Jean-Marie Le Pen : quel héritage ? - C dans l’air - 07.01.2025
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- 2:00OuverteRéponse directe
Que vous êtes-vous dit quand vous avez appris la mort de J.-M.Le Pen?
- 4:00OuverteRéponse directe
Personnalité politique la plus détestée de France. Comment le vivait-il?
- 8:00OuverteRéponse directe
On va revenir sur cette famille Le Pen. Derrière Jean-Marie, il y a un nom et un clan.
- 12:00OuverteRéponse directe
J.-M.Le Pen s'en va à un moment où sa fille semble être aux portes du pouvoir.
- 16:00OuverteRéponse partielle
Pourquoi elle n'a pas changé son propre nom, M.Le Pen?
- 18:00OuverteRéponse directe
Question. C'est à chacun de se faire une idée?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 6:00J.JaffréFait
« Il a ramené l'extrême droite dans le jeu politique alors que depuis la Deuxième Guerre mondiale, elle était éliminée de la vie politique française, réduite à un rôle marginal. »
- 26:00J.-M.Le PenFait
« Je crois que notre civilisation chrétienne, même si on n'est pas pratiquant religieux ou croyant religieux, est menacée par une invasion démographique, apparemment pacifique, mais qui peut devenir belliciste. »
- 29:00J.-M.Le PenFait
« Le sidaïque est contagieux par sa transpiration, ses larmes, sa salive, son contact. C'est un espèce de lépreux. »
- 32:00J.-M.Le PenFait
« Je ne dis pas que les chambres à gaz n'ont pas existé. Je n'ai pas pu moi-même en voir. Je n'ai pas étudié spécialement la question, mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale. »
- 35:00J.-M.Le PenFait
« J'ai de la terre de France à mes godasses. Il faut dire la vérité. »
- 38:00J.-M.Le PenFait
« Il y a une inquiétude nationale du pays vis-à-vis de l'immigration sauvage. »
- 41:00J.-M.Le PenFait
« Le fait que ça ne s'appelle plus "Front national", c'est un véritable assassinat politique. »
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On voit apparaître à nouveau des volontés de quitter ... - A.de Tarlé: Bonsoir.
J.-M.Le Pen est mort à 96 ans. 5 fois candidat à la présidentielle, il a occupé la vie politique pendant près de 70 ans.
J.-M.Le Pen, c'est aussi un patriarche avec sa fille Marine et sa petite-fille Marion, toutes deux candidates à la présidentielle.
Quelle place a-t-il occupé dans la vie politique française? Quel fut son parcours et quel est son héritage? Celui qu'on surnomme "le menhir" s'en va au moment où sa fille est aux portes du pouvoir, avec le titre de personnalité politique préférée des Français.
Faut-il y voir une revanche ou, au contraire, le fruit d'une trahison pour celui qui a très mal vécu de se voir exclu de son propre parti, le Front national, rebaptisé Rassemblement national en 2018? C'est le sujet de cette émission. Pour répondre à vos questions, nous accueillons J.Jaffré, politologue, chercheur associé au Cevipof.
S.Pierre-Brossolette, vous êtes éditorialiste politique au "Point". R.Bacqué, vous êtes grand reporter au "Monde".
L.Hausalter, vous êtes journaliste politique au "Figaro". Merci de participer à cette émission en direct.
J.Jaffré, 96 ans, 5 fois candidat à la présidentielle...
Que vous êtes-vous dit quand vous avez appris la mort de J.-M.Le Pen? - J.Jaffré: C'est un des grands noms de la vie politique française de ce dernier demi-siècle.
Qu'on aime Le Pen ou non, qu'on l'ait soutenu ou combattu, le rôle de notre mission est de regarder ce parcours, ce personnage, d'essayer de le comprendre et de voir l'influence qu'il a portée dans la vie politique française et qui, éventuellement, demeure. Le Pen, c'était un personnage tonitruant dans notre paysage politique. Il ne cherchait pas le pouvoir.
Il cherchait la démonstration oratoire, la performance. C'est un tribun populaire. Ce qu'il aimait le plus, c'était faire des discours.
Il n'a pas cherché à exercer le pouvoir, mais il a changé en profondeur notre vie politique. - A.de Tarlé: Personnalité politique la plus détestée de France.
Comment le vivait-il? Est-ce qu'il en jouait? On va voir une de ces affiches.
Il aimait se victimiser de par ce statut de paria? - J.Jaffré: Absolument. "Je dis tout haut ce que les gens pensent tout bas" était une de ses formules favorites.
Il a changé la vie politique. C'est de ça dont il faut prendre conscience. Il a ramené l'extrême droite dans le jeu politique alors que depuis la Deuxième Guerre mondiale, elle était éliminée de la vie politique française, réduite à un rôle marginal.
La 1re candidature de Le Pen, c'est en 1974. Il obtient 0,7 % des suffrages exprimés. C'est dire la marginalité absolue.
Ce qui va changer les choses, c'est qu'il va mettre l'accent, faire sortir le thème de l'immigration comme le grand enjeu politique français qui, jusque-là, était occulté par les différentes forces politiques. Il l'a liée, à la fin des Trente Glorieuses, à la montée du chômage, à la radicalisation d'une partie de la droite après la victoire de F.Mitterrand.
L'idée de l'immigration comme enjeu politique caché reste un thème majeur. - A.de Tarlé: On va revenir sur cette famille Le Pen.
Derrière Jean-Marie, il y a un nom et un clan. On va regarder l'affiche de 1984 où il a explosé aux européennes. La petite fille, c'est sa petite-fille, M.Maréchal.
C'est une famille, un clan. Il y a 3 filles: Marie-Caroline, Marine et Yann. Elles s'appelaient toutes les trois Le Pen.
Un nom pas facile à porter dans les années 80. - R.Bacqué: Ca fait le désespoir de leur père.
Au départ, il pense qu'il faut un fils pour porter le nom Le Pen. Or, les 3 filles vont le porter, parfois avec difficulté. J'ai fait une grande enquête sur les 3 filles, et elles racontaient comment ça avait pesé sur elles.
S'il adorait provoquer et jouir de l'hostilité qu'il suscitait, les 3 filles, ce n'était pas tout à fait la même chose. Mais elles ont suivi leur père. Elles ont adhéré à une partie de ses idées, même si M.Le Pen a fait un peu le ménage et le tri dans les idées.
Elles ont quand même adhéré. Elles ont vécu avec des membres du Front national. Presque obligées, elles ont suivi le sillage de leur père.
C'est très frappant. Tout s'est passé dans un mélange privé-public. Les Français ont assisté à tout: le divorce, les disputes, le départ de la fille aînée...
J.-M.Le Pen mettait en scène ces provocations.
C'est aussi un homme de la télé. Il a joué avec la télévision lorsqu'il a fini par y être invité, après avoir été ostracisé pendant des années. C'est ça, ce qu'il a laissé. - A.de Tarlé: J.-M.Le Pen s'en va à un moment où sa fille semble être aux portes du pouvoir.
C'est en tout cas la personnalité politique préférée des Français. En 2002, je ne dirais pas qu'il a vu la Vierge, mais il avait surpris la France. On revoit la une du "Parisien".
Contrairement à sa fille, il ne cherchait pas le pouvoir. Il dira au magazine "Society" en 2015... - S.Pierre-Brossolette: Ce sont des formules à la Le Pen.
Il avait beaucoup de talent. Comme disait Jérôme, c'était un tribun. Qu'on l'aime ou pas, il fallait admirer son verbe. - A.de Tarlé: Il était cultivé. - S.Pierre-Brossolette: Quand on allait l'interviewer, on pouvait rester des heures.
Il avait des digressions historiques, littéraires, que les hommes politiques d'aujourd'hui n'ont pas toujours. C'était un homme d'une autre trempe. Il était capable de nous faire des commentaires comme vous venez de le citer.
Il ne voulait pas le pouvoir. Il aimait diriger, être le chef, chef de clan, de famille, de bande. Il aimait la bagarre, la provoc, mais pas forcément pour diriger la France.
Il a eu ce "mérite" d'avoir réamorcé la pompe de l'extrême droite. Il a osé lever des tabous: l'antisémitisme, hélas, l'Algérie française...
C'est un autre courant auquel il a donné vie. Il a relevé ces combats et a bénéficié du coup de main de la gauche. Mitterrand, à partir de 81, a vu comment il pouvait exploiter J.-M.Le Pen, qui n'avait même pas pu se présenter en 81.
Il était encore proscrit. F.Mitterrand a dit qu'il fallait le faire exister. - A.de Tarlé: Pour affaiblir la droite? - S.Pierre-Brossolette: Ca a été sa machine de guerre contre la droite.
En 84, il y a la fameuse "Heure de vérité" où J.-M.Le Pen explose.
Depuis là, une ascension qui n'a jamais cessé. D'abord, il y a eu le Front national qu'il a sciemment diabolisé. Il n'a pas fait exprès.
Il s'en est un peu mordu les doigts. - R.Bacqué: Je pense que c'est une vraie conviction. - S.Pierre-Brossolette: Mais il a reconnu que c'était une boulette médiatique.
Ca ne lui a pas vraiment servi. Il y a eu une ascension du Front national un peu diabolisé qui a été un poison pour la droite. Est-ce qu'il fallait faire alliance?
Reprendre les mêmes thèmes? A gauche, Fabius disait que Le Pen posait les bonnes questions mais qu'il avait les mauvaises réponses. Ca a empoisonné certains partis, fait le bonheur de la gauche, qui a pu bénéficier des divisions à droite.
M.Le Pen a reçu en héritage un parti qui avait bien démarré. Il ne restait plus qu'à le dédiaboliser.
L'opération a été pénible. Il fallait tuer le père une première fois. Elle a fait des procédures judiciaires contre lui, que Le Pen a gagnées.
Elle a dû changer le parti, le statut pour pouvoir le mettre dehors. C'est une histoire assez terrible. Ils se sont retrouvés sur la fin.
Il y a eu une réconciliation familiale avec les autres filles, avec qui il a eu aussi des problèmes. Marine a eu un droit d'inventaire sur l'héritage. Aujourd'hui, elle n'est plus très loin de pousser la porte de l'Elysée. - A.de Tarlé: M.Le Pen a tué le père politiquement.
En 2018, il y a le changement de nom. Le Front national devient le Rassemblement national. C'est la fin de l'héritage dans le nom.
En 2015, elle fait exclure son propre père de son parti, après un nouveau dérapage. On se souviendra de la scène de J.-M.Le Pen à la fête du 1er mai 2015, où il va devant Jeanne d'Arc, il est dans son blazer rouge et il crie: "Jeanne, au secours!" Il implore le secours de Jeanne d'Arc face à sa fille. - L.Hausalter: C'est là que J.-M.Le Pen n'est plus la figure titulaire du RN mais un troll, quelqu'un qui les perturbe volontairement. - A.de Tarlé: Il y a un grand drame familial qui se noue au sein... - L.Hausalter: Bien sûr.
Quelques années plus tôt, J.-M.Le Pen lui confie les clés du parti.
Il y a un duel entre Bruno Gollnisch, fidèle lieutenant de J.-M.Le Pen et très bien considéré par une partie de l'appareil, et M.Le Pen qui, bien qu'elle ait un vrai talent médiatique et politique à l'époque, qui a explosé après le 21 avril 2002, reste très contestée par toute une branche du parti parce qu'elle est sa fille.
Il prend le parti de sa fille parce qu'il veut que le nom Le Pen reste une marque politique. C'est un moyen pour lui, en 2011, lorsque M.Le Pen prend la présidence du parti, de garder une empreinte sur le parti.
Il faudra 4 ans pour que M.Le Pen s'en débarrasse, politiquement du moins, en allant jusqu'à l'exclure du Front national. Ce sera achevé avec le changement de nom, très symbolique.
C'est une 2e façon de tuer le père politiquement, de l'effacer. A partir de ce moment-là, J.-M.Le Pen devient un troll, quelqu'un qui, par ses déclarations, va continuer à perturber médiatiquement la marge de dédiabolisation que veut suivre M.Le Pen, sans être une entrave décisive à la marche que veut faire prendre M.Le Pen à ce mouvement, plus moderne et étendu à un électorat bien plus large que celui qui votait pour son père. - A.de Tarlé: Pourquoi elle n'a pas changé son propre nom, M.Le Pen?
Elle a été mariée 2 fois. Elle aurait pu faire choisir de se faire appeler Chauffroy, du nom de son 1er mari, ou Lorio, du nom de son 2e mari. - J.Jaffré: Je n'ai pas la réponse à la question qui touche à l'intime. - S.Pierre-Brossolette: Parce que leur père n'a cessé de dire: "Je n'ai pas de fils pour porter le nom." - A.de Tarlé: Ca aurait été une trahison? - S.Pierre-Brossolette: Exactement.
Elle voulait montrer que même en étant des filles, elles portaient le nom, et Dieu sait qu'elles en avaient souffert dans leur jeunesse. - J.Jaffré: Les dates où elle aurait pu changer de nom sont des dates où elle est très proche de son père.
La réponse aurait probablement été différente si ça avait été plus tard. Je voudrais quand même souligner, insister sur l'importance de l'antilepénisme dans les 30 dernières années, qui est un facteur fondamental de la vie politique française. Toute une génération qui, au choc de 2002, a été formée à la vie politique avec l'arrivée de J.-M.Le Pen au 2d tour de la présidentielle.
Ce sont des manifestations monstres qui ont eu lieu entre les 2 tours de la présidentielle. Ce qui est absolument inouï, c'est que J.-M.Le Pen ne progresse pratiquement pas entre le 1er et le 2d tour et que J.Chirac est élu avec 82 % des suffrages exprimés.
C'est inimaginable. L'antilepénisme est un élément structurant. Il aboutit à la formation de ce qu'on a appelé le front républicain.
Ca permet la victoire de la gauche aux législatives de 1997. Il existe dans les élections municipales, régionales. Vous noterez qu'il a resurgi en 2024 contre M.Le Pen.
C'est un héritage direct de l'antilepénisme, qui est un élément au moins aussi structurant de la vie politique que le rôle de J.-M.Le Pen pour faire de l'immigration un enjeu fondamental. - A.de Tarlé: J.-M.Le Pen est mort aujourd'hui à 96 ans.
Le fondateur du Front national s'était retiré de la vie politique française. Les réactions du monde politique se succèdent. *-Nous avons appris la mort de J.-M.Le Pen à 96 ans. *-Il a fondé le Front national au début des années 70. *-J.-M.Le Pen était reconnu par tous, y compris par ses adversaires, comme un tribun hors pair. - A 13h aujourd'hui, la nouvelle fait l'ouverture des journaux: J.-M.Le Pen est mort une heure plus tôt, dans les Hauts-de-Seine.
Depuis son malaise cardiaque il y a 2 ans, l'état de santé du fondateur du Front national s'était considérablement dégradé. Communiqué de la famille à l'Agence France-Presse. ...
En déplacement à Mayotte depuis dimanche, M.Le Pen aurait appris le décès de son père lors d'une escale au Kenya en rentrant vers Paris. La présidente du RN n'a toujours pas commenté.
J.Bardella est le premier à s'exprimer. L'extrême droite en deuil.
E.Zemmour exprime lui aussi son admiration pour J.-M.Le Pen. ...
Retiré de la vie politique en 2019, J.-M.Le Pen continuait de commenter les sujets d'actualité sur sa page YouTube, avec toujours une obsession pour l'immigration. - J.-M.Le Pen: Je crois que notre civilisation chrétienne, même si on n'est pas pratiquant religieux ou croyant religieux, est menacée par une invasion démographique, apparemment pacifique, mais qui peut devenir belliciste. - Rapidement après l'annonce de sa disparition, l'Elysée fait parvenir un communiqué. ...
Le Premier ministre s'exprime également. ...
Comment qualifier l'action politique de J.-M.Le Pen?
A gauche, certains trouvent les mots du Premier ministre trop complaisants. *-I.Brossat: Je sais bien que le Premier ministre est très inquiet d'une éventuelle censure, mais de là à se transformer en serpillière et à tenir des propos pareils, rendant hommage à un individu condamné pour des propos aussi graves, je pense que c'est assez pathétique. - Pas question non plus pour J.-L.Mélenchon d'édulcorer le parcours politique de J.-M.Le Pen. ... - J.-M.Le Pen: Vive Jeanne d'Arc, vive la France. - Le fondateur du Front national sera enterré dans le Morbihan, à La Trinité-sur-Mer, la commune bretonne où il est né. - A.de Tarlé: Il sera enterré sous son propre nom.
Il sera inhumé à La Trinité-sur-Mer, face à la mer. Sur sa pierre tombale, il n'y aura que son prénom. "Ca suffira, on sait qui c'est." - L.Hausalter: A l'origine, il s'appelle seulement Jean.
Il est né Jean Le Pen. Il disait qu'il ne voulait sur sa tombe aucun épitaphe, seulement son prénom. Il voulait être enterré dans sa commune natale où il a grandi, dans un milieu assez modeste, d'ailleurs.
Son père a été tué par une bombe pendant la guerre. Il a été élevé pupille de la nation. - A.de Tarlé: Question.
C'est à chacun de se faire une idée? - R.Bacqué: C'est d'une étonnante sobriété. - A.de Tarlé: C'est trop neutre? - R.Bacqué: C'est frappant.
Il a quand même été élu 2 fois contre l'extrême droite, E.Macron. C'est étonnant de renvoyer ça au jugement de l'histoire sans dire qu'il a combattu ses idées.
C'est frappant. Le Premier ministre, c'est la même chose. - A.de Tarlé: F.Bayrou a parlé de "polémique". - R.Bacqué: Il est censé l'avoir combattu.
Il l'a combattu. Ce ne sont pas des polémiques. Le point de détail de l'histoire, ce n'est pas une polémique.
Il l'a répété plusieurs fois. L'antisémitisme était très fort. A plusieurs reprises, ça prenait des allures de mauvais jeu de mots.
Il a publié dans sa maison de disques des chants nazis. C'était quelque chose d'assez prégnant chez lui. Son racisme était le fond de sauce du Front national.
C'est étonnant de voir des responsables politiques faire comme si tout ça n'existait pas. Il pourrait dire qu'il l'a combattu, ou du moins ses idées. - A.de Tarlé: Question.
F.Ruffin a tweeté: "Un fasciste d'un autre temps s'en est allé." Ce sont des thématiques très 1re moitié du XXe siècle. - J.Jaffré: La carrière politique de J.-M.Le Pen...
Il a été élu député européen jusqu'en 2019, mais sa carrière politique, en réalité, s'arrête en 2007, quand N.Sarkozy lui pompe une grande partie de son électorat. C'était l'exploit de N.Sarkozy.
J.-M.Le Pen est passé de 17 % au 1er tour de 2002 à 10,5 % en 2007.
Sa carrière politique...
En 2011, il installe sa fille à la tête du parti. Sa carrière politique n'est plus du même niveau. Ca fait 18 ans quasiment que sa carrière politique au plus haut niveau est arrêtée.
Notre téléspectateur a raison. Sauf à suivre attentivement les cours d'histoire, J.-M.Le Pen existe moins.
Du coup, on retombe sur ce que disait Raphaëlle il y a un instant, l'importance du fait que le nom de Le Pen continue avec sa fille, Marine Le Pen. La présence de Le Pen dans la vie politique française s'est perpétuée. Les moins de 25 ans ne savaient peut-être pas qui était J.-M.Le Pen, mais ils savent forcément que M.Le Pen existe, politiquement. - A.de Tarlé: S'il n'avait pas eu sa fille, est-ce qu'on en parlerait ce soir? - J.Jaffré: Pas sûr que vous auriez fait une émission spéciale de "C dans l'air" le jour même de sa mort.
Je pense même exactement le contraire. Vous avez raison de soulever cette question. Elle est juste.
Mais nous aurions peut-être eu tort. Il a changé la vie politique française. Il l'a changée par le thème de l'immigration, par le fait que le clivage gauche-droite n'est plus structurant dans notre vie politique une fois que le RN s'est installé...
La gauche a pu profiter du front républicain à différentes reprises. On est dans une situation où la question Le Pen reste une question centrale de notre vie politique. - A.de Tarlé: J.-M.Le Pen a fait renaître l'extrême droite en France, qui était moribonde au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.
Il a su jouer sur les peurs. Je vous propose de voir cet extrait que vous avez peut-être tous en tête. C'est sur "L'Heure de vérité".
Il y a cette épidémie de sida qui terrorise un peu tout le monde. J.-M.Le Pen propose d'enfermer ce qu'il appelait les "sidaïques", car, disait-il, ils peuvent être contagieux par la transpiration. - J.-M.Le Pen: Le sidaïque, c'est un néologisme pas très beau, mais je n'en connais pas d'autre...
Le sidaïque est contagieux par sa transpiration, ses larmes, sa salive, son contact. C'est un espèce de lépreux. Celui-là, je souhaiterais qu'il soit dans un centre avec un personnel spécialisé, des règles d'hygiène strictes. - A.de Tarlé: Aujourd'hui, on appellerait ça une fake news? - S.Pierre-Brossolette: C'est la post-vérité avant la post-vérité.
C'est l'ancêtre des antivax. - A.de Tarlé: De la chloroquine? - S.Pierre-Brossolette: Oui.
Il avait un certain panache, un certain talent. On ne peut pas le nier. Mais il le mettait au service de causes abominables: l'antisémitisme, le racisme, ce genre de propos...
Il montre une inhumanité abominable. Mourir le jour du 10e anniversaire de "Charlie", lui qui disait "je suis anti-Charlie"...
Il est anti-Charlie jusqu'au bout. - A.de Tarlé: Compliqué à interviewer? - S.Pierre-Brossolette: C'était difficile.
J'ai eu beaucoup à le faire. Je ne suis plus aussi jeune. Je l'ai vu souvent professionnellement.
On hésitait toujours entre 2 attitudes: essayer de le traiter normalement pour ne pas donner prise à sa victimisation dès qu'on lui posait une question désagréable, ou être agressif, contester ce qu'il disait, mais il se victimisait. A l'époque, il était moins facile de poursuivre un homme politique à la télévision ou à la radio. Ca ne se faisait pas de dire 2-3 fois "vous avez tort, vous dites n'importe quoi".
On se faisait avoir. Ce n'était pas commode. On faisait ce qu'on pouvait à l'époque.
Il n'y avait pas autant d'hommes politiques que ça avec du talent. Il savait mettre une émission dans sa poche. Pas les journalistes, mais l'émission.
Il savait attirer l'attention, trouver des formules. Il faisait des punchlines à tire-larigot. Il a créé un phénomène médiatique autour de lui. - A.de Tarlé: Durant plus de 50 ans, J.-M.Le Pen aura marqué de son empreinte l'histoire politique française.
De la création du Front national à l'ascension au 2d tour de l'élection présidentielle en 2002, son parcours sera fait d'outrances, de polémiques, au service d'une idéologie d'extrême droite. - 21 avril 2002. Pour la 1re fois de l'histoire de la Ve République, un candidat d'extrême droite arrive au 2e tour de l'élection présidentielle. - Enorme surprise.
J.-M.Le Pen semble être le second... - Plus de 4 millions de voix pour J.-M.Le Pen, 30 ans après avoir fondé son parti, le Front national. - J.-M.Le Pen: Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux?
Qu'est-ce qu'on attend pour faire la fête? - C'est le point d'orgue de la carrière d'un homme qui a bouleversé le paysage politique français. Jean Le Pen, né à La Trinité-sur-Mer en 1928.
Un père marin-pêcheur, une mère couturière et des racines bretonnes très tôt revendiquées devant les caméras. - J.-M.Le Pen: J'ai de la terre de France à mes godasses.
Il faut dire la vérité. - A 26 ans, il s'engage dans l'armée française au sein du 1er bataillon étranger des parachutistes. Quand il arrive en Indochine, Dien Bien Phu est tombée depuis 2 mois et la guerre se termine.
Retour en France. Quelques mois plus tard, la guerre d'Algérie commence. Il est chargé de démanteler les réseaux du FLN.
Accusé d'avoir pratiqué la torture, il s'expliquera 35 ans plus tard. - J.-M.Le Pen: Je pense que la guerre terroriste massive telle qu'elle était menée par le FLN exigeait que, pour la protection des civils, le renseignement soit obtenu de façon rapide. - Sa carrière politique débute aux côtés de Pierre Poujade, anticommuniste, populiste.
Jean Le Pen se fait désormais appeler Jean-Marie. A 27 ans, il est élu à l'Assemblée nationale. Il fonde plusieurs mouvements, jusqu'au Front national en 1972. - J.-M.Le Pen: Le Front national entend faire cesser l'équivoque de la politique française qui consiste à, pour la majorité, se faire élire par les voix de droite et gouverner en faisant la politique de la gauche. - Un parti où se côtoient nationalistes, fascistes et néonazis.
Très exposé, très controversé, J.-M.Le Pen est la cible d'un attentat à la bombe chez lui en 1976. - J.-M.Le Pen: C'est évident que cette explosion, cet attentat visait à tuer aveuglément, sauvagement.
C'est un don du ciel si le résultat n'a pas été atteint. - Les scores électoraux du FN sont faibles, mais ses thèmes de campagne s'enracinent. - J.-M.Le Pen: Il y a une inquiétude nationale du pays vis-à-vis de l'immigration sauvage. - Immigration, préférence nationale...
L'extrême droite gagne des voix. Au Parlement européen, à l'Assemblée, dans l'Hémicycle, sur les plateaux de télévision, le président du FN affronte ses opposants à sa manière. - J.-M.Le Pen: C'est décidément une maladie de toujours se placer sur le terrain de la morale.
Vous êtes un vendeur de charité professionnel! Avec notre argent! Vous êtes un hâbleur, un matamore, un tartarin, un bluffeur! - Ce n'est pas parce que vous avez une grande gueule et que vous criez fort... - J.-M.Le Pen: Vous êtes sorti des bas-fonds! - De plus en plus controversé, J.-M.Le Pen multiplie les dérapages physiques, les propos antisémites.
Il sera condamné à plusieurs reprises. - J.-M.Le Pen: Je ne dis pas que les chambres à gaz n'ont pas existé.
Je n'ai pas pu moi-même en voir. Je n'ai pas étudié spécialement la question, mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale. - 5 fois candidat à l'élection présidentielle, il est exclu en 2015 du FN que sa fille, M.Le Pen, a repris 4 ans plus tôt et qu'elle entend dédiaboliser.
Un conflit familial, politique et médiatique oppose le père et sa fille. - J.-M.Le Pen: Jeanne, au secours! - Le Front national est devenu Rassemblement national. - J.-M.Le Pen: Le fait que ça ne s'appelle plus "Front national", c'est un véritable assassinat politique. - Mais lorsque sa fille arrive au 2d tour de l'élection présidentielle 20 ans après lui, J.-M.Le Pen y voit sa propre victoire. - J.-M.Le Pen: J'ai été très heureux de ce succès du Rassemblement national, mais qui doit être interprété, selon moi, non pas comme une fin, mais comme un commencement. - J.-M.Le Pen, l'ancien président du parti d'extrême droite français, est mort à 96 ans. "La Marseillaise". - A.de Tarlé: Avant le vieux monsieur qu'on voyait à la fin, qui suscite l'empathie, c'est quand même la violence des différents extraits qui ont jalonné sa vie politique. - J.Jaffré: Il y a 2 choses que j'ai notées.
D'abord, la brutalité. C'est la brutalité de l'extrême droite, la brutalité des manifestants d'extrême droite, tels qu'ils sont et comme notre histoire l'indique, qui est l'histoire d'avant-guerre, 1934, les ligues, les affrontements...
J.-M.Le Pen était tout jeune à l'époque.
C'est une tradition qui existe, une forme de brutalité qui existe dans les propos que nous avons entendus sur les "sidaïques". Il est inéligible pendant une période suite à la façon dont il agresse une élue socialiste dans la banlieue parisienne, dans les Yvelines. L'autre point que je voudrais dire, c'est la fortune soudaine de J.-M.Le Pen.
Il n'avait pas un rond. Avec ses enfants, il vivait tout juste. Il a réussi à capter l'héritage Lambert qui a été très contesté par la famille.
Monsieur Lambert est mort très jeune. Il a légué sa fortune à J.-M.Le Pen dont il partageait les idées.
Ce qui fait que J.-M.Le Pen, qui n'avait pas un rond, est devenu le châtelain de Montretout à Saint-Cloud.
Il a vécu comme un châtelain. Ce n'est plus du tout J.-M.Le Pen.
Certaines images que vous avez montrées au début, c'est les images de ce domaine. Ce n'est plus le même J.-M.Le Pen.
Pour la 1re fois en 56, il perce. En 1984, 28 ans d'une vie politique qui est une vie politique assez inaudible, qui n'intéresse personne, qui fait 1 % des suffrages...
Entre-temps, J.-M.Le Pen installe ses idées et bénéficie de sa fortune. - A.de Tarlé: Pour revenir sur la brutalité qui transpire de ce reportage.
Elle est entretenue par cet oeil de verre qu'avait J.-M.Le Pen.
On n'a jamais tellement su... - L.Hausalter: La dernière version de l'histoire, sans doute la plus vraie, il a eu un accident avec un maillet.
Il y a eu d'autres versions avant, une bagarre avec des militants...
Dans ses mémoires, il avoue cette version-là. Il s'en est servi. J.-M.Le Pen avait ce talent de toujours instrumentaliser, se servir de ce qui n'allait pas trop dans son physique.
Il a commencé par porter ce bandeau qui lui a donné cette image. Ca a été remplacé ensuite par un oeil de verre pour assagir son image. Ca coïncide avec l'émergence du FN qui date des années 80.
Il y a le tonnerre de Dreux en 83, une élection municipale à Dreux où, grâce au RPR, des élus du FN font leur entrée dans un conseil municipal. Et il y a les européennes de 84, année où J.-M.Le Pen se fait connaître lors de "L'Heure de vérité"...
Et qui fait ensuite la proportionnelle en 86. - A.de Tarlé: Question. - R.Bacqué: Elles ont été mauvaises pendant un bon moment.
Elle l'avait exclu du parti, puis elle a changé le nom du parti. Elle a pris largement ses distances avec lui et certaines de ses idées, notamment l'antisémitisme. A la fin, il a vieilli, il a perdu beaucoup de ses facultés.
Il était sous la tutelle de ses filles, ce qui est un renversement de l'autorité entre père et filles. Ca avait été si longtemps elles qui étaient sous la férule de leur père. Ses derniers moments, il s'est réconcilié avec M.Le Pen, mais il n'était plus que l'ombre de lui-même.
Il a été un peu comme une espèce de troll jusqu'au dernier moment. Même ces derniers mois, où il était sénile, il y a quand même une petite bande de garçons d'extrême droite qui se sont introduits chez lui...
J.-M.Le Pen leur a ouvert...
Il l'ont filmé en train de chanter des chants nationalistes. Jusqu'au bout, il a sans cesse gêné sa fille, qui voulait absolument sortir de l'hostilité et dédiaboliser le parti, ce à quoi il était farouchement opposé. - A.de Tarlé: Quand on voit la brutalité du parti de J.-M.Le Pen et ce qu'est devenu le RN, il y a une transformation? - S.Pierre-Brossolette: Elle a en partie réussie, c'est le secret de la progression de ces voix.
J.-M.Le Pen avait commencé en pompant les voix de droite et elle a continué en pompant les voix de gauche.
Les autres politiques se sont laissés tondre. M.Le Pen a modifié son image, d'abord pour rectifier tout ce qui était abominable dans les paroles de J.-M.Le Pen.
Elle a dit que les chambres à gaz étaient le summum de la barbarie. Point 2: elle s'est montrée beaucoup plus sympathique. C'est la petite mère du peuple, quasiment "Mamie Marine", avec ses chats chez elle, rassurante...
L'anti J.-M.Le Pen.
On a l'impression qu'elle prend le contre-pied de chaque aspect psychologique ou médiatique de son père. Elle essaye tout ce qu'elle peut pour rassurer. Ca n'a pas tout à fait suffi, puisque le front républicain a encore marché aux dernières législatives.
Est-ce qu'elle peut faire sauter cette dernière digue? C'est son espoir et son pari. Elle fait tout pour rassurer.
Elle donne dans le social, alors que le programme économique de J.-M.Le Pen était beaucoup plus libéral économiquement que celui de M.Le Pen, qui est carrément plus à gauche que J.-M.Le Pen.
Il est même similaire à pas mal de mesures du NFP. - A.de Tarlé: Lui était contre la retraite à 60 ans. - S.Pierre-Brossolette: Il faisait des calculs économiques et démographiques.
Comme les Français sont contre travailler plus longtemps, M.Le Pen fait de l'électoralisme et s'est mise sur le créneau porteur qui semble lui sourire. - J.Jaffré: Il y a une élection présidentielle où J.-M.Le Pen avait proposé la suppression de l'impôt sur le revenu. - A.de Tarlé: On sait que M.Le Pen a appris à Nairobi en revenant de Mayotte la mort de son père.
Ils s'étaient rapprochés. On imagine la tristesse d'une fille. Sur le plan politique, la disparition de J.-M.Le Pen peut délepéniser ce parti, le RN. - L.Hausalter: Au sens de l'ombre qui planait encore, oui.
Sur le moment, c'est à double tranchant. On voit les images d'archives avec toutes les sorties et les provocations de J.-M.Le Pen.
Ca peut rappeler quelles sont les racines de ce parti. D'autres peuvent dire que sa disparition confirme que plus jamais ces propos ne seront tenus par les dirigeants de l'ancien Front national. Sur le moment, c'est à double tranchant.
A terme, il est évident que la disparition de J.-M.Le Pen est le parachèvement de sa disparition politique voulue, encouragée, poussée par M.Le Pen depuis 2015 et l'exclusion de J.-M.Le Pen.
Aujourd'hui, de moins en moins d'électeurs, en allant se décider pour un bulletin RN dans l'urne, songent à la figure tutélaire que J.-M.Le Pen faisait planer sur ce parti.
Ces dernières années, il ne pouvait plus parler. Il n'intervient même plus dans le débat politique. - A.de Tarlé: M.Le Pen redoutait ces sorties? - R.Bacqué: Bien sûr.
Idéologiquement, il y a eu une reprise de ses idées par E.Zemmour et sa petite-fille, M.Maréchal. - A.de Tarlé: Ce sont eux, les héritiers? - R.Bacqué: Ils sont beaucoup plus proches des idées de J.-M.Le Pen.
En même temps, ils ont fait un très mauvais score aux dernières élections. C'est vrai. La stratégie de M.Le Pen de dédiabolisation, de normalisation d'une extrême droite française est plus efficace que le maintien d'une idéologie très radicale et ouvertement raciste, misogyne, comme le prônaient E.Zemmour ou M.Maréchal. - A.de Tarlé: Question. - J.Jaffré: Les différences sont considérables.
La principale, c'est que le RN veut exercer le pouvoir en France. Ca, c'est fondamental. M.Le Pen se présente pour être présidente de la République.
Elle l'a déjà fait à 3 reprises, en 2012, 2017 et 2022. On voit bien qu'elle est en situation d'être possiblement élue si le tribunal ne prononce pas son inéligibilité. Son père a été inéligible.
On voit la filiation qui continue à travers ce simple exemple. L'autre chose fondamentale qui a changé, c'est l'antisémitisme. L'antisémitisme de son père, quelque chose de profond qui vient aussi d'un antisémitisme catholique tel qu'il existait dans la France au moins jusqu'à la guerre mondiale...
Le jeune J.-M.Le Pen a été élevé dans sa famille avant la Seconde Guerre mondiale.
Il était né en 1928. Cet antisémitisme d'origine catholique a disparu. Le RN met l'accent sur la question de l'islam.
Chose incroyable, nous avons vu le RN participer à la manifestation contre l'antisémitisme après le 7 octobre 2023 et pouvoir le faire sans être immédiatement évacué de la manifestation. Ce qui reste semblable, c'est le thème de l'immigration. C'était l'obsession de J.-M.Le Pen.
A Mayotte, M.Le Pen a parlé d'abord de l'immigration. C'est son thème principal, c'est le thème sur lequel la continuité reste totale. - A.de Tarlé: M.Le Pen revient de Mayotte.
Elle était en terrain conquis avec 60 % au 2d tour. Pour J.-M.Le Pen, c'était inimaginable? - S.Pierre-Brossolette: Il n'aurait sans doute pas pu y mettre les pieds.
C'est la preuve du succès de la dédiabolisation de M.Le Pen, cette audience qu'elle a dans la plupart des territoires d'outre-mer, à commencer par Mayotte où elle est fêtée et où elle peut se donner un brevet de non-racisme. Ce sont des gens colorés, elle est applaudie par eux, elle porte le thème de l'immigration in vivo dans une île qui souffre d'une immigration des Comores.
Elle dit qu'elle en a parlé avant tout le monde. C'est vrai, tout le monde était gêné. La gauche est lamentable sur le sujet et ne dit rien, et la droite a longtemps hésité.
Un de ceux qui a été le plus audacieux, c'est F.Baroin en 2015. Il a donné une interview au "Figaro Magazine" où il disait qu'il fallait remettre en cause le droit du sol à Mayotte.
A l'époque, il s'était fait chahuter. Aujourd'hui, 3 ministres ont repris ce thème, hier... - A.de Tarlé: M.Valls, S.Lecornu et B.Retailleau. - S.Pierre-Brossolette: La droite essaie de rattraper le temps perdu, mais le mal est fait.
M.Le Pen a creusé un écart incroyable. M.Le Pen a gagné dans ce territoire haut la main, et la gauche n'a pas un élu dans le territoire où le taux de pauvreté est très élevé.
On pourrait se dire que la gauche avait une chance d'avoir quelques élus. Il y a une élue RN et une autre Liot. A force de laisser le terrain à M.Le Pen, elle a conquis des parts électorales. - A.de Tarlé: Quelles sont les relations de J.Bardella avec J.-M.Le Pen?
D'abord, il avait pris sa défense en disant qu'il n'était pas antisémite. Ensuite, il a rétropédalé. Cet après-midi, il a tweeté... - L.Hausalter: C'est ambivalent, leurs rapports.
Il est quand même militant RN depuis très longtemps. J.-M.Le Pen était encore dans les parages lorsqu'il a débuté comme jeune militant au Front national.
Même s'il n'y a pas d'affection, de proximité plus que ça, entre J.Bardella et J.-M.Le Pen...
Il doit à la fois traiter la base militante traditionnelle, qui attend cet hommage à J.-M.Le Pen...
J.Bardella est son successeur. Il y a une continuité de fonction entre J.-M.Le Pen et J.Bardella.
C'était le choix de M.Le Pen. Le parachèvement de la délepénisation du parti, c'est J.Bardella.
Tout simplement car il ne s'appelle pas Le Pen. Ca en fait un atout majeur dans la conquête de l'opinion, notamment dans la conquête d'un électorat qui est hésitant devant le Front national à cause de son histoire et des outrances de J.-M.Le Pen, qui n'a jamais pris l'exercice du pouvoir au sérieux.
Il est un peu tiraillé entre l'histoire du parti, qu'il ne peut pas renier, lui-même ayant toujours été un militant du Front national, puis du RN, et la stratégie actée par M.Le Pen dont il est lui-même une incarnation en ayant un nom qui n'est pas celui de Le Pen et en allant à la conquête d'un nouvel électorat. Voilà son ambivalence.
Cet hommage qu'il a fait aujourd'hui, il pouvait difficilement y échapper. - A.de Tarlé: Depuis les années 2000, l'extrême droite ne cesse de gagner du terrain en France et dans le monde.
Aux Etats-Unis, E.Musk a récemment multiplié les propos antimigrants souvent haineux. Il s'attaque désormais, avec son réseau social X, aux dirigeants européens qu'il accuse de tous les maux. - E.Musk est accusé de répandre de fausses informations au Royaume-Uni. - De fausses informations sur des affaires de pédocriminalité datant de la fin des années 90. - Ce à quoi E.Musk fait référence, c'est à K.Starmer et son mandat de procureur qui coïncide effectivement avec un scandale d'abus sexuels sur des enfants. - Bien sûr, personne ne remet en cause le problème très sérieux au centre de la polémique, l'abus sexuel de jeunes filles vulnérables. - De vraies affaires de pédocriminalité, mais des accusations infondées à l'encontre de K.Starmer, actuel Premier ministre, à l'époque à la tête du parquet d'Angleterre et du pays de Galles.
Sur X, le milliardaire multiplie les outrances. Applaudissements. Violemment ciblé, le Premier ministre britannique répond. - K.Starmer: Ceux qui diffusent des mensonges et des informations erronées, aussi loin et largement que possible, ne s'intéressent pas aux victimes.
Ils s'intéressent à eux-mêmes. Lorsque le poison de l'extrême droite conduit à de graves menaces, une ligne est franchie. - Une ingérence assumée du propriétaire de X. - Voilà la proposition qu'E.Musk a formulée sur les réseaux sociaux.
L'Amérique doit-elle libérer le peuple britannique de son gouvernement tyrannique? - E.Musk à l'offensive, bien au-delà des frontières américaines.
L'objectif du milliardaire: soutenir et parfois financer des mouvements d'extrême droite. En Allemagne, après l'attentat du marché de Noël, il critique durement le chancelier O.Scholz.
Et il n'oublie pas d'encenser l'AfD, parti d'ultradroite allemand. La dirigeante du parti ne s'y trompe pas, elle multiplie les clins d'oeil à l'intention de son allié. - Cher Elon, merci beaucoup pour ton message.
L'Alternative pour l'Allemagne, c'est l'AfD. C'est la seule et unique alternative pour notre pays. - De quoi inquiéter le chancelier allemand. - O.Scholz: L'avenir de l'Allemagne, c'est vous qui en déciderez, les citoyens.
Il ne sera pas dicté par les patrons de grands réseaux sociaux. - Des tentatives de déstabilisation répétées qui n'ont pas échappé aux autres dirigeants européens. - E.Macron: Voilà 10 ans, si on nous avait dit que le propriétaire d'un des grands réseaux sociaux interviendrait directement dans les élections, qui l'aurait imaginé?
C'est le monde dans lequel nous vivons et dans lequel nous avons à faire de la diplomatie. - Faire de la diplomatie, une tâche qui pourrait être de plus en plus complexe à partir du 20 janvier prochain avec l'arrivée de D.Trump à la Maison-Blanche et E.Musk au gouvernement américain. - A.de Tarlé: A quoi joue E.Musk en s'immisçant dans les vies politiques nationales?
En Allemagne, en Grande-Bretagne... - R.Bacqué: La démonstration de sa puissance, et elle est inquiétante.
On parle de J.-M.Le Pen, mais E.Musk est beaucoup plus puissant que J.-M.Le Pen.
Il est beaucoup plus riche. Il a une industrie beaucoup plus puissante, pas seulement ses réseaux sociaux...
Là, c'est très frappant de voir quelqu'un qui non seulement fait campagne pour l'extrême droite dans son pays, mais dans les pays européens. C'est très inquiétant. - A.de Tarlé: Il pourrait s'inviter en 2027? - R.Bacqué: Il le fait déjà.
On voit déjà qui il soutient...
Il le fait partout. Son réseau, en ne modérant pas...
Le réseau X est devenu le vecteur des trolls, des campagnes de haine, des campagnes de désinformation. - A.de Tarlé: Question.
Vous voyez un parallélisme entre D.Trump et J.-M.Le Pen?
Ils ont tous les deux cette chevelure blonde... - J.Jaffré: On peut faire tous les parallèles qu'on veut.
Si on pousse dans cette direction, on peut en voir au moins 2. La brutalité qui caractérise ces 2 personnes...
La brutalité de Trump est quelque chose d'hallucinant. Souvenons-nous de ces débats avec H.Clinton lors de l'élection présidentielle de 2016.
J.Chirac, qui avait bien des limites mais un sens politique aigu, a refusé le débat avec J.-M.Le Pen à la présidentielle de 2002, le débat classique de l'entre-deux-tours.
Il n'avait rien à y gagner dans un débat de ce genre avec J.-M.Le Pen, il l'avait senti.
Trump, avec H.Clinton, exerce une pression physique lors du débat, qui était quelque chose d'hallucinant...
Et la façon dont il parle de J.Biden et la manière dont il a traité K.Harris, c'était quelque chose d'hallucinant.
La brutalité est une caractéristique majeure. Là, Trump surpasse J.-M.Le Pen.
Sur le plan idéologique, on peut faire un parallèle, la conception nationaliste et protectionniste de Trump qui correspond à la conception de J.-M.Le Pen.
J.-M.Le Pen est d'abord nationaliste dans le sens du positionnement à l'extrême droite.
Leurs modèles, c'est V.Orban et G.Meloni.
M.Le Pen, demain, on verra lors de la campagne présidentielle si E.Musk continue ce type d'attitude...
Il va falloir qu'il réfléchisse. Avant qu'on achète ses voitures en Europe... - A.de Tarlé: L'Union européenne ne dit rien? - J.Jaffré: Elle ne pourra pas rester longtemps sans ne rien dire. - S.Pierre-Brossolette: U.von der Leyen s'est montrée assez complaisante avec la logique de ce monsieur.
Elle a même consenti à changer sa commission...
T.Breton était considéré comme trop dur avec la réglementation qu'il demandait de ces réseaux sociaux. Elle a déplacé T.Breton.
Ca montre l'ampleur du pouvoir de ce monsieur, c'est terrifiant. Ce qui se passe à coups de milliards partout où il passe en déstabilisant les gouvernements démocratiques et favorisant l'extrême droite, c'est un défi à la capacité de rétorquer, de réguler et de se réveiller. Ce n'est pas possible!
Heureusement qu'il ne peut pas se présenter comme président des Etats-Unis, car il est né en Afrique du Sud. Mon espoir secret, c'est que D.Trump en ait assez de la concurrence d'E.Musk et finisse par le remettre à sa place.
Ca va devenir très difficile. - L.Hausalter: Les canaux dans lesquels se fait le débat public en France et en Europe ne sont plus régulés en France et en Europe.
Avant, c'était la presse traditionnelle et tout cela était régulé. Les régulateurs étaient à domicile. Aujourd'hui, une partie du débat public a lieu sur des réseaux sociaux qui sont hébergés sur des serveurs américains et contre lesquels l'UE et ses Etats membres sont impuissants.
Les années de mise en place de réglementations, ça ne produit aucun résultat. E.Musk n'a aucune obligation de réguler le contenu de ses réseaux à lui et la régulation a toujours des années de retard sur la technologie.
C'est la nouvelle règle du jeu des démocraties occidentales. Certains tentant de faire ami avec E.Musk devraient s'en méfier.
Ca revient à externaliser l'électeur du débat public européen et français et c'est se placer dans les mains d'une personne qui est d'abord un chef d'entreprise, qui a des intérêts et des sociétés. E.Macron l'avalise en disant: "C'est la diplomatie telle qu'elle est aujourd'hui." C'est une nouvelle règle du jeu.
E.Musk est un sujet et un interlocuteur à hauteur de chef d'Etat et de gouvernement. - R.Bacqué: Et il fait école.
M.Zuckerberg vient de décider de baisser le nombre de ses modérateurs, d'emboîter le pas d'E.Musk et de faire de Facebook un grand réseau où on pourra s'insulter et véhiculer de fausses informations.
C'est grave! - A.de Tarlé: On revient à vos questions.
Question. La date de sa mort est un ultime pied de nez à "Charlie"? J.-M.Le Pen ne cessait de dire "je ne suis pas Charlie".
Pourquoi disait-il cela? - S.Pierre-Brossolette: Il ne supportait pas les journalistes irrévérencieux qui commençaient par se moquer de l'extrême droite et de J.-M.Le Pen.
C'était une de leurs têtes de Turc, à juste titre. C'étaient les ennemis de J.-M.Le Pen.
Forcément, J.-M.Le Pen ne les aimait pas.
C'est un peu triste que ça tombe aujourd'hui. Il y avait beaucoup d'émissions, dont la vôtre, et de commémorations qui auraient dû avoir beaucoup plus d'impact. C'est venu pallier cette commémoration qui était importante, surtout dans l'état où la France est aujourd'hui.
En 10 ans, on mesure un certain recul de la lutte contre l'antisémitisme, le racisme...
Là, la parole de "Charlie" était importante à mettre en valeur. Pas de chance, c'est comme ça, c'est la vie. Il faut que ce combat de "Charlie" continue et qu'on reste très vigilants.
Il y a plutôt des signes de régression. - A.de Tarlé: Question. - L.Hausalter: Pour certains, peut-être.
Il y a certaines vies qu'on découvre au moment de la mort. Vous l'avez souligné tout à l'heure, J.-M.Le Pen est identifié à des thématiques assez XXe siècle.
Les débuts de sa carrière, c'est l'anticommunisme, l'antigaullisme. Le seul vrai sujet où il y a un continuum de bout en bout entre J.-M.Le Pen à ses débuts, même s'il parlait moins d'immigration dans les années 70, et le discours de J.Bardella et de M.Le Pen, c'est l'immigration.
C'est un sujet qui touche toutes les catégories de la population. Le premier vote de la jeunesse française, c'est le RN. J.Bardella, avec son succès sur TikTok et les réseaux sociaux, est l'un des rares hommes politiques à savoir parler à ce public.
Le classement des personnalités préférées des Français montre dans les segments jeunes la popularité assez forte de M.Le Pen et de J.Bardella.
A ce titre, les évocations de J.-M.Le Pen et le fait que ça peut être une découverte pour certains sympathisants du RN, n'auront pas beaucoup d'impact.
Ils sont d'abord préoccupés par des thématiques actuelles. Les politiques qui en parlent aujourd'hui sont tout autres, c'est une autre époque. - A.de Tarlé: Question. - S.Pierre-Brossolette: La torture, il a dit des choses épouvantables.
On a vu un extrait tout à l'heure, mais il a dit bien pire. Il a pratiqué la torture. "Ce n'est rien, ça fait mal, puis ça s'arrête.
Ce n'est pas comme ces affreux rebelles qui s'en fichent de l'intégrité physique. Ils coupent des bras et des jambes..." Il a dit des choses horribles.
C'était un espèce de fana mili. Ca n'a pas eu l'air de le gêner et pas plus à ses électeurs. Aujourd'hui, c'est insupportable. - A.de Tarlé: Question.
Quand on fait de la politique, c'est pour décrocher le poste? - R.Bacqué: Je crois que ce n'était pas son ambition première.
Son ambition première, c'est de provoquer, d'exister. Il y a une bonne dose de narcissisme, chez lui. En 2002, le soir du 21 avril, tous les témoins l'ont raconté, il a été pris d'angoisse à l'idée d'être en position de peut-être diriger.
Ca n'était pas du tout son objectif. Il a toujours voulu exister médiatiquement, provoquer, gêner, être un trublion avec son talent de tribun qu'il a utilisé à plein, son goût de la mise en scène, du théâtre...
C'est plutôt un espèce de personnage qui veut exister sur le théâtre politique, plutôt que d'exercer et réformer le pays. - A.de Tarlé: Question. - J.Jaffré: Il y en a, bien sûr.
D'abord, M.Le Pen cible l'électorat populaire alors que J.-M.Le Pen, ce n'était pas son approche.
Il ciblait les thèmes les plus à droite possible. S'il y avait un électorat populaire pour voter pour, tant mieux. Ce n'était pas le coeur.
M.Le Pen cible un électorat populaire. Cela entraîne un programme économique.
On est très loin du libéralisme et des positions reaganiennes, de Reagan, le président américain qui avait fait un tournant ultralibéral aux Etats-Unis et dont J.-M.Le Pen se réclamait.
Il n'était pas le seul, Chirac aussi... 2e différence, l'antisémitisme était au coeur de ce qu'était J.-M.Le Pen, alors que M.Le Pen l'a totalement évacué, en considérant...
On peut lui faire crédit d'une sincérité...
Sa priorité absolue, c'est l'islam et le combat contre l'islamisme. De ce point de vue, elle a participé, avec J.Bardella, à la grande manifestation contre l'antisémitisme après le 7 octobre 2023 et l'attaque du Hamas en Israël.
Ce n'est plus le même paysage. - A.de Tarlé: Merci d'avoir participé à cette émission.
Restez sur France 5, à suivre, "C à vous", avec A.-E.Lemoine.
Bonsoir. Au programme de "C à vous"? - A.-E.Lemoine: Les hommages aux victimes des attentats de "Charlie Hebdo", et de l'Hyper Cacher 10 ans après.
Les ingérences d'E.Musk qui multiplie les attaques contre le gouvernement britannique et soutient ouvertement l'extrême droite allemande. Et la disparition de J.-M.Le Pen, qui pour sa 1re émission politique à la télévision était interviewé par A.Duhamel.
Jean-Marie Le Pen