ZAD DE GONESSE DEMANTELÉE PAR LA POLICE : LA LUTTE CONTINUE
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« En Novembre 2019, le gouvernement annonçait l'abandon du projet Europa City contre lequel s'était constitué le collectif pour le Triangle de Gonesse. »
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« La gare de la ligne T17 n'est pas abandonnée. Même s'il doit se construire au milieu de rien... »
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« Les sols de Gonesse sont réputés exceptionnels. Un trésor écologique que certains veulent à tout prix préserver. »
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« On a des sols particulièrement riches, ce qui justifie encore plus de préserver ces sols et d'y développer un projet qui a du sens. »
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« La ligne 17 et la gare de Gonesse sont des éléments essentiels pour permettre l'égalité des chances et la réussite de ce territoire. »
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Entre le 7 février, le début de la ZAD et aujourd'hui, la mobilisation a progressé, est beaucoup plus forte, donc c'est quand même quelque chose qui est acquis par la tenue de cette ZAD et on savait que la ZAD ne serait pas la fin de la lutte. Mardi 23 février, devant le commissariat de Cergy, des manifestants se rassemblent. Tous ces rassemblements sont importants pour montrer que l'évacuation de la ZAD ne répond pas à la question qui est posée, la question de la gare.
Il faudra bien que le gouvernement dise à quoi elle va servir. Pour l'instant aucun projet annoncé ne justifie cette gare. Ce matin-là, 24 zadistes du Triangle de Gonesse ont été emmenés à l'hôtel de Police après avoir été expulsés de la ZAD qu'ils occupaient.
Les forces de l'ordre n'ont même pas fait de sommation. Ils sont rentrés directement sur la ZAD, ils ont gueulé “c'est les forces de l'ordre, ouvrez”. Ces militants s'opposent aux travaux de la future ligne T17 du Grand Paris express, qui relie les aéroports du Bourget et de Roissy.
Le triangle de Gonesse est au milieu, ce qui fait craindre le pire aux écologistes. Le Triangle de Gonesse, dans le Val d'Oise, est une zone constituée de champs et d'entrepôts. Une zone calme, peu fréquentée.
Mais cela risque de changer. Puisque ce matin, la ZAD de Gonesse est l'objet d'une opération policière. Ses occupants ont été évacués, le camp démantelé.
Mais impossible de s'approcher pour observer l'intervention. Mais même des images, pas d'interview, rien ? Non.
Après 16 jours d'occupation, la ZAD de Gonesse est donc tombée. Une opération policière qui fait suite à une décision de justice du 19 février, qui ordonne l'évacuation. Pourtant, en Novembre 2019, le gouvernement annonçait l'abandon du projet Europa City contre lequel s'était constitué le collectif pour le Triangle de Gonesse.
Notre conviction est qu'Europacity n'est pas la bonne réponse au défi du territoire et qu'il n'est pas cohérent avec l'ambition que nous portons en matière de transition écologique. Tout d'abord c'est un projet qui répond à une conception datée de l'aménagement du territoire et d'un certain modèle de consommation qui ne répond plus aux attentes de nos concitoyens. Tout avait commencé avec ce projet de centre commercial et de loisirs qui prévoyait de sacrifier 80 hectares de terres agricoles fertiles du Triangle de Gonesse.
Dès 2011, la lutte s'organise jusqu'au retrait du projet. Mais la gare de la ligne T17 n'est pas abandonnée. Même s'il doit se construire au milieu de rien...
Une aberration que dénoncent les écologistes, qui en février, ont monté la ZAD. Suite à l'opération policière, les soutiens sont nombreux au rassemblement. Certains élus dénoncent un mouvement d'artificialisation des terres qui dépasse le territoire de Gonesse.
C'est un énorme problème aujourd'hui en Île de France, on a un peu partout, des terres agricoles qui disparaissent, une urbanisation déraisonnée, une bétonisation alors que l'ensemble des personnes nous disent qu'au contraire elles seraient demandeuses d'avoir plus de rapport à l'environnement, à la Terre. Préserver les terres agricoles c'est aussi avoir une agriculture en circuit court, donc pouvoir alimenter aussi la consommation des Franciliens sans avoir besoin d'acheter des produits qui ont une empreinte carbone extrêmement importante, et puis les terres agricoles c'est aussi la possibilité qu'on évite des phénomènes d'inondations, parce que plus on va aller artificialiser les sols, plus on va multiplier les problèmes d'inondations, de non porosité des sols. Cette occupation a relancé le soutien qu'on avait, beaucoup de personnes pensaient qu'avec l'abandon d'EuropaCity la question était réglée, nous, on a toujours dit que tant que la zone d'activité n'était pas annulée avec la gare, le problème n'était pas réglé et on est dedans, tout le monde en a pris conscience.
Les 17 jours d'occupation ont servi à cette prise de conscience et là je pense qu'on va y arriver et le gouvernement va bien falloir qu'il trouve une solution par rapport à la loi du Grand Paris pour remettre en cause cette gare. Le triangle de Gonesse est situé entre deux aéroports. L'aéroport de Roissy au nord et du Bourget au sud.
Ils parlent du corridor aéroportuaire comme s'il fallait une continuité entre l'aéroport de Roissy et Paris. Face à ce projet, les associations proposent une alternative qu'ils appellent le projet CARMA. Pour Coopération pour une Ambition agricole Rurale et Métropolitaine d'Avenir.
Un projet économique qui préserve les sols de l'urbanisation et qui met en avant la transition écologique, avec une ambition agricole et alimentaire. L'agriculture est une activité économique, dont on a de plus en plus besoin, ce n'est pas seulement une réserve foncière à bétonner. Il y a énormément d'emplois possiblement en création autour de cette question de l'écologie populaire, moi j'oppose pas l'un à l'autre.
Je pense que ce qui est créateur d'emploi c'est plus le rapport à la terre que la destruction des terres. Il faut qu'on retrouve en Île de France une agriculture tournée vers ses habitants et pas tournée vers la spéculation mondiale des projets agricoles. D'autant que les sols de Gonesse sont réputés exceptionnels.
Un trésor écologique que certains veulent à tout prix préserver et qu'un spécialiste de l'INRA a étudié. Le sol évolue du fait de la vie qu'il y a dedans. C'est plat, il n'y a pas un caillou dedans.
C'est poreux, donc l'eau peut traverser, féconder et tout marche tout seul. On a des sols particulièrement riches, ce qui justifie encore plus de préserver ces sols et d'y développer un projet qui a du sens. Et en face on s'entête à faire une gare dont personne ne nous dit quel projet utile pour les territoires ils comptent mettre.
Alors pourquoi mettre une gare au milieu de rien ? Dans un département mal desservi par les transports en commun, construire une nouvelle ligne de métro est-il une si mauvaise idée ? Dans la commune voisine, à Villiers Le Bel, les habitants doivent prendre le RER D pour se rendre dans la capitale.
Un RER que les riverains jugent trop souvent en retard et insuffisant. A la sortie de la gare, quand on interroge les usagers, un mot revient sans cesse pour qualifier ces trajets : Là c'est compliqué. Le RER D vraiment c'est compliqué.
C'est vraiment compliqué en tout cas pour les transports surtout les week-ends. Il y a des jours où c'est vraiment saturé. Pour se rendre dans certaines communes voisines, impossible de compter sur le RER.
Ni sur le tramway qui s'arrête à Sarcelles. On aimerait bien que le tramway continue au moins, qu'il puisse arriver jusqu'ici. Des habitants de Villiers Le Bel se sont mobilisés, exigeant des investissements dans les transports.
Avec les habitants de Villiers Le Bel, Gonesse, on a réalisé une manifestation le 13, samedi 13 février, sur la place de la gare, pour le mécontentement par rapport à l'ampleur des investissements, l'investissement sur la ligne 17 pas sur la ligne D. On vous laisse en abandon. La ligne 17 va arriver en 2027, 2030 et le D on va vous laisser périr comme ça.
Ces mêmes militants, pour plus de transports en commun, voient d'un très mauvais œil la construction de cette gare, loin du centre-ville. Et se mobilisent avec les zadistes. Aujourd'hui ce dont on a besoin c'est d'un investissement dans les transports du quotidien.
On a besoin aussi du prolongement du T5, le tramway Sarcelles - Villetaneuse, que cette ligne soit prolongée jusqu'à Villiers Le Bel - Arnouville. Pour aussi désengorger la ligne de train. Et quand il y a des carences dans les voies ferrées, pouvoir avoir un lien, sortir, être désenclavé.
On nous parle d'une gare du T17, qu'est-ce qu'il y aura à côté ? Une zone d'activité ? Quoi ?
Amazon ? Parlons franchement, parlons emploi, parlons chiffres. Parlons transition écologique.
Nous mettre une gare au milieu de rien, et nous dire comme un Kinder surprise quelque chose va arriver, qu'est ce qui va arriver ? Comment expliquer ces choix d'aménagement ? Pourquoi privilégier une gare loin des habitats et du centre ville, alors que la commune voisine manque d'infrastructures ?
Malgré les demandes d'interview, impossible de poser la question au Conseil Régional d'Ile de France, dont la présidente Valérie Pécresse, a porté plainte contre le collectif du triangle de Gonesse et a demandé l'expulsion. Et surtout qu'on fasse cette ligne 17. Cette ligne 17 qui est la seule ligne du Grand Paris Express pour le département du Val d'Oise.
Dans un communiqué, la Région s'explique. Le territoire de Gonesse est en effet marqué par des inégalités économiques et sociales. La ligne 17 et la gare de Gonesse sont des éléments essentiels pour permettre l'égalité des chances et la réussite de ce territoire.
Encore une fois on vient chercher à infantiliser la population, et à opposer deux justices, justice sociale, justice environnementale. On oppose les deux axes. Mais pas du tout, aujourd'hui le combat du CPTG, du Carma, il est en corrélation avec les habitants.
On n’a jamais pu être reçu pour discuter des propositions. Personne n'est capable de nous expliquer, à qui et à quoi servira cette gare. On est dans une situation totalement absurde où on s'entête parce qu'on a voté une loi du grand Paris qui prévoyait de faire cette gare.
Et on n’est pas capable de reprendre, se poser et discuter. Gageons que, comme la fin d' Europacity ne signait pas la fin du combat, la fin de la ZAD ne signe pas la fin de la lutte du Triangle de Gonesse, qui rentre dans une nouvelle étape, prend une nouvelle forme. Plusieurs rassemblements sont prévus.
Les manifestants sont déterminés à préserver ces terres.
Valérie Pécresse