Budget : les "cyniques" et les "arnaqueurs"
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Jingle ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue dans "C dans l'air". Le psychodrame du budget se poursuit avec un rejet historique avec le rejet quasi unanime de la partie recettes du budget. S.Lecornu dénonce le "cynisme" de certains partis et de certains candidats à la présidentielle et propose une nouvelle méthode.
Bonsoir, A.Minc. Vous êtes économiste, essayiste et auteur de "Somme toute".
On va écouter un court extrait de l'intervention du Premier ministre ce matin. - S.Lecornu: Certains partis politiques, certains candidats à l'élection présidentielle estiment, au fond, que le compromis n'est pas compatible avec leur propre stratégie électorale et que derrière, il y a une forme de cynisme qui se dégage, qui peut mener à ce que certains errements idéologiques de certains partis bloquent la situation.
Pour moi, c'est un point de vigilance. On l'a notamment vu dans les comportements de LFI et du RN. - C.Roux: C'est de la faute des cyniques? - A.Minc: C'est la faute de tout le monde.
Heureusement que le monde extérieur ne regarde pas trop la France. On ne les intéresse pas beaucoup. Vous connaissez un budget approuvé par une voix?
C'est sans précédent. Dans les dictatures, les budgets sont approuvés sauf une voix. La France a inventé l'anarchie parlementaire où le budget n'est approuvé que par une voix.
Tout ça est désolant, déshonorant et terrifiant sur ce que ça représente de l'abaissement de la France. - C.Roux: L'abaissement de la France?
Lui dit qu'on essaie de faire des compromis. Il dit: "On essaie de faire des compromis, et des cyniques font échouer cette volonté de bâtir des compromis." - A.Minc: A la fin, on sait bien quelle est l'équation.
On sait bien qu'il y aura un texte, on ne sait pas suivant quelle procédure, qui devra comporter un certain nombre de concessions pour que le PS ne censure pas. Après, la seule question d'intérêt général, c'est de savoir si le niveau de concessions est tolérable. Ca va être dans la main du gouvernement.
Mais le gouvernement a quand même accepté la suspension de la réforme des retraites. Il a élargi au-delà de ce que demandait la CFDT, il a ajouté les fonctionnaires, les carrières longues...
On a l'impression d'être dans un jeu où le PS exige un peu plus et le gouvernement s'y soumet. A un moment, il faudrait dire "assez". Si j'avais été un député Renaissance, je me serais ajouté aux 5 députés qui ont voté contre. - C.Roux: Vous sous-entendez que le parti du président, Renaissance... - A.Minc: Vous êtes encore la seule à dire "le parti du président". - C.Roux: Vous considérez que le bloc central s'honorerait à refuser le budget tel qu'il a été présenté? - A.Minc: Ils auraient dû le rejeter, mais l'équation serait restée insoluble.
Il va certainement falloir revenir au 49-3. Mais si on y revient, quel sera le texte et quel est le niveau de concessions qui fera que le PS ne tuera pas le gouvernement? - C.Roux: Vous êtes d'accord avec B.Retailleau? - A.Minc: J.-F.Copé parlait de cogestion parlementaire, à une époque.
O.Faure cogère avec Lecornu, mais il ne lui donne pas des assurances. - C.Roux: Ce matin, le Premier ministre a dit qu'il souhaitait demander au gouvernement de se prononcer morceau par morceau dans les prochains jours, par exemple sur les choses urgentes: le renforcement des armées, l'agriculture, le vote pour créer 1400 postes de policiers...
C'est un bon moyen de contourner l'obstacle? - A.Minc: Il va obtenir des votes sur les dépenses supplémentaires.
Il n'a pas proposé de vote sur des économies de dépenses. Qu'en sera-t-il des recettes? Où se passeront les 50 milliards et autres que l'imagination parlementaire a créés?
La question est simple: y aura-t-il quelques économies sur les dépenses et mettra-t-on hors-jeu la folie fiscale qu'on a vu prévaloir? - C.Roux: Quel est le risque?
A.de Montchalin dit que c'est l'affaiblissement de notre pays et le début d'une crise financière économique. C'est sérieux? - A.Minc: La France n'existe encore à la table internationale que pour une raison.
Elle est non économique. Elle est dotée d'une force de frappe autonome et que le chancelier allemand a demandé la protection nucléaire française. Ce qui reste à E.Macron dans le jeu international, c'est l'héritage du général de Gaulle.
Sinon, à Bruxelles, le poids de la France est réduit à rien. La crise financière, il y a un paradoxe...
Au moment le plus glorieux du macronisme, l'écart de taux entre la France et l'Allemagne était de 0,5 %. Au moment le moins glorieux du macronisme, aujourd'hui, l'écart de taux est de 0,74 %. Tout ce désordre, pour l'instant, ne coûte que 0,24 %, mais on a du mal à penser que ça durera.
Les marchés financiers, c'est comme patiner sur la glace. On a l'impression que la glace tient mais... - C.Roux: Certains se réjouissent du rejet du volet recettes du budget: les chefs d'entreprise.
Le président de France Industrie dit ceci. Il est ravi. - A.Minc: Il faudrait remonter en arrière, à une grand responsabilité du patronat.
Qui a fait échouer le conclave des retraites? Le patronat, au nom de théories idéologiques sur la pénibilité. La CFDT avait accepté les 64 ans.
Si le conclave avait débouché sur une conclusion positive, le contexte aurait été différent. Le patronat peut se réjouir de voir disparaître des folies, mais qu'il n'oublie pas sa responsabilité gigantesque. - C.Roux: On n'aura pas de budget à Noël.
On aura des lois spéciales... - A.Minc: Les fonctionnaires seront payés, ils pourront partir en vacances.
On vivra peut-être avec une loi spéciale, mais qui ne permettra pas de finir l'année car il manquera des crédits. Il faudra bien entériner les concessions qui ont été faites à un moment, contre une promesse...
On voit le pari politique, qui est de dire "plus je gagne de temps, moins le risque de la censure est grand, ainsi que le risque de dissolution". De tout ça, il n'y a qu'un seul point de départ. Tout était écrit dans cette décision folle. - C.Roux: Est-ce que E.Macron a encore une carte à jouer pour sortir la France de cette impasse budgétaire? - A.Minc: Aucune.
Ce n'est plus dans ses mains. Il n'a même plus de parti. Il n'a aucun poids politique sur la vie française. - C.Roux: Selon "La Tribune Dimanche", il projette de relancer le service militaire volontaire.
Cela correspond aux exigences des menaces internationales, à des attentes du pays? - A.Minc: Je suis absolument effaré du chaos qu'auraient créé les mots du chef d'état-major des armées.
Il dit que dans une guerre, un pays peut perdre ses enfants. Si ce n'était pas le cas, on le saurait depuis longtemps. On a tellement oublié ce qu'est le mot "guerre" qu'il a choqué en disant une évidence. - C.Roux: Il a été accusé d'être va-t-en-guerre. - A.Minc: Parler de guerre et être va-t-en-guerre n'est pas synonyme.
Il y a une atmosphère assez année 38 et un apaisement à la Chamberlain. Quant au service militaire volontaire, c'est un drôle d'oxymore. Dans l'histoire, un service militaire, c'est une obligation.
Une obligation volontaire, il n'y a qu'en France qu'on invente ce genre de choses. - C.Roux: Il faudrait qu'il soit obligatoire? - A.Minc: Au moins, le débat serait posé de manière claire. - C.Roux: Vous êtes un observateur aguerri de la vie politique depuis des années.
Quel est le mot qui résume le sentiment que vous avez en commentant ces menaces qui viennent de l'extérieur, ce moment politique dans lequel on vit? - A.Minc: La honte.
Je ne pensais pas vivre ça un jour. La honte, en tant que Français, de l'état de la France, la honte du regard que les autres portent sur nous. Dans le quartier, on se raconte les histoires...
Sébastien Lecornu