Bloquons tout : la colère est-elle le dernier moyen de faire peuple ?
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Questions et réponses
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- 3:23OuverteRéponse directe
François Boulot, pouvez-vous expliquer la généalogie de l'appel au blocage du 10 septembre ?
- 6:03OuverteRéponse directe
Paola Seda, identifiez-vous deux mouvements principaux à l'origine de l'appel ?
- 8:55OuverteRéponse directe
Elisabeth Godefroy, quelles actions sont prévues pour le 10 septembre ?
- 14:19OuverteRéponse directe
Le clivage grands contre petits remplace-t-il le clivage gauche-droite ?
- 14:20OuverteRéponse directe
Paola Seda, les réseaux sociaux ont-ils évolué depuis les Gilets jaunes ?
- 18:09OuverteRéponse directe
La grève est-elle un mode d'action terminé pour les mouvements sociaux ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:09InvitéChiffre
« Un Français sur six vit sous le seuil de pauvreté. »
- 4:15InvitéFait
« La France est l'un des pays les plus taxés au monde. »
- 30:44InvitéFait
« Moi je pense qu'il vaudrait mieux que tous les partis politiques y compris LFI se tiennent à distance. »
- 31:16InvitéFait
« il n'a pas la légitimité des urnes pour pouvoir mener le budget qu'il a envie de mener »
- 31:53InvitéFait
« les inégalités restent dans les débats en ligne »
- 32:31InvitéFait
« détiennent l'information donc l'information et la compétence informationnelle est aussi un nouveau dispositif de pouvoir »
- 34:41InvitéFait
« j'ai toujours du mal à suivre le Rassemblement National parce qu'il vote la censure sur le gouverneur Barnier mais il ne le fait pas pour le gouverneur Bayrou »
- 35:04InvitéFait
« le budget Bayrou attaque directement une partie de son électorat »
- 35:52InvitéFait
« dans le cas des Gilets Jaunes c'est vrai qu'il y avait eu un soutien à certains mots d'ordre »
- 37:55PrésentateurFait
« c'est avec vous par vous pour vous »
- 39:59InvitéFait
« l'appel à la démission d'Emmanuel Macron c'est quelque chose d'assez commun »
- 41:27InvitéFait
« l'Union Européenne de par l'euro et le marché unique européen nous contraint dans une certaine politique économique »
- 42:28InvitéFait
« on n'en est pas là »
Temps de parole
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France Culture, Question du Soir, Marguerite Caton. Bienvenue dans Question du Soir, votre émission de dialogue et de débat en direct chaque jour du studio 341 de la Maison de la Radio. La colère est-elle le dernier moyen de faire peuple ? On en discute jusqu'à 19h. Bloquons tous, c'est le mot d'ordre qui circule depuis la mi-juillet sur les réseaux sociaux. Un appel à bloquer le pays le 10 septembre au moyen de cortèges ou de boycotts. Échauffé par le plan d'austérité du gouvernement Bayrou, une partie de nos concitoyens veut réactiver un mouvement populaire du type des gilets jaunes pour redresser la barre, renverser la table ou mettre à bas le système.
Quoi qu'il en soit, ces mouvements comme d'autres mobilisations en ligne ont pour très commun la colère. Une colère qui semble le meilleur moyen de fédérer par-delà les sensibilités politiques, religieuses ou les ancrages territoriaux et sociaux. Une colère qui traduit un sentiment partagé d'insatisfaction vis-à-vis de l'offre politique. Alors peut-elle avoir un contenu positif ou cette colère n'est-elle que refus ? Est-elle une porte ouverte vers la violence et l'anarchie ou un pas vers l'émancipation ? On en discute en compagnie de trois invités. François Boulot, bonsoir. Bonsoir. Ancien avocat, on peut vous considérer comme l'un des portes-paroles du mouvement des gilets jaunes.
A vos côtés, Elisabeth Godefroy, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes doctorante en sciences politiques à Sciences Po Bordeaux. Vous avez co-écrit les gauches et l'agile et jaune dans Nouveau Peuple Nouvelle Gauche aux éditions Amsterdam-Institut. La Boétie, c'était en 2025. Enfin, à distance avec nous, Paola Seda, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes maîtresse de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'Université de Lille. Merci à tous les trois d'avoir accepté notre invitation.
Nous n'avons pas les mêmes vies, mais nous avons les mêmes besoins.
Aujourd'hui, beaucoup ne vivent plus. Ils survivent.
Un Français sur six vit sous le seuil de pauvreté.
Et quand ils descendent dans la rue pour appeler à l'aide...
Quelle est la réponse de l'État ? Pendant que nous saignons pour essayer de survivre...
Eux se moquent de nous depuis leur tour d'Ivoire en continuant de détruire la France.
Malgré les scandales à répétition...
Eux restent toujours impunis.
Notre problème, ce n'est pas l'autre.
Notre problème, c'est eux. Les puissants. Ceux qui profitent.
Ceux qui possèdent.
Ceux qui influencent.
Ceux qui divisent. Ceux qui décident pour nous. Sans nous. Et si nous regardions enfin dans la même direction ?
Nous n'avons pas besoin d'avoir les mêmes idées. Car nous avons un intérêt commun au-delà de survivre.
Le 10 septembre. Ensemble. Le bloquant tout. Bloquant tout, pardon. Le clip d'Indignons-nous, ce collectif. On peut retrouver en longueur cette vidéo sur le site du mouvement. Commençons par rassembler un peu nos informations. François Boulot, est-ce que vous pouvez nous expliquer la généalogie de cet appel au blocage du pays ? Le 10 septembre. De qu'en date-il ? Quels sont les collectifs à l'origine ?
Moi, surtout, ce qui m'a frappé sur la naissance du mouvement. Parce qu'on voit une situation politique qui était un peu apathique. On était un peu dans l'inertie. Et le point commun qui m'a frappé avec les Gilets jaunes surtout, c'est pourquoi le mouvement est né. En fait, il y a eu l'étincelle. L'étincelle, ça a été effectivement le plan budgétaire qui a été annoncé par François Bayrou. Et au moment des Gilets jaunes, c'était la taxe sur le carburant. Et le point commun qui m'a sauté aux yeux, c'est qu'à chaque fois, l'étincelle, c'est quoi ? C'est quand il y a des mesures symboliques dont il est très clair qu'on va faire payer plutôt les gens ordinaires la classe moyenne.
Et ces gens-là se disent, mais ce n'est pas possible. C'est toujours les mêmes qui payent. Et c'est ça, en fait, qui, à mon avis, à chaque fois déclenche un sursaut. Et avec toujours la même réflexion. Les gens se disent, mais bon sang, où va l'argent ? Où va l'argent de nos impôts ? Ce n'est quand même pas possible. On est l'un des pays les plus taxés au monde. Et c'est vrai, la France est l'un des pays les plus taxés au monde. Mais les services publics, en contrepartie, sont en train de s'effondrer. Ce qui était vrai il y a six ans est encore plus vrai aujourd'hui. On parle des hôpitaux, des écoles, de la justice, de la police, des pompiers.
Donc le point de départ, c'est le plan d'austérité de François Bayrou.
Oui, bien sûr.
Et ça, on l'observe sur les réseaux. On voit des collectifs. On avait vu Nicolas Kippet, qui existe avant ça, qui est un site où les classes moyennes jugent qu'elles payent trop d'impôts pour des parasites en haut ou en bas. On peut le dire comme ça. Quel collectif vous avez pu observer ?
Effectivement, on voit bien qu'à la manière des Gilets jaunes, encore une fois, c'est ce que je vois vraiment, les points communs qui sautent aux yeux, on a des gens qui sont plutôt de droite et on a des gens qui sont plutôt de gauche, avec des mots d'ordre à chaque fois, qui sont plutôt à droite, un mouvement poujadiste, je dirais, anti-taxe. C'est vraiment un arat de vol d'être tondu comme des moutons. Et puis à gauche, les revendications plus classiques qu'on a l'habitude d'entendre sur un discours sur les inégalités, etc.
Mais tout ça s'inscrit évidemment dans un problème de fond, qui est une politique qui, sur les 40 dernières années, a produit les résultats qu'on voit, c'est-à-dire des comptes publics qui sont dans le rouge. Et je dirais que ce qui est important, c'est qu'effectivement, c'est la colère qui est mobilisatrice, parce que les gens se révoltent contre un discours du gouvernement et de Macron en général, qui consiste à dire qu'il faut faire des économies, il n'y a pas d'alternative. Or, il y a un conflit politique qui est en train de se jouer, fondamentalement dans le pays, à mon sens, c'est qu'il y a une alternative, c'est de faire payer les plus privilégiés.
On a vu qu'il y avait la taxe Zuckman qui avait été rejetée par le Sénat, mais qui permettait à elle seule de rapporter 20 milliards d'euros. Et en fait, c'est ça, je crois.
C'est un débat, mais il est peu probable que tout le monde et tous les membres de ces collectifs soient d'accord avec la taxe Zuckman. En tout cas, on comprend que, point de départ, le plan budgétaire de François Bayrou, Paola Seda, je me tourne vers vous, qui êtes spécialiste des mobilisations en ligne, est-ce que vous avez identifié deux mouvements principaux ? Nous, on a repéré Les Essentiels et Indignons-nous, dont on a passé un extrait sonore. Est-ce que vous voyez une constellation de mouvements en ligne que vous pourriez peut-être caractériser à l'origine d'un moment, un appel commun bloquant le 10 septembre ?
Alors, c'est vrai que le contexte était un contexte un peu de somnolence estivale des cadres militants traditionnels. Donc, c'est un peu l'espace public numérique qui a permis l'expression de la colère, du mécontentement autour de l'annonce du budget Bayrou. Donc, il y a cette étincelle qui va provoquer des débats en ligne et une mobilisation numérique. Je n'ai pas la dimension très chaotique du mouvement pour l'instant, voire conflictuelle. En fait, il y a eu des incursions initiales de l'extrême droite qui avaient amené à la fermeture d'un premier canal télégramme sur lequel s'étaient concentrés les débats autour du budget et, en tout cas, l'appel à la mobilisation.
En ce moment, il y a les groupes Indignons-nous, Bloquons-tout, qui sembleraient, mais en fait, avec beaucoup d'hésitations, je l'ai dit, parce que c'est un mouvement qui est en train de se faire, donc il faudra vraiment l'observer attentivement. Mais, en tout cas, ils concentrent à peu près, sur son canal général, 10 000 membres. Il y a des vifs débats politiques dessus.
C'est un mouvement qui n'est pas homogène, bien évidemment, mais qui semble avoir, en tout cas, choisi, en tout cas, pour la partie Indignons-nous, d'avoir choisi un versant plus progressiste, en tout cas, avoir rénoncé à la cristallisation autour du débat de l'immigration qui était extrêmement conflictuel, et donc la concentration plutôt sur des revendications, des défenses, des services publics, des redistributions de richesses, des justices fiscales et des justices sociales.
Donc, ça, c'est ce que je peux observer dans les salons jusqu'à présent, mais j'avoue qu'il y a un véritable labyrinthe, en fait, en ligne des groupes d'action qui s'organisent, et qui s'est structurée, y compris au niveau local. Donc, il ne faut pas oublier qu'il y a aussi la dimension de l'organisation sur les territoires, sur les villes. Il y a plusieurs assemblées générales qui ont eu lieu, dont les contraindus sont relayés en ligne. Donc, il faudra vraiment attendre et suivre pour bien comprendre, en fait, l'orientation, on va dire, politique globale du mouvement.
Et pour vous, le principal groupe qui se dégage pour l'instant, c'est celui Indignons-nous. Elisabeth Godefroy, je me tourne vers vous. Est-ce qu'on sait ce qui est prévu, précisément, en termes d'actions concrètes, ce fameux jour de blocage de 10 septembre ?
Alors, c'est difficile de savoir ce qui va arriver, effectivement. Ce que j'ai remarqué en regardant un peu les différents sites Internet et les différentes boucles Telegram, c'est qu'effectivement, comme ma collègue l'a dit et François, il y a deux lignes qui semblent se dégager, qui semblent avoir chacune deux stratégies distinctes, ou du moins, chacune une appétence particulière pour certains modes d'action. Donc, il me semble que, voilà, le réseau qui semble se structurer autour de Indignons-nous versent plutôt dans des modalités d'action assez classiques du mouvement social, des manifestations, des blocages.
En tout cas, l'idée serait de, je pense, construire un rapport de force dans l'espace public, peut-être en évitant simplement de tomber dans l'écueil de ce qui est souvent désigné comme la manifestation inefficace, saucisse, merguez des syndicats. Voilà. Et de l'autre côté, donc, on a les essentiels qui, eux, se distinguent par un rapport, je dirais, assez particulier aux modalités d'action. Donc, on voit qu'ils appellent à des modalités de boycott assez individuelles. Donc, ne pas utiliser sa carte bleue, ne pas faire du paiement sans contact. Même parfois, certains appellent plutôt à carrément rester chez soi et ne rien faire. Se confiner. Se confiner. C'est très étonnant.
On pensait qu'un pays était traumatisé
par le confinement, en fait. Et voilà, des modalités de confinement très individuelles, mais aussi, et ça, c'est quelque chose qui m'a particulièrement frappée quand j'ai été regarder leur site internet, ils donnent des conseils pour organiser des rassemblements dans l'espace public, mais sans passer pour des manifestants. Donc, ça traduit une forme d'aversion pour certaines modalités d'action qui, à mon avis, sont plutôt associées à la gauche ou du moins à des mouvements perturbateurs qui gênent, en fait, dans l'espace public. Oui, ils parlent d'espaces de discussion
et de coordination dans les quartiers, dans les villages. Voilà. Ils parlent, en effet, de cortège. Il ne s'agit pas de cesser le travail pour eux.
Non, et surtout, à mon avis, plutôt organiser des pique-niques dans des parcs, ce genre de choses, mais ne surtout pas déranger ses concitoyens qui travaillent. Et voilà. Donc, ça a traduit, à mon avis, une orientation un peu, comment on pourrait dire, droitière, peut-être plus conservatrice de cette branche-là du mouvement. Moi, ce qui m'amusait,
c'était le choix de la date. J'ai cru d'abord que c'était le 10 août, mais non, évidemment, c'est le 10 septembre. Donc, j'ai regardé, c'est la Sainte-Inès. Et il y a un dicton qui m'a fait rire. On dit, à la Sainte-Inès, travaille sans cesse, ce que je trouvais un peu ironique pour un jour de grève. Pour en venir, ces revendications des essentiels, vous avez commencé à le dire, comme sa carte bleue, ne plus acheter dans les grandes surfaces qui profitent des baisses de cotisations des aides publiques tout en pressurant les salariés Carrefour, Rochon, Amazon. Ça aussi, c'est assez nouveau. François Boulot, on se retrouve avec le supermarché qui est devenu un espace politique.
Ça, on l'avait déjà vu avec les Gilets jaunes, mais c'est quelque chose qui grandit. Globalement, on observe un nouveau partage entre l'individuel et le collectif, peut-être, dans ces nouvelles mobilisations.
Je crois qu'à travers, effectivement, les mots d'ordre, de boycott, des grandes surfaces, en fait, des grands. C'est les grands contre les petits. Et c'était déjà le cas au moment des Gilets jaunes. Ce qui avait reçu vraiment écho dans les revendications, c'était de dire mais nous, on veut que la politique, elle serve les intérêts des 99%. On veut bien, nous, qu'il y ait des aides pour les gens ordinaires, la classe moyenne, pour les PME, les petites et moyennes entreprises. Mais arrêtons de donner de l'argent, des aides aux plus grandes entreprises, aux plus privilégiées.
Et ça, c'était un discours qui, me semble-t-il, faisait consensus déjà entre ceux qui étaient plutôt de gauche et ceux qui étaient plutôt de droite. Et je crois qu'on retrouve, en fait, ça, là, actuellement dans le mouvement. Et c'est pour ça que là, il y a un conflit politique à trancher et qu'en définitive, ce conflit, c'est est-ce qu'on fait payer les gens ordinaires ou est-ce qu'on fait payer les plus privilégiés ? Et le problème est celui de la légitimité actuellement d'un gouvernement qui, en fait, est la troisième, est issu de la troisième force politique à l'Assemblée.
Je rappelle que, quand même, l'année dernière, il y a eu des élections législatives et que le camp Macron et ses alliés est arrivé troisième. Donc, en fait, il n'a pas, contrairement, en fait, au moment des Gilets jaunes, à ce moment-là, il y avait un conflit de légitimité entre la légitimité des urnes qui était Macron avec sa majorité, la majorité absolue de l'Assemblée nationale et la légitimité de la rue ou de l'opinion publique puisque le mouvement était majoritairement soutenu par l'opinion publique.
Là, ce mouvement-là, on ne sait pas quelle sera son ampleur, est-ce que ce sera plus ou moins, on n'en sait rien, mais en revanche, ce qu'on peut dire, c'est qu'il aurait peut-être certainement la légitimité de la rue de l'opinion publique mais surtout, il a la légitimité des urnes en ce qu'il est légitime à dire vous, monsieur Bayrou, le gouvernement Bayrou n'avez pas légitimité pour conduire pour ce budget puisque, en réalité, c'est que par un jeu institutionnel et en quelque sorte la complicité, si je peux dire, entre le Parti socialiste et le Rassemblement national, enfin la complicité avec le gouvernement en place de ces deux partis qui n'ont pas voté la censure et en fait, le gouvernement actuellement, il tient quand même parce que le Parti socialiste et le Rassemblement national jusqu'alors n'a pas voulu voter la censure.
Donc on comprend que pour vous, le clivage les grands contre les petits c'est plutôt ça que le clivage gauche-droite enfin c'est venu remplacer un peu le clivage gauche-droite et qu'on vit une période spécialement propice du fait de ce conflit de légitimité que vous décrivez dans le rapport entre la rue et les urnes. Paola Seda, du point de vue du choix des réseaux sociaux, il y a une évolution par rapport aux Gilets jaunes qu'on peut observer si ce n'est plus Facebook le lieu de rassemblement de ces mouvements ?
Alors, il y a plusieurs points de convergence avec la mobilisation des Gilets jaunes qui a été un mouvement en tout cas très important et qui a marqué certainement l'histoire en fait des luttes en France.
Déjà, on voit que la mobilisation est partie en ligne donc ce n'est plus Facebook parce qu'évidemment les usages d'Internet évoluent et de plus en plus les outils des messageries instantanées comme Telegram, comme Signal, comme WhatsApp prennent un peu la forme du réseau social et donc sur Telegram, par exemple, on a aussi la possibilité de suivre des groupes affinitaires, de suivre l'actualité d'une façon qui est un peu différente par rapport à la consommation en fait et à des médias traditionnels et donc cette idée du groupe affinitaire et du public en fait qui est rassemblée autour d'une cause et aussi permise par les outils des messageries instantanées.
Donc on voit une primauté de ces outils qui n'est pas nouvelle, qui était déjà présente dans d'autres mouvements sociaux très différents mais qui utilisent les mêmes répertoires comme par exemple le soulèvement de la terre qui font un usage assez important dans la coordination des actions collectives, des télégrammes et des signales notamment et qui en fait semblent avoir cette capacité désormais à segmenter les publics, à sélectionner différentes plateformes dans une logique vraiment multiplateforme pour pouvoir à la fois sensibiliser, centraliser l'information, la diffuser d'une façon vraiment capillaire au sein des différents publics en ligne et en même temps utiliser ces outils comme une forme organisationnelle véritable donc pour coordonner des actions sur l'espace physique mais aussi pour monter des groupes de travail en fait des véritables projets si vous regardez sur toute la sphère indignez-nous il y a une multitude de petits projets qui se mettent en place sur le visuel sur les revendications sur les actions sur les formations des obéces civiles donc il y a vraiment cette espèce de modalité d'organisation par projet qui passe par les outils numériques mais en tout cas je voulais juste réagir par rapport au débat qui a été démarré tout à l'heure sur un peu on va dire les contournements des répertoires des luttes classiques comme la grève ou la manifestation je pense qu'il faut aussi prendre en compte les contextes en fait social vraiment d'individualisation des pratiques de communication qui se situent plutôt sur les temps longs mais aussi les difficultés en fait à organiser la grève on l'a vu aussi dans le cadre de la mobilisation contre la réforme des retraites qui a été massive en termes de participation en manifestation des rues mais qui a été très faible du point de vue de l'organisation de la grève donc je pense que ce type de mouvements là ces nouveaux mouvements essayent aussi de contourner ces difficultés et de chercher des nouvelles solutions des nouveaux répertoires dans les blocages dans les boycotts mais qui sont beaucoup plus individualisés donc je rejoins en fait la collègue sur ces points
oui c'est très intéressant ce que vous me dites c'est à dire que du point de vue de la stratégie sur les réseaux sociaux il y a une stratégie multicanale et ça ça offre de la visibilité au maximum et en même temps on a des boucles ou des plus petits groupes ce qui permet de s'organiser et peut-être un peu de se cacher je ne sais pas dans quelle mesure il y a une tactique anti-répression qui est mise en oeuvre et enfin je retiens aussi ce que vous avez dit Paola Seda puis je vais faire réagir nos invités en studio sur ça cette question de la fin de la grève un mot dessus Isabelle Godefroy puis on va essayer d'avancer sur la question du contenu politique de ces revendications est-ce que la grève est un mode d'action terminée d'un point de vue d'un mouvement social ?
Terminée je ne sais pas ce qui est sûr c'est que je pense que la précédente expérience de mobilisation contre la réforme des retraites de 2023 a créé des déceptions et que ça ne m'étonnerait pas qu'on retrouve là dans cette mobilisation beaucoup de personnes qui ont été déçues qui ont vu que la grève perlée ne fonctionnait pas et qui cherchent des modalités alternatives de blocage et alors
si on en vient un peu au contenu politique il n'y a pas de revendications très claires il y a une réaction au plan d'austérité de François Bayrou vous avez commencé à décrire Elisabeth Godefroy à travers les répertoires d'actions mobilisés par les deux grands groupes donc indignons-nous et les essentiels deux lignes politiques l'une plutôt tendance gauche l'autre plutôt à droite est-ce que brutalement si je vous pose la question comme ça bloquer le 10 septembre comme le fait l'appel c'est de gauche ou de droite on peut le dire ou au contraire c'est vraiment être apartisan voire refuser le clivage l'objectif
alors peut-être un premier point c'est sur l'usage de ces catégories de gauche et de droite c'est vrai qu'on a tendance à vouloir les appliquer aux mouvements sociaux mais a priori c'est plutôt des catégories qui sont valides pour la politique institutionnelle et le parlement voilà donc c'est vrai qu'en tant que spécialiste des mouvements sociaux on n'a pas forcément recours à ces catégories là même si elles peuvent aider à décrire les affinités des participants on peut parler de mobilisation progressiste conservatrice même si pour aller rapidement on peut parler de gauche et de droite et on voit bien à quoi ça fait référence mais non je ne pense pas que pour l'instant on puisse dire que se rendre à la mobilisation du 10 septembre ça veut dire qu'on est de gauche et de droite de la même manière que quand les gens ont commencé à se mobiliser dans les cadres des gilets jaunes ça n'était pas forcément lié à une affinité une orientation politique marquée et unique et pourtant quand on regarde
les sites de ces deux mouvements et alors je poursuis ce fil des répertoires d'action ce qui m'a frappé en les regardant c'est quand même qu'il y a un très fort contraste entre les deux un contraste graphique mais aussi de ton indignons-nous c'est des grands bandes au noir une liste de chaînes télégramme c'est un site assez peu élaboré avec des codes graphiques qui renvoient plutôt à des collectifs d'extrême gauche à l'inverse quand on regarde les essentiels on est sur un site très bien équipé des tombes bleu-blanc-rouge il y a un logo qui est vraiment presque le même que celui du MP avec un arbre cerclé et il y a un récit commun rédigé une proposition vraiment très formulée et je ne sais pas si c'est très bien dit ce que François Boulot vous avez observé ces mêmes tensions entre la gauche et la droite et c'est quand même le fait qu'on a deux mouvements un peu différents qui vont ou non converger le 10 septembre c'est ça qui est un peu mystérieux quand même
oui mais en fait c'était tout aussi mystérieux pendant le mouvement des Gilets jaunes désolé j'y fais tout le temps référence non pas que je crois que ce soit les mêmes mouvements pas du tout mais c'est juste que dans l'essence effectivement je vois des caractéristiques communes donc je parle de ce que je connais et ce qui quand même a fonctionné dans le mouvement des Gilets jaunes et ce qui pourrait fonctionner ou non pour le 10 septembre en fait les gens ils ont envie de s'aller sur leur colère effectivement c'est pour ça le titre de l'émission est particulièrement bien choisi c'est que les gens s'allisent sur la colère pour dire stop et après ils essaient je dirais la multiplication des moyens d'action qu'on voit fleurir et après je dirais la réalité décidera si ça prend et si ça prend par quels moyens mais l'hétérogénéité des moyens d'action qui sont proposés dit à mon avis effectivement que les gens cherchent désespérément comment se faire entendre comment pouvoir mener le rapport de force et s'agissant de la grève à mon avis ils n'ont pas forcément totalement abandonné mais ce qui est certain c'est que les syndicats sont à leurs yeux largement discrédités notamment parce qu'effectivement je rejoins les deux intervenantes de l'émission c'est que le mouvement contre la réforme bien-traite il y a deux ans il a échoué c'est les syndicats qui étaient à la manœuvre du mouvement social ils avaient le soutien de 70% de la population c'était 90% des actifs et il y a eu une défaite et ce que je peux dire parce que c'est ce qui tournait à l'époque chez les Gilets jaunes c'est qu'ils n'en pouvaient plus des stratégies syndicales qui consistent à faire une journée de grève par mois c'est-à-dire que je pense que personne ne serait contre dans le mouvement qui est en train de se créer que les syndicats se joignent à la partie ce qui est en cours mais simplement si vous voulez vous joindre c'est un appel à la grève générale limitée c'est-à-dire on y va une bonne fois pour toutes et sinon ça ne sert à rien de venir et de faire la même stratégie qu'a déjà causé la défaite il y a deux ans
j'ai une question un peu naïve Paola Seda est-ce que des sites internet comme je l'ai dit celui des essentiels notamment est assez élaboré est-ce que ça nécessite des financements est-ce qu'il faut imaginer des financeurs derrière ces mouvements ou absolument pas c'est quelque chose qu'on peut faire de manière un peu artisanale
alors on pourrait on pourrait envisager des financeurs mais ce qu'on peut remarquer je trouve et qu'on voyait aussi dans les mouvements des gilets jaunes c'est une certaine créativité en fait de ce mouvement et une certaine maîtrise de l'outil c'est-à-dire qu'il y a quand même à travers les outils les outils numériques on peut réaliser des visuels à bas coût qui sont assez efficaces et on peut avoir une stratégie en fait assez professionnelle y compris dans le cadre du mouvement social assez professionnelle pour diffuser l'information militante d'une façon très efficace comme je le disais à travers les différentes plateformes vraiment en segmentant et en adaptant les contenus aux différents publics et surtout en fait en créant en sollicitant des plateformes qui aussi segmentent les niveaux d'engagement c'est-à-dire on peut avoir un engagement très faible partageant simplement du contenu militant dans nos propres réseaux privés et personnels mais on peut avoir une forme d'engagement beaucoup plus forte donc il y a aussi cette façon en ligne d'optimiser les niveaux d'engagement et les différents types de tâches militantes de travail militants dans le cadre de ces mouvements qui mobilisent beaucoup les répertoires en fait d'informations et de communications et pour lesquels la visibilité numérique c'est-à-dire la médiatisation des actions est quelque chose qui est prise en charge d'une façon autonome c'est des mouvements qui formulent aussi une critique assez sévère vis-à-vis des médias traditionnels et donc le répertoire médiatique consiste aussi à pouvoir maîtriser en fait la représentation médiatique du mouvement et la publicisation du mouvement d'une façon qui est autonome par rapport à la question du répertoire de la grève oui je ne pense pas qu'il soit complètement abandonné mais il y a vraiment une forte déception une forte difficulté à organiser la grève qui ne vient pas forcément on va dire des organisations syndicales mais qui vient aussi d'une et ça il ne faut pas l'oublier d'un processus en tout cas de démantèlement des collectifs de travail d'individualisation des carrières qui vient aussi des nouveaux modes de management et de la faible
syndicalisation aussi globalement dans les entreprises en France donc on comprend bien que la grève est perdue en efficacité donc j'entends dans ce que vous dites Paola Seda c'est très intéressant c'est très intéressant que différentes plateformes c'est aussi différents modes d'engagement et profondeur d'engagement et qu'il y a évidemment dans les réseaux sociaux une critique des médias qu'il nous faut prendre en compte je vous propose d'écouter les réactions politiques à cet appel au blocage du 10 septembre
le 10 septembre nous participons et nous appelons tous ceux qui sont en colère à la fois contre la politique budgétaire injuste et dangereuse de ce gouvernement qui sont en colère contre l'autoritarisme de ce gouvernement qui sont en colère contre l'inaction écologique de ce gouvernement à participer aux différentes actions qui auront lieu autour du 10 septembre les modes d'action seront décidés par le mouvement lui-même et donc moi j'invite toutes celles et ceux qui nous écoutent à participer à un mouvement de censure populaire parce qu'il faut arrêter la politique d'Emmanuel Macron d'urgence
nous par principe on ne s'improvise pas comment dire instigateur de manifestations par contre oui moi je comprends la détresse de ces français vous savez moi dans ma circonscription en Gironde je reçois chaque semaine des personnes qui viennent me voir parce qu'elles n'arrivent plus à joindre les deux bouts et ce sont des personnes qui travaillent vous voyez ce ne sont pas des assistés ce sont des gens courageux et donc forcément moi je comprends ces français qui exaspérés ne trouvent pas d'autres solutions que de repartir dans la rue je participerai à ma place c'est-à-dire en arrière-plan puisque c'est un mouvement citoyen mais j'y participerai bien sûr en arrière-plan c'est un soutien ça n'est pas une récupération et par ailleurs là j'alerte sur le fait que la souffrance dans le pays augmente d'une manière tout à fait significative et puis il y a vraiment des gens qui ne savent pas de quoi demain sera fait il y a des gens qui sont en mode survie permanent ça c'est pas possible donc moi je trouve que ce mouvement c'est un mouvement quelque part de révolte pour vivre bien
Mathilde Panot de la France Insoumise Edwige Diaz députée du Rassemblement National et Sandrine Rousseau d'Europe Écologie Les Verts on entend quand même dans ces trois voix François Boulot une même prudence il y a des gens qui sont courageux des gens qui sont obligés de survivre etc mais il y a une petite distance quand même
Oui c'était la même distance qu'il y a six ans je crois que les partis politiques étaient très prudents à cette époque ils ne savaient pas trop ce que ça allait donner bon aujourd'hui il y en a qui soutiennent quand même d'ores et déjà parce qu'ils n'ont pas envie justement d'avoir le même reproche que celui qu'on leur avait fait il y a quelques temps je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée parce qu'effectivement si les mouvements les gens qui sont en train de se mobiliser de créer le cadre de la mobilisation se revendiquent déjà comme un partisan c'est précisément pour un pouvoir conserver la direction du mouvement c'est-à-dire que le mouvement puisse rester autonome de toutes les organisations traditionnelles partis politiques et syndicats et la deuxième raison évidente c'est de pouvoir rester fort fédérer au maximum éviter les étiquettes pour éviter les clivages traditionnels encore une fois le but c'est de pouvoir rassembler sur la colère on n'est peut-être pas d'accord aujourd'hui sur l'alternative politique qu'on voudrait mener dans le pays c'est évident mais en revanche fédérons au maximum la colère pour essayer de gagner le rapport de force avec le pouvoir qui encore une fois s'est maintenu en place contre le résultat des élections des dernières élections législatives
Vous avez commencé à le dire contrairement au moment des Gilets jaunes on voit quand même que la France insoumise s'engage beaucoup plus tôt Elisabeth Godefroy on peut réfléchir quand même à ce moment assez particulier de la colère populaire qui s'exprime donc dans cet appel du 10 septembre c'est un sentiment mais c'est un moment politique aussi à manier avec prudence on n'est pas dans de l'abstention passive ni encore dans la proposition politique ça la France insoumise elle l'a quand même théorisé son rapport à la colère populaire c'est un élément de stratégie pour elle
Oui tout à fait je pense que là la France insoumise tire les leçons des Gilets jaunes en essayant de se positionner en amont et non pas après quelques semaines après avoir fait une sorte d'autocritique sur le temps qu'elle avait mis peut-être à soutenir le mouvement des Gilets jaunes au départ et je pense que Jean-Luc Mélenchon avait fait cette même analyse au moment des Gilets jaunes c'est-à-dire que ce type de mouvements citoyens horizontaux s'inscrient dans ce qu'ils théorisent comme la révolution citoyenne ces mouvements qui se revendiquent du peuple peuvent faire écho au fait qu'ils se revendiquent comme un populiste de gauche voilà donc ça
vous avez dit Jean-Luc Mélenchon il y a bien réfléchi mais il y a quand même une vraie stratégie du clivage à la France insoumise c'est censé tirer sur le eux et le nous et augmenter l'écart entre les groupes de population et leur représentation ça c'est censé servir à l'émancipation du peuple à minima la révolution chacun y mettra les objectifs qu'il veut je ne sais pas s'il a dit comment le formulerait les dirigeants de la France insoumise mais il y a là la stratégie du clivage que Jean-Luc Mélenchon veut récupérer pour lui qu'est-ce que vous en pensez François Boulot ?
Moi je pense qu'il vaudrait mieux que tous les partis politiques y compris LFI se tiennent à distance Oui mais ce n'est pas le cas Ce n'est pas le cas et à mon sens ça ne peut qu'être de nature à affaiblir le mouvement qui est en train de se créer voilà ce que je pense parce que fondamentalement dès lors que le mouvement aura une coloration politique de gauche ou de droite le clivage enfin le camp d'à côté ou d'en face qui aurait bien aimé participer il va se dire moi je reste à la maison donc ce qui serait une erreur parce que je pense que ce pouvoir a bien besoin d'un mouvement contestataire et pour lui dire stop parce qu'encore une fois il n'a pas il n'a pas la légitimité des urnes pour pouvoir mener le budget qu'il a envie de mener
Les mouvements populaires Paola Seda donc ces mouvements de colère dont on parle c'est aussi des mouvements de classe les bourgeois politiquement ne se mettent pas en colère c'est un peu l'apanage du peuple est-ce qu'à votre avis le mouvement social en ligne tel qu'on l'observe aujourd'hui c'est une garantie d'horizontalité par là même un pied de nez aux professionnels de la politique et aux élus
Pas vraiment il ne faut pas il ne faut pas tomber dans les pièges de l'horizontalité déclarative moi je pense que les inégalités restent dans les débats en ligne les capitales culturelles les capitales militants est une arme pour convaincre pour influencer je pense que les militants ont vite investi ces espaces numériques ils ont reçu la leçon des gilets jaunes et donc on les a vu mobiliser les militants de tous bords dans ces débats donc il y a quand même des nouvelles inégalités qui se créent autour aussi de personnes qui organisent modèrent animent ces espaces en ligne détiennent l'information donc l'information et la compétence informationnelle est aussi un nouveau dispositif de pouvoir donc je pense qu'on n'est pas on n'est pas à l'abri des nouvelles formes en tout cas d'inégalités et donc ces espaces ne sont pas complètement en fait étrangers à des nouvelles formes de pouvoir interne en tout cas des réflexes qu'on pourrait retrouver dans les autres appareils politiques traditionnels en tout cas on voit que le monde politique et le monde syndical essaient de réagir il y a aussi des tentatives de relayer l'appel au sein des organisations syndicales de certaines unions départementales comme celle du nord dans laquelle j'habite les 59 donc on va voir qu'est-ce que ça va donner mais en tout cas j'ai l'impression que la constitution vraiment de l'identité du sujet politique est extrêmement importante et d'un point de vue électoraliste entre guillemets les partis politiques vont essayer en tout cas de pouvoir canaliser quelque part les mouvements et en même temps c'est un mouvement qui reprend pas mal la rhétorique anti-partisane qui est aussi une rhétorique qui est propre aux nouveaux partis des mouvements comme celui de la France insoumise et comme celui d'Emmanuel Macron y compris donc c'est assez paradoxal c'est-à-dire que les mouvements refusent les organisations partisanes tout en récupérant une rhétorique en fait populiste qui est aussi devenue une stratégie discursive des nouveaux partis et mouvements et des nouvelles entreprises en fait qui sont construites autour des personnalités politiques comme celle de Mélenchon ou de Macron
quand on alors on a parlé de la stratégie de la France insoumise du côté du Rassemblement National on entendait Edwige Diaz qui n'appelle pas à soutenir vraiment qui dit simplement comprendre puisqu'elle rencontre des gens qui ont du mal à joindre les deux bouts dans sa permanence en Gironde comment interpréter cette prudence du Rassemblement National François Boulot
moi de toute façon j'ai toujours du mal à suivre le Rassemblement National parce qu'il vote la censure sur le gouverneur Barnier mais il ne le fait pas pour le gouverneur Bayrou ça c'est bizarre après là on l'interprète généralement le Rassemblement National est peu enclin à soutenir les manifestations alors là ils n'ont peut-être pas envie de soutenir ça mais en même temps ils voient bien qu'il y a une partie peut-être de leurs électeurs qui sont en train de se mobiliser qu'en tout cas le budget Bayrou attaque directement une partie de son électorat donc je pense que c'est ça en fait qui explique que le Rassemblement National a du mal à se situer et que tout simplement il est un peu le cul entre déchets si je peux me permettre l'expression et comment je fais pour ne pas perdre trop d'électeurs et prendre position sans paraître trop confus
Elisabeth Godefroy on a compris ce que pouvait attendre à la fille de ces mouvements de colère que craint le RN à votre avis
il me semble dans un premier temps que c'est effectivement pas tellement dans l'ADN du Rassemblement National et même du Front National avant de soutenir ou de participer à des mobilisations populaires
oui par principe nous ne sommes pas instigateurs de manifestations dit Edwin Diaz par principe
dans le cas des Gilets Jaunes c'est vrai qu'il y avait eu un soutien à certains mots d'ordre là on l'a bien entendu dans l'extrait que vous avez passé l'idée que quitte à déformer un peu ce que disent les participants il y en a qui travaillent et puis d'autres qui profitent donc ça le Rassemblement National soutient dans le principe mais ce qu'on voyait ce qu'on a vu au moment des Gilets Jaunes c'est que assez rapidement dès que le mouvement commence à déborder un peu qui commence à y avoir de la violence là le Rassemblement National devient forcément très frileux et a sans doute quand même une certaine idée de l'ordre et ne souhaite pas le désordre dans la rue et effectivement c'est pas dans sa stratégie de créer ces rapports de force là en dehors du champ politique le parti veut représenter le peuple mais pas comme la
mais pas dans la rue et ça c'est pas quelque chose
qui évolue un peu si on compare avec la France Insoumise par exemple je pense que la stratégie de la France Insoumise est clairement mais comme ont pu le faire certains partis de gauche dans le passé c'est pas nouveau d'avoir un pied aussi d'entretenir des relations avec des composantes de l'espace protestataire et il me semble que c'est moins le cas dans le cas du Rassemblement National
La question de l'extrême droite me semble assez complexe puisque alors on l'a dit donc on a nos deux grands mouvements indignons-nous plutôt progressiste social pas beaucoup de thèmes d'extrême droite ni sur le site ni dans les appels l'autre des essentiels si je suis allé regarder ce site c'est assez étonnant on a des éléments alors on a des codes j'en ai dit un mot de la droite souverainiste il y a des éléments plutôt conspirationnistes même qu'on pourrait rapprocher de l'extrême droite sur les francs-maçons notamment et puis il y a aussi j'ai trouvé ça très déconcertant un discours religieux sur la laïcité assez proche du catholicisme dans le lexique même alors j'avais j'avais noté le site le slogan qui est mis en avant c'est avec vous par vous pour vous c'est presque une reprise des paroles du prêtre de l'Eucharistie par lui avec lui en lui et puis ils disent bien il y a une citation de l'évangile de Matthieu pour dire il faut promouvoir l'accueil de l'étranger donc on est sur un mouvement que je trouve très difficile à classer et il critique aussi le néolibéralisme de l'Union Européenne les énergies fossiles qu'est-ce que vous en pensez Elisabeth Godefroy ni de gauche ni de droite c'est un mouvement qui dit il faut du bon sens il faut aller chercher les solutions partout
locales alors sur la question des essentiels c'est vrai qu'il y a quelques éléments un peu troublants et qu'à vrai dire je ne pourrais pas tellement expliquer comme les références religieuses etc mais c'est vrai que dans les mots d'ordre notamment souverainistes en fait ils reprennent des revendications qui sont portées par toute une myrielle de petits partis politiques souverainistes d'extrême droite comme les patriotes de Florian Philippot l'UPR de François Asselineau et moi c'est vrai que leur rhétorique m'a fait penser à ça ensuite il n'y a pas d'anti-émigrationnisme non mais c'est vrai que si vous regardez le discours de François Asselineau ou de Florian Philippot pour faire la comparaison c'est pas forcément la préférence nationale qui le mette au premier plan ensuite effectivement il y a une critique des partis politiques puisque les essentiels demandent il me semble la dissolution du monopole des partis donc c'est intéressant là à mon avis de bien distinguer différentes formes de critiques de la représentation politique et des partis d'un côté on a Indignons-nous qui demande plutôt aux députés d'agir et de déposer une motion de censure ce qu'annonce faire la France Insoumise et de l'autre ces essentiels qui veulent carrément abolir les partis politiques les supprimer ou du moins réduire leur puissance et là c'est vrai que ça peut faire penser à une rhétorique pour le coup de droite ou d'extrême droite qui voit les partis politiques comme des diviseurs du corps social qui devrait être unis et chez les deux l'appel à la démission d'Emmanuel Macron c'est quelque chose d'assez commun alors moi je fais une distinction entre l'appel à la démission d'Emmanuel Macron et l'appel à la destitution pour moi c'est pas la même chose la démission c'est un acte de responsabilité la destitution elle sous-entend qu'Emmanuel Macron aurait commis un acte de trahison et qu'il faudrait qu'une autorité supérieure le démette de ses fonctions autant dans chez les gilets jaunes on retrouvait ça faisait partie des slogans d'ailleurs la démission d'Emmanuel Macron autant alors cette question de la destitution on la retrouvait chez certaines composantes des gilets jaunes et qui était justement plutôt d'orientation souverainiste pour le Frexit avec parfois des lectures un peu complotistes de la politique
et du monde social en tout cas ce qu'on voit c'est que parfois on est au-delà de la colère avec déjà des contenus programmatiques qui s'esquissent dont il faudra suivre un mot de conclusion tous les trois et à quoi vous vous attendez en termes de mobilisation mercredi 10 septembre sachant que la médiatisation à laquelle on participe là en ce moment va jouer un rôle important François Boulot
Moi je crois que si on prend un peu de recul qu'est-ce que peut obtenir ce mouvement en fait à l'instant T c'est une coalition des colères qui peut faire tomber le gouvernement Bayrou et peut-être paralyser l'action d'Emmanuel Macron maintenant je ne voudrais pas donner le sentiment que je suis un anarchiste et que je veux le chaos il faudra à un moment donné qu'on puisse dépasser nos désaccords politiques actuels qui sont profonds dans le pays et notamment j'attire l'attention des gens sur le fait que l'Union Européenne de par l'euro et le marché unique européen nous contraint dans une certaine politique économique on ne peut pas mener une politique économique véritablement alternative et ce débat là je regrette vraiment qu'il soit très rarement mené dans les médias et notamment lors des campagnes politiques alors c'est peut-être le choix des partis politiques mais toujours est-il que cette question est un tabou et je pense que malheureusement tant que ce sera un tabou on ne pourra pas en sortir
En tout cas pour le mouvement vous voulez dire que ça va peut-être venir faire tomber le gouvernement Bayrou en même temps que les propositions de censure parlementaire en un mot si c'est possible Paola Seda à quoi vous vous attendez une mobilisation importante ou non ?
Alors c'est très difficile à prévoir Oui j'imagine ça dépendra de l'attention médiatique
sûrement
Il y a aussi ça et puis j'ai l'impression qu'il y a aussi quand même l'engagement des cadres militants et la capacité en fait de rassembler les plus possibles les organisations et de rendre la mobilisation les plus possibles unitaires là pour l'instant on n'en est pas là Donc pour vous
paradoxalement ça va dépendre en fait de la mobilisation des cadres syndicaux et partisans Un dernier mot Elisabeth Godefroy des mouvements depuis les gilets jaunes en ligne qui n'ont pas pris vous en avez vu un certain nombre ?
Oui alors il se trouve qu'à peu près tous les étés je vois passer ce type d'appels alors parfois le reste de l'année mais singulièrement l'été et là généralement on n'entend jamais parler des appels à bloquer ou à ne plus consommer etc. ça j'en vois souvent passer là ça prend mais voilà je me demande s'il n'y a pas une petite distorsion entre la réalité numérique des personnes réellement engagées et l'ampleur médiatique que c'est en train de prendre
en espérant que la saison estivale et son creux médiatique d'actualité ne soient pas la cause de cette attention merci merci beaucoup à tous les trois Paola Céda maîtresse de conférence en sciences de l'information et de la communication à l'université de Lille François Boulot ancien avocat représentant officieux des gilets jaunes Elisabeth Godefroy doctorante en sciences politiques à Sciences Po Bordeaux et je remercie toute l'équipe de questions du soir qui a préparé cette émission Jules Crétois Victoria Géraud-Vellemont Louise Cognard Alice Chavaran et Maudie Haïch à la réalisation fin de montée à la technique Ludovic Auger