Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 28 juillet 2025 24 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesEurope & internationalEnvironnement & énergieNumérique

Laurent Saint-Martin : l'accord entre l'UE et les États-Unis est une "bonne nouvelle" mais il "n'est pas équilibré"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    L'accord commercial conclu hier soir entre l'Union Européenne et les Etats-Unis est-il une petite ou une grande défaite pour les Européens ?

  • 0:44OuverteRéponse directe

    La présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen, a parlé d'un bon accord. Est-ce qu'il y a vraiment de quoi se réjouir ?

  • 2:13FerméeRéponse directe

    Vous confirmez que ces droits de douane de 15% auraient paru délirants il y a encore quelques mois ?

  • 3:27OuverteRéponse directe

    Quels autres secteurs épargnés et quels secteurs concernés, surtout, quels secteurs, eux, vont devoir faire face à ces droits de douane ?

  • 4:30ComplaisanteRéponse partielle

    On va parler de la riposte potentielle de l'Europe. On va parler aussi des réformes que vous appelez de vos voeux au niveau européen.

  • 4:48OuverteRéponse directe

    Quels autres secteurs épargnés et quels secteurs concernés, surtout, quels secteurs, eux, vont devoir faire face à ces droits de douane et potentiellement voir leurs exportations vers les Etats-Unis contraintes d'être réduites ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:51Invité politiqueFait
    « La bonne nouvelle ce matin, c'est qu'il y a un accord et que donc nos entreprises ont de la visibilité »
  • 1:27Invité politiqueFait
    « Est-ce que cet accord est équilibré ? Non. Il faut être très clair là-dessus, cet accord n'est pas équilibré »
  • 1:55Invité politiqueFait
    « Et notamment des services numériques, où là, l'Union Européenne a plus d'armes à sa disposition. Non seulement, mais surtout les Etats-Unis sont excédentaires. »
  • 2:23Invité politiqueFait
    « que cette guerre tarifaire, ces augmentations de droits de douane, n'a aucun intérêt pour personne. Ça va réenchérir les produits, ça va pénaliser nos entreprises européennes, ça va créer de l'inflation aux Etats-Unis et du ralentissement et de la récession pour tout le monde. »
  • 2:52Invité politiqueFait
    « Il est absolument faux de dire que les Etats-Unis ont été spoliés ou que l'Union Européenne aurait profité des Etats-Unis. C'est totalement faux là-dessus. »
  • 3:22Invité politiqueFait
    « Je pense notamment au secteur de l'aéronautique, essentiel pour notre balance commerciale. »
  • 3:28Invité politiqueFait
    « Les spiritueux devraient effectivement être dans l'accord, ce qu'on appelle techniquement le zéro pour zéro. »
  • 4:06Invité politiqueFait
    « Mais enfin, il va falloir que l'Europe se regarde elle-même et se demande qu'est-ce qu'on fait maintenant de notre puissance commerciale. »
  • 5:04Invité politiqueFait
    « Bon, tous ceux qui ne sont pas concernés par les exemptions seront évidemment taxés à hauteur de 15%. »
  • 6:10Invité politiqueChiffre
    « Ah, mais il y aurait des milliers d'emplois. Mais il nous faut évidemment les protéger là-dessus. »
  • 7:25Invité politiqueFait
    « Non, en fait, l'accord est meilleur pour l'Union européenne sans vouloir trop rentrer dans les détails. »
  • 8:46Invité politiquePromesse
    « C'est qu'en 2026, malgré cet accord déséquilibré avec Donald Trump, l'Union Européenne peut sortir avec moins de droits de douane globaux. »
  • 10:07Invité politiqueFait
    « L'Europe peut être une grande puissance industrielle. »
  • 12:44Invité politiqueFait
    « Il y a un excellent rapport qui s'appelle le rapport Draghi. Mettons-le en œuvre. »
  • 19:53Invité politiqueFait
    « Les investissements européens aux Etats-Unis, ce n'est pas une mauvaise nouvelle en soi. »

Temps de parole

  • Laurent Saint-martin69 %
  • Présentateur29 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

L'accord commercial conclu hier soir entre l'Union Européenne et les Etats-Unis est-il une petite ou une grande défaite pour les Européens ? Voilà comment on est tenté de présenter les choses ce matin après ce deal, comme dit Donald Trump, qui impose non pas 30% de droits de douane, c'était la menace initiale, mais 15. Et il y a encore quelques mois, cela aurait paru impensable à n'importe quel décideur à Bruxelles. Alors voyons ce qu'en dit ce matin le ministre français qui a suivi ce dossier de bout en bout avec le négociateur en chef de l'Union Européenne, Laurent Saint-Martin. Bonjour, vous êtes le ministre délégué chargé du commerce extérieur et des Français de l'étranger.

Si vous qui nous écoutez des questions, que vous avez des inquiétudes après cet accord, appelez-nous au 01 45 24 7000 ou écrivez-nous sur l'application de Radio France. Laurent Saint-Martin, la présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen, a parlé d'un bon accord. Est-ce qu'il y a vraiment de quoi se réjouir ?

0:51
Laurent Saint-martin

La bonne nouvelle ce matin, c'est qu'il y a un accord et que donc nos entreprises ont de la visibilité et donc il y a de la stabilité désormais dans la relation transatlantique commerciale pour l'investissement entre l'Union Européenne et les Etats-Unis. Ça c'est la bonne nouvelle parce que nos entreprises, pendant de longues semaines et de longs mois, craignaient d'abord que cette incertitude se transforme en incapacité d'investir, en incapacité de recruter et donc geler notre économie en quelque sorte. Et donc là-dessus, il faut quand même vraiment prendre cela en considération. Oui, le fait que nous ayons désormais une forme de stabilité avec nos partenaires américains est bienvenu.

Est-ce que cet accord est équilibré ? Non. Il faut être très clair là-dessus, cet accord n'est pas équilibré et donc il va nous falloir continuer à travailler, notamment sur la partie services. Finalement, cet accord concerne essentiellement les biens, les taxations sur les biens, sur les produits manufacturés. Et je crois qu'il y a beaucoup de travail à faire aussi sur un autre déséquilibre commercial que parfois Donald Trump oublie de citer, qui est celui des services, et notamment des services numériques, où là, l'Union Européenne a plus d'armes à sa disposition. Non seulement, mais surtout les Etats-Unis sont excédentaires.

Donald Trump a dit pendant des mois et des mois, je veux rééquilibrer une relation commerciale qui est totalement au détriment des Etats-Unis. Et en fait, il ne parlait que des biens. Si vous prenez les services, c'est l'inverse. Et donc à nous aussi de faire ce travail de rapport de force et de rééquilibrage désormais.

2:13
Présentateur

Vous confirmez que ces droits de douane de 15% auraient paru délirants il y a encore quelques mois ?

2:19
Laurent Saint-martin

Je confirme depuis le début, et là-dessus je n'ai absolument pas varié, que cette guerre tarifaire, ces augmentations de droits de douane, n'a aucun intérêt pour personne. Ça va réenchérir les produits, ça va pénaliser nos entreprises européennes, ça va créer de l'inflation aux Etats-Unis et du ralentissement et de la récession pour tout le monde. Et donc cet effet-là, il sera aussi au détriment des Etats-Unis. Les Etats-Unis ont décidé d'imposer par la force une nouvelle loi de la jungle qui ne respecte plus les règles du commerce international que nous avions depuis des décennies et qui faisait la prospérité de nos pays respectifs, encore une fois.

Il est absolument faux de dire que les Etats-Unis ont été spoliés ou que l'Union Européenne aurait profité des Etats-Unis. C'est totalement faux là-dessus. Et donc, ce qui est bien, c'est qu'avec cet accord hier conclu entre la Commission Européenne et les Etats-Unis, enfin on sort de l'ornière et on donne de la visibilité à nos entreprises. Ça, c'était quand même très prioritaire. Maintenant, il faut regarder... Oui, mais enfin, à 30%, les entreprises auraient eu de la visibilité aussi. Certes, mais vous aurez remarqué qu'on n'est pas à 30 et à moitié moins, qu'il y a des exemptions sectorielles très importantes pour nous.

Je pense notamment au secteur de l'aéronautique, essentiel pour notre balance commerciale. Quels autres secteurs sont épargnés ? Les spiritueux. Les spiritueux devraient effectivement être dans l'accord, ce qu'on appelle techniquement le zéro pour zéro. Devraient, seront ? Normalement, ils y sont. Mais vous savez, hier, ce qui a été accordé, ce sont des grands principes. Désormais, on va rentrer dans le dur et dans les détails, mais nous comprenons que les spiritueux sont bien exemptés. Et c'est heureux parce que, souvenez-vous, la filière cognac notamment avait été attaquée par les Chinois ces derniers mois.

Et nous avions réussi par la diplomatie économique justement à sortir de cette difficulté-là. Et donc, il ne fallait pas que les États-Unis, de son côté, pénalisent également la filière des spiritueux français. Et donc, ils se retrouvent exemptés. Donc, il y a quand même des bonnes nouvelles. Il y a des secteurs qui sont exemptés dans cette période-là. Et puis, maintenant, ce n'est pas du tout pour mettre le sujet sous le tapis. Mais enfin, il va falloir que l'Europe se regarde elle-même et se demande qu'est-ce qu'on fait maintenant de notre puissance commerciale.

Et là, on a un vrai travail de compétitivité, d'investissement, de simplification, de dérégulation à mettre en place pour nos entreprises. En fait, nos entreprises, elles nous demandent plus souvent d'ailleurs cela que de mener une guerre commerciale.

4:27
Présentateur

On va parler de la riposte potentielle de l'Europe. On va parler aussi des réformes que vous appelez de vos voeux au niveau européen. Mais pour rester sur le contenu de l'accord, vous dites l'aéronautique, les spiritueux, a priori épargnés par ses droits de douane à 15%. Quels autres secteurs épargnés et quels secteurs concernés, surtout, quels secteurs, eux, vont devoir faire face à ces droits de douane et potentiellement voir leurs exportations vers les Etats-Unis contraintes d'être réduites pour ne pas avoir un manque à gagner trop important ?

4:59
Laurent Saint-martin

Bon, tous ceux qui ne sont pas concernés par les exemptions seront évidemment taxés à hauteur de 15%. C'est ce que nous comprenons de l'accord d'hier. Et donc, c'est vrai que ça va porter soit une augmentation des prix, mais le consommateur américain qui va d'abord être pénalisé, il ne faut pas croire. Nous allons essayer de travailler avec les filières pour que le moins possible, ce soit les marges de nos entreprises qui soient impactées et que ce soit finalement le prix final qui soit payé par le consommateur américain, ça va créer de l'inflation. Mais à ce moment-là, ce ne sera plus notre problème là-dessus.

Moi, ce que je demande aussi à la Commission européenne à partir de ce matin, c'est quand même de travailler à des mesures de soutien pour les secteurs qui pourraient être le plus impactés.

5:34
Présentateur

Si je vous pose la question des filières concernées, c'est effectivement qu'il y en a qui n'exportent pas du tout vers les Etats-Unis et d'autres qui exportent beaucoup.

5:40
Laurent Saint-martin

Donc, ça veut dire le vin, le vin, pas épargné, le fromage, les produits de luxe, les cosmétiques ? Exactement. Toutes ces filières-là qui ne seraient pas exemptées. Nous allons, un, continuer à travailler pour qu'elles le soient, parce que la messe n'est pas dite. Et puis deux, si elles ne l'étaient pas, travailler avec la Commission européenne pour qu'il y ait des mesures de soutien parce qu'il est hors de question que nous sortions de cette période-là avec des filières qui puissent être mises en danger. C'est-à-dire mises en péril sur nos sites de production français. S'il n'y a pas de soutien, ce sont combien d'emplois menacés en France ? Ah, mais il y aurait des milliers d'emplois.

Mais il nous faut évidemment les protéger là-dessus. Mais je tiens à dire une chose. L'Europe a des moyens, non seulement de continuer à faire ce travail de négociation, je l'ai dit, sur les services. Il y a ce qui s'appelle, par exemple, l'instrument anti-coercition qui peut exister pour essayer de rééquilibrer ce qui a été hier un accord déséquilibré.

6:30
Présentateur

Ça veut dire qu'on ferme certains marchés publics à des entreprises américaines, par exemple ?

6:34
Laurent Saint-martin

On peut, par exemple. En tout cas, moi je veux qu'on continue. On taxe les entreprises du numérique, ça peut exister aussi ? En tout cas, moi je ne veux pas qu'on s'arrête à ce qui s'est passé hier. Ce serait effectivement assumer que l'Europe n'est pas une puissance économique. Et surtout, il y a un enjeu politique derrière. Est-ce que la construction européenne, est-ce que l'Union européenne est une force ? Si on veut que la réponse soit oui, alors la messe ne doit pas être dite hier.

6:54
Présentateur

La promesse, effectivement, de l'Union européenne, c'est qu'on est plus fort à 27 que tout seul. C'est qu'on protégera mieux les entreprises, les citoyens. Il y avait un élément de comparaison qui était mis en avant par tous les observateurs avant la conclusion de cet accord. C'était le deal mis en place entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni il y a quelques semaines. Si je regarde sur le papier très basiquement, l'accord entre Londres et Washington, c'est 10% de droits de douane. L'accord entre Bruxelles et Washington, 15%. On est moins fort à 27 que tout seul ?

7:25
Laurent Saint-martin

Non, en fait, l'accord est meilleur pour l'Union européenne sans vouloir trop rentrer dans les détails. D'abord, nous ne partions pas du tout du même solde puisque le Royaume-Uni, lui, était déficitaire quand l'Union européenne était excédentaire. Donc c'est très différent comme postulat de base. Et puis surtout, les exemptions que nous avons obtenues sont bien supérieures. Mais à la rigueur, oublions tout cela. Ce n'est pas la comparaison vis-à-vis de tel ou tel autre pays qui est importante.

7:47
Présentateur

Si, parce que vous l'avez dit, c'est une menace existentielle pour l'Europe. Si l'Europe montre qu'elle n'est pas assez protectrice, c'est le boulevard à tous les anti-européens.

7:55
Laurent Saint-martin

C'est vrai, vous avez parfaitement raison. D'où l'enjeu politique maintenant. Et sommes-nous capables de continuer à avoir une négociation de rééquilibrage, de rééquilibrage sur les services ? Ça, ça va être la question des prochains jours et des prochaines semaines. Ou alors est-ce qu'on considère que c'est terminé, on ne veut plus en entendre parler, et donc effectivement c'est un accord déséquilibré sur les biens ? Je ne crois qu'il ne faut surtout pas, surtout pas s'arrêter là. Et la deuxième chose, c'est est-ce qu'enfin on va se mettre nous-mêmes au travail en européen pour de la simplification ? La compétitivité de nos entreprises, est-ce qu'elles demandent en priorité ?

De la simplification, arrêt de la régulation qui les contraint trop et diversification commerciale. On peut aussi aller chercher des accords commerciaux avec le reste du monde. Regardez l'Inde, l'Indonésie, les pays du Golfe, tous ces pays-là ont envie de commercer avec l'Europe, et on peut aller chercher là pour le coup des baisses, des baisses de droits de douane avec ces zones du monde. Et moi je vous fais juste, Simon Le Baron, un pari. C'est qu'en 2026, malgré cet accord déséquilibré avec Donald Trump, l'Union Européenne peut sortir avec moins de droits de douane globaux. Parce qu'avec d'autres zones du monde, nous aurions eu des accords commerciaux qui nous seront favorables.

Et ça c'est possible, comme nous l'avons fait avec le Canada, avec le Mexique, avec le Vietnam. Avec la Chine, désormais ? Alors la Chine c'est différent, parce que la Chine, nous avons aujourd'hui une relation commerciale dont nous devons d'abord nous protéger des surcapacités industrielles pour ne pas justement que nos propres entreprises, nos propres industries subissent une concurrence déloyale.

Mais moi je vous parle plutôt de pays comme l'Inde, je vous parle des pays de l'Asie du Sud-Est, je vous parle des pays d'Amérique latine, je vous parle des pays du Golfe, où il y a des zones de croissance très importantes, et les produits européens peuvent être exportés, avec des droits de douane qui pourraient être inférieurs, ça c'est ce que nous sommes en train de négocier.

9:29
Présentateur

Vous parlez de la simplification des normes qui seraient trop nombreuses et trop contraignantes en Europe, et par rapport aux autres puissances mondiales, mais est-ce que ça doit être ça pour les Européens, la leçon de la dérégulation à tout crin, à la sauce Trump, finalement d'aller nous aussi vers plus de dérégulation, moins de normes, et un marché plus sauvage ?

9:51
Laurent Saint-martin

Ce que je dis c'est qu'on ne peut pas être le seul endroit du monde en Europe où on régule avant de se poser la question de la production. C'est juste, à ce moment-là, abandonner la réindustrialisation de l'Europe et considérer que l'Europe deviendra un musée de consommateurs. Bon, ce n'est pas ma vision de l'Europe. L'Europe peut être une grande puissance industrielle. Pour cela, c'est pas... C'est aussi une puissance qui est forte parce qu'elle défend des valeurs aussi. Mais, attendez, déréguler ne veut pas dire abandonner ses valeurs et ses idées. Ça veut dire rendre compatibles avec les efforts de production que nous devons faire.

Peut-être arrêter systématiquement de se demander comment est-ce qu'on construit de la norme avant de se demander comment on construit une usine et des employés qui vont avec. Vous pouvez tout à fait rendre compatibles les accords de Paris. Vous pouvez tout à fait rendre compatibles une certaine vision éthique, notamment du numérique, de l'intelligence artificielle, tout en laissant vos entreprises prospérer, sans leur demander matin, midi et soir du reporting et un certain nombre de choses qui les empêchent aujourd'hui d'être compétitifs.

10:46
Présentateur

Qu'est-ce que vous avez appelé du reporting ? Simplement que nos auditeurs comprennent. Donc, quoi c'est contraignant pour les grandes entreprises européennes ?

10:51
Laurent Saint-martin

Parce que ça peut être d'une lourdeur administrative et d'une lourdeur normative qui aujourd'hui les empêche. Et ça ne nous empêche pas seulement les entreprises européennes, ça nous empêche aussi parfois d'attirer des investissements internationaux. Donc, ayons un agenda positif. Soyons aujourd'hui, non pas uniquement dans la déception d'un accord déséquilibré d'hier, soyons aussi dans l'attaque pour les prochains mois et les prochaines années, si on veut que l'Europe soit une puissance économique et politique.

Si c'est bien le choix qu'on fait de façon unie à 27, alors on a un très beau terrain de jeu devant nous pour à la fois simplifier et rendre plus compétitifs nos industries européennes, et puis encore une fois, aller chercher des accords commerciaux avec le reste du monde.

11:28
Présentateur

Qu'est-ce qui vous garantit, vous qui plaidez pour l'attaque ? Et d'ailleurs, c'est la position de Paris depuis plus de 100 jours maintenant, puisque cette négociation commerciale avec Washington a duré plus de trois mois. Vous n'avez pas été entendu par Bruxelles, par Ursula von der Leyen à la Commission européenne, alors que vous plaidiez justement pour une politique beaucoup plus offensive dans ces négociations. Pourquoi vous le seriez maintenant ?

11:52
Laurent Saint-martin

Oui, je crois que nous aurions eu intérêt à faire un bras de fer plus dur, plus ferme avec les Etats-Unis. Non pas parce que les Etats-Unis sont un adversaire, nous les considérons comme un allié, comme un partenaire, mais parce que Donald Trump comprend le rapport de force uniquement. Et d'ailleurs, c'est lui qui le crée. Donc il fallait, je pense, mieux y répondre en montrant davantage nos capacités de rétorsion. Ça, c'est vrai. Et probablement que l'accord aurait pu être différent. Mais je ne veux pas refaire le match. Ce n'est pas ça qui m'intéresse aujourd'hui. Votre question est la bonne. Comment est-ce qu'aujourd'hui, on peut être ensemble ?

Moi, j'entends une unité européenne sur la nécessité, honnêtement, de mettre en œuvre un agenda de compétitivité, une boussole de compétitivité pour notre Union européenne avec des entreprises qui sont renforcées. Et avec un marché unique, avec une union des marchés de capitaux qui nous permettent davantage d'investir dans notre propre économie. Aujourd'hui, vous avez une épargne privée qui finance énormément l'économie américaine faisant en sorte qu'elle finance davantage notre propre économie européenne. Cet agenda-là, il existe. Il y a un excellent rapport qui s'appelle le rapport Draghi. Mettons-le en œuvre.

12:48
Présentateur

Mario Draghi, l'ancien président de la Banque mondiale européenne.

12:49
Laurent Saint-martin

Soyons audacieux, soyons en capacité à aller chercher de l'endettement commun pour avoir un niveau d'investissement à la hauteur de ce qui est nécessaire aujourd'hui pour relever notre industrie.

12:57
Présentateur

Le rapport Draghi, dont on a parlé plusieurs fois ici à France-à-terre, qui est devenu une sorte de bible pour vous.

13:02
Laurent Saint-martin

Mais il faut le mettre en œuvre. Il ne faut pas que ce soit un rapport qui calent des étagères. Il faut que ce soit un rapport qui... Mais il n'est pas libéral, ce rapport. Il est tout simplement axé sur le renforcement de la compétitivité industrielle européenne. Je crois que c'est absolument essentiel si on veut demain être en capacité d'être des compétiteurs à la hauteur face aux États-Unis, face à la Chine, mais aussi face au reste du monde.

13:22
Présentateur

Est-ce qu'une Europe plus intégrée, donc, avec un marché plus fort, coûterait plus cher aux États et aux contribuables européens ?

13:30
Laurent Saint-martin

Je crois surtout que ça rapporterait beaucoup plus de richesses. Il faut regarder ce qui peut ressortir d'une union renforcée là-dessus. Nous sommes aujourd'hui dans une difficulté de compétitivité en Europe, encore une fois, qui nous freine. Et donc, il nous faut aller chercher de la création de richesses, mieux la redistribuer chez nous. Nous avons un produit intérieur brut par habitant qui est aujourd'hui trop faible par rapport au celui des États-Unis. Ça se voit d'ailleurs sur le niveau des salaires. Et c'est là-dessus que nous avons un gros travail à faire. Mais je le dis, pardon de me répéter là-dessus, mais il n'y a pas que les États-Unis et la Chine dans le monde.

Tout le reste du monde a envie de commercer avec l'Europe. Moi, je crois qu'il y a une formidable coalition à créer avec tous les pays qui ne se reconnaissent pas dans une guerre commerciale, avec tous les pays qui ne se reconnaissent pas aujourd'hui dans des règles du jeu qui ont été cassées et qui ont envie de continuer à croire dans un commerce libre qui crée de la prospérité.

J'ai cité un certain nombre de pays et vous verrez que dans les prochains mois, l'Union européenne aura des accords importants créés avec les Émirats Arabes Unis, avec l'Indonésie d'ici la fin de l'année et qui nous permettront justement d'avoir un commerce beaucoup plus audacieux, beaucoup plus important vis-à-vis du reste du monde.

14:34
Présentateur

On n'est pas obligé d'accepter les nouvelles règles du jeu et cette brutalité imposée par Donald Trump.

14:40
Laurent Saint-martin

Il faut s'y adapter parce que si on est les derniers joueurs à avoir des règles, forcément, vous vous faites écraser. Donc, il faut nous y adapter. Par contre, il faut continuer à travailler avec tous ceux qui croient justement dans ces valeurs-là et ils sont nombreux.

14:52
Présentateur

Question sur l'application de Radio France, d'Alexandre, pourquoi l'Union européenne n'a pas plutôt cherché à taxer en retour les GAFAM, donc Google, Amazon, Facebook, notamment, sont-ils vraiment indispensables ? Ça, vous nous en avez parlé, vous dites, il faut aller vers ce type d'instrument.

15:10
Laurent Saint-martin

En tout cas, le rééquilibrage par les services, est-ce que ça passe par de la fiscalité, par de l'anticoercition, par de la norme ? Nous pourrons le discuter avec les États membres. En tout cas, il faut travailler un rééquilibrage sur les services et notamment numériques. Et question de Jean,

15:22
Présentateur

dans l'immédiat, pourquoi ne pas taxer également les biens américains à hauteur de 15% ? Pourquoi ne pas prendre une contre-mesure, finalement, en miroir à ces 50% de droits de douane sur les biens importés ?

15:35
Laurent Saint-martin

La volonté de la Commission européenne a été de ne pas rentrer dans une logique escalatoire. C'est-à-dire que s'il y avait eu de la rétorsion sur les biens, cela aurait créé plus de taxation encore côté américain et après, qui sait jusqu'où nous pourrions nous arrêter ? Ce que les entreprises voulaient et ce dont elles avaient besoin à court terme, c'était d'abord d'arrêter cette inflation-là et d'arrêter cette escalade commerciale entre les deux zones que sont l'Union européenne et les États-Unis. Donc,

16:03
Présentateur

notamment à cause de pays comme l'Allemagne, à cause ou... Voilà, parce que des pays comme l'Allemagne qui sont très dépendants des États-Unis en matière commerciale, beaucoup plus que la France, par exemple, ont préféré avoir cette approche conciliante.

16:15
Laurent Saint-martin

Ça, vous le regrettez ? C'est-à-dire que la position de la France était effectivement, comme je l'ai dit tout à l'heure, d'assumer davantage un bras de fer par les capacités de rétorsion de l'Union européenne. En fait, ça dépend qui vous voulez être. Si vous voulez être une réelle puissance économique de 450 millions de consommateurs avec cette capacité de création de richesses et surtout, les États-Unis ont besoin du marché européen, eh bien, je pense effectivement que la négociation aurait pu être différente avec une mise en rapport de force plus poussée. Mais encore une fois, nul besoin de refaire le match. Aujourd'hui, nous avons besoin d'entreprises qui investissent dans notre pays.

Nous avons aussi besoin d'attirer des investisseurs du monde entier. La France est le pays le plus attractif d'Europe depuis maintenant 6 ans. Nous devons poursuivre cet agenda-là et on doit continuer à travailler sur des mesures de rééquilibrage sur les services. C'est la priorité. Laurent Saint-Martin, ministre chargé

16:56
Présentateur

du Commerce extérieur. Autre question pour vous d'un auditeur de France Inter, cette fois au Standard. C'est Guy. Bonjour, Guy, on vous écoute.

17:03
Locuteur non identifié

Oui, bonjour à tous. Je vous appelle en fait concernant la négociation et surtout sa ratification puisqu'on parle d'une ratification au 1er août. Je comprends aussi que la négociation continue dans les commissions. Que se passera-t-il et comment cet accord peut-il être ratifié ou pas par l'ensemble des membres de la communauté européenne et il faut-il le faire ?

17:32
Présentateur

Merci beaucoup, Guy, pour cette question. Alors, la date du 1er août, je crois que c'était la date butoir fixée par Donald Trump pour ses droits de douane à 30%. C'était sa menace s'il n'y avait pas d'accord. Donc ça, on oublie cette date du 1er août. Mais effectivement, maintenant, il faut que les parlements nationaux, donc des 27, ratifient cet accord. Est-ce que c'est une formalité, Laurent Saint-Martin, ou est-ce que c'est

17:52
Laurent Saint-martin

plus compliqué que ça ? Alors, ce qui est plus compliqué, c'est que maintenant, il va y avoir une négociation technique suite à l'accord, on va dire, plus politique, hier, sur les grands principes. Et donc, cela va dépendre de la qualité et du détail de cet accord-là et de la capacité, encore une fois, à se projeter tout de suite vers l'avenir. Moi, je demande à ce que la Commission européenne mette sur la table tout de suite un agenda de compétitivité plus ambitieux, de simplification plus ambitieuse, de diversification commerciale accélérée. Et à la lumière de tout cela, de cet avenir que nous allons construire en européen, effectivement, la ratification de l'accord sera mise sur la table.

Mais aujourd'hui, il est trop tôt pour répondre à cet auditeur parce qu'il ne faudrait pas que cet accord soit la fin de l'histoire, auquel cas, nous serions tout simplement juste affaiblis. Or, nous pouvons, or, nous pouvons nous saisir de cette séquence pour nous renforcer. Et donc, c'est de cela dont va dépendre, je crois, maintenant, les prochaines semaines et les prochains mois.

18:46
Présentateur

Je reviens tout de même sur le contenu de l'accord parce qu'il concerne tous les citoyens européens puisque, notamment, l'Union européenne s'est engagée à investir 600 milliards d'euros ou de dollars, peut-être, 600 milliards de dollars supplémentaires aux Etats-Unis et à acheter 750 milliards de dollars d'énergie américaine. Notamment, le gaz naturel liquéfié qui est issu de la fracturation hydraulique. On se souvient du slogan de campagne de Donald Trump. Drill, baby drill. Forêt, forêt, toujours forêt. Ça, c'est un désastre pour le climat, l'environnement. Vous disiez tout à l'heure qu'on peut être plus compétitif en respectant le climat.

Dans cet accord, on est obligé d'aller vers des énergies qui sont peu respectueuses. C'est le moins qu'on puisse dire de l'environnement.

19:28
Laurent Saint-martin

Ce sont honnêtement des accords d'achat qui correspondent peu ou prou à ce que les énergéticiens avaient déjà accordé entre eux-mêmes. Donc, il n'y a pas grand-chose de nouveau pour être honnête sur ces engagements d'achat énergétique.

19:40
Présentateur

On va acheter du gaz de chiste américain.

19:42
Laurent Saint-martin

Non, mais le GNL américain permet aussi de se sortir du gaz russe. Donc, ce sont aussi des choses dans l'intérêt de l'Union européenne à ce niveau-là. Les investissements européens aux Etats-Unis, ce n'est pas une mauvaise nouvelle en soi. Nous, on a besoin d'entreprises françaises qui investissent sur le territoire américain et inversement. Les Etats-Unis sont le premier investisseur international en Europe et en France notamment. Donc, ça, ce n'est pas des mauvaises nouvelles parce que ça permet justement de rapprocher nos coopérations commerciales et d'investissement. Cette partie-là de l'accord, elle est même franchement bonne en fait.

là où vraiment on a une difficulté, c'est quand nous, on est taxés et qu'en retour, les produits américains ne le sont pas du tout. Et donc, c'est là où effectivement, il faut considérer cet accord comme déséquilibré et travailler à la suite. Donc, pas d'inquiétude de votre côté,

20:25
Présentateur

je vous entends bien, sur cette partie de l'accord sur les capitaux et les investissements et les achats aux Etats-Unis. Vous parliez tout à l'heure de la nécessité de se diversifier, d'aller vers d'autres partenaires. Est-ce que l'Europe a tardé à intégrer cette nouvelle réalité finalement que les leaders du monde, ceux qui se sont vus comme tels pendant des décennies, ceux qu'on appelle les occidentaux, finalement ne le sont plus d'un point de vue diplomatique, géopolitique et commercial, économique aujourd'hui ? En tout cas, il faut accélérer.

20:54
Laurent Saint-martin

Ça, c'est vrai. Il faut accélérer avec le reste du monde qui, encore une fois, regarde l'Europe comme une terre de production de produits de qualité qui est prête à en importer davantage et donc il faut construire des accords commerciaux avec eux. Je ne dirais pas que l'Union européenne a tardé. Par contre, ce qui est vrai c'est que maintenant il nous faut accélérer le rythme. Il faut être beaucoup plus rapide si on ne veut pas justement que cette nouvelle donne mondiale, cette capacité qu'a eu Donald Trump à rebattre les cartes du commerce international se fasse à notre détriment. Donc si on veut encore être des joueurs de premier plan, il nous faut de nouveaux partenaires de jeu.

Ces nouveaux partenaires de jeu, ils sont un peu partout dans le monde et donc il faut construire de meilleurs partenariats avec eux. Et si on veut être des joueurs

21:34
Présentateur

de premier plan, comme vous le dites, sur le plan, encore une fois, diplomatique, commercial, il faut être crédible au niveau international. Est-ce que cette crédibilité européenne, occidentale en général, a été mise à mal par les accusations de double standard, de deux poids, deux mesures, en particulier entre l'Ukraine et Gaza ? Est-ce que c'est pour répondre à ces accusations, notamment que la France s'apprête à reconnaître l'État de Palestine ? Non, je crois qu'il faut

21:56
Laurent Saint-martin

faire la part des choses. L'influence et de l'Union européenne et de la France du point de vue de la géopolitique n'est pas à démontrer. Il nous faut évidemment savoir décorréler, même si Donald Trump lui-même, vous l'avez remarqué, utilise souvent la guerre commerciale comme un moyen de levier pour d'autres sujets géopolitiques. Nous faisons la part des choses en européen là-dessus. Et la question économique et commerciale ne doit pas être liée à la question diplomatique, la question de la paix. Et là-dessus, les positions du Président de la République, évidemment, sont extrêmement cohérentes.

Décessez le feu partout et toujours la solution de la paix privilégiée, la reconnaissance de l'État de Palestine, vous le savez, c'est tout simplement un processus qui est assumé et qui est le bon processus pour parvenir à une solution à deux États.

22:38
Présentateur

Le Président de la République... Mais qui dit aussi qu'effectivement, les Européens ne peuvent plus permettre la France et les autres d'être vus comme pratiquant un double standard par les pays, ce qu'on appelle du Sud.

22:49
Laurent Saint-martin

Non, mais je crois qu'il nous faut surtout être cohérents avec nous-mêmes. Si nous disons depuis tant d'années que la solution à deux États au Proche-Orient est la seule solution d'une paix durable, alors nous devons aller vers la reconnaissance d'un État de Palestine. J'entends les débats qu'il peut y avoir. Était-ce le bon moment ? Y avait-il les conditions suffisantes ? Moi, je crois que cette réponse pour parler de ce sujet précisément à la lettre de Mahmoud Abbas est précisément la bonne réponse au bon moment puisque l'Assemblée Générale des Nations Unies est en septembre.

Et c'est aujourd'hui que le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud, sera à la tribune de l'ONU pour l'annoncer.

23:21
Présentateur

Laurent Saint-Martin, merci en tout cas d'être venu avec nous à nous dire comment la France, d'après vous, doit répondre, la France et l'Europe doivent répondre à cet accord commercial déséquilibré, selon le gouvernement français, entre l'Union Européenne et les États-Unis. Je rappelle que vous êtes le ministre délégué chargé du commerce extérieur et des Français de l'étranger. Merci encore.

Laurent Saint-Martin : l'accord entre l'UE et les États-Unis est une "bonne nouvelle" mais il "n'est pas équilibré" — Laurent Saint-martin · Pourquijevote