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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 3 août 2026 7 minDivertissementInstitutions & électionsDéfense

Iran : les mots de la guerre : Le Guide Suprême : de conseiller à maître du régime

Source d'origine 2 locuteurs

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  • 0:30InvitéFait
    « Quelle est cette fonction de guide suprême ? »
  • 2:41PrésentateurFait
    « Bon, mais comment est-il désigné ? »
  • 5:09InvitéFait
    « Si on réfléchit aux raisons pour lesquelles Moshtaba a succédé à Ali Khamenei, son père, quelles sont les conséquences de ce choix, selon vous, Bernard Hourcade ? »
  • 6:34InvitéFait
    « Comment expliquer que ces guides suprêmes, en tout cas pour les derniers d'entre eux, se soient incroyablement enrichis ? »

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0:05
Invité

Iran, les mots de la guerre. Épisode 2. Guide suprême. Bernard Ourcade, vous êtes géographe, ancien directeur de l'Institut français de recherche en Iran, membre de la rédaction d'Orient 21. Il y a un successeur à l'ayatollah Khamehnei qui occupait la fonction de guide suprême à la suite de l'ayatollah Khomeini. Quelle est cette fonction de guide suprême ?

0:33
Présentateur

Khomeini, qui est le fondateur de la République islamique, a étudié Platon. Dans la République du Platon, ce sont les meilleurs de la société, de la cité, qui y dirigent. Quels sont les aristocrates et les meilleures personnalités capables de diriger un pays, de conseillers ? C'est évidemment les religieux, les mollas. Un ayatollah, par définition, est l'homme chargé de donner les grandes idées qui vont permettre au gouvernement de gérer le pays. Cette idée du Belaya Tefagri, d'une gouvernance de un guide, est inscrite un peu dans la tradition chiite, où il y a des évêques ou archevêques qui vont diriger la communauté.

Donc ça, c'était un peu à la fois une guidance religieuse et une guidance politique. Mais officiellement, Khomeini disait, c'est un conseil. Je dis au gouvernement, vous devriez faire ceci, je voudriez faire cela, sans intervention. Le problème, c'est qu'avec la guerre Irak-Iran, Khomeini est devenu le chef exécutif. Et progressivement, de conseil, c'est devenu gouvernement. Et le guide, avec un bureau pléthorique autour de lui, il peut contrôler l'ensemble des secteurs. De l'agriculture à l'industrie, du pétrole à la politique à la culture. Le guide a envoyé ses envoyés dans tous les secteurs, dans tous les ministères, dans toutes les administrations, vous avez un représentant du guide.

Et ce monsieur-là va ici à Radio France, par exemple. Il va être là, à côté, dans le bureau, en face de vous, pour vous contrôler. Et veillez à ce que vous soyez dans la ligne. Le guide est devenu un peu un dictateur, un pouvoir sans partage. Mais à l'époque de Khomeini, c'était quelqu'un d'accepté. Parce que c'était Khomeini, c'était la guerre, etc. Ramenei était un jeune molla qui avait 35 ans à la Révolution. Un jeune militant qui n'a pas... Pas forcément, dit-on, le plus savant d'entre tous. Absolument. Il a dû faire sa licence de théologie comme tout le monde. Mais il a été en prison. C'est là, avec son ami Rafsanjani, rival ensuite, qu'il a appris que la Révolution, ça existait.

Les marxismes existaient. Il a découvert la société, la Révolution marxiste, dans la prison d'Evine où il était. Non, c'est un militant politique. Et religieusement, il n'est rien. Les grands ayatollahs de Najaf, les grands ayatollahs de Khome, disent qu'il c'est ce type-là. Et d'ailleurs, il n'est pas l'imam, on ne l'appelle pas imam. Il est le leader de la République islamique. Et non pas le leader de la Révolution islamique. Les choses ont changé. C'est un chef local qui a un staff politique et qui contrôle, jour après jour, dans tout le détail, la vie quotidienne des gens. Bon, mais comment est-il désigné ? Alors, l'Iran est une république.

Du point de vue institutionnel, il n'y a pas grand-chose à dire. Et le guide pourrait très bien être le roi d'Angleterre, quelqu'un qui est au-dessus, chef de l'armée, chef de tout, mais qui, concrètement, ne fait rien. Ça pourrait d'ailleurs être une évolution politique dans les jours prochains. Il y avait quelqu'un, Mr Nobody, à la tête. On lui fait de grands salams le jour du Nouvel An, et puis c'est tout. Mais ce système-là est un peu dans l'impasse. Parce qu'effectivement, aujourd'hui, on le voit, le fils qui a été élu, on ne sait même pas s'il est vivant ou s'il est encore actif, dans tous les cas, aucun ayatollah sérieux aujourd'hui ne voulait être guide.

C'est un CDD à vie à court terme. Et puis, que peut-il gouverner ? Le guide passé, Ramenei, qui a été tué, donc, il y a quelques jours, était quelqu'un qui a eu une expérience exceptionnelle. Il dirigeait le pays depuis 40 ans, pratiquement. Il connaissait tout le panier de crabes qu'il a autour de lui, était capable d'imposer, eux-uns et aux autres, un certain nombre de choses. Personne, en Iran, aujourd'hui, n'est capable de le remplacer.

3:37
Invité

Le fait que celui-ci ait été remplacé par son fils est interprété comme une dérive du régime de moins en moins théocratique, de plus en plus militaire.

3:47
Présentateur

Oui, parce que, puisqu'il n'y a personne, la partie théocratique, je n'aime pas le terme république théocratique, parce que, hélas, l'islam n'est pas en cause. Les bons musulmans disent, qu'est-ce que c'est ça ? C'est pas ça, l'islam. Je suis bon musulman, je ne crois pas à la république islamique. C'est Ratami, un des présidents de la république précédent, qui avait dit que l'islam était en danger dans ce pays. Si l'islam se mêle de la vie quotidienne des gens, c'est une erreur, c'est de la politique, ça, c'est pas de l'islam. Et on ne va retourner dans les mosquées et dans les écoles religieuses. Autrement dit, la théocratie, ce n'est pas cela. C'est là, c'est une dictature banale.

L'Iron, c'est une dictature banale avec une corporation qui prend le pouvoir. Ce n'est pas l'islam qui a pris le pouvoir, diront certains, c'est le clergé. Le clergé, ce sont des gens qui sont 500 000 en Iran, qui ont leur hiérarchie, leur tradition, leur coutume. Ils sont plus bigots qu'intellectuels. Et c'est un élément très important. La dictature politique a stérilisé un peu la pensée politique islamique. On aurait pu imaginer que des religieux qui ont beaucoup étudié fassent évoluer leurs pratiques politiques. Des gens comme Charyati, par exemple, à début de la révolution, il a découvert le christianisme social, la démocratie chrétienne.

Pourquoi il n'y a pas une démocratie musulmane et un pensée rêvée que l'islam pourrait être important dans la vie quotidienne ? Ils n'ont pas du tout fait cette évolution, si dans quelques minorités qui ont été mis en prison rapidement. Autrement dit, le guide a un peu stérilisé la pensée islamique en Iran.

5:07
Invité

Si on réfléchit aux raisons pour lesquelles Moshtaba a succédé à Ali, Khamenei, son père, quelles sont les conséquences de ce choix, selon vous, Bernard Hourcade,

5:16
Présentateur

sa philosophie ? Le premier fait, c'est que d'abord, la République a fonctionné. L'État a fonctionné. La constitution est appliquée. Dès la mort de Khamenei, trois personnes prennent le pouvoir immédiatement. Et dans les dix jours, quelqu'un a été élu par une assemblée de 88 personnes qui ont été élues au suffrage universel et qui sont chargées d'élire le guide qui se réunissent tous les ans pour voir si ça marche. Donc, cette assemblée s'est réunie en des conditions à discuter. Ils étaient sur Zoom. Je ne suis pas sûr que tous les ayatollahs de 80 ans pratiquent les internets avec subtilité. Mais enfin, officiellement, personne n'était candidat.

Résultat, prendre son fils, c'était avoué qu'on ne pouvait pas faire quoi que ce soit. C'est un aveu d'échec de la République islamique. La République marche bien. L'islam politique, le guide, ça ne marche pas. On prend n'importe qui. On prend le fils de son père qui était le secrétaire particulier de son père. C'est un aveu de rien. Autrement dit, les plus radicaux ont dit qu'il faut absolument quelqu'un. Et on est en temps de guerre. Il faut donc quelqu'un de fort et de militaire et qui ne pense pas grand-chose, qui ne puisse pas s'opposer aux plus durs des militaires. Mais apparemment, il ne fait pas partie des mous. Non. Il est le fils de son père, mais il n'est personne, je crois.

C'est ça le problème. Le guide est mort. Le dernier guide de la République islamique était Ali Ramenei. Son père, il est mort. Son fils n'est pas un guide ni pour les militaires, ni pour les technocrates, ni pour les religieux.

6:33
Invité

Comment expliquer que ces guides suprêmes, en tout cas pour les derniers d'entre eux, se soient incroyablement enrichis ?

6:42
Présentateur

L'argent a été l'appelé. On en reparlera peut-être un jour. Le pétrole. Il y a beaucoup de pétrole dans l'Iran, beaucoup d'argent. Du jour au lendemain, les mollas, qui avant vivaient la charité publique, tout le monde donnait son obol à la messe, à la prière du vendredi. Ils avaient donc des revenus confortables, mais rien. Du jour au lendemain, ils ont été propriétaires de l'argent de l'État, qui avait pas mal de pétrole. Vous imaginez une corporation, quelle qu'elle soit, qui a accès à l'argent du pétrole, c'est des milliards de dollars. Et donc chacun va à la caisse et de prendre 10 000 dollars, ça sera 15 000, 100 000, 200 000.

Résultat, toute la société islamique, les religieux, gardiens de la révolution, hauts fonctionnaires, tout le monde est allé à la caisse et c'est ça qui a pourri l'Iran.

7:21
Invité

Merci Bernard Orkade.