui n'a pas de perspective économique durable, Covid ou pas Covid, elle est appelée à changer, à se restructurer, ça ne sert à rien de l'aider à l'identique. Mais qui décide ? Alors, qui décide ? Avant de répondre aux auditeurs.

Il y a dans ce dispositif une part majoritaire de quasi-fonds propres publics, je crois que c'est important qu'il y ait aux côtés de ces fonds publics des co-investisseurs privés, pour une petite minorité, ça peut être 20%, mais dont c'est le métier de savoir quelle est la viabilité économique. Ils prennent leurs risques aux côtés de la puissance publique, et eux, en général, ils savent apprécier le sens d'un projet, ils savent apprécier si ce projet va contribuer à l'innovation et à la création économique. On retrouve ce que je disais sur l'adaptation de notre économie et une reconstruction qui doit être une transformation pour le meilleur.

Ça peut être une opportunité, cette crise, c'est très rude, mais nous, Français, nous avons réussi à créer un million net d'emplois entre 2016 et 2019, on a oublié ça. Nous pouvons aussi réussir une sortie de crise qui soit une transformation pour une économie meilleure.

13:42
Présentateur

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Gallo, est l'invité du Grand Entretien. Guy Marty vous demande, François Villeroy de Gallo, pourquoi ne puis-je pas bénéficier d'un prêt à taux négatif alors que les États empruntent à taux négatif pour des durées supérieures à 10 ans ? J'ai l'impression de me faire arnaquer.

13:59
Invité politique

Alors, c'est une bonne question de ce monsieur dont je ne connais pas la situation. C'est vrai que les taux négatifs ne s'appliquent pas aux particuliers, aux PME. Il y a une bonne raison pour ça, c'est que s'ils s'appliquaient aux particuliers, ça veut dire aussi que notre épargne serait taxée, aurait un taux négatif. Les dépôts de M. Marty lui coûteraient. Heureusement, ce n'est pas la situation.

14:18
Présentateur

Mais en l'occurrence, son livret A ne lui rapporte quasiment rien.

14:21
Invité politique

Son livret A lui rapporte 0,5% et je ne sais pas si ce monsieur peut avoir accès au livret d'épargne populaire qu'il faudrait développer davantage, ce qui lui rapporte 1% et est garantie contre l'inflation. Mais je tiens, et nous y veillons, à ce que les particuliers et les PME gardent, ne se voient pas taxés sur leur épargne et leur compte courant.

14:40
Présentateur

Question de Maurice. Bonjour Maurice et bienvenue dans le 7-9.

14:43
Auditeur

Oui, bonjour.

14:46
Présentateur

Bonjour, monsieur. Bonjour, votre question à François Villeroy de Gallo.

14:50
Auditeur

Ma question, vous la connaissez, c'est pourquoi vous ostinez-vous à aider toutes les banques centrales du monde, mais en particulier la BCE, à faire descendre justement le taux directeur à zéro pratiquement, ce qui impacte évidemment tous les autres, ce qui fait que l'épargne n'est non seulement pas rémunérée, mais qu'elle perd de l'argent tous les jours. Donc, moi, j'appelle ça un impôt déguisé et une véritable répression financière. Je n'ai pas peur du mot.

15:23
Présentateur

Alors justement, François Villeroy de Gallo, comment est-ce que vous recevez ces mots-là ?

15:26
Invité politique

Alors, ce monsieur illustre bien de temps en temps la complexité de l'économie, et c'est ça que j'essaye d'expliquer de façon claire dans ce livre. Monsieur Marty, qu'on en entendait précédemment, lui, il trouvait bien les taubas parce qu'il voulait emprunter. Et ce monsieur qu'on vient d'entendre, il les trouve beaucoup moins bien parce que lui, il veut épargner. Alors, pour les épargnants, je le redis, il y a cette garantie qu'en France, il n'y aura pas de taux négatifs. Et si on est sur le livret A, le livret d'épargne populaire, l'assurance-vie, les plans d'épargne-logement, il reste une rémunération positive de l'épargne.

Maintenant, pourquoi les banques centrales font des taux aussi bas ? C'est la question qui est posée. C'est parce que c'est la façon la plus efficace de soutenir l'économie. On parlait tout à l'heure des prêts garantis par l'État. Ils sont en France, ils ont en France les taux les plus bas d'Europe. Pourquoi ? Parce que la banque centrale a aidé à avoir des taux très bas et ensuite, les salariés du système bancaire ont distribué ça de façon efficace. Je peux vous dire que ces taux bas, ça aide très concrètement l'emploi. On parlait tout à l'heure des nouvelles sur l'économie. Nous avons plutôt des moins mauvaises nouvelles que prévues sur l'emploi. Les taux bas y ont contribué.

16:33
Présentateur

Ce qu'on observe en ce moment, c'est que tout passe par des formes de chèques. On a parlé du chèque psy, c'était le mois dernier pour les jeunes, pour les étudiants. On parle d'un probable futur chèque alimentaire. Le MEDEF propose la création d'un éco-chèque. On a même la Fédération française de sport qui réclame la mise en place d'un chèque sport. Pourquoi est-ce que cet outil économique est en train de devenir visiblement incontournable ? Est-ce que c'est une bonne manière d'aider les gens ? Est-ce que ça vous semble pertinent ?

17:03
Invité politique

Écoutez, je n'ai pas à me prononcer sur les divers chèques. Je pense qu'il y a une certaine séduction de l'annonce et de flécher vers une cause. Quand je parle de retrouver confiance en l'économie, je crois qu'il faut aussi faire confiance aux Français que nous sommes. C'est aux Français de choisir assez largement, à partir de leurs revenus, de leur pouvoir d'achat, comment ils vont le consommer. Donc vous êtes contre ? Peut-être non. Un peu de chèques, c'est bien. Beaucoup de chèques, c'est trop. Mais voilà, ne multiplions pas peut-être les choix à la place des Français.

17:33
Présentateur

On vit une expérience incroyable. Il y a une course au vaccin et on sait que l'impact de cette course sera déterminant pour l'économie. D'un point de vue économique, on a tous subi ensemble la première vague. On n'a pas tous réagi de la même façon ni au même rythme. On a tous été touchés, en tout cas certains, par la deuxième vague. Mais on n'est plus du tout égaux devant la vaccination. En 2021, est-ce que la France sera armée pour être dans la grande compétition de la reprise ?

18:02
Invité politique

D'abord, vous avez raison, je crois que la vaccination, c'est la clé de la confiance durable. Il y a eu des améliorations. Mais si on veut définitivement sortir de la pandémie et retrouver complètement la confiance des consommateurs et des entrepreneurs, la clé, c'est la vaccination. Alors, l'Europe a pris malheureusement quelques mois de retard. Mais je pense que dans le courant de cette année, nous serons tous, en tout cas tous ceux qui le souhaitent vacciner. La vraie crainte, la vraie alerte que j'ai à Libadou, c'est sur les pays moins développés. Et notamment sur l'Afrique. Parce que là, on voit pointer un retard qui n'est pas de quelques mois, mais qui est de quelques années.

Et ça, c'est une vraie alerte humaine, démographique et même économique. Je crois que c'est très important. Nous avions une réunion de ce qu'on appelle le G7 vendredi dernier. C'est très important qu'on n'oublie pas la solidarité avec les pays qui risquent de souffrir le plus durablement de la pandémie.

18:54
Présentateur

Question de Roger. Bonjour Roger. Et bienvenue dans le 7-9 d'Inter. Ah non, alors Roger, la liaison est coupée. Non, je vous en parle, allô ? Il est là. Bonjour.

19:05
Auditeur

Je suis là. Bonjour Monsieur. Bonjour Roger, bienvenue.

19:08
Présentateur

Votre question à François Villeroy de Gallo.

19:10
Auditeur

Une question simple. On relance l'économie, sachant qu'il faut diviser par 4 nos émissions de CO2. Vous avez donné des exemples. La voiture, par exemple, c'est un million d'emplois, donc il va falloir en supprimer les trois quarts. Vous connaissez l'exemple aussi tout à l'heure de vous parler de l'aviation. L'aviation, c'est une catastrophe écologique. Donc, tous ces emplois qui ont été créés par le passé, il va falloir les remettre en cause à un moment. Vous parliez de vos vacances. Nous, on habite dans les Alpes et là, il y a la crise. Il n'y a plus de stations de ski qui marchent. Dans le futur, nos stations de ski situées en basse altitude ne vont plus fonctionner.

C'est des milliers d'emplois qui vont disparaître à cause des problèmes climatiques et environnementaux. Faut-il forcément relancer l'économie ?

19:44
Présentateur

Votre réponse. Merci Roger pour votre question.

19:46
Invité politique

Alors, votre question est très importante. Je disais tout à l'heure que la reconstruction post-crise, qui va commencer dans le courant de cette année, ça doit être aussi une transformation. Et je le développe dans ce livre. Je crois qu'il y a trois plus. Il y a un plus numérique et plus innovant. Il y a un plus qualifié. Et il y a surtout un plus écologique. Et je crois qu'une des satisfactions qu'on peut avoir, c'est que, souvenez-vous, il y a un an, on a dit, écoutez, la crise Covid, on va oublier le climat. Non, je crois qu'on est en train de garder les deux préoccupations. Et que ça peut aller dans le même sens.

Parce que dans cette reconstruction, on peut en profiter pour faire des investissements verts écologiques. Vous avez cité plusieurs exemples, je vais en prendre un, c'est l'automobile. Dans le plan de relance du gouvernement, je le dis en toute indépendance par bon gouvernement, la Banque Centrale est totalement indépendante. Il y a un volet important, à peu près un tiers du plan de relance, pour les investissements écologiques. Et donc, l'industrie automobile, elle va accélérer sur le véhicule électrique. Voilà une façon de transformer la crise en opportunité.

20:44
Présentateur

Oui, mais vous dites écologie, écologie, écologie. Et en même temps, dans votre discours, ce qu'on perçoit beaucoup, c'est que finalement, le modèle performant, le modèle consumériste dans lequel on est, c'est quand même encore celui qu'on perçoit.

20:53
Invité politique

Non, mais Karine Becker, je ne crois pas qu'il faut qu'on oppose la croissance et l'écologie. Et c'est vrai, je le dis dans ce livre, je crois à la croissance verte, je ne crois pas à la décroissance, qui est douloureuse sur le plan de nos projets, de nos pouvoirs d'achat, de l'emploi. Mais la transformation écologique, c'est une opportunité d'investissement, c'est une opportunité de nouvelles entreprises, c'est une opportunité de nouveaux emplois. De ce point de vue-là, il y a d'ailleurs une très bonne nouvelle, c'est ce qui se passe aux Etats-Unis.

Regardez l'élection de Joe Biden, je peux vous dire, les Etats-Unis, ils nous le disent dans les réunions où nous nous retrouvons, ils sont décidés à investir dans le climat. Et donc ça, ça ne joue pas contre la croissance, ça joue en faveur d'un modèle différent de croissance. Il n'y a pas de changement de comportement,

21:34
Présentateur

il n'y a pas de changement économique à impulser.

21:36
Invité politique

Il peut y avoir des consommations différentes, je citais tout à l'heure l'exemple de nos consommations responsables. Mais nous pouvons avoir, et je crois que c'est des valeurs européennes, moi j'en ai assez d'une Europe qui rase les murs, qui s'excuse d'exister entre les Etats-Unis et la Chine. Le climat, c'est une valeur européenne, nous avons été les premiers à porter ce combat. Et on voit aujourd'hui qu'il gagne aux Etats-Unis, et donc le modèle européen, ce n'est pas quelque chose qui appartient au passé, c'est quelque chose qui correspond aux aspirations de la jeunesse dans l'ensemble du monde, et que nous pouvons exporter, y compris dans cette reconstruction économique.

22:10
Présentateur

Bonjour Jekin, et bienvenue dans le 7-9.

22:14
Auditeur

Bonjour, oui, je suis habité par un trouble, c'est-à-dire que j'ai une interrogation qui me tracasse, donc je vais essayer de poser ma question. Donc je n'arrive pas à m'expliquer comment se fait-il qu'on ait une économie réelle qui soit au plus bas, qui soit exsangue, et les marchés financiers qui soient au plus haut. Est-ce que là, il n'y a pas un paradoxe qui nous rend aveugles face à une bulle financière qui risque d'éclater ? Ben justement, très bien, très bien. Alors c'est une question très importante, monsieur. Vous êtes ouvrés à la poser, oui.

22:48
Invité politique

D'abord, l'économie réelle, elle a beaucoup souffert, mais le choc a été amorti par les interventions publiques. Donc les nouvelles sont moins mauvaises que ce qu'on pouvait redouter il y a 6 ou 12 mois. Sur les marchés financiers, il y a eu probablement des moments d'excès, mais les marchés financiers, notamment aux Etats-Unis, d'abord, ils ont réagi aux nouvelles sur la pandémie. Ils ont beaucoup baissé au printemps dernier quand il y a eu la pandémie, et puis ils ont remonté avec l'arrivée du vaccin qui est une clé. Dernier élément, alors là, je parle des Etats-Unis.

23:18
Présentateur

C'est quand même paradoxal d'imaginer que les bourses soient aussi hauts alors que nous sommes en une période d'incertitude. Oui, alors il y a un élément important à Libadou

23:24
Invité politique

et par rapport à la question de notre auditeur, c'est quand vous regardez la bourse américaine, Wall Street, les entreprises qui ont tiré les marchés vers le haut, c'est les entreprises du numérique et du digital. Et on retrouve notre fameuse adaptation et capacité d'innovation. Il faut que l'Europe puisse accélérer en la matière. Je vais le dire très trivialement, on n'est pas moins inventif que les Américains, on n'est pas moins intelligent. Mais les GAFAM sont Américains, Tesla est une marque américaine. Voilà, mais nous avons la chance d'avoir un marché unique, il faut qu'il y ait une épargne européenne.

Regardez, on est bon dans la French Tech, c'est-à-dire les petites start-up, et puis dès qu'elles grandissent, elles sont achetées par des fonds américains. On a un problème de financement européen qu'il faut mobiliser. Il n'y a pas du tout de fatalité en la matière et je crois que cette crise doit être l'occasion d'accélérer l'innovation européenne.

24:14
Présentateur

Pour terminer, il y a une question de Pierre Gadouin que je souhaite vous proposer sur une explication sur la crypto-monnaie. Qu'est-ce que vous en pensez en fait ? Est-ce que c'est quelque chose que vous observez puisqu'on parlait des cours boursiers ? Et est-ce qu'effectivement il faut s'y intéresser d'un peu plus près ?

24:31
Invité politique

Alors je crois que la question pratique que vous posez c'est la question du Bitcoin. Alors le Bitcoin, ce n'est pas une monnaie ou même pas une crypto-monnaie parce qu'une monnaie ça se caractérise par quoi ? Je crois que tous ceux qui nous écoutent le savent c'est que ça a une valeur stable et puis c'est un moyen d'échange accepté par tous. Le Bitcoin, sa valeur change tous les jours personne n'en est responsable d'ailleurs et essayer de payer en Bitcoin il y a quand même une minorité de gens qui l'acceptent. Donc c'est un actif spéculatif. Avec une spéculation qui est très forte à la hausse aujourd'hui mais enfin on sait dans l'histoire que les arbres ne montent jamais jusqu'au ciel.

Ce qui est intéressant derrière le Bitcoin c'est la technologie c'est-à-dire la technologie blockchain et ça je le détaille beaucoup dans mon livre je crois que la grande histoire des dix prochaines années dans les services bancaires c'est les innovations technologiques la numérisation des paiements ça peut être un plus pour les consommateurs mais nous nous devons encadrer de façon à ce qu'il n'y ait pas de risque spéculatif excessif qu'il n'y ait pas de blanchiment le Bitcoin peut servir au blanchiment donc on doit avoir notre responsabilité voilà de règles du jeu on retrouve vous savez l'économie sociale de marché à l'européenne

25:36
Présentateur

Merci François Villeroy de Gallo d'avoir été l'invité de France Inter Retrouver confiance en l'économie c'est publié chez Odile Jacob France Inter