Brigitte Bardot : "La plus grande star internationale que la France ait jamais connue (qui ne soit pas footballeur)"
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Peut-on être terriblement moderne et farouchement réactionnaire, magnifiquement lumineuse et violemment misanthrope ?
- 1:57OuverteÉludée
Si vous deviez expliquer à un enfant qui était Brigitte Bardot ?
- 2:37OuverteÉludée
Simonetta Greggio, expliquez à un enfant qui était Bardot ?
- 3:10OuverteÉludée
Yves Bigot, quel serait le côté Clyde de Brigitte Bardot ?
- 4:11OuverteÉludée
La liberté est-elle le mot qui résume le mieux Bardot ?
- 6:32OuverteÉludée
Bardot a-t-elle eu un impact fort en faveur du féminisme ?
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« La plus grande star internationale que la France a jamais connue et qui ne soit pas footballeur. »
- 3:38InvitéFait
« C'est sans doute elle qui a eu le plus fort impact en faveur du féminisme et des droits de la femme dans le monde. »
- 3:53PrésentateurFait
« Le féminisme, je m'assoie dessus. »
- 4:06PrésentateurFait
« Dans cette France d'après-guerre et d'avant les Trente Glorieuses, c'est la liberté. »
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« Elle les a dites surtout par rapport, et d'ailleurs quasiment que par rapport aux animaux. »
- 10:40PrésentateurFait
« Vous rappeliez cinq condamnations pour incitation à la haine. »
- 13:12InvitéFait
« Bob Dylan, prix Nobel de littérature, a écrit sa première chanson pour Brigitte Bardot. »
- 13:51InvitéFait
« Mais je les aurais abîmées moi ces chansons. »
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« Bardot est effectivement proche du Front National et du Rassemblement National. »
- 19:58InvitéFait
« Elle a soutenu Marine Le Pen. »
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France Inter, Simon le Baron, le 6-9. Peut-on être terriblement moderne et farouchement réactionnaire, magnifiquement lumineuse et violemment misanthrope, inlassable défenseur du vivant et capable des pires sorties racistes ? Eh bien, Brigitte Bardot était tout cela, à la fois ou successivement, star mondiale, mythe français, pionnière de la cause animale. On va tâcher d'en parler ce matin dans toute sa liberté et donc dans toute sa complexité et dans tous ses excès. Trois invités dans ce grand entretien. Antoine Debecq, bonjour. Bonjour. Historien, critique de cinéma, de théâtre.
Vous avez écrit une biographie sobrement intitulée Bardo, avec cette couverture jaune aux éditions Les Pérégrines. Un autre biographe de Bébé avec nous. Yves Bigot, bonjour. Bonjour, Simon. Brigitte Bardot, la femme la plus belle et la plus scandaleuse au monde. C'est le titre de votre livre chez Point, homme de radio, homme de télévision. Yves Bigot est vrai tropezien. Dites-vous, vous avez croisé Bardot dès votre enfance. Et elle nous répond depuis Saint-Tropez, justement, la romancière italienne Simonetta Greggio. Bonjour.
Bonjour.
Vous avez coproduit La Grande Traversée sur France Culture, consacrée à Bardot, élu par Virginie Effira. Et vous avez publié Mes Nuits sans Bardot, portrait romancé de l'icône chez Albain Michel. Dialoguez avec nous aussi, comme d'habitude, vous qui nous écoutez. 01 45 24 7000 et application de Radio France. Vous connaissez le moyen de nous appeler, de nous écrire. J'ai tenu à évoquer en quelques mots la complexité du personnage. Très difficile à résumer.
Mais si vous deviez, en quelques mots, chacun, chacune, expliquer à un enfant, un adolescent, un jeune qui n'a pas connu, évidemment, les années 60, mais qui n'aurait même pas vu les films de Bardot, si vous deviez lui expliquer qui elle était, qui elle l'est, qui elle reste,
que lui diriez-vous, Antoine Debecq ? Je dirais que c'est un phénomène. Il y a un événement Bardot, un avènement Bardot. un corps qui apparaît à un moment, une manière de parler. Je pense que c'est quelque chose que tout le monde peut entendre, qui est foncièrement original et qui fait polémique. Je pense que c'est ça qui est intéressant aussi chez Bardot, c'est qu'elle provoque les débats, elle provoque les fureurs ou au contraire les adhésions très fortes. Et voilà, c'est cette forme-là un peu, je dirais, Bardot. Simonetta Greggio, Bardot, expliquez à un enfant. Je l'ai fait avec ma petite nièce qui a 12 ans et qui a adoré la figure de Bardot.
Et elle m'a dit, mais qu'est-ce qu'elle a cette femme de si merveilleux ? À part le fait qu'elle est très belle. Et je lui ai dit, c'est le prix à payer pour être libre, ma chérie. Et ça, c'est vraiment le prix qu'une femme doit payer pour être libre. Donc, étudie ce qu'a fait cette femme pour voir un peu comment on fait, pour tracer sa route dans un monde d'hommes, surtout à son époque. Et Yves Bigot ? La plus grande star internationale que la France a jamais connue et qui ne soit pas footballeur.
Tout simplement. La seule, à son époque, en tout cas, à pouvoir faire de l'ombre à Marilyn Monroe.
Oui, bien sûr. Et elles se sont rencontrées, d'ailleurs, à Londres, à une soirée qui était donnée par la reine Elisabeth II. Alors que Bardot était à peine connue. Elle avait déjà une petite carrière en Grande-Bretagne. Elle n'était toujours pas connue en France à ce moment-là. L'autre aspect de Bardot qui est essentiel, c'est que c'est sans doute elle qui a eu le plus fort impact en faveur du féminisme et des droits de la femme dans le monde.
Alors qu'elle disait, pourtant qu'elle n'était pas féminisme. Le féminisme, je m'assoie dessus. Et on reparlera de ses déclarations racistes, de ses condamnations aussi. Mais ce qu'elle a symbolisé, et ça, c'est un fait historique, dans cette France d'après-guerre et d'avant les Trente Glorieuses, c'est la liberté. C'est le mot qui la résume le mieux, Antoine Debecq ?
Oui, je pense que c'est un mot en tout cas qui est très juste par rapport à Bardot. La liberté de choisir les hommes qu'elle veut aimer. La liberté d'être la prédatrice et plus la proie. C'est Simone de Beauvoir qui écrivait ça sur Bardot. Et je pense que Bardot a fait qu'on a beaucoup écrit sur elle. Ça a été un phénomène, les intellectuels. De Truffaut, Agrodard, Marguerite Duras. De Marguerite Duras à François Sagan, à Simone de Beauvoir. On a écrit sur Bardot parce qu'elle signifiait quelque chose. Et ce qu'elle signifie, je pense que fondamentalement, oui, c'est une autre manière d'être femme.
Par exemple, au cinéma, tout simplement, le fait de faire imploser l'emploi de la jeune première. Tout d'un coup, Bardot, avec sa manière d'être, son corps, sa liberté sexuelle, sa manière de parler, elle fait véritablement apparaître quelque chose de moderne, de contemporain, surtout, dans le cinéma. Et ça, Truffaut et Godard ne l'ont pas raté là-dessus. Ils ont vu tout de suite ça.
Alors qu'elle était moquée, son talent d'actrice était dénigré.
La Nouvelle Vague l'a vue. Elle a vu qu'elle pouvait faire exploser. La Nouvelle Vague a vu qu'elle pouvait être, non pas une actrice, parce que ça ne l'intéressait pas d'avoir une nouvelle actrice. Ce n'est pas Jeanne Moreau. La Nouvelle Vague a travaillé avec Jeanne Moreau, mais a travaillé avec Bardot, notamment Godard, bien sûr, dans Le Mépris, parce qu'elle était ce corps si particulier. Godard a dit, je traite Bardot comme une plante, comme quelque chose qui symbolise un état d'être qui est la société de consommation de l'époque, qui est cette modernité, ce rapport à la célébrité, ce rapport à l'Amérique aussi. Voilà, tout ça, les jeunes gens de La Nouvelle Vague l'ont vu.
Ils ont filmé la réalité, disons, de 1958, de 1963 sur Bardot.
Une façon de bouger, de parler, d'être tout simplement à l'écran, qui, à partir en particulier de « Et Dieu créa la femme » de Vadim, qui était son mari aussi, en 1956, a fait, on le disait, exploser, voler en éclats la bienséance, les conventions sociales de l'époque. C'est ça qui s'est passé, c'est ça qui a provoqué Bardot dans cette France, Yves Bigot.
Oui, c'est une femme libre, elle incarne la liberté, elle incarne aussi la joie de vivre, mais aussi l'existentialisme, aussi, d'une certaine façon. C'est pour ça que La Nouvelle Vague, avec son naturel et incroyable, c'est antiché d'elle, « Et Dieu créa la femme », en fait, a été reconnu, alors qu'il n'était pas destiné à l'être, comme un des premiers films de La Nouvelle Vague.
Mais oui, vous l'avez dit, elle incarne cette liberté absolue qui est celle de ce rêve incroyable des années 60, qui est la vie thaïtienne, disait Naïs Nin, cette vie à Saint-Tropez où on peut être nu, où on peut s'aimer comme ça d'un jour sur l'autre, où on est une bande de copains aussi, qui réinventent le monde en fonction de ses désirs, en fonction de ses aspirations, et en brisant et en bousculant complètement les conventions.
Vous avez employé le mot « désir » à l'instant, Yves Vigo, cette façon d'incarner le désir, celui qu'elle suscitait chez les hommes, bien sûr, mais aussi le sien, son désir de femme, c'est ça qui a été quasi révolutionnaire, mais on parle, Simonetta Greggio, d'une personnalité complexe, bien souvent paradoxale. Elle a été symbole d'émancipation, de libération, mais aussi de fantasme masculin, c'est-à-dire qu'elle s'est toujours inscrite dans le regard des hommes.
Pas toujours, parce qu'elle a finalement lâché le morceau assez rapidement, même si c'est dans la vie privée. Elle a cherché l'amour tout le temps et toute sa vie, et d'ailleurs, elle a fini par le trouver. Moi, ce qui me stupéfie, c'est quand même qu'on continue de parler de Bardot comme si on était toujours en 1960, alors que depuis, elle a fait vraiment des choses, elle a fait vraiment bouger des choses. Depuis, elle a été la vieille dame digne et indigne qu'elle est devenue, et c'est devenu surtout une vieille dame, une vieille, vraiment une vieille. C'est le pouvoir de la grand-mère, là. Et là, personne ne l'évoque.
C'est comme si tout s'était arrêté à la Régie Renault et à Charles de Gaulle.
La Régie Renault, c'était ce qu'on disait à l'époque, c'est-à-dire qu'elle est aussi importante, voire plus importante pour la France que la Régie Renault.
Oui, alors que finalement, ce désir-là, ce fantasme-là, elle l'a fui, elle l'a...
Et elle a accepté de vieillir.
Elle a non seulement accepté de vieillir, mais elle a appuyé sur l'accélérateur pour vieillir et pour devenir ce qu'elle est devenue, c'est-à-dire qu'elle a une transvraie avec une femme qui a été éjectée du train et qui est devenue une sorte de sorcière qui a dit des choses qu'on ne dit pas. Elle les a dites surtout par rapport, et d'ailleurs quasiment que par rapport aux animaux, mais aujourd'hui, on veut voir l'extrême droite, la condamnation, alors que c'est beaucoup plus difficile d'approfondir, beaucoup plus difficile de comprendre ce qu'elle est devenue. Ça fait 70 ans que cette femme n'est plus la bardeau de Dieu créé à la femme, et on veut toujours voir ça.
Toute la journée d'hier, c'était encore des hommages là-dessus, alors qu'aujourd'hui, c'est une vieille dame qui s'est donnée corps et âme aux animaux et qui a terminé parmi ces animaux. Moi, hier soir, j'étais encore derrière la madrague, il y a son cimetière des animaux avec ses petites loupiottes et tous ces animaux depuis 70 ans sont tous là et elle veut être là parmi eux. Et c'est ça que moi je vois. C'est cette dame-là. Ce n'est pas la Brigitte Bardot qui a fait bander le monde entier. Je m'en breloque de ça. C'est fini tout ça.
Mais justement, vous dites, on est resté bloqué aux années 50-60, à cette image gravée à jamais sur la pellicule et elle-même, d'ailleurs, a souhaité rester, en tout cas pour le cinéma et dans l'imaginaire populaire, cette jeune femme, puisqu'elle s'est retirée avant 40 ans du cinéma. Mais quand vous entendez, Simonetta Greggio, certains célébraient en Bordeaux, la Française absolue, la Française par excellence, cette France disparue dont on ne pourrait qu'être nostalgique, qu'est-ce que vous en pensez ?
Ça me fait mourir de rire parce que d'un côté, sur Instagram ce matin, ça s'allume d'une détestation totale. Elle était d'extrême droite, elle était raciste, elle était ceci et cela. Et de l'autre côté... Ce qui est aussi vrai
qu'elle a été, vous rappeliez, cinq condamnations pour incitation à la haine.
Oui, mais c'est toujours par rapport aux animaux. Les réunionnais, c'est parce qu'ils prennent les petits chiens et ils les envoient aux requins pour faire des...
Oui, ce qui n'excuse rien, mais...
Ce n'excuse rien, mais ça n'empêche que pour elle, c'était le filtre. Donc, aujourd'hui, on veut voir ça. Et d'un autre côté, ah, mais la française absolue, l'irréprochable Marianne, mais pas du tout. Cette femme est beaucoup autre chose que tout ce qu'on dit. Ça n'est pas binaire comme ça. Ce n'est pas facile de mettre Bardot dans un truc parce qu'elle sort de partout, elle déborde de partout. Antoine Debecq. Oui, c'est tout à fait juste, elle déborde de partout, mais c'est aussi pour ça qu'il faut prendre en compte la Bardot qui apparaît à la fin des années 50, la Bardot qui évolue dans les années 60, la Bardot qui chante à la fin des années 60.
Toutes ces Bardot, c'est ça qui est intéressant dans Bardot. C'est toutes les Bardot, c'est un Bardot pluriel. Et si on ne parle que de la défenseuse des animaux, on ne voit pas non plus l'entièreté de Bardot. Donc, moi, ce qui m'intéresse, c'est précisément comment est-ce que, à tous ces moments de l'histoire de France, depuis 75 ans, elle a été quelque chose qui a fait parler, quelque chose qui a été polémique, une forme dans laquelle s'est reflété toutes les passions françaises.
Donc, cette Bardot-là, elle me semble effectivement un bout de France, un bout de France contradictoire, un bout de France pluriel, un bout de France polémique, et c'est ça qui me semble évidemment l'intérêt de Bardot. Une question de Jean-Louis au Standard de France Inter.
Bonjour Jean-Louis, merci d'être avec nous, on vous écoute. Bonjour Simon, bonjour à vous trois. J'aurais une question commune à vous poser. Vous qui avez abordé Bardot sous des angles différents, existe-t-il, selon vous, les aspects de sa personnalité ou de son côté, ou de son parcours, pardon, qui mériteraient d'être découverts ou redécouverts ? Autrement dit, si l'on connaît bien son côté boni, quel serait son côté Clyde ? Merci beaucoup Jean-Louis. Yves Bigot, quel serait le côté Clyde de Brigitte Bardot ? En tout cas, est-ce qu'il y a des aspects d'elle, de sa vie qu'on ne connaîtrait pas encore ?
Non, ça c'est difficile parce qu'elle a été plus exposée dans les médias que quiconque pendant au moins une quinzaine ou une vingtaine d'années. Moi, je dirais que ça a été une muse aussi absolument incroyable. Il faut savoir que Bob Dylan, prix Nobel de littérature, a écrit sa première chanson pour Brigitte Bardot. John Lennon et Paul McCartney, elle était absolument leur idole quand ils étaient adolescents et qu'ils commençaient à jouer dans leur premier groupe avant de devenir les Beatles. Ça l'a été évidemment ça. Tout le monde le sait, la muse de Serge Gainsbourg et le côté bardot-chanteuse est peut-être celui qui est le plus mis de côté.
D'ailleurs, elle-même ne le prenait pas très au sérieux. Elle disait, je lui ai posé la question, je lui ai dit mais pourquoi vous n'avez pas demandé des chansons à Bob Dylan, aux Beatles, si vous en aurez écrit volontiers. D'ailleurs, Georges Brassens, Jacques Brel, Léo Ferré lui ont écrit des chansons aussi. Elle les a toutes refusées et elle m'a dit avec cette humilité incroyable qui était la sienne aussi, elle m'a dit mais je les aurais abîmées moi ces chansons. D'ailleurs, je me suis excusé auprès de Georges Brassens de ne pas chanter la Marguerite qui l'avait écrite pour moi parce que moi, c'était ma récréation la chanson. C'était ça pour faire la fête, pour rigoler avec mes copains.
mais elle avait un talent incroyable. Toutes ses voix, ses enregistrements dans ses 80 chansons, ce sont des premières prises. Elle chantait invraisemblablement juste et du premier coup. Mon plus grand regret, moi, c'est de ne jamais avoir vu Bardot à l'Olympia parce qu'elle était une telle danseuse, il faut se souvenir qu'elle ne voulait pas faire de cinéma. C'est la vie et Vadim qui l'ont conduit à faire du cinéma. Elle, elle faisait de la danse, elle avait été admise au conservatoire. Mais danseuse, chanteuse et comédienne comme elle était sur scène, elle aurait été fantastique. Sauf que, m'a-t-elle dit, j'étais beaucoup trop timide, j'étais incapable de me produire devant un public.
Et d'ailleurs, la seule fois où j'ai fait du théâtre, ça a tourné à la catastrophe parce que j'oubliais mon texte. Je n'ai besoin de personne en Harley-Davidson.
Vous évoquiez Bardot la chanteuse et Gainsbourg, évidemment, Yves Bigot. Cette chanson qu'on entend est peut-être l'une des plus célèbres. Harley-Davidson, on se souvient de cette image de Bardot en bohémienne chic sur cette moto. Vous vouliez ajouter un mot,
Antoine Debecq ? Oui, je voulais dire aussi qu'il y a le courage de Bardot, sa manière par exemple dont elle a réagi de façon très virulente et avec beaucoup de courage à l'OAS qui, en 1961, et Bardot a eu le courage et une des rares à avoir eu le courage de rendre publique la lettre qu'elle avait reçue et de dire que jamais elle ne financerait ce mouvement d'extrême droite, l'OAS, pour l'Algérie française. Donc, voilà, c'est vrai qu'à ce moment-là, le général De Gaulle a salué son courage. C'était aussi quelqu'un, une personne qui avait le courage de ses opinions. Après, on peut toujours... Opinions condamnables et condamnées pour certaines, mais...
Absolument, mais je pense que c'est important de dire ça, que voilà, cette personnalité avait ce courage-là. Capable d'un élan d'amour
envers les animaux et qui apportait ses fruits, vous le rappeliez, Simonetta Greggio, puisque son ONG de la Fondation Bardot est présente dans plus de 70 pays aujourd'hui, qu'elle a permis des avancées réelles, pour l'étourdissement des animaux dans les abattoirs ou contre la chasse des bébés phoques, par exemple. Et puis, d'un autre côté, cette misanthropie, ces déclarations haineuses qui, on l'a dit, ont été à plusieurs reprises condamnées. Vous avez, vous essayez, notamment dans votre roman, Simonetta Greggio, de vous mettre dans la tête de Bardot. Est-ce que vous y êtes parvenu ?
Non, absolument pas. On ne peut pas se mettre à la tête de quelqu'un comme Bardot, mais pour répondre à la question de notre auditeur de tout à l'heure, je dirais que la chose qui m'a le plus touchée chez Bardot, c'est la tendresse de la petite enfant disgracieuse avec un œil qui disait merde à l'autre, le côté qui était vraiment, chez elle, le petit bébé pas aimé par ses parents, pas très apprécié. Sa sœur était beaucoup plus jolie qu'elle avait des jolis yeux bleus, elle avait une cheveille rousse. C'était une fille qui est sortie de sa chrysalide en y mettant toute sa timidité, tout son mal-être et sa grâce infinie.
Elle est devenue l'espèce de papillon qu'elle est devenue et l'espèce de noctuel à la fin qu'elle a fini par être. Mais c'est un, je dirais, qu'elle a traversé le siècle comme aucune autre femme ne l'a fait avec son espèce de sillage, de sillons, d'étincelles qu'elle porte dans sa tombe aujourd'hui. Et moi, je pense à elle et hier matin, j'étais en voiture quand j'ai entendu qu'elle est partie et j'étais en train de venir à Saint-Tropez comme si c'était une sorte de rendez-vous que j'ai manqué pour quelques heures simplement.
Et je pense à ceux qui sont restés près d'elle jusqu'à la dernière seconde, cette femme, cette vieille femme qu'elle était devenue, qui est morte dans son lit, qui a laissé son enveloppe mortelle dans la maison qu'elle avait choisie, qui était une maison si super simple, super... Toutes les maisons qui sont autour sont des villas absolument monstrueuses et elle, elle vivait dans cette maison qui était encore celle de 56, quoi.
Maison dont vous allez pouvoir nous parler dans un instant, Yves Bigot, mais d'abord, je dois dire que sur l'application de Radio France, beaucoup d'auditeurs, Jean-Marc, Catherine, Jérôme, qui nous écoutent ce matin sur France Inter, nous disent « Je ne comprends, ça c'est Catherine, je ne comprends pas la manière dont on lui pardonne tout, dont on accepte ses pires sorties. » Jean-Marc rappelle, encore une fois, qu'elle a été plusieurs fois condamnée, Jérôme nous parle de ses propos sur les homosexuels qui n'ont rien à voir avec sa défense des animaux. Comment on peut expliquer Antoine Debecq qu'elle soit restée malgré tout alors qu'elle a arrêté le cinéma en 73 ?
Plus de 50 ans plus tard, elle est aujourd'hui célébrée comme une icône et un mythe malgré tout cela. Comment on l'explique ?
Elle est célébrée et en même temps elle déclenche ses fureurs, ses passions. Je ne dirais pas que c'est une célébration, c'est qu'on parle de Bardot. On a toujours parlé de Bardot de façon comme ça extrêmement contradictoire. Dès le début. En s'engueulant. C'est ça qu'elle a déclenché. C'est ça qui est le phénomène Bardot. C'est ça. La manière dont Duras parlait de Bardot, c'était extrêmement violent et en même temps, tout d'un coup, elle mettait le chaos dans la famille bourgeoise et c'était quelque chose que Duras a vénéré aussi. Donc voilà, Bardot est effectivement proche du Front National et du Rassemblement National. Elle a soutenu Marine Le Pen. Pour moi, c'est extrêmement condamnable.
On ne peut pas... Voilà, mais elle est aussi celle qui a changé les mœurs en France, en tout cas contribué à ça. donc voilà, c'est ce personnage contradictoire qui a toujours provoqué ces polémiques. Il faut voir toutes les Bardot. Et qui s'est retirée dès 73. Elle s'est retirée dès 73 du cinéma parce que le cinéma, on n'a jamais été une vraie passion pour elle. C'était plutôt un moyen. C'était un moyen de parvenir. Elle a fait des grandes rencontres grâce au cinéma. Elle est devenue célèbre grâce au cinéma. Mais à un moment, le cinéma n'était plus ce qui l'intéressait et ne jouait plus ce rôle-là. D'ailleurs, c'est le moment où le cinéma devient un art minoritaire au milieu des années 70.
C'est plus par le cinéma que ça passe. Elle l'avait très bien compris. Et on entend cette chanson
qui est entrée dans la culture populaire sous le nom de coquillages et crustacés mais qui s'appelle La Madrague du nom de cette propriété C'est très simple disait Simonetta Greggio. Yves Bigot, vous qui êtes tropésien, vous la connaissez depuis tout petit. Ça vous rappelle des souvenirs ?
Ah oui, bien sûr. Vous savez, chaque fois qu'on croise quelqu'un à Saint-Tropez et on sait déjà quelle est la question qu'il va vous poser. C'est où se trouve la maison de Brigitte Bardot ? Et en général, il ne la voit pas parce que comme Simonetta l'a rappelé tout à l'heure, elle est entourée de villas opulentes, notamment la villa Von Opel qu'on ne voit que ça. Alors que La Madrague, c'est une toute petite maison basse qui est au bord de l'eau et qui était un ancien hangar à bateau à l'origine et que Brigitte Bardot a acheté avec ses premiers cachets du succès de Et Dieu créa la femme.
Mais elle était tropésienne depuis longtemps déjà parce que ses parents avaient acheté une maison à 50 mètres de la maison de mes parents dans le village et elle venait déjà enfant en vacances à Saint-Tropez. Nous, on la croisait quand on était gamins dans la rue. Elle faisait ses courses avec son panier au bras comme toutes les tropésiennes et on lui disait bonjour madame parce qu'on savait que si on connaissait Saint-Tropez dans le monde entier, c'était grâce à elle. et elle nous répondait toujours très gentiment avec un grand sourire bonjour mon petit.
Un mot pour terminer pour répondre à Sylvie qui est au standard d'interdiction. On a peut-être le temps de prendre Sylvie très rapidement. On vous écoute pour votre question. Bonjour Sylvie.
Bonjour. Je vais essayer d'être très rapide parce que finalement je vois que j'ai très peu de temps. En fait, on a beaucoup parlé de la vie privée de Bardot là depuis et en fait, moi je voulais parler de sa filmographie et en l'occurrence j'ai la chance d'avoir M. Debeck au téléphone et je voulais parler du mépris de Godard. S'il a des choses à nous dire concernant ce film par exemple est-ce que Godard s'est-il fait imposer Bardot ? Parce que je pense que c'est un film qui est vraiment très marquant dans la filmographie de Bardot donc est-ce qu'il a des choses à nous dire concernant ce film et je pense que c'est un film marquant de... Vous avez raison, c'est le grand film de Bardot.
S'il y avait un film à garder, c'était le mépris. Godard ne s'est pas fait imposer Bardot, il était très content de travailler avec elle mais en même temps, les relations entre Godard et Bardot ont été très froides, assez quelconques en fait.
Ils étaient à la fois un peu impressionnés l'un par l'autre mais en même temps et c'est comme ça que Godard voulait travailler avec Bardot, c'est-à-dire pas du tout avec une actrice mais avec un phénomène, avec un corps un peu particulier et c'est d'où notamment la scène fameuse qui ouvre le mépris, cette scène de nu qui est restée une des grandes scènes du cinéma qui a été alors elle imposée à Godard et à Bardot parce que les producteurs ont dit mais on veut voir Bardot nu, on a payé pour voir Bardot nu dans la première version du mépris, on ne la voit jamais nue donc Godard la dénude sur un canapé avec Michel Piccoli et invente ce dialogue qui est incroyable cette sorte de blason comme ça du corps féminin et ça reste la scène la plus célèbre la scène d'amour je dirais la plus célèbre du cinéma français.
Merci à Sylvie pour cette question
et à vous Antoine Debec pour cette réponse votre biographie Bardot est donc à retrouver aux éditions Les Pérégrines la vôtre Yves Bigot Brigitte Bardot la femme la plus belle et la plus scandaleuse au monde est parue chez Point et Simone Tagredi on peut lire Mes Nuits sans Bardot chez Albain Michel et réécouter votre grande traversée consacrée à cette icône sur France Culture Merci beaucoup à tous les trois Sous-titrage Société Radio-Canada