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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 12 janvier 2022 27 minComplaisantPortrait personnelSolidarités & familleSantéÉducation & recherche

Sophie Cluzel : "on peut changer la donne de façon assez rapide en changeant notre regard" sur le handicap

Source d'origine 5 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:08OuverteRéponse directe

    Pourquoi avoir troqué votre casquette de secrétaire d'État pour celle d'intervieweuse ? Quel est le message de ce livre ?

  • 2:55OuverteRéponse directe

    Pourquoi avez-vous accepté de sortir de votre réserve pour parler de votre situation d'aidante ?

  • 4:31OuverteRéponse directe

    Ce regard gêné, n'est-ce pas le cœur du problème ?

  • 5:22OuverteRéponse directe

    Le handicap dans votre famille, ça a donc d'abord été votre sœur, Laurence, comment l'avez-vous vécu ?

  • 7:00OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous avez éprouvé ces sentiments de colère ou de honte ?

  • 7:34OuverteRéponse directe

    Vous parlez notamment du regard des médecins vous concernant, vous, au moment de votre accouchement, comment le qualifiez-vous ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:40Locuteur non identifiéChiffre
    « Les personnes elles-mêmes, 12 millions de personnes en situation de handicap. »
  • 12:46Locuteur non identifiéChiffre
    « Ils sont 10 millions en France, personnes âgées, personnes handicapées, personnes malades. »
  • 17:56Locuteur non identifiéChiffre
    « Beaucoup ne touchent même pas le SMIC. »
  • 20:05Locuteur non identifiéChiffre
    « En 5 ans, c'est 35% de plus d'accompagnants d'élèves en situation de handicap qui ont été recrutés. »
  • 20:10Locuteur non identifiéChiffre
    « C'est 100 000 élèves de plus scolarisés en milieu ordinaire à l'école de la République. »
  • 24:27Locuteur non identifiéFait
    « La grande loi de 87, c'est l'obligation d'emploi de 6%. »
  • 24:31Locuteur non identifiéFait
    « Il n'est pas respecté dans les entreprises privées, un peu plus de 6% dans les entreprises dites publiques, la fonction publique. »

Temps de parole

  • Locuteur non identifié35 %
  • Invité politique26 %
  • Présentateur16 %
  • Invité15 %
  • Présentateur 24 %
  • Auditeur3 %

1,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9.

0:06
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons deux invités dans le grand entretien du 7-9. La première est une secrétaire d'État chargée des personnes handicapées qui sort de son rôle strict pour se muer en interviewveuse dans un livre sur le handicap. La seconde est une femme que l'on connaît tous, mais qui parle très rarement, conseillère départementale de Corrèze et fille de Jacques Chirac. Sophie Cluzel-Claude Chirac, bonjour. Et bienvenue sur Inter. La force des différents, changer de regard sur le handicap aux éditions JC Lattès, est un livre fort, un livre qui bouscule, qui dit des choses sur le handicap qu'on n'entend pas ou qu'on préfère ni voir ni savoir.

Il prend la forme d'une série d'entretiens avec vous, Claude Chirac, mais aussi avec le grand chef Yannick Allénaud, le philosophe Alexandre Jolien, le producteur Dominique Farugia, le chanteur Gilbert Montagnier, l'athlète Marie-Amélie Lefure et bien d'autres. Alors pourquoi ?

1:03
Invité

Et le rappeur Gringe.

1:04
Présentateur

Oui ! Non mais c'est vrai parce que... Qui est formidable, formidable l'entretien. Alors pourquoi avoir troqué Sophie Cluzel, votre casquette de secrétaire d'État, pour celle d'intervieweuse ? Quel est le message de ce livre ?

1:18
Locuteur non identifié

En fait, j'ai voulu partager justement avec les lecteurs toutes mes rencontres que j'ai faites depuis 4 ans et demi, 5 ans presque maintenant, avec des personnalités pour éclairer en fait le regard que l'on porte sur la différence, au sens large du terme, et faire comprendre que cette différence a l'impacte beaucoup, beaucoup de personnes, que ça soit à travers les aidants, rappelons qu'ils sont 11 millions, les personnes elles-mêmes, 12 millions de personnes en situation de handicap, mais bien au-là, c'est pour faire monter le degré d'acceptation de la différence dans notre société. Cette société que l'on veut toujours inclusive, qui veut dire peut-être pas grand-chose.

Moi je dis plus la participation de tous à tous. Ce vivre ensemble, il est une réalité. Et j'avais envie justement, à travers ces entretiens, qu'ils vont toucher un regard différent. Quel est l'impact sur la famille ? Quel est l'impact sur la fratrie ? Quel est l'impact dans les médias ? Puisqu'on a aussi un entretien avec Marc-Olivier Fogiel, assez rude, mais très réaliste. Vous lui rentrez dedans, sur le nombre d'handicapés dans les médias, il vous répond de manière assez cache aussi. Exactement.

L'impact aussi sur la relation père-fils avec Tarben Geloun, aussi l'impact et l'engagement des personnes différentes, avec Eleonore Lalou, première jeune femme trisomique, qui est conseillère municipale. Voilà, ce que je voulais vous dire, tous, à tout le monde, ce que je voulais dire, c'était que cette différence, elle l'est parmi nous. Il faut qu'on accepte qu'on aille au-delà du préjugé, au-delà de la première apparence que l'on peut avoir, quelle que soit la différence, parce que tout le monde est concerné, et qu'on peut changer la donne de façon assez rapide, en changeant notre regard.

2:53
Invité

Alors, parmi ces entretiens, il y a donc Claude Chirac. Pourquoi avez-vous accepté de sortir de votre réserve, de votre traditionnelle réserve Claude Chirac ? Pourquoi avoir accepté de répondre aux questions de Sophie Cluzel, de parler de votre situation d'aidante de vos parents, Jacques Chirac et Bernadette, aussi de la situation de votre sœur, Laurence, handicapée ? Pourquoi vous avez dit oui ?

3:14
Invité politique

D'abord parce que madame la ministre est très persuasive, déjà, et puis ensuite, c'est vrai que c'est un peu contre-nature pour moi de parler de moi-même ou des miens. Mais je pense que le sujet méritait, probablement, que je me fasse un peu violence. Et parce que je pense que quand on s'engage sur des sujets aussi lourds que le handicap, en réalité, on fait œuvre utile pour tout le monde, pour l'humanité tout entière. Donc ça fait vraiment partie des combats fondamentaux. Donc je pensais quand même que, voilà, c'était peut-être parmi d'autres. Oui, je me suis fait violence. Oui, ça par nature, je me suis fait violence.

3:54
Présentateur

Sophie Cluzel, vous rappelez au début du livre que votre fille Julia est atteinte de trisomie détectée à la naissance. Vous racontez la solitude de cette situation de parents d'enfants handicapés. Une solitude particulière, dites-vous, nimbée de regards trop doux et de paroles maladroites. Cette maladresse, ce regard de peine, de pitié, ce regard au fond gêné revient dans chacun des entretiens. Le philosophe Alexandre Jolien le qualifie ainsi. Ce regard oscille de la pitié à la peur, du paternalisme à l'indifférence. Ce regard gêné, n'est-ce pas le cœur du problème ?

4:31
Locuteur non identifié

Mais bien sûr, mais pourquoi ce regard ? Parce que je pense que nous ne sommes pas habitués à la différence. Parce que pendant bien longtemps, on a fait une politique à part, parce qu'on s'occupe très bien des personnes handicapées, mais pas dans le courant classique de l'école à l'institution professionnelle, au vivre ensemble. Donc c'est pour ça que le regard, encore, est extrêmement perturbé par l'indifférence. Sachant qu'il y a 80% de handicap invisibles.

Et là aussi, c'est justement mon entretien avec Gringe était très important, parce que par exemple, le handicap psychique est un handicap invisible, et pourtant, il a une implication sur le quotidien des gens, de leur entourage, les difficultés d'institution professionnelle. Donc voilà, ce regard, il faut que, entre guillemets, on le normalise. Et Alexandre Jolien, dans son entretien, il demande presque le droit à l'anonymat, pas l'indifférence. Mais à l'anonymat. Et là, on n'en y est pas encore.

5:22
Invité

Claude Chirac, le handicap dans votre famille, ça a donc d'abord été votre sœur, Laurence, touchée par une méningite virale jeune, qui a entraîné une très grave anorexie. Vous dites que son handicap a fait de vous, la cadette, la clé de voûte de la famille. Vous êtes devenue celle qui n'a pas le droit de flancher, celle qui n'a pas le droit de s'effondrer. Je ne pouvais pas, je ne devais pas poser de problème, dites-vous.

5:44
Invité politique

Oui, je pense que c'est assez classique. Dans toutes les familles où il y a un pépin de santé lourd qui intervient, ou une situation en effet de handicap à la naissance, je pense que les autres enfants ont une vie, un destin, une éducation, une responsabilité particulière. Donc c'est assez classique. Mais ça a été mon cas, oui.

6:03
Invité

Vous avouez aussi la honte de cette situation familiale, de la maladie de votre sœur, avec des mots qui frappent. Vous dites, je n'assumais pas toujours, j'avais honte, oui, parfois. Quelquefois, je faisais des gymnastiques incroyables pour éviter qu'un groupe d'amis aperçoive ma sœur. Ça, oui, ça c'est vrai. C'est peut-être la seule part sombre de cette époque.

6:22
Invité politique

Oui, je ne peux pas le nier. C'est des sentiments que j'ai éprouvés. Je n'en suis pas fière, mais c'est une réalité. C'est ce problème de là à de là. Alors j'ai beaucoup aimé dans le livre, parce que je dis différence moi aussi assez naturellement, mais en fait, un de vos interviewés parle de singularité. C'est probablement plus juste finalement. Mais c'est vrai qu'au plus jeune, on a peut-être moins de maturité, moins de, je ne sais pas, d'humanité peut-être aussi. J'ai éprouvé des sentiments un peu compliqués où je ne voulais pas qu'on puisse croiser ma sœur parce qu'elle était visiblement différente, justement.

7:00
Présentateur

Sophie Cluzel, c'est important de raconter aussi la colère, parfois la honte, des sentiments qui peuvent choquer quand on les éprouve, quand on les lit. Est-ce que vous les avez éprouvés, vous, ces sentiments ?

7:12
Locuteur non identifié

Mais bien sûr, et je pense que le témoignage de Claude Chirac permet aussi de rassurer les personnes, les familles, les aidants. On a tous, à un moment donné, un ras-le-bol, parfois une honte, parfois envie d'avoir une vie beaucoup plus naturelle et normale parce que ça perturbe la vie d'une personne handicapée, que ce soit un accident ou une arrivée de naissance.

7:34
Invité

Vous parlez notamment du regard des médecins vous concernant, vous, au moment de votre accouchement, quand les médecins... Alors ça, c'est la formation, formation, formation. Il faut absolument qu'on forme tout, toutes les communautés. Quand les médecins vous regardent... Avec quel regard ? Comment vous le qualifiez, ce regard, quand ils voient que l'enfant qui est un maître...

7:50
Locuteur non identifié

Géné, très gêné, parce qu'il ne sait pas exprimer le possible. Brusquement, la normalité cesse, entre guillemets. C'est-à-dire le chemin normal qu'un parent peut se fixer, c'est-à-dire se projeter. Et vous, vous ressentez quoi à ce moment-là ? Parce que Claude Chirac parle de sa honte, mais vous, d'avoir un enfant ? Moi, colère immédiatement de se dire « Mais pourquoi est-ce qu'on ne m'a pas expliqué tous les possibles ? » Et c'est ce sur lequel je me bats. Tout peut redevenir possible. Et c'est ça que je veux porter aussi comme message.

Ce n'est pas parce qu'il y a une différence très forte qu'un accident, une naissance, qu'on ne peut pas aussi cheminer sur les possibles et les souhaitables. Et c'est ça qui est important de dire comme message. Non. Oui, le chemin traditionnel sera peut-être pas le même, mais c'est ce que dit très bien Marie-Amélie Le Fur, aussi quand elle a son accident et qu'elle dit « Moi, on m'a dit que je ne ferai pas de sport, je veux refaire du sport. » Donc c'est ça que je veux donner comme message. Ça sera différent, votre vie sera différente, mais on sera là pour vous accompagner et pour vous redonner du possible, se reprojeter dans l'avenir. C'est ça qui est important.

8:47
Présentateur

Claude Chirac, le handicap a toujours été un sujet important pour vos parents. Il y a eu la grande loi de 2005 sur le handicap que votre père a fait voter quand il était président. Mais depuis toujours, c'est un sujet qui le touchait. Est-ce vrai que Jacques Chirac, votre père, vous emmenait visiter enfant des maisons d'handicapés avant même que votre sœur ne tombe malade ?

9:08
Invité politique

Oui, c'est quand tout à l'heure, vous m'avez dit que vous avez rencontré le handicap au moment de la maladie de Laurence. En réalité, c'était un sujet qui a vraiment été toujours au cœur de notre éducation, de notre vie, parce que j'ai un père et une mère, mais un père particulièrement, qui a été vraiment extrêmement engagé sur le sujet. Vous parlez de la loi de 2005. En réalité, il a fait les trois grandes lois françaises. D'ailleurs, il disait souvent que son honneur aura été d'inscrire aux tables de la République les trois grandes lois françaises. Une en 1975, quand il était alors Premier ministre. Une en 1987, Premier ministre toujours.

Et en effet, la loi de 2005, président de la République. Il a rencontré ce choc, cette révolte, cette colère, comme disait Mme la ministre tout à l'heure, très jeune, quand il faisait campagne la première fois en Corrèze, où, rentrant dans les fermes, il a vu parfois des enfants handicapés enchaînés au poil collectif dans la salle commune. Et vraiment, à partir de là, ça a été pour lui une découverte et un engagement de toute sa vie.

Il a créé immédiatement après une petite association qui est devenue beaucoup plus grosse maintenant, qui sont les centres éducatifs du Limousin, qui sont appelés d'ailleurs Fondation Jacques Chirac, et qui accueillent les enfants, mais qui grandissent et qui vieillissent. Donc, il y a aussi beaucoup d'adultes aujourd'hui handicapés, aussi bien physiques que mentaux.

10:33
Invité

Et le fait d'avoir une fille, vous dites, il a toujours été sensibilisé.

10:36
Invité politique

Alors, Laurence n'était pas malade. Voilà, c'est ce que j'allais vous dire. C'est un engagement.

10:39
Invité

Et au moment où il découvre, où il apprend que sa fille, sa propre fille, à lui, est handicapée, comment il va le vivre ?

10:46
Invité politique

Ah, vous savez ça. La souffrance d'un père ou d'une mère, c'est quelque chose qui est extrêmement intime. Et chacun le vit comme il peut. C'est ma mère qui a porté au quotidien la maladie de ma sœur. Je ne dis pas que mon père était absent, mais c'est quand même ma mère qui a assumé au quotidien les difficultés quotidiennes. Après, la souffrance, c'est vraiment quelque chose que chacun vit comme il peut et qui est tout à fait intime.

Mais quand on était petite, donc bien avant que ma sœur tombe malade, moi j'ai beaucoup de souvenirs, on allait toutes les deux avec lui dans ses centres, qui étaient encore modestes à l'époque, parce qu'il trouvait extrêmement important que nous, enfants, et on était très jeunes, on comprenne qu'il y a toutes sortes de personnes qui ont toutes quelque chose de particulier à apporter, que c'est une richesse, qu'il ne faut surtout pas avoir peur, et qu'au contraire, il faut aller au contact, aller au dialogue, apprendre et donner, bien entendu. Et ça, c'est vraiment le cœur de notre éducation.

11:52
Invité

Vous dites, c'est ma mère qui a porté le cas de votre sœur plus que votre père, et plus que vous. D'ailleurs, vous dites, moi je n'ai pas été aidante de ma sœur Laurence. En revanche, vous acceptez le terme d'aidante pour vos parents, Jacques et Bernadette Chirac, dans leur vieillesse, et c'est votre livre, en fait, les deux messages de votre livre, Sophie Cluzel, d'abord, c'est changer le regard, et l'autre, c'est la question des aidants, qui est très importante dans ce livre, où vous parlez de la difficulté pour les aidants, de la difficulté au quotidien, la difficulté psychologique, la difficulté concrète.

Claude Chirac dit, c'est devenir un patron de TPE, au fond, c'est de faire tourner les kinés, les infirmiers, les aides-soignants. C'est ça aussi, d'être aidant.

12:32
Locuteur non identifié

D'abord, il y a aussi beaucoup de personnes qui ne se reconnaissent pas comme aidants, qui disent, moi, je suis parent avant tout. Mais l'implication au quotidien est beaucoup plus forte qu'un enfant classique ou qu'un adulte classique. Donc, oui, il faut les accompagner, ces aidants. Ils sont 10 millions. Ils sont 10 millions en France, personnes âgées, personnes handicapées, personnes malades. Et c'est tout l'impact de la politique que l'on porte, c'est comment accompagner les aidants, comment leur donner le répit, c'est important. Et Claude Chirac en parle très bien, ce besoin de répit, se ressourcer pour repartir.

C'est comment aussi concilier sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Parce qu'il y a des aidants qui travaillent. Donc, on a mis les congés professionnels, etc. Donc, c'est tout cela, cette stratégie, pour dire, libérer la parole, et pour dire, dites-nous ce dont vous avez besoin pour vous accompagner mieux.

13:17
Présentateur

Vous dites, Claude Chirac, les gens s'imaginent qu'être aidant, c'est faire la lecture à ses vieux parents. Ils pensent qu'on ne travaille pas, on ne mesure pas la charge concrète, mais aussi morale et affective des aidants, quand on ne l'a jamais connu soi-même.

13:33
Invité politique

Oui, mais je pense que, avant d'avoir fait cette expérience, j'ai certainement croisé la route de gens qui étaient dans cette situation, parfois très difficile, et que j'aurais pu, ça ne m'aurait rien coûté, j'aurais pu faire des petites choses qui auraient été formidables et énormes pour eux, et je n'ai pas vu, je n'ai pas su, je n'ai pas fait. Et tant qu'on ne l'a pas vécu, c'est vrai que c'est difficile, c'est presque un métier qui est, bien entendu, de valeur, de conviction, d'engagement, mais c'est aussi un métier très technique, de très haute responsabilité, parce que la vie d'une personne fragile, elle est entre vos mains, quand même, à certains moments.

Donc, non, c'est en vérité un métier, un engagement. Alors, il y a des familles qui font un autre choix, et ça, il n'y a pas de jugement, il y a des familles qui font le choix d'une institution, d'autres, bon, qui font le choix que moi, j'ai fait pour mes parents.

14:25
Invité

Mais d'ailleurs, c'est amusant, parce que vous dites, les gens demandent, qu'est-ce qu'elle fait maintenant, Claude Chirac ? Est-ce qu'elle bosse ? Est-ce qu'elle ne bosse pas ? Ils demandent à votre mari, qu'est-ce qu'elle fait ? Elle a un vrai métier. Spontanément, ils vont répondre, elle ne fait rien. Ah oui ? Eh bien oui. Alors que c'est un métier à plein temps, dites-vous.

14:43
Invité politique

Oui.

14:43
Invité

À tel point que même votre fils, Martin, vous demande, maman, quand tu n'auras plus à t'occuper de personne, qu'est-ce que tu vas devenir ?

14:49
Invité politique

Et ça, c'est la reconversion des aidants est très importante. Ceci dit, encore une fois, la personne qui est aidante à temps plein, moi, j'ai pu le faire, j'ai pu le faire grâce à mon mari, à son soutien moral, affectif et matériel aussi, mais ça n'est pas donné à tout le monde. J'ai eu la possibilité de m'engager pour mes parents, mais il y a aussi des familles et des personnes et des femmes qui doivent travailler, continuer à ramener de l'argent. Eh bien voilà, ce n'est pas évident.

15:17
Présentateur

On se souvient du film « Coup de poing, debout les femmes » de François Ruffin qui était venu à ce micro sur France Inter consacré à ces femmes car ce sont surtout des femmes qui travaillent très durement et gagnent moins que le SMIC. N'est-ce pas un problème que ces métiers du soin dont vous parlez, Claude Chirac, soient si peu valorisés, si peu rémunérés aujourd'hui, Sophie Cluzel ?

15:39
Locuteur non identifié

En fait, Claude Chirac parlait de l'engagement d'aidants qui est donc auprès des personnes mais ces aidants, ils ont aussi un service d'accompagnement pour les soins, pour le quotidien. Et c'est tous ces métiers dits du care, du prendre soin que nous sommes justement en train de revaloriser, de reconnaître. Il nous faut absolument travailler sur cette reconnaissance, leur permettre d'évoluer professionnellement. Claude Chirac en parle très bien, comment j'évolue moi quand j'ai justement une famille, que j'ai un engagement professionnel et que je peux évoluer. Donc c'est tout ce travail que nous faisons pour accompagner les professionnels parce que c'est l'engagement de demain.

La population vieillit, les personnes handicapées vieillissent et tant mieux. Nous allons avoir besoin de ces métiers d'accompagnement qui sont les métiers du futur, vraiment, pour accompagner les personnes dans leur différence, quelles qu'elles soient.

16:24
Invité politique

Ceci dit, l'aidant devient un professionnel. Enfin, je pense que c'est... On est amené, et c'est parfois difficile, à poser des actes ou à prendre des décisions qui relèvent en réalité de professionnels. C'est pour ça qu'il faut travailler sur leur reconversion s'ils ont envie

16:39
Invité

de revenir à être soignants. Il faut aussi parler de la question de la rémunération de ces soignants, de ces aidants, de ces accompagnants. Notamment, il y a beaucoup de questions sur l'appli inter. Je les livre. Marie-Christine, je suis accompagnante d'élèves en situation de handicap, en école maternelle. Madame Cluzel, comment est-ce possible de confier l'accompagnement des enfants sans former le personnel ? J'ai vraiment l'impression d'être un pansement sur une plaie béante. D'autre part, comment pouvez-vous nous payer aussi mal ? Jean aussi, Madame Cluzel, il faudrait payer décemment tous les professionnels du médico-social, éducateurs spécialisés, accompagnants d'enfants handicapés.

Le Ségur a oublié tout un secteur, les personnes en situation de handicap. C'est tout l'enjeu.

17:18
Locuteur non identifié

Comme je le disais très bien, le président de la République l'a réaffirmé sur la conférence sociale. Nous travaillons à la revalorisation de ces métiers sur les accompagnants d'élèves en situation de handicap. Bien sûr qu'aujourd'hui, maintenant, nous pouvons proposer, le ministre de l'Éducation nationale s'y est engagée, de porter vraiment ces professions dans le dialogue social puisqu'elles font partie justement d'une communauté éducative. Elles sont reconnues. Elles sont maintenant majoritairement en CDD et 10% d'entre elles, parce que je dis elles, parce que c'est majoritairement des femmes, en CDI.

Donc, il y a une vraie prise en considération de leur statut qui n'est plus beaucoup moins précaire qu'avant. Bien sûr, il y a encore un cheminement à faire pour améliorer. Sur la rémunération, beaucoup ne touchent même pas le SMIC. Elles sont payées au SMIC horaire, mais elles ne font pas du temps plein. C'est ça la difficulté.

18:02
Invité

Elles font des horaires hachés, parfois 4h le matin, puis le soir, etc. Vous avez vu le reportage de François Ruffin, c'est le documentaire. C'est un sujet que je connais bien. Vous le savez bien.

18:11
Locuteur non identifié

Mon association l'a porté avant que je rentre au gouvernement. Pourquoi elles ne touchent pas plus, tout simplement ? Parce que le temps école, c'est 24h. Donc, elles sont souvent sur un temps école, c'est-à-dire un contrat de 24h. Donc, près de 700 euros net par mois quand on est à 24h. Celles qui travaillent en collège, en lycée gagne plus et c'est sur lequel nous tendons. C'est-à-dire améliorer, en effet, le nombre d'heures rémunérées. Et c'est tout l'enjeu du grenelle de l'éducation que Jean-Michel Blanquer a porté et sur lequel nous travaillons.

18:37
Présentateur

Question au standard de Marvin que je salue. Bonjour, bienvenue. Oui, bonjour. On vous écoute.

18:44
Auditeur

Merci de prendre mon appel. Voilà, Madame Cézel, il est important pour moi que ma fille soit intégrée dans la société et quand je vois combien c'est difficile de faire entrer ma fille en petite section. J'ai déjà peur pour la suite. Ma fille extraordinaire, Rose, elle a 4 ans et je pense que plus les enfants s'habituent tôt, à la différence, plus l'intégration des personnes en situation de handicap sera acceptée dans la société. Mais malheureusement, elle a besoin d'une AESH pour rentrer à l'école et pour le moment, elle reste exclue de l'école, donc exclue de la société. Nous, on est désemparés même si nous ne serons jamais découragés. parce que c'est notre rayon de soleil.

Que faire face à cette institution, notamment l'éducation nationale aujourd'hui, qui refuse, qui empêche en tout cas notre enfant d'aller à l'école comme ses camarades ?

19:35
Présentateur

Merci Marvin pour cette question. Sophie Cluzel vous répond. Je redis simplement, on l'entendait dans le journal de 7h30, que 20 000 enfants et adolescents handicapés sont toujours sans accompagnants d'élèves en situation de handicap. je vous vois dire non de la tête, je vous donne la parole. Sophie Cluzel.

19:54
Locuteur non identifié

D'abord, je voudrais dire à Marvin, puisqu'il s'est présenté comme tel, que sa petite fille, bien sûr qu'elle a sa place à l'école. Alors, s'il y a encore un problème de recrutement, d'AESH, parce qu'on ne va pas nier, je voudrais juste dire qu'en 5 ans, c'est 35% de plus d'accompagnants d'élèves en situation de handicap qui ont été recrutés. C'est 100 000 élèves de plus scolarisés en milieu ordinaire à l'école de la République. Je sais que ça ne va pas assez vite pour tous les parents et qu'il manque encore des effectifs parce qu'on est en période de recrutement permanent.

20:22
Invité

C'était la promesse de campagne d'Emmanuel Macron.

20:23
Locuteur non identifié

Il n'y aura plus un enfant handicapé qui n'aura pas un accompagnant. Alors, tous les enfants handicapés n'ont pas besoin d'accompagnants. Ça, d'abord, je voudrais le redire, 60% des élèves sont accompagnés. D'autres ont besoin d'aménagement pédagogique, de matériel, etc. Ceux qui ont besoin d'être accompagnés, il faut qu'ils le soient. Cet accompagnement, il est décidé dans les maisons départementales des personnes handicapées, donc sous la tutelle des présidents de départements. Et Claude Chirac connaît bien en tant que conseillère départemental l'implication des départements pour construire notre politique. Et après, se posent les problèmes de recrutement et d'affectation des emplois.

Donc, je dis à Marvin, nous allons voir et je rappelle, je rappelle peut-être rappeler à vos auditeurs le numéro aide, handicap, école, quand il y a encore des problèmes. C'est le 0800 730 123. Soyons pragmatiques et soyons concrets. Mais bien sûr que Roselle a toute sa place, comme votre auditeur précédent que j'avais entendu, le petit Léo, bien sûr que nous travaillons pour résoudre ces difficultés.

21:17
Présentateur

Mais pardon de le dire brutalement, Sophie Cluzel, est-ce que vous entendez ces sujets dans la campagne présidentielle ? On est à moins de trois mois de l'élection. Est-ce que vous entendez parler du handicap, du grand âge ou des aidants ?

21:31
Locuteur non identifié

Écoutez, quand vous dites la campagne présidentielle, non, je ne l'entends pas beaucoup. Je n'entends pas beaucoup parler des différents candidats aujourd'hui. Moi, tout ce que je sais, c'est qu'on a changé la donne, qu'on a créé le grand service public de l'école inclusive, que c'était une priorité et que ça reste une priorité, qu'on est dans l'exécution vraiment du dernier kilomètre pour qu'il n'y ait plus justement une petite Rose, un Léo, qui sont en attente d'AESH. Mais ça ne vous a pas échappé que partout, on est en problème de recrutement, dans l'économie française, partout. Donc oui, on fait appel, on fait feu de tout bois pour résoudre ces problèmes.

il y a encore des dysfonctionnements, que personne ne reste avec ces problèmes. C'est pour ça que cette cellule...

22:05
Présentateur

Il ne faudrait pas les considérer comme des problèmes régaliens, comme on dit maintenant. Comme ça, au moins, ils seraient en haut de l'agenda politique.

22:13
Locuteur non identifié

Je pense que le fait d'avoir attaché le secrétariat d'État auprès du Premier ministre a changé la donne sur la vision que l'on a du handicap. C'est maintenant l'affaire de tous. C'est l'éducation nationale qui scolarise les enfants handicapés, c'est l'insertion professionnelle qui relève du ministère du Travail, etc. Donc on a changé totalement le paradigme depuis le début du quinquennat, mais on part de tellement loin. On part de tellement loin qu'il nous faut travailler encore sur cette acceptation de la différence.

22:36
Présentateur

Aïssa est au standard. Bonjour et bienvenue. Bonjour Nicolas Demorand. Bonjour. Bonjour. Bonjour. Bonjour. Bonjour. Bonjour. Bonjour. Bonjour. Bonjour. Bonjour. On vous écoute. Alors écoutez, moi, c'est étonnant parce que je suis infirmier diplômé d'État. J'ai accompli ma formation dans le cadre du reclassement professionnel. Et puis, je ne trouve pas de poste. Je suis de Reims, donc le CHU de Reims me répond, sans me donner aucune explication, me répond négativement. Des grands groupes comme Orpéa, je suis inscrit sur le site, vous savez, Andploie, où ils organisent régulièrement des rencontres soit visio, soit téléphonique avec des employeurs.

J'ai souvent eu Orpéa, par exemple, au téléphone ou couriant. Vous êtes, Aïssa, travailleur handicapé. Travailleur handicapé. Andploie, c'est un site réservé aux travailleurs handicapés où on met des employeurs en contact direct avec des personnes handicapées. J'ai eu plusieurs fois des entretiens avec des responsables du siège, d'Orpéa ou Corian, par exemple, qui sont des grands groupes de la maison de retraite. Le CHU de Reims, alors ça, ça ne débouche sur rien. Ça débouche, je n'ai même pas aucune réponse. Même, c'est étonnant. Et vous nous disiez que vous en étiez aussi à cacher votre handicap, c'est ça ? C'est ce que m'avait conseillé une conseillère de Pôle emploi.

Je me disais, non, je n'ai aucune raison de retirer ça de mon CV. Je suis travailleur handicapé. C'est comme ça. Merci, merci à Issa pour votre témoignage. Sophie Cluzel, un mot ?

24:05
Locuteur non identifié

C'est la prise de conscience de l'insertion professionnelle des personnes handicapées. En plus, monsieur a fait sa reconversion. Il est infirmier. On a tellement besoin d'infirmiers. Donc moi, je le dis haut et fort, mais employez monsieur parce qu'il a une compétence. En plus, il le dit très bien et surtout, je vous le redis aussi, ne le cachez pas, votre handicap, sinon on ne s'en sortira pas de ce cycle infernal puisque la grande loi de 87, c'est l'obligation d'emploi de 6%. Donc, si les gens cachent, on n'arrivera pas. Il n'est pas respecté dans les entreprises privées, un peu plus de 6% dans les entreprises dites publiques, la fonction publique.

Mais voilà, pour autant, vous avez raison, monsieur, ne cachez pas votre handicap et bien sûr, il faut que les cap emploi, les services publics de l'emploi vous accompagnent pour trouver. On est en période de recrutement et vous êtes en plus compétent, formé, professionnel.

24:50
Invité

Pour finir, on voudrait revenir sur les mots dans ce livre qu'on peut lire de vous, Claude Chirac. Vous avez des mots bouleversants sur votre père à la fin de sa vie. Je voudrais les lire. Ma chance a été d'avoir un père qui jusqu'au bout aura gardé sa dignité et son humour aussi. Il était très drôle. Plus la maladie progressait, plus mon père montrait l'homme qu'il était vraiment comme s'il se débarrassait des couches superficielles. Il devenait ce qu'il était profondément, fondamentalement.

25:16
Invité politique

Oui. J'ai eu cette chance. Mais...

25:21
Invité

Donc vous avez eu des beaux moments avec lui sur la fin aussi, quoi.

25:25
Invité politique

Ah oui, bien sûr. C'est ça que je veux... Mais, pardon, je pense que l'aidant familial a aussi une chance. C'est de vivre des moments de découverte, des moments très intenses avec... Si c'est les parents avec un de ses parents, mais c'est pas forcément les parents, qu'il n'aurait jamais sans doute partagé dans d'autres circonstances. Je pense que c'est une façon de ressortir un peu plus grand que la personne qu'on était quand on est entré dans cette grande aventure. Et c'est très important de... Au fond, c'est probablement ce qu'il y a de plus fondamental dans l'existence. D'être utile et de grandir et de s'améliorer et d'être un peu meilleur après qu'avant.

Donc oui, mais j'ai eu la chance aussi d'avoir un père qui, même si la maladie était présente, a gardé profondément sa dignité et son humour. On a beaucoup ri. Oui, on a beaucoup ri jusqu'au bout. Merci.

26:35
Invité

Merci à toutes les deux. Merci beaucoup

26:37
Présentateur

Sophie Cluzel, Claude Chirac. Lisez ce livre, amis auditeurs, La force des différents, changez de regard sur le handicap publié chez Jean-Claude Lattès. Juste, l'éditeur

26:49
Invité politique

de Madame Cluzel qui est Madame Clara Dupont-Meneau a fait un livre magnifique qui s'appelle S'adapter et je conseille aussi avec ce livre de lire S'adapter.

26:59
Locuteur non identifié

Magnifique. Voir la personne avant le handicap, avant les différences, c'est ça qu'on essaye de porter comme regard différent.

27:04
Présentateur

Merci encore à toutes les deux.

27:06
Locuteur non identifié

France Inter Sous-titrage Société Radio-Canada

27:07
Locuteur

Sous-titrage Société Radio-Canada

Sophie Cluzel : "on peut changer la donne de façon assez rapide en changeant notre regard" sur le handicap · Pourquijevote