Orages et incendies : "Il est temps que le gouvernement prenne la mesure du changement climatique", selon le maire de Bordeaux
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Questions et réponses
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- 0:21OuverteRéponse directe
Est-ce que vous êtes surpris par la violence de ces orages en Corse ?
- 1:36OuverteRéponse directe
Pourquoi tout le monde est-il pris de court face à ces phénomènes ?
- 2:36RelanceRéponse directe
Météo France a été surpris par la rapidité des phénomènes climatiques, est-ce qu'on ne sait pas encore prédire ?
- 3:10OuverteRéponse directe
Que pensez-vous de la cellule de crise présidée par Macron pour la Corse ?
- 4:24RelanceRéponse directe
Les élus écologistes se font-ils suffisamment entendre pour pousser le gouvernement à agir plus vite ?
- 5:20OuverteRéponse directe
Ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas, selon Macron. Y a-t-il une prise de conscience ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:44Invité politiqueFait
« Les climatologues, les scientifiques nous disent depuis des années que ces phénomènes climatiques extrêmes, et en l'occurrence sécheresse et climatique, vont devenir de plus en plus fréquents et de plus en plus intenses. »
- 2:14Invité politiquePromesse
« Quand j'ai été maire, la première décision que j'ai prise, je décrète une urgence climatique à Bordeaux. »
- 5:51Invité politiqueChiffre
« Mme Borne nous annonce un fonds de 500 millions d'euros pour nous aider, nous maires, à renaturer nos villes. »
- 6:50Invité politiqueChiffre
« C'est un projet qui va coûter 14 milliards d'euros. »
- 7:43Invité politiqueChiffre
« Et en même temps, de tels projets détruisent 4 850 hectares de biodiversité. »
- 13:56Invité politiqueChiffre
« On a calculé que, dans certaines rues, une rue où il y a des arbres, une rue sans arbres, vous arrivez à peu près à une différence de l'ordre de moins 4 à moins 5 degrés. »
- 15:54Invité politiqueChiffre
« On a un programme à peu près de 14 000 rénovations d'immeubles par an. »
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Bienvenue, si vous nous rejoignez, France Info, la radio, France Info, canal 27, pour l'invité du 8h30 que nous allons accueillir ensemble. Bonjour Jean-François Aquili.
Bonjour Céline.
Et bonjour à vous, Pierre Urmic. Bonjour. Vous êtes le maire de Bordeaux, maire Europe Écologie-Les Verts. Merci d'avoir accepté notre invitation ce matin. Alors on va évidemment parler de la situation en Gironde, qui a payé un lourd tribut aux incendies cet été. Mais d'abord, Pierre Urmic, quand vous voyez la situation en Corse, ces orages très violents qui ont coûté la vie à 5 personnes hier, est-ce que vous êtes surpris par la violence de ce phénomène ? Est-ce que vous y voyez là aussi la marque peut-être du dérèglement climatique ?
Oui. En tout cas, je pense qu'il ne faut pas tricher avec la vérité, c'est-à-dire qu'il ne faut pas y voir un accident. Ce n'est pas un accident. Les climatologues, les scientifiques nous disent depuis des années que ces phénomènes climatiques extrêmes, et en l'occurrence sécheresse et climatique, vont devenir de plus en plus fréquents et de plus en plus intenses. On préfère se voiler les yeux, ne pas en tenir compte, et quand ça arrive, se dire que c'est des accidents. Non, ce n'est pas des accidents. Ce sont des phénomènes qui vont devenir de plus en plus récurrents, de plus en plus intenses.
Et je pense qu'au lieu de s'intéresser aux conséquences, même s'il faut le faire, et je profite d'occasion d'ailleurs pour remercier et féliciter les sapeurs-pompiers de Corse comme ceux de Gironde, qui sont quand même très très mobilisés par l'extinction de ces incendies, il faut les gérer de plus en plus en amont. Il faut cesser de se passionner, de se polariser sur les conséquences sans avoir une gestion un peu plus préventive, un peu plus en amont de ces catastrophes climatiques qui vont devenir des phénomènes tout à fait récurrents et certainement pas accidentels.
Pierre Urmic, pourquoi est-ce que tout le monde à ce point est pris de court, que ce soit les responsables du gouvernement, les élus localement, la population, Météo France, tout le monde ?
Parce qu'on a un manque d'anticipation. Est-ce que l'on peut anticiper ? C'est ça la question ? Oui. On vit encore dans l'ancien monde. Les gens n'ont pas encore réalisé que nous vivons certainement pas la fin du monde. Et la fin d'un monde, c'est qu'actuellement, il faut changer de logiciel, il faut changer nos politiques, il faut avoir des changements très significatifs. Pensez à quoi ? Notre pays... Pensez à quoi quand vous dites... Mais faire de l'urgence climatique vraiment la priorité des priorités. On parlera un peu de mes responsabilités de maire sans doute, mais moi, quand j'ai été maire, la première décision que j'ai prise, je décrète une urgence climatique à Bordeaux.
Et non seulement je la décrète, mais je la décline. C'est-à-dire que je fais en sorte que toutes nos politiques municipales soient examinées à la lueur de leur impact climatique. Je vous promets que c'est un changement assez considérable dans la façon d'appréhender la gestion d'une ville. Je pense que ça allait parfaitement transposable au niveau d'un pays de faire de l'urgence climatique.
Juste sur l'anticipation, par exemple, quand on voit que Météo France a été très surpris, de la violence, de la rapidité de ce phénomène climatique qui est arrivé sur la Corse, avant même que la vigilance orange ait été décrétée, est-ce que ça montre qu'on ne sait pas encore prédire, qu'on ne sait pas encore comment ça se passe, et qu'il va falloir apprendre sans doute à anticiper davantage ?
Tout simplement que l'on n'est pas prêt, que l'on est encore dans... On y, on pense que le dérèglement climatique, c'est valable pour les autres, c'est valable pour les générations futures, mais que nous, par miracle technologique, pensent certains, on va y échapper.
Quand vous voyez Emmanuel Macron, le président de la République, qui préside, c'était hier soir depuis Brégançon, une cellule interministérielle de crise pour anticiper les mesures à prendre, notamment en Corse, qu'est-ce que vous dites ? C'est une initiative qui est nécessaire à vos yeux, que c'est une forme de prise de conscience de ce qui se passe ? Oui, c'est une gestion... Comment est-ce que vous le lisez ?
Je le vis comme une gestion de crise. Heureusement qu'il y a une gestion de crise, et que tous les moyens de l'État et des collectivités territoriales sont mobilisés pour répondre à ces crises. Mais je pense qu'il faut aller au-delà, et de se dire plus jamais ça. Et donc de réfléchir un peu plus en amont, non pas sur les conséquences, mais sur les causes de ce dérèglement climatique, et avoir une politique audacieuse. Je citerai par exemple ce qu'a dit, je crois que c'était dans Le Monde au mois de juillet, la climatologue Mme Valérie Masson-Delmotte, elle dit que la France trottine lentement derrière le climat qui change vite.
Or actuellement c'est vrai qu'on trottine lentement alors qu'il faut galoper. Je pense qu'il est temps que nos gouvernants, le gouvernement, prennent la mesure du changement climatique. Et puis j'ajouterai même de la souffrance climatique. On est en train de changer de monde. Je pense qu'il faut que tout le monde le réalise, et notamment au sommet de l'État.
Mais justement, est-ce que les élus Europe Écologie Les Verts, dont vous faites partie, Pierre Hurmique, se font suffisamment entendre, parviennent à se faire suffisamment entendre sur cette question, pousser justement, est-ce que le gouvernement notamment, à aller plus vite, à ne plus trop tirer ?
Vous êtes là ce matin pour poursuivre ce que vous demandez Céline Asselot, mais plutôt silencieux cet été, les écologistes.
Non, enfin moi je ne considère pas, je n'ai pas été silencieux, j'ai été très présent, je suis allé voir naturellement les pompiers de Gironde dans la caserne pour leur apporter tout notre soutien, puis y compris avec un soutien logistique de la ville de Bordeaux vis-à-vis des communes sinistrées, etc. Donc j'ai été, mais on communique sans doute mal, on communique sans doute mal.
Moi je m'adresse d'abord prioritairement à mes administrés au Bordelais, peut-être que ça ne franchit pas forcément les limites de la rocate bordelaise, mais je vous promets qu'en tant que maire écologiste, moi j'étais présent sur le terrain, même si Bordeaux n'a pas été directement, fort heureusement, concerné par les incendies. Mais enfin ils étaient à la lisière de la ville, et puis il y avait quand même une solidarité de la ville-centre par rapport à ses voisins.
Pierre Hurmique, quand vous dites prise de conscience, ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas ? C'est ce qu'avait déclaré Emmanuel Macron pendant la, c'était en avril, pendant la campagne présidentielle, lors d'un meeting marseillais, il y a une prise de conscience ?
Il y a des mots, je dirais, il n'y a pas de parole. En ce sens qu'il y a des mots, le ministère du langage, je pense, fonctionne bien, mais ce qu'on attend dans le gouvernement, c'est des actes concrets. Maintenant, c'est des réalisations.
Vous estimez qu'ils n'y sont pas, ces actes concrets ?
Non, on ne voit pas. Alors, je vais prendre un exemple. Par exemple, Mme Borne nous annonce un fonds de 500 millions d'euros pour nous aider, nous maires, à renaturer nos villes. Je sais très bien. 500 millions d'euros pour l'ensemble ? Pour l'ensemble des villes, les 37 000 villes françaises. Donc, à mon avis, ce n'est pas l'auteur, mais c'est un geste. Donc, 500 millions d'euros qu'elle nous annonce, on ne sait pas encore sous quelle forme, etc. Je pense qu'on aura des explications assez rapidement. Mais en même temps, si on point le mot en même temps, c'est à dessein. La politique macroniste se définit par ce fameux slogan en même temps.
C'est-à-dire, en même temps, on fait des gestes que l'on croit ou que l'on dit significatifs pour aider à cette adaptation aux dérèglements climatiques. Et en même temps, on continue les vieilles politiques de la France. Je pense par exemple à la LGV, la ligne à grande vitesse, au sud de Bordeaux. Vous êtes contre ? Je suis contre, résolument contre, comme d'ailleurs tous les écologistes, comme beaucoup d'élus locaux, comme tous les maires des communes concernées par cette infrastructure. C'est un projet qui va coûter 14 milliards d'euros. Pour ça, je les mets 500 millions d'euros pour aider les maires, 14 milliards d'euros pour construire une ligne ferroviaire.
Et ce qui est paradoxal, c'est de voir des écologistes se mobiliser contre, alors que nous, on est des fervents partisans, vous l'imaginez bien, du chemin de fer. Il se trouve qu'on est encore dans l'idéologie des années 60, c'est-à-dire de la très grande vitesse. Alors que l'on sait qu'il y a des projets qui consistent à moderniser les lignes existantes et arriver à un delta d'à peu près une demi-heure de différence entre Bordeaux et Toulouse, entre la ligne à grande vitesse et la rénovation et la modernisation des lignes existantes. C'est-à-dire qu'on est encore dans le culte de la vitesse. Et ça, c'est tout sauf la sobriété.
Vous dites que les 14 milliards devraient aller à la végétalisation Oui, bien sûr.
Et puis là, non seulement c'est de l'argent qui est confisqué au profit de projets qu'on voudrait être de notre âge, c'est l'âge du Concorde, c'est... Voilà. Et en même temps, de tels projets détruisent 4 850 hectares de biodiversité. Mais est-ce qu'on peut... Après le tribut qu'on a payé avec les incendies, moi j'ai aucune envie de voir le sud girondin actuellement amputé de 4 830 hectares de biodiversité, c'est-à-dire que ce sont des forêts. L'une des plus vieilles est très celle du Ciron, qui va être totalement amputée par une ligne à grande vitesse.
C'est des zones natura de mille, c'est des zones viticoles, etc., sur lesquelles on va faire circuler des trains à 320 km heure, alors qu'on peut très bien améliorer des ceintures viernes en utilisant l'existant.
Est-ce que c'est pas jeter les gens dans les bras des aéroports et des avions que de s'opposer à la gravitation ? Pas du tout. Pas du tout.
Parce que vous savez, Toulouse, même avec la LGV, ils seront à 3 heures de Paris. Les Toulousains se plaignent d'être plus éloignés que les Bordelais de Paris. Mais j'ai envie de dire que ça, c'est pas le fruit de l'histoire, c'est le fruit de la géographie. Vous serez toujours plus loin que Bordeaux de Paris. Ça ne vous a pas interdit d'ailleurs de vous développer sur le terrain économique, fort heureusement. Donc là, il sera à 3 heures.
Et toutes les études montrent que quand vous avez une infrastructure qui vous met, une infrastructure ferroviaire qui vous met à 3 heures, ceux qui sont pressés, c'est-à-dire ceux qui veulent faire l'aller-retour dans la journée, ils ne prennent pas le train, ils continueront à prendre l'avion. 3 heures, ce n'est absolument pas compétitif par rapport à l'avion. Donc si vous voulez, c'est pas du tout une alternative à l'avion. C'est une alternative à la rénovation des lignes existantes qui permettent de rendre un service moins rapide, mais un service quand même tout à fait compétitif.
Pierre Eurumic, maire Europe Écologie-Les Verts de Bordeaux. On poursuit cet entretien dans un instant, 8h42. Le Filinfo tout de suite, c'est avec Louise Buyens.
7000 personnes évacuées dans les campings de Corse, annonce ce matin sur France Info le président du conseil exécutif de l'île, Gilles Simeoni. Malgré du vent et des averses, la nuit a heureusement été plus calme, dit-il. Les deux départements restent en vigilance orange pour orages et pluies, inondations jusqu'à 10h. Première sortie officielle d'Emmanuel Macron depuis début août. Le chef de l'État doit participer ce soir à la cérémonie de commémoration de la libération à Bormes-les-Mimosas dans le Var. Elle devait avoir lieu mercredi, mais elle a été reportée à cause des intempéries. Des intempéries qui touchent aussi l'Autriche.
Glissement de terrain et bourrasque de vent ont provoqué la mort de 5 personnes, dont deux enfants hier. Des dizaines de personnes ont également été blessées. Courage si vous prenez la route. Aujourd'hui, bison futé voie rouge dans toute la France, dans le sens des retours. Demain, ce sera rouge également pour les retours. Orange pour les départs, sauf dans le quart sud-est qui est classé rouge. France Info Le 8.30 France Info Jean-François Aquili, Céline Asselot Avec Pierre Urmic ce matin, maire Europe Écologie, les Verts de Bordeaux. Pierre Urmic, la forêt, ça n'a échappé à personne. L'Angiron, dans les Landes, autour de Bordeaux, elle a payé un très lourd tribut à ces incendies de forêt.
Est-elle assez protégée ? Y a-t-il défaut d'entretien ? C'est ce que nous disait ici même, à votre place, hier matin, le sénateur Les Républicains de la Manche, Philippe Bas, invité de France Info. La solution durable aux incendies de forêt, c'est aussi l'exploitation forestière dans des conditions qui préviennent les incendies. C'est aussi faire en sorte que les friches agricoles qui se développent sur une partie du territoire ne soient pas des foyers d'incendies qui aggravent la situation. Défaut d'entretien des forêts, de nos forêts, Pierre Urmic ?
Je pense, comme c'est souvent le cas, il y a des causes multiples. Je pense qu'il faut bien se garder de la politique un peu du bouc émissaire. Il a raison quand même ? Oui, il a partiellement raison. Bien évidemment, c'est une des données du problème. Mais il ne faut pas non plus oublier, excusez-moi d'assister là-dessus aussi, sur les conditions climatiques qui ont rendu l'intensité de ces incendies totalement difficile à maîtriser. Donc il y a des problèmes d'entretien. Il y a des problèmes aussi des essences plantées. La forêt de Gironde est une forêt de résineux. C'est le plus grand massif européen de résineux.
Ça fait plusieurs années que beaucoup disent qu'il faut diversifier, il faut mettre davantage de feuillies qui sont plus résistantes aux incendies.
Donc il y a une réflexion à mener. Vous dites plusieurs causes, Pierre Rubic. Les incendiaires évoqués par Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur ?
Il est arrivé en Gironde en disant que ce sont des incendies d'origine criminelle. Et puis j'ai vu dernièrement les pompiers en l'air de dire non, ce n'est pas forcément d'origine criminelle. Donc je pense que les réponses trop prématurées ne sont pas forcément les bonnes. Je pense qu'il faut qu'il y ait une réflexion globale sur le devenir et la protection que l'on doit à nos forêts. Et il faut réunir tous les professionnels, les forestiers, les politiques, les scientifiques, l'ONF.
Justement, vous parliez des essences. Est-ce qu'il faut replanter différemment cette forêt ?
Mais c'est la réflexion qui est exactement menée. Moi, je ne veux pas me substituer aux professionnels. Mais j'entends... Vous avez un avis ? Oui, j'entends qu'actuellement, de plus en plus de spécialistes et de scientifiques disent qu'il faut diversifier, il faut davantage de feuillies, un peu moins de résineux. Je pense que cela sera sur la table à la rentrée, au moment où on va se préoccuper de replanter dans nos landes de Gascogne et que ce débat-là est inévitable et qu'il y aura des changements manifestes dans cette nouvelle conception des forêts du futur.
Vous dites replanter, Pierre Hermic, en ville, à Bordeaux. Est-ce qu'il faut, comme dans certaines villes, ça existe, celle-là, végétaliser les immeubles, les rues ?
Bien sûr. Vous le faites ou pas ? Bien sûr, je le fais beaucoup. On a un retard inouïf. Bordeaux, on est une très belle ville, mais on est une ville très minérale. Et moi, l'un de mes soucis, c'est de faire en sorte de végétaliser cette ville. Moi, je plante, dès que je peux planter, même sur des places emblématiques de Bordeaux, comme la place Pébalan, on me disait, c'est impossible de planter sur cette place. Elle est très minérale. L'architecture des bâtiments de France ne laissera jamais passer des arbres. On a planté une vingtaine d'arbres. Vous savez, c'est important.
On a calculé que, dans certaines rues, une rue où il y a des arbres, une rue sans arbres, vous arrivez à peu près à une différence de l'ordre de moins 4 à moins 5 degrés. C'est énorme.
Ça veut dire qu'il faudrait planter des arbres dans toutes les rues, alors ?
Comment ?
Ça veut dire qu'il faudrait replanter des arbres dans toutes les rues ?
Vous savez, je pense qu'à Bordeaux, on l'est tellement qu'une administraire récemment m'a dit, M. le maire est sur un ton qui se voulait assez vindicatif. Depuis que vous êtes là, vous n'avez jamais eu autant de pollen à Bordeaux. Je lui ai dit, écoutez, je le prends pour un compliment. Ça veut dire que je plante beaucoup d'arbres. Pas forcément des arbres politisateurs, d'ailleurs, mais je plante beaucoup d'arbres à Bordeaux. Je vous promets qu'on a, au niveau métropolitain, un projet qu'on appelle 1 million d'arbres. C'est un projet qui est assez audacieux. Donc, vous promettez partout où on peut planter des arbres, on plante des arbres.
Mais c'est un peu une aventure, je dirais, à moyen et long terme. Ces arbres ne vont pas nous être... D'abord, les arbres sont nos meilleurs alliés pour résister au dérèglement climatique et aussi pour l'anticiper. Mais bon, il va falloir quelques années pour qu'ils prennent leur véritable mission.
Et puis ça, c'est dans les rues, mais dans les logements, comment ça se passe ? Parce qu'il a fait, je crois, 39 à Bordeaux cet été. J'imagine que ça a été très compliqué pour certains habitants. Comment on fait pour rendre tout ça plus vivable, avec la perspective que ça va durer, voire s'amplifier dans les prochaines années ?
Oui. Alors, si on a innové à Bordeaux, on a créé, dès le début du mandat, ce qu'on appelait le label du bâtiment frugal bordelais, qui désormais impose, et on l'a discuté avec les professionnels de la construction, les architectes, les promoteurs immobiliers, dont désormais il y a un certain nombre de critères que l'on impose à tous ceux qui veulent construire à Bordeaux, c'est-à-dire forcément des matériaux biosourcés et des matériaux locaux, moins de 200 km de Bordeaux. Donc, on a décrété la fin du béton. On impose des espaces extérieurs, 20% d'espaces extérieurs de pleine terre pour chaque logement.
On impose aussi ce qu'on appelle les appartements traversants, c'est-à-dire une ventilation naturelle. Donc, on a fait un certain nombre de critères.
Qu'est-ce qu'on fait pour l'existant ?
Pour l'existant, alors, pour l'existant, on a lancé au niveau métropolitain une aide conséquente pour la rénovation des logements. On a un programme à peu près de 14 000 rénovations d'immeubles par an que l'on aide de façon assez conséquente. Donc, il faut effectivement, vous avez raison, se soucier de l'existant. Donc, il faut encourager les travaux de rénovation thermique. Mais pour le neuf, je pense qu'il faut être intransigeant pour le neuf. Et je crois qu'à Bordeaux, nous le sommes. Et c'est relativement bien passé.
Je pense que les professionnels de la construction, notamment les promoteurs, ont signé avec nous une charte au thème de laquelle ils s'engagent à respecter le label du bâtiment frugal bordelais. C'est-à-dire qu'on construit désormais différemment à Bordeaux. Mais nous avons encore à gérer, vous avez raison, un stock important de logements anciens.
Pierre Urmic, le gouvernement prône la sobriété énergétique. Ça fait 20 ans que les néga-wattes demandent à éteindre la lumière. Vous le faites à Bordeaux ?
Oui. Vous enseignez ? Oui, oui, on essaie. Vous essayez ? Oui, enfin, sous les bâtiments publics, on le fait. On est également la récupération de l'eau. Je pense qu'on essaie d'être en pointe avec tout ce qui est co-génération, en faisant en sorte que l'eau ne soit plus déversée dans les égouts, mais qu'elle puisse être recyclée à nos potables, etc. Je vous promets que l'on fait beaucoup d'efforts. On a un programme très audacieux aussi de pose de panneaux photovoltaïques. On a actuellement un projet de 60 000 mètres carrés.
Les enseignes éclairées de nuit, les portes ouvertes des magasins avec la clim, la régime ?
Oui.
Les entreprises qui laissent la lumière allumée dans les bureaux la nuit ?
Oui, oui. Donc là-dessus, c'est fait. Les portes dans les magasins, on était en train de... Moi, j'étais en train de prendre un arrêté municipal interdisant le vêtement des portes quand le gouvernement annonçait qu'ils allaient prendre un décret sur tout le territoire national, interdisant effectivement les portes ouvertes de magasins climatisés. Donc voilà, ça va être fait à Bordeaux, à Bordeaux comme ailleurs. Et fort heureusement, oui, on essaie de décliner la sobriété. Nous, écologie, ça fait quand même quelques années que l'on parle de sobriété.
Quand on me demande, moi, ce qu'est la sobriété, j'ai souvent recours à une définition qui me paraît assez basique, qui consiste à dire qu'il faut être sobre, il faut vivre simplement pour permettre à d'autres de simplement vivre. Et je crois que l'obligation morale, politique que nous avons, c'est effectivement d'adopter des comportements sobres, vertueux au niveau de la gestion municipale, comme au niveau de l'État, mais également inciter nos contemporains à adopter des modes de consommation un peu plus sobres et moins gaspilleurs.
On va parler de la dimension nationale, si vous le voulez bien. Dans un instant, 8h51, Pierre Urmic, maire Europe Écologie Les Verts de Bordeaux, Toujours avec nous, tout de suite, le Filinfo, ce qu'il faut retenir de l'actualité de ce vendredi, c'est avec Louise Buyens.
La pluie et les orages continuent en Corse ce matin, mais c'est moins intense qu'hier. Les deux départements restent en vigilance orange jusqu'à 10h. Le bilan est de 5 morts et une vingtaine de blessés. Gérald Darmanin affirme que l'état de catastrophe naturelle sera décrété la semaine prochaine. Emmanuel Macron promet des aides pour la population et le territoire. Grosse commande chiffrée à près de 600 millions d'euros pour Alstom. La SNCF commande 15 TGV pour anticiper la hausse de fréquentation et se développer à l'étranger avec des trains capables de circuler sous différentes tensions. Volodymyr Zelensky salue le soutien de son homologue turc.
Nous continuons d'être du côté de nos amis ukrainiens, a affirmé Recep Tayyper Dohan hier depuis le Vive. Il dit aussi craindre un nouveau Tchernobyl à la centrale nucléaire de Zaporizhia. Les obsèques du dessinateur sans paix auront lieu cet après-midi en l'église Saint-Germain-des-Prés à Paris avant son inhumation au cimetière du Montparnasse. Le papa du petit Nicolas est mort il y a 8 jours à l'âge de 89 ans. Avec à nos côtés Pierre Urmic, le maire Europe Écologie, les Verts de Bordeaux.
Alors vous nous disiez, monsieur Urmic, vous faisiez la liste même de toutes les politiques qui ont été mises en place dans votre commune pour faire face aux changements climatiques. On a parlé sobriété énergétique, j'imagine qu'il y en a d'autres. On a parlé végétalisation des rues, rénovation des logements. À vous entendre, tout cela se passe assez bien avec vos administrés, même si tous les Bordelais évidemment ne sont sans doute pas d'accord avec cette politique. Mais comment vous expliquez que vous n'arriviez pas à convaincre davantage au niveau national ?
Pourquoi finalement tout cela a tant de mal à convaincre lorsque Europe Écologie, les Verts, se présentent à des élections nationales ?
D'abord parce que les maires écologistes des grandes villes, c'est quand même un phénomène récent. Ça fait deux ans que cette âme de grandes villes françaises sont désormais entre les mains de maires écologiques. Donc il faut un peu nous laisser le temps de faire nos preuves. Et je pense que c'est dans la mesure où nos politiques municipales réussiront à changer nos villes que nous persuaderons aussi nos électeurs de dire qu'on peut faire confiance aux écologistes. Ils ont bien géré les villes que nous leur avons confiées. Nous pouvons leur faire confiance pour gérer un pays. Moi j'ai le garde de souvenir par exemple de 1981, la victoire de François Mitterrand.
Elle avait été précédée par un certain nombre de victoires municipales, par de grands élus socialistes qui avaient bien géré la ville. Je pense à Chenard à Nantes, je pense à Maurois, je pense à Maurois à Lille, je pense à Dubedou à Grenoble. Mais je pense que les villes, oui, sont annonciatrices d'un changement. Je pense que le fruit sera mûr très prochainement pour que nos politiques municipales puissent être déclinées au niveau national.
Vous voulez dire que les Verts d'Europe Écologie des Verts deviendront un jour comme les Grünen allemands, c'est-à-dire avec une vraie culture de participation à des gouvernements et non pas une opposition systématique ? Je pense, je pense que le parti... Vous seriez peut-être plus efficace de l'intérieur, non ? Vous le pensez ou pas ?
C'est un vrai débat. Moi je pense que l'écologie suppose de la radicalité, ça c'est certain, pas de l'extrémisme. Et je fais une différence entre les deux. Quand je parle de radicalité, je viens au sens étymologique du thème, c'est-à-dire la radicalité, c'est prendre et gérer les problèmes à la racine et ne pas gérer uniquement les symptômes. C'est ça la radicalité. Je crois que les écologistes méritent effectivement une culture que tu as de radicalité. Mais je ne veux pas que l'on mélange la radicalité avec l'extrémisme. Mais pour peser, Pierre Hamic ? Oui. Pour peser ? Mais pour peser, il faut d'abord exister.
Le précédent mandat de Macron, tout le monde s'accorde à dire, que ça a été un mandat inutile pour l'écologie. Il n'y avait pas d'écologistes, il n'y avait pas d'élus, de groupes ELV à l'Assemblée nationale. Je pense que ça a considérablement manqué. L'Assemblée nationale n'était pas un contre-pouvoir manifeste. Là je pense qu'il va y avoir des débats. Il y a un groupe écologiste assez conséquent qui va peser. Et donc je suis sûr qu'il sera de nature à infléchir un certain nombre de politiques gouvernementales. Et je ne vous cache pas, personnellement, je m'en félicite.
Vous n'avez pas peur d'être un peu écrasé par la France insoumise, justement, au sein de cette alliance de l'ANUP dans l'hémicycle ?
Je crois que les écologistes sont en train de montrer qu'ils avaient trouvé leur place. Je crois que l'écologie est une vraie famille de pensée émancipée, qui n'est sous la tutelle de personne. Je crois que nos députés, j'en connais quelques-uns, sont quand même des gens tout à fait libres, indépendants, et qui sauront défendre des positions écologistes sans être sous la tutelle de quiconque.
Avec des listes indépendantes aux prochaines élections européennes et pas d'accords communs avec la France insoumise, quelle est votre position là-dessus ?
Moi je n'ai pas... J'ai comme particularité, je veux vous le dire, comme maire de Bordeaux, d'être assez peu impliqué dans la vie politique nationale de mon parti. Vous avez quand même une qualité, non ? Vous savez, je ne suis pas un homme de parti. Je vais vous répondre de façon très directe. J'ai eu, mes amis le savent, comme professeur Jacques Ellul, qui était un fondateur de l'écologie politique dans ce pays, de la pensée écologique dans ce pays, et qui disait, un homme de parti est une partie d'homme. Et j'ai toujours gardé ça comme guide, en me disant, moi je suis quelqu'un de très entier, je ne serai jamais une partie d'homme, un homme de parti d'homme.
J'ai toujours eu beaucoup, là je suis assez girondin en ce sens-là, toujours eu beaucoup de recul par rapport à un parti, je n'ai jamais eu de responsabilité à l'intérieur de ce parti, ni local, ni national. Donc je ne suis pas le meilleur commentateur de la vie politique nationale et des positions de ce parti.
Mais en même temps, c'est un peu compliqué de lutter contre le dérèglement climatique et ses conséquences au niveau simplement local, parce qu'on sait qu'évidemment c'est une bataille qu'il faut mener de façon nationale, mondiale.
Je ne vous ai pas dit que j'étais de sémédariser, au contraire je vous ai dit que je me félicitais de pouvoir travailler avec des députés écologiques. Je vous ai juste fait état d'un petit recul par rapport à ce que sont des affectations partisanes et un patriotisme de parti que je ne partage pas forcément toujours.
Pierre Urmic, un mot de conclusion avec vous, vous vous rendrez aux obsèques de Saint-Pé ?
Oui, je considère que maire de Bordeaux, Saint-Pé est bordelais, on lui rend hommage à notre façon à travers le nom de l'école. Enfin, Bordeaux est fier, Bordeaux est fier et reconnaissant, Jean-Jacques Saint-Pé d'avoir été un Bordelais qui a si bien représenté cette ville de Bordeaux. Donc je pensais que c'était important que le maire de Bordeaux puisse participer à cet hommage.
Merci d'être venu sur le plateau de France Info avant cet hommage. Pierre Urmic, maire Europe Écologie, Villet-Vert de Bordeaux. Merci Jean-François Aquilly. On se retrouve lundi, bien sûr, pour l'invité du 8.30. Et d'ici là, restez avec nous, bien sûr, sur France Info.