Retraites : "Je ne suis pas d'accord pour qu'on suspende cette réforme pendant ce temps de négociation", assume le président de la CPME
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« Cette réforme des retraites, eh bien déjà dès 2030, elle va être déséquilibrée. »
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« Alors, si demain on voulait suspendre, voire abroger cette réforme, comment trouver les milliards dont nous avons cruellement besoin, premièrement ? »
- 1:11Invité politiquePromesse
« Et puis, il faudrait expliquer aux Français, ceux qui veulent l'abrogation de cette réforme, c'est avec quelle retraite demain ils partiront. »
- 1:23Invité politiqueChiffre
« Vous avez trois grands paramètres. C'est le niveau de cotisation, nous sommes les plus gros cotisants d'Europe. »
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Bonsoir à toutes et à tous et bonsoir à vous François Asselin.
Bonsoir Isabelle Raymond.
Vous êtes à la tête de la CPME, Confédération des petites et moyennes entreprises. Demain à 15h, le Premier ministre François Bayrou va prononcer sa déclaration de politique générale à l'Assemblée nationale. Pensez-vous qu'il va annoncer la suspension de la réforme des retraites ?
En fait, François Bayrou est un lettré. Oui, donc dans la sémantique, il va falloir qu'il explique comment suspendre la réforme sans la suspendre finalement. C'est-à-dire ? C'est-à-dire que, vous savez, les oppositions qui demandent la suspension de cette réforme, voire l'abrogation, confondent entre ce qui est bon, soi-disant, pour le parti et ce qui est bon pour le pays. Et ce n'est pas du tout la même chose. Et on voit que le fossé se creuse parce qu'on ne peut pas échapper à une seule chose, c'est le principe de réalité. Cette réforme des retraites, eh bien déjà dès 2030, elle va être déséquilibrée. Pourquoi ? Parce que ça repose sur la répartition.
Et on sait très bien que l'évolution démographique dans notre pays, entre actifs et retraités, est défavorable à ce régime par répartition. Alors, si demain on voulait suspendre, voire abroger cette réforme, comment trouver les milliards dont nous avons cruellement besoin, premièrement ? Et puis, il faudrait expliquer aux Français, ceux qui veulent l'abrogation de cette réforme, c'est avec quelle retraite demain ils partiront. Parce que si on revient à la retraite à 62 ans, avec quel niveau de retraite ? Finalement, la réforme des retraites, vous avez trois grands paramètres. C'est le niveau de cotisation, nous sommes les plus gros cotisants d'Europe.
C'est deuxièmement la durée de cotisation, à quel âge je vais partir en retraite. Et puis après, c'est le niveau des pensions, avec combien d'argent je pars en retraite ?
Mais en sortant de son rendez-vous à Matignon la semaine dernière, la chef de file de la CFDT, Marie-Lise Léon, a dit que le Premier ministre était sans tabou.
Oui, le Premier ministre est sans tabou.
Et vous savez que ce serait une concession remarquable attendue par la gauche pour éviter la censure.
Alors, peut-être que la solution pour suspendre sans suspendre, c'est de demander aux partenaires sociaux de se saisir du sujet de cette réforme des retraites. Et puis, au bout de 4-5 mois, de voir si on ne peut pas trouver un système, un nouveau régime des retraites qui convienne à plus de monde. Alors, pourquoi pas avec simplement une seule contrainte, parce que ça, on ne peut pas y échapper, c'est de ne pas abîmer les finances publiques, tout simplement.
Et donc, ça, ça ne vous dérange pas, François. Si vous vous demandez demain de vous mettre autour de la table et que le décalage de l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans est suspendu, si vous trouvez un autre moyen de financer cette retraite par répartition, ça ne vous dérange pas que vous êtes OK ?
Alors, trouver un autre moyen de financer, ça va être très compliqué. Donc, c'est là, entre guillemets, toute la gageur. Parce qu'à partir du moment où on ne veut pas abîmer les dépenses publiques, enfin, les finances de l'État en général et les Français, à partir du moment où on veut faire attention au coût du travail, ne pas augmenter les ponctions sur les actifs, parce qu'au bout d'un moment, eh bien, que va-t-il leur rester du salaire net ? Si on ne veut pas augmenter le coût du travail, nous sommes dans une équation extrêmement complexe à atteindre. Pour autant, il y a un sujet... Mais vous êtes OK ? Vous êtes OK pour vous... Pourquoi ?
Je vais vous dire, parce qu'il y a un sujet sur lequel nous n'avons pas avancé, c'est la responsabilité des partenaires sociaux. C'est le dispositif lié aux carrières à usure professionnelles. Je trouve tout à fait légitime que quelqu'un comme moi, qui a fait toute sa carrière professionnelle dans son bureau ou dans une voiture, parte plus tard qu'un de mes charpentiers ou menuisiers, par exemple. Voyez-vous ? Et là, on peut, avec les partenaires sociaux, faire des avancées, me semble-t-il, significatives. Sans pour autant retrouver la fiche pénibilité, qui était une horreur, sans pour autant ouvrir de nouveaux régimes spéciaux.
Mais vous êtes d'accord si François Bayrou dit demain, je renonce, je suspends la réforme, le départ. De l'âge légal à 64 ans. Et c'est à vous, partenaires sociaux, de vous mettre d'accord. Vous êtes d'accord ?
Moi, je ne suis pas d'accord pour qu'on suspende cette réforme pendant ce temps de négociation. Si on trouve un meilleur dispositif, un meilleur système, c'est ce que dit le Premier ministre, eh bien, dont acte, on s'en saisit. Mais si on n'y arrive pas, eh bien, l'actuelle réforme continue à se déployer.
D'accord. Donc, c'est ce que vous préconisez ?
C'est ce que nous préconisons, bien évidemment, à l'exécutif.
Alors, dans un communiqué commun, sept des huit organisations patronales et syndicales, dont la CPME, appelaient, il y a un mois, les politiques à la responsabilité. Et je vous cite, l'instabilité dans laquelle a basculé le pays fait peser sur nous le risque d'une crise économique aux conséquences sociales dramatiques. Il faut savoir ce que vous voulez, François Asselin.
Eh bien, ce que nous voulons, c'est tout simplement que le principe de subsidiarité, eh bien, fonctionne. Et si ça ne fonctionne pas, eh bien, la suppléance, à savoir la reprise en main par l'exécutif, doit s'appliquer. Dans cette histoire de réforme des retraites, finalement, c'est un petit peu ça ce que veut faire le Premier ministre. C'est de dire, écoutez, partenaires sociaux, vous n'êtes pas d'accord, eh bien, écoutez, mettez-vous autour de la table. Si vous trouvez une meilleure solution, je la prends. Si vous ne trouvez pas de meilleure solution, on déroule l'actuelle réforme. Finalement, c'est ni plus ni moins cela.
Ce qu'il faut reconnaître, c'est que les partenaires sociaux, lorsqu'ils négocient...
En fait, vous craignez qu'une fois que la réforme soit suspendue, on ne puisse pas revenir en arrière.
Mais bien évidemment, bien évidemment. Et puis, si vous voulez, c'est un déni de réalité, comme je vous le disais. Comment fait-on pour financer un système qui est déjà perfectible à l'horizon 2030 ? Voilà, c'est le moment, par exemple, dans cette négociation avec les partenaires sociaux, de commencer, pourquoi pas, à parler d'épargne pour tous. Allez, je vais mettre un gros mot, de capitalisation collective. On a la possibilité de le faire. Eh bien, allons-y. Si vous saviez combien j'aimerais être de la génération de ceux qui arrêtent de faire la poche de leurs enfants et de leurs petits-enfants.
Vous avez peur, en gros, de payer la facture, que les cotisations soient augmentées.
Mais ce n'est pas nous qui allons payer la facture. Ce sont les Français. Les salariés. Ce sont nos enfants. Ce sont nos petits-enfants. C'est ça. C'est une irresponsabilité totale.
Mais concrètement, vous avez peur que les cotisations augmentent.
Si les cotisations augmentent, voyez-vous, c'est que le salaire net va encore baisser. C'est que le coût du travail en France va encore augmenter. C'est que nous allons décrocher. Attention, tout ça est fait de juste équilibre. Il faut tout simplement regarder la réalité telle qu'elle est. Depuis 1983, date où nous sommes passés de la retraite de 65 ans à 60 ans. Après, ça a augmenté à 62 ans. Maintenant, 64 ans. Nous avons gagné 8 ans d'espérance de vie. Mais c'est quand même une bonne nouvelle, voyez-vous.
Alors, retraite, budget. On attend également des précisions concernant le budget. Est-ce que vous êtes rassuré quant à l'absence d'alourdissement de la fiscalité pour les entreprises ? Éric Lombard comme François Bayron ont l'air de le dire.
Finalement, moi, je trouve que chez l'entreprise, nous sommes quand même une catégorie de Français. 4 millions. Une vraie colonne vertébrale relativement docile. Parce que nous sommes les plus ponctionnés d'Europe. On ne demande qu'une seule chose. Pas plus. Pas plus. Voilà. Et nous, ce que nous attendons, c'est de la stabilité.
Et vous avez l'impression qu'il n'y aura pas d'alourdissement de la fiscalité pour les entreprises ?
Alors, visiblement, il y aura de l'alourdissement de la fiscalité pour les grandes entreprises. Au-delà d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires. C'était ce qui était prévu dans le budget de Michel Barnier. Et nous espérons que les PME soient préservées dans l'augmentation de la fiscalité, bien évidemment. Et puis, l'autre volet...
Et c'est un moindre mal.
C'est un moindre mal. Sachant que la trajectoire que nous devrions poursuivre, c'est d'alléger la fiscalité des acteurs économiques. C'est évident. Mais dans le contexte budgétaire que nous connaissons, alors là, je ne crois pas au Père Noël. Je suis pragmatique.
Alors, vous allez passer la main, François Asselin, la semaine prochaine, après 10 ans à la tête de la CPME. J'ai envie de dire que vous avez vécu une période dorée avec l'assouplissement du marché du travail, avec la loi El Khomri, la mise en place d'un barème au prud'homme, et une politique franchement pro-business qui s'est traduite par le CICE, par une baisse des impôts de production et de l'impôt sur les sociétés. Est-ce que cette période est révolue, François Asselin ?
Comme je vous le disais, on a connu ça, et puis on reste toujours les plus ponctionnés d'Europe. Donc, ce n'est pas si doré que ça. Ensuite, j'ai commencé un début de mandat, il y a 10 ans, où j'entendais embaucher, ça fait peur, ça coûte cher. Et puis après, j'ai entendu un discours où on n'arrive pas à trouver les compétences dont on a besoin. Mais voyez-vous, je préfère être dans cette deuxième position que dans la première. Donc oui, ce fut une période dorée, même la période Covid. Pourquoi ?
Parce que que l'on soit à l'époque, rappelez-vous, retraités, actifs dans le secteur marchand, dans le privé, fonctionnaires, même demandeurs d'emploi, il n'y avait quasiment plus d'économie qui tournait, et ça tombait à la fin du mois.
Vous n'allez pas nous faire regretter la période du Covid.
C'est quand même chouette d'être français, voyez-vous. Donc oui, mon successeur va avoir une période beaucoup plus compliquée. Qu'est-ce que vous pouvez lui souhaiter, d'un mot, et pour terminer ? Qu'il reste comme il est, c'est-à-dire que ça sera un entrepreneur, ça c'est sûr, je connais les trois candidats, et qu'il continue à aimer ceux qui font la richesse du pays, les entrepreneurs et leurs entreprises, comme j'ai pu le faire pendant 10 ans. C'est un grand honneur de servir cette cause, croyez-moi bien.
Merci beaucoup François Asselin, et merci pour votre fidélité à France Info, président de la CPAME, pour encore quelques jours. Invité écho de France Info ce soir. Oui le plus detail.
Il est besté. Il est besté.