Nos emplois survivront-ils à l’intelligence artificielle ?
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Ce matin, nous revenons donc sur une étude à la fois passionnante et extrêmement inquiétante publiée aujourd'hui par l'Observatoire des emplois menacés émergents et la COFAS avec un chiffre terrible, 5 millions d'emplois en France pourraient être menacés par l'intelligence artificielle d'ici 2 à 5 ans.
L'automatisation n'est pas nouvelle, elle a d'abord touché les ouvriers, les employés, toutes les tâches que l'on peut considérer comme répétitives, mais cette fois, avec l'essor d'une intelligence artificielle dite agentique, on va revenir là-dessus, capable donc de planifier, de décider, d'agir seul, ce sont désormais des métiers considérés comme qualifiés, les cols blancs, bref, qui sont en première ligne avec une question, que vaut encore le travail humain face à des machines qui sont rapides et évidemment moins chères ?
Alors pour en parler, nous sommes en compagnie de Simon Bunel, bonjour, vous êtes professeur associé au département d'économie de l'ENS PSL, vous êtes post-doctorant à l'INSEAD, vous avez été rapporteur de la commission de l'intelligence artificielle qui a remis un rapport à ce sujet à Emmanuel Macron en 2024. Axel Arquier, bonjour.
Vous êtes économiste au CEPI, le Centre d'études prospectives et d'informations internationales, vous êtes cofondatrice de cet observatoire, l'Observatoire des emplois menacés et émergents, qui publie un rapport conjoint donc avec la COFAS, dont on va évoquer les conclusions, et Juan Sébastien Carbonelle, bonjour, vous êtes sociologue du travail, auteur d'un taylorisme augmenté, une critique de l'intelligence artificielle aux éditions Amsterdam. Axel Arquier, quelques mots donc sur ce rapport qui fait la une notamment du Figaro, une menace donc pour les emplois de jeunes diplômés.
Alors déjà, je vais peut-être commencer par rappeler quelque chose qui ne figure pas dans l'étude, on ne parle pas de destruction d'emplois et encore moins de 5 millions d'emplois détruits. Ce qu'on essaye d'analyser, c'est la part des tâches qui pourraient être automatisées. Donc de là à traduire ça en termes de destruction d'emplois nets, il y a un fossé qu'on ne veut pas franchir parce qu'il y a beaucoup de choses qui se passent dans l'économie. Par exemple, il y a une réaction de la demande, la demande peut augmenter. Il y a aussi une possibilité de création de nouvelles tâches, donc c'est des choses qui sont envisageables.
Donc on reste très prudent dans l'étude en parlant de potentielles techniques d'automatisation. Après, cette possibilité de destruction créatrice qui est souvent évoquée, moi à titre personnel, je mets en garde contre cette idée que les nouvelles tâches qui vont apparaître seraient nécessairement plus efficacement faites par des humains parce que quand on est face à des systèmes de plus en plus intelligents, on va sûrement y revenir, ce qui est le cas avec l'IA actuelle, on pourrait envisager que ces nouvelles tâches, une partie d'entre elles, soient aussi prises en charge par l'IA.
Donc voilà, pour juste recentrer un peu les choses par rapport aux titres de presse récents, on ne parle pas de 5 millions d'emplois. Après, on voudrait quand même alerter sur ce qui risque d'être un choc.
Bon, alors, même si la quantification, j'imagine, est compliquée, on entend chaque jour, on lit chaque jour des histoires de suppression d'emplois. Je vous donne deux exemples. Prisma Presse qui dit supprimer la moitié de ses emplois de journalistes au profit de l'intelligence artificielle. Alors, c'est une nouvelle qui est extrêmement commentée. On se demande même dans quelle mesure l'intelligence artificielle n'est pas instrumentalisée là-dedans, ce qui est quand même une situation assez paradoxale.
Autre exemple, un gros cabinet de consultants qui annonce ne plus recruter autant de juniors qu'auparavant parce que précisément, ces juniors sont aujourd'hui remplaçables par l'intelligence artificielle. Ce sont des gens qui lisent des rapports, qui fabriquent des rapports, bref, qui font des tâches que l'intelligence artificielle est censée faire aujourd'hui de manière aisée. Axelle Arquier.
Alors, effectivement, ce qu'on constate sur les études économétriques qui ont été menées notamment aux Etats-Unis, il semblerait qu'il y a quand même un lien entre ralentissement de l'embauche des jeunes et les professions qui sont plus exposées à l'IA et, factuellement, les entreprises qui ont adopté l'IA dans leur gestion. Donc, les tâches qui sont menacées à court terme, c'est effectivement celles des juniors. En revanche, c'est possible que ce soit seulement une première étape parce que la technologie n'est pas mature et face à une technologie qui n'est pas mature, quand vous êtes une entreprise, vous commencez par ralentir les embauches, donc ça tombe sur les juniors.
Et dans un deuxième temps, avec cet IA gentil dont on va sûrement parler, il pourrait y avoir des postes plus seniors qui pourraient être concernés. Après, je vous rejoins sur le fait que je pense que l'IA, actuellement, à ce stade de la technologie, est très souvent utilisé comme un prétexte pour des licenciements qui ont d'autres objets. Donc ça, je pense que c'est vrai, mais pour autant, je ne pense pas que ça préjuge du fait qu'il n'y ait pas, dans quelques années, des licenciements à venir.
Les deux coexistent. Je ne prétendais pas que c'était uniquement de l'instrumentalisation. Juan-Sébastien Carbonel, je vous vois opiner du chef.
Oui, je suis d'accord avec ce qu'a dit Axel Arquier, dans le sens où... Il y a deux éléments. Premièrement, oui, en effet, l'intelligence artificielle apparaît comme une excuse parfaite, en quelque sorte, parce qu'il n'y a pas de responsable. Lorsqu'on annonce des licenciements à cause de l'intelligence artificielle, avec des guillemets, c'est-à-dire que les employeurs se voient déresponsabilisés, puisque l'intelligence artificielle est présentée comme un facteur exogène. Ce n'est pas eux, en quelque sorte, qui licencient, mais l'intelligence artificielle.
Mais il faut rappeler toujours que, non seulement ce sont les employeurs qui licencient, mais aussi, chaque fois qu'il y a l'introduction d'une nouvelle technologie, ce sont les employeurs qui décident de l'introduire ou non, et de la façon dont elle est introduite. Et il y a un autre élément, non seulement il y a la question du ralentissement de l'économie, il y a aussi que, parfois, ces plans de licenciement, avec l'excuse de l'intelligence artificielle, pourraient cacher des formes de délocalisation.
Et c'est quelque chose que les travaux en sociologie ont très bien montré, c'est qu'il y a de plus en plus une chaîne de valeur de l'intelligence artificielle qui est internationale, avec la sous-traitance ou la délocalisation des pays du tiers-monde, de tout un tas d'activités de traitement de données, d'entraînement des algorithmes, de fonctionnement, tout simplement, de l'intelligence artificielle aujourd'hui. Et si je peux me permettre d'ajouter justement un deuxième élément, c'est qu'il faut s'intéresser aussi à pourquoi les médias ont repris même le rapport d'Axel Arquier, mais justement en le mal interprétant, en quelque sorte.
C'est parce que l'IA est un sujet concernant, comme on dit dans les médias, et ça attire aussi des clics, ça attire de l'intérêt, et en dernière instance, ça attire des annonceurs. Et c'est aussi ce qu'il faut comprendre, c'est que ça permet d'expliquer pourquoi il y a autant d'intérêts ou de discours catastrophistes, si vous voulez, sur l'intelligence artificielle aujourd'hui.
Je pense, on voudrait défendre les médias, mais il y a aussi, si vous voulez, un phénomène qui est une véritable révolution, parce que quand vous voyez un taxi autonome, quand vous voyez, par exemple, l'intelligence artificielle faire le résumé d'un livre en quelques secondes, vous vous dites que c'est une véritable révolution. On pourrait en parler tous les jours, mais justement, on n'a peu l'occasion d'en parler, parce que ça, c'est un peu l'agenda absurde des médias. Il faut une information nouvelle, entre guillemets, pour pouvoir évoquer ce sujet. Donc ce rapport fait notre affaire à cet égard. Simon Bunel, justement, qu'est-ce que vous en pensez ?
Qu'est-ce que vous pensez de ce discours de Juan Sebastián Carbonelle, si je vous ai bien suivi, qui consiste à dire qu'on a toujours le choix et qu'il ne faut pas accentuer la révolution que représente l'intelligence artificielle pour les emplois ?
Alors, on a le choix et on n'a pas le choix, dans le sens où c'est quand même une technologie, effectivement, qui vient, vous le mentionniez, je pense que c'est, effectivement, important de le garder à l'esprit. Pour revenir à ce que disait Axel Arquier, je trouve ça très important, effectivement, de recontextualiser ces chiffres-là, donc de dire que c'est des tâches exposées, qu'en même temps, il y a la création de nouvelles tâches, mais aussi, à court terme, un effet de demande sur les tâches qui ne sont pas automatisées.
C'est-à-dire que l'IA va automatiser des tâches, mais toutes celles pour lesquelles l'IA ne sera pas capable de le faire, il y aura une demande qui va augmenter sur les autres emplois.
Lesquelles ? Lesquelles, parce que, justement, on en vient à se demander...
Les emplois, mais sur les tâches, par exemple, si vous, vous dites, voilà, l'IA est capable de me résumer très rapidement un livre, mais à la fois, il faut qu'après, vous, vous soyez capable de l'absorber, ce résumé, que vous soyez capable de le mettre en lien avec vos connaissances, et ça, c'est un goulet d'étranglement que l'IA ne va pas, a priori, résoudre, à part si, un jour, l'IA remplace entièrement votre emploi. Mais, en tout cas, on n'en est pas encore là, et donc, à court terme, c'est jamais évident de faire la part des choses entre ces deux choses-là.
Et l'autre chose qui m'a un petit peu surprise quand on a eu la sortie de l'étude et la reprise médiatique, c'est qu'il y a deux ans, il y avait des chiffres qui étaient tout à fait comparables. Le FMI, en 2023, vous dit 30% des emplois explosés dans les pays, dans les économies avancées. Le Bureau international du travail, pareil, au 2023, entre 5 et 16%. Donc, on retrouve les chiffres de l'étude. Et donc, en ça, je ne dirais pas que c'est un chiffre qui a été totalement surprenant. Il met en évidence le fait que les politiques publiques vont devoir prendre ce problème au sérieux.
Simon Bunel, on a l'habitude d'entendre des thématiques schumpeteriennes. Schumpeter était un grand économiste. Il expliquait qu'il y avait un processus qui était classique dans le capitalisme, qui était un processus de destruction-création. On détruit des emplois et puis on en crée parce qu'il y a une nouvelle technologie. C'est un grand débat chez les économistes. Les choses ne sont évidemment pas simples. Mais est-ce que l'on a déjà vu une technique qui était réputée supprimer 30% des emplois ?
Alors, c'est compliqué de revenir dans le passé. La vague de l'intelligence artificielle, c'est compliqué d'avoir les mêmes outils pour réinterpréter ce qui s'est passé au moment, par exemple, des chaînes de montage, etc. Donc, c'est un travail difficile. Chaîne de montage, introduction de l'électricité. Tout à fait. Et de l'ordinateur, il y a quelques années, etc. Donc, on n'avait pas forcément les mêmes outils. C'est compliqué de le mesurer. Chez Schumpeter, ce qui est intéressant, c'est que, évidemment, ça se traduit en termes d'emploi. Mais à la base, son idée, c'est plutôt l'activité économique. C'est-à-dire qu'il y a des secteurs qui vont disparaître. Ça se place à d'autres secteurs.
Et ça se traduit par, effectivement, les destructions et l'emploi. L'enjeu, c'est un petit peu le timing, cette fois-ci. C'est-à-dire que, historiquement, il y a eu des études, notamment aux Etats-Unis, qui ont montré que le temps caractéristique d'une révolution technologique, c'est de l'ordre de la décennie. Ce qui fait que, si vous commencez un emploi à, disons, 20-25 ans, sur plusieurs décennies, même si à la fin de votre emploi, vous avez la paix. Mais, en revanche, si maintenant le temps caractéristique se réduit, ça va, évidemment, poser des questions en termes de requalification au cours de la carrière. Axelle Larkier, je veux voir réagir. Oui, alors, effectivement, Simon a raison.
Après, ce que je voudrais rappeler, c'est que toutes les transitions dans le passé ont été coûteuses humainement. C'est-à-dire que, quand on prend récemment la désindustrialisation, on voit que les hommes peu diplômés aux Etats-Unis ont perdu 15% de salaire réel depuis 1980. 15% de salaire réel, c'est 15% de pouvoir d'achat. Donc, il y a beaucoup de gens, et on n'a pas les mêmes études pour la France en ces termes-là, mais on a beaucoup de gens qui, dans ces transitions, perdent leur emploi, qui ont été abandonnés.
Les ouvriers de l'industrie automobile, qui ont été remplacés à la fois par des robots et également, comme Roanne-Sébastien l'évoquait, par un processus de délocalisation, ces gens-là ont été abandonnés. Il y a eu des perdants de la désindustrialisation, comme c'est le cas dans toute révolution technologique. Donc là, ce qui peut être inquiétant, c'est d'avoir des perdants de l'intelligence artificielle et que les pouvoirs politiques ne s'en occupent pas. Je pense que la formation ne sera pas suffisante.
Mais alors, parce que les pouvoirs publics, comme le disait le regretté Lionel Jospin, l'Etat ne peut pas tout, vous faites la grimace. Ce que je veux dire, c'est que si les emplois deviennent inutiles, si les qualifications sont obsolètes, il y a la formation, il y a l'éducation. Qu'est-ce que l'Etat peut faire d'autre ?
Alors, je pense que la formation, dans le passé, n'a pas fonctionné suffisamment. Je pense qu'il faut le faire. Mais là, si on a un choc massif sur le marché du travail, il va falloir redistribuer. Il va falloir repenser la façon dont la fiscalité est organisée.
Rouen-Sébastien Carbonelle, qu'est-ce que vous en pensez ? Qu'est-ce que l'Etat peut faire ? Vous nous dites, les médias montent en épingle, et il y a une instrumentalisation de la question de l'intelligence artificielle
par certaines entreprises. Oui, tout à fait. Moi, je comprends qu'il y ait l'effort d'économiste, et c'est tout à fait respectable de vouloir faire des modèles économiques, et justement, parfois même, faire de la prospective. Et moi, je suis toujours très réticent aux prévisions un peu sur le moyen terme, ou même sur le long terme, parce que je utilise toujours cette métaphore. C'est-à-dire que si on se place en 2019 en essayant de penser qu'est-ce que sera le monde du travail en 2024, en fait, personne n'aurait pu prévoir qu'est-ce que serait le monde du travail en 2024.
C'est pour cela que, de temps en temps, comme l'a évoqué Simon à l'instant, il y a des rapports qui disent qu'il y aura tant d'emplois qui seront potentiellement détruits par l'intelligence artificielle, la digitalisation, la quatrième révolution industrielle, etc. Les termes même changent de temps en temps. Moi, je suis vraiment très sceptique vis-à-vis de ces prévisions.
Il y a un autre élément qui, à mon avis, est important à avoir à l'esprit, c'est que, certes, on se concentre, et là encore, c'est très intéressant et tout à fait légitime, sur les quantités d'emplois qui pourraient être potentiellement détruits, mais là encore, comme l'a dit Axel Arki à l'instant, il faut se concentrer sur aussi les emplois qui restent, c'est-à-dire que pourraient devenir les emplois, aujourd'hui, soit d'ouvriers dans l'industrie, de préparateurs de commandes dans la logistique, ou encore dans le secteur de services.
Moi, la thèse que je défends, c'est une thèse de déqualification, potentiellement, par l'intelligence artificielle, le travail deviendrait plus simple, moins intéressant, potentiellement avec de l'intensification du travail, et plus de contrôle, justement, de l'employeur là-dessus. Alors, vous n'êtes pas très optimiste non plus ? Non, pas du tout.
Merci beaucoup pour cette précision. Simon Bunel, un commentaire sur ce qui vient d'être dit.
Oui, moi, je suis tout à fait quand même d'accord avec ce que disait Axel. Il ne faut pas balayer d'un revers de main les peurs des gens par rapport à l'IA. C'est tout à fait légitime. L'expérience que vous décrivez sur les journalistes, etc., c'est quelque chose qu'il faut tout à fait prendre en compte. Il y a, en même temps, quelque chose qui me fait peur aussi, c'est que, quand on entend ça, on a l'impression qu'on est seul face à la technologie. Et la vérité, c'est qu'on est en concurrence internationale, qu'il y a d'autres pays qui peuvent adopter cette technologie-là.
Et il y a une étude qui est sortie il y a deux jours qui montre que la France est en retard en termes d'adoption de l'IA par rapport aux Etats-Unis, évidemment, mais par rapport aux autres pays d'Europe. Et si l'effet, c'est vous gagnez en productivité parce que vous utilisez l'IA et donc vous avez les entreprises qui n'ont pas assez compétitives, qui risquent de fermer, dans ce cas-là, on en revient à la question de la délocalisation que Axel mentionnait. Le risque, c'est aussi de freiner l'adoption et de se faire déplacer notre emploi et qu'on n'est pas seul face à la technologie. Il faut aussi prendre en compte les effets de concurrence internationale.
Bon, mais ces effets de concurrence internationale, après tout, on pourrait se dire que, je ne sais pas, politiquement, on a le choix et qu'on pourrait décider de diminuer l'utilisation de l'IA au profit de l'emploi. Je prends par exemple un exemple classique, celui des pompes à essence au Japon. On peut très bien imaginer des pompes à essence automatiques. Elles le sont pour la plupart en France. Au Japon, ce n'est pas le choix qui a été fait, Axel Arquier.
Je pense que, là encore, Simon a raison. C'est-à-dire qu'en fait, ça dépend du type de produit ou de service que vous vendez. Donc, quand c'est des choses qui doivent être matériellement sur le territoire, effectivement. Mais si vous êtes en concurrence avec l'étranger, là, il y a un problème à interdire l'IA et à rendre les entreprises moins productives. C'est quelque chose qu'il faut prendre en compte. Donc, pour une station essence, c'est tout à fait valable. Mais si vous fabriquez des tuyaux d'arrosage et que vous êtes en concurrence avec la Chine et que vous imposez des restrictions, effectivement, il y a un souci.
Donc, il faudra envisager les choses d'une façon différente d'une interdiction, à mon avis.
J'ai peur qu'il n'y ait pas beaucoup de tuyaux d'arrosage qui soient fabriqués aujourd'hui encore en France. On va se retrouver dans une vingtaine de minutes. On va évoquer aussi le coût de l'intelligence artificielle parce que l'intelligence artificielle a un coût. Et il y a aussi des coûts cachés, notamment des coûts écologiques. Et ceux-ci doivent être pris en compte dans cette manière d'appréhender cette nouvelle technologie. Axel Arquier, vous êtes économiste au CEPI. Juan Sébastien Carbonell, on vous doit un taylorisme augmenté, critique de l'intelligence artificielle aux éditions Amsterdam. Et puis Simon Dubunel, vous êtes professeur associé au département d'économie de l'ENSPSL.
Il est 7h, il est 8h sur France Culture. 6h30, 9h, les matins de France Culture. Guillaume Erner. Retour à la question du jour. L'intelligence artificielle avec un rapport, un rapport signé par l'Observatoire des emplois menacés et émergents. Et la COFAS qui évoque une possibilité de 5 millions d'emplois supprimés en France, menacés par l'intelligence artificielle. On en parle avec Simon Bunel, professeur associé au département économie de l'ENSPNL, PSL pardon, Juan Sebastien Carbonell qui est sociologue du travail. On vous doit un taylorisme augmenté, une critique de l'intelligence artificielle. Et Axel Arquier qui est économiste au CEPI.
Axel Arquier, il y a une chose qui n'est pas souvent prise en compte dans l'intelligence artificielle. C'est d'une part son coût parce que la plupart de ses entreprises sont aujourd'hui des entreprises naissantes qui touchent des milliards de dollars en dotation et dont le développement coûte très cher. Donc on se demande si finalement le prix que nous payons pour cette intelligence artificielle n'est pas en deçà de son coût réel. C'est la première chose. Coût réel qui pourrait finalement rendre les êtres humains pas si non compétitifs que cela. Première chose. Et puis deuxième chose, évidemment, le coût écologique. On l'a répété.
Il y a toutes sortes de raisons de s'inquiéter de l'utilisation de l'intelligence artificielle. Si on réintroduit ces deux coûts dans l'utilisation de l'intelligence artificielle, finalement, est-ce une si bonne affaire ?
Alors tout à fait. D'ailleurs, c'est quelque chose qu'on évoque dans le rapport avec la COFA. C'est-à-dire que dans le cadre de ces systèmes d'IA agentiques, qui sont en fait une combinaison des modèles de langage type Tchadjpt, vous avez dans ces architectures des appels entre modèles qui vont être multipliés. Donc c'est ce qu'on appelle les coûts d'inférence. Un coût d'inférence, c'est simplement le coût lié à une requête, à un LLM. Et donc dans le cadre de cet IA agentique, on risque d'avoir une explosion des coûts d'inférence qui, comme vous le dites, sont en plus le coût actuel qui est payé, un peu sous-évalué.
Donc ça, c'est quelque chose qu'on a un peu de mal à prévoir et qui, pour un déploiement à l'échelle de l'IA agentique dans une économie, dans toutes les entreprises, va peut-être se révéler effectivement limitant par rapport au coût entre guillemets d'un humain en termes salariaux. Et ensuite, évidemment, on a le coût énergétique. Et là, c'est un peu la même chose. Si on déploie ça à l'échelle du monde, on risque de buter sur une contrainte écologique. Enfin, on espère qu'on va prendre conscience qu'elle existe. Et là, il y a toutes les questions liées rien qu'au data center.
En fait, on voit qu'aux Etats-Unis, vous avez Bernie Sanders qui demande des moratoires qui sont justifiés par ces coûts environnementaux et au niveau local, des pénuries d'eau. On voit des gens qui ne peuvent plus tirer la chaise d'eau chez eux parce que le data center à côté de chez eux a pris toute l'eau. Donc, c'est effectivement des questions qui se posent.
Et encore, il y a les toilettes sèches. Mais pour le reste, effectivement, on voit bien, Simon Bunel, que c'est compliqué de considérer que cette technologie est aujourd'hui au prix où elle est proposée. Et ça aussi, je pense que c'est une nouveauté dans le domaine de l'histoire économique parce qu'on a parlé de Schumpeter, on a parlé d'innovation, etc. mais quand une innovation est sous-valorisée ou vendue à un prix très nettement inférieur
de sa valeur réelle. Non, tout à fait. C'est un enjeu. Après, c'est quelque chose qui ne peut être pas si rare dans le capitalisme récent. Amazon a mis des dizaines d'années.
Je ne parlais pas du capitalisme récent. Je parlais de l'introduction des technologies de rupture, la vapeur, l'électricité, etc.
Oui, et à la fois, il y a toujours cet enjeu d'investissement à court terme pour prendre l'ensemble du marché. Donc forcément, il y a un peu cette course aux investissements privés pour être l'acteur dominant qui va prendre le marché de ce point de vue-là. Donc, le fait que ces modèles d'IA ne soient pas très rentables à court terme, ce n'est pas totalement surprenant. Et c'est en ça qu'il faut maintenir un niveau de concurrence suffisant dans le secteur.
C'est-à-dire que si vous avez plusieurs acteurs qui se font la guerre, de fait, ça va les contraindre à être suffisamment profitables vite vis-à-vis de leurs actionnaires et donc d'aller plus vite vers la rentabilité et d'avoir un vrai coût de l'IA pour justement le comparer au coût humain.
Mais est-ce qu'on ne pourrait pas réintroduire les externalités ? Donc, en l'occurrence, par exemple, la pollution suscitée, enfin, pollution au sens le plus large du terme, suscitée par l'intelligence artificielle ?
Si, on peut. Alors, c'est ce qu'essaye de faire l'Europe, d'utiliser des mécanismes d'ajustement, de prise en compte des quotas carbones. Et c'est en ça que ce combat doit être mené à l'échelle internationale. C'est-à-dire qu'il faut forcer aussi les autres pays, notamment les Etats-Unis, à aller prendre. Ça ne va pas être facile. Et donc, il faut le faire et il faut pousser ce message-là et il ne faut évidemment pas du tout oublier ces externalités négatives. Bon, autre coût,
Juan-Sébastien Carbonell, de l'intelligence artificielle, le coût de la non-qualité parce que l'intelligence artificielle fait un certain nombre d'opérations comme les êtres humains mais parfois souvent moins bien que les êtres humains.
Oui, tout à fait. C'est un problème qui est rarement évoqué même si c'est de plus en plus présent dans la littérature. C'est ce qu'on appelle une automatisation good enough, c'est-à-dire suffisamment bien pour être acceptée par le client final. C'est-à-dire qu'une IA peut bel et bien traduire un livre, un roman, quelque chose comme ça qui nécessite justement un certain nombre de compétences, une dimension créative comme dans le cadre du travail d'être traductrice et de traducteur qui est encore un métier semi-artisanal.
Mais une IA peut être utilisée pour faire ce travail-là et on se retrouve dans une situation où la production finale est de pas très bonne qualité en raison de toutes les limites de l'intelligence artificielle aujourd'hui mais qui est acceptable en quelque sorte. Et je vais prendre un exemple qui est très parlant qui a beaucoup fait le buzz ces derniers temps. Il y a eu une vidéo de Tom Cruise et Brad Pitt qui se battaient dans une vidéo générée en fait par une intelligence artificielle chinoise pour montrer que demain on pourrait très bien se passer d'acteurs de Hollywood ou des choses comme ça. il y a trois choses à dire sur cet épisode.
Premièrement qu'en réalité il y avait des acteurs chinois sur qui on a mis la tête de Brad Pitt et de Tom Cruise ce qui montre en fait qu'il y a toujours du travail humain précaire non qualifié non reconnu etc. Derrière de l'autre côté il y a le fait que en fait le problème de cette image là de Brad Pitt et Tom Cruise qui se battaient dans un scénario un peu post-apocalyptique sur des ruines ou que sais-je c'est que ça dit beaucoup sur ce que les studios en fait de Hollywood pensent que devrait être en réalité un film d'action quelconque etc.
Et en fait ça dit aussi en quelque sorte ça dit aussi beaucoup sur ce que le public attend également sur ce que devrait être un film d'action c'est-à-dire deux acteurs hollywoodiens qui se battraient dans un scénario post-apocalyptique et j'ajouterais peut-être un autre problème c'est que comme l'a dit Axel Arquier à l'instant c'est que les modèles de langage sont en réalité pas si peu chers que ça sont chers et il y a un enjeu en fait pour ces entreprises là de trouver du financement et du financement en fait un peu durable et c'est ce qui explique en fait le virage aussi militaire de tout un tas d'entreprises de la Silicon Valley
alors le virage militaire parce que ça fait partie d'un chapitre en tant que tel l'utilisation militaire de l'intelligence artificielle Juan Sébastien Carbonell un commentaire à ce sujet
pour moi en fait il ne faut pas expliquer le virage militaire des entreprises de la Silicon Valley pour des raisons idéologiques purement idéologiques c'est-à-dire que l'idéologie pour moi c'est ce qu'il faut expliquer non pas ce qui explique et en fait ces entreprises là voient dans l'état et dans le pentagone et dans tout un tas de contrats qui n'existent pas que dernièrement mais en fait qui ont existé aussi sous l'administration Biden et même sous l'administration de Obama ils voient dans l'état en fait une manne financière leur permettant de maintenir leur modèle économique un peu sur un plus long terme
ce qui est le rôle du pentagone aux Etats-Unis de favoriser l'innovation dans tous les secteurs mais qui pose là aussi des questions inédites dans la manière dont les guerres sont menées
par exemple la guerre au Proche-Orient aujourd'hui absolument oui il y a l'exemple important en ce moment du projet Maven comme on appelle qui est un projet de reconnaissance de cibles à partir d'images de surveillance de drones et c'est un projet qui avait commencé à être développé chez Google mais il y a eu des protestations de la part des salariés de Google d'ingénieurs de Google qui avaient refusé que leur entreprise prenne ce virage militaire et le projet a été pris ensuite par puisque Google ne l'a pas fait et Google a adopté toute une série de mesures éthiques le projet a été pris en charge par Palantir qui aujourd'hui est une entreprise qui est très connue parce qu'elle est très imbriquée dans le complexe militaire ou industriel et très proche aussi de la Maison Blanche mais voilà ça montre en fait qu'il y a une pression très importante pour tout un tas d'entreprises qui aujourd'hui ont pris ce virage militaire Simon Bunal oui juste pour revenir sur la question de l'IA Good Enough il y a un peu deux catégories c'est à dire qu'il y a sûrement des usages pour lesquels on est content d'avoir une IA Good Enough genre pour traduire ces mails en anglais moi je suis très content aujourd'hui d'avoir une IA qui me relie et après c'est à nous en tant que consommateurs d'être exigeants sur avoir une IA de qualité dans la traduction de livres dans la création de contenu etc et du coup avoir ce réflexe là du côté de la demande et éventuellement mettre en place des réglementations qui permettent de sauver sur ces catégories là un emploi très qualifié oui mais c'est la question de l'élasticité du prix c'est à dire combien êtes-vous prêt à payer en plus pour avoir un travail parfait tout à fait et ça c'est un vrai enjeu et c'est un vrai enjeu qu'on doit aussi mesurer nous économiquement pour être capables de comprendre la façon dont les gens veulent réagir à ça et il faut pas non plus tout à fait balayer d'un revers de main le fait que pour certains emplois ça permet aussi de gagner en qualité c'est à dire que moi avant il y avait certains pans de l'économie sur lesquels j'étais moins bon je peux demander à l'IA de m'assister sur ces emplois et je gagne en qualité sur d'autres tâches donc il faut c'est ça la complexité c'est ça l'intérêt des études comme celle d'Axel Arquier c'est d'avoir qu'un emploi c'est un ensemble de tâches et de prendre tout en jeu
mais alors il y a aussi d'autres choses qui sont inquantifiables qui relèvent du travail mais qui relèvent du travail inquantifiable je pense par exemple au travail artistique il y a par exemple un certain nombre de choses comme par exemple la création musicale la création musicale aujourd'hui sur intelligence artificielle peut se faire on peut le faire de manière d'ailleurs assez sophistiquée assez complexe et néanmoins évidemment ça n'est pas de la création musicale est-ce qu'à terme on ne peut pas risquer d'appauvrir le patrimoine humain Simon Bunel parce que l'intelligence artificielle utilisant un certain nombre de techniques mimétiques Simon Bunel est-ce que vous voulez répondre ?
Non tout à fait je pense qu'il y a ce risque de converger vers une espèce de situation intermédiaire où l'IA est finalement entraînée sur des contenus moins bons qu'elle aura elle-même généré et que finalement on converge vers un niveau intermédiaire donc ça c'est clairement des choses qu'il faut prendre en compte dans la réglementation dans la façon dont on réfléchit à ce type de modèle
Mais comment réglementer ça ? Est-ce que vous avez des idées Axel Arquier si par exemple la musique s'appauvrit si je ne sais pas les textes s'appauvrissent enfin bref il y a aussi un certain nombre d'évolutions qui sont des évolutions qui peuvent susciter l'inquiétude sans que l'on comprenne très bien comment lutter contre ?
Alors je pense qu'effectivement comme nous dit Simon il y a une question de préférence au bout d'un moment si les gens préfèrent un contenu plus médiocre voilà donc ensuite il y a l'intervention des pouvoirs publics qui pourraient passer par exemple avoir des types de labels faits par humains validés entièrement réalisés par un humain ce type de choses pourrait exister et vous pourriez avoir je ne sais pas exactement techniquement comment ce serait possible mais ce roman a été écrit 100% par un humain cette musique a été voilà si c'est quelque chose
ce qui n'est pas complètement exact non plus puisque quand vous prenez un traitement de texte par exemple vous avez un certain nombre de
mais disons sans intelligence sans recours à des modèles de diffusion sans recours à un modèle de langage etc enfin c'est des choses auxquelles on pourrait on pourrait réfléchir
ce que je voulais dire c'est que les modèles de langage ils sont par exemple très utiles pour corriger l'orthographe ils sont utiles aussi pour corriger des erreurs de syntaxe donc si vous voulez c'est comme la cuisine au restaurant sans produits surgelés il y a des moments où vous utilisez des produits surgelés sans que la qualité globale soit en cause
je pense qu'on pourrait faire une distinction entre un roman qui a été généré par Claude et un roman qui a été écrit par une humaine un humain et qui a été corrigé édité par une IA pour les fautes d'orthographe je pense que c'est des choses qui seraient faisables après il y a un problème qu'on n'a pas évoqué pour revenir sur l'utilisation des armes autonomes etc et qui rejoint aussi une des limites à l'automatisation qui est l'explicabilité de ces modèles c'est à dire que la façon dont ils sont constitués c'est des énormes matrices avec plein de chiffres en gros pour simplifier et du coup toute décision prise par ces modèles est inintelligie pour un esprit humain donc ça pose deux problèmes ça pose heureusement une limite à l'automatisation parce que quand vous ne pouvez pas expliquer la décision d'une machine de façon logique si elle vous dit augmente la température dans une usine chimique mais que vous n'êtes pas sûr que ce n'est pas une hallucination et que ça répond bien à un raisonnement logique vous n'allez pas le faire et la seconde c'est effectivement l'utilisation dramatique dans le cadre de la guerre vous pouvez avoir une école qui est visée et la personne qui doit détonner ne peut pas vérifier la logique parce que voilà on est face à ces matrices énormes donc cette dimension des modèles je trouve est souvent négligée dans le débat public alors qu'elle rejoint à la fois la discussion sur la guerre et la discussion sur l'automatisabilité et ses limites et ce frein qui va exister dans plein d'activités critiques heureusement
Juan Sébastien de Carbonelle
sur la question du travail artistique moi je pense que le problème est en général assez mal posé parce que le problème là encore n'est pas lié en tant que tel mais le fait que des employeurs ou des commanditaires imposent par exemple à des traductrices ou des traducteurs l'usage de l'intelligence artificielle principalement pour réduire le coût de la prestation le coût de la traduction pour que le travail de traductrice et de traducteur devienne ce qu'on appelle dans le milieu de la post-édition c'est-à-dire la correction de textes produits par de l'intelligence artificielle et après on a évoqué à l'instant on a cité Jospin qui disait que l'état ne peut pas tout oui peut-être mais je pense que les organisations de salariés eux peuvent elles peuvent quelque chose et c'est le cas de tout un tas de secteurs où les organisations de salariés refusent quand même l'intelligence artificielle parce que cela produirait donc soit de la décalification soit une baisse des tarifs dans le cas de la traduction de texte quand je disais
l'état ne peut pas tout effectivement en référence à cette phrase de Lionel Jospin il y a aussi la question de savoir si l'état peut effectivement empêcher la course à la productivité des entreprises si encore une fois c'est une productivité qui est une productivité véritable c'est-à-dire si les coûts complets de la technologie sont utilisés Juan Sebastian Carbonell
le problème c'est que l'état français aujourd'hui est donc inséré dans cette course à l'intelligence artificielle et comme cela a déjà été dit l'état français est en une très mauvaise position face à ses concurrents qui sont principalement les Etats-Unis et la Chine et donc l'état français aujourd'hui n'a aucun intérêt à disons en quelque sorte répondre aux besoins des salariés ou de la population pas plus tard qu'hier il y a eu l'annonce d'un nouveau data center en région parisienne pas pour Mistral qui aura bien sûr les effets qui ont déjà été évoqués comme concurrence sur le réseau électrique ou consommation massive d'eau donc c'est pas que l'état ne peut pas tout mais l'état ne veut pas en quelque sorte Axelle Larkier vous êtes d'accord avec ça ?
Oui je suis d'accord sur le fait que le prisme vers lequel l'IA est considérée d'un point de vue politique est uniquement les gains de productivité ce qui à mon sens est quand même très très problématique même si je suis aussi d'accord qu'il faut d'un point de vue souveraineté avoir un développement de cette industrie ici d'autant plus que si on veut parler de redistribution ce que j'évoquais rapidement tout à l'heure redistribuer quoi ?
parce qu'en l'état actuel des choses du point de vue de la France et de l'Europe comme le disait Juan Sebastian ces entreprises sont situées aux Etats-Unis et en Chine en plus on assiste à cette intégration verticale de l'écosystème de l'IA ce qui fait qu'on a des entreprises qui sont très puissantes et qui ne sont pas sur notre territoire donc le jour où il faudrait éventuellement redistribuer comment on va prélever qu'est-ce qu'on va prélever si on n'a rien ici ?
Mais alors là aussi est-ce que Simon Bunel on a vu des exemples de technologies passées qui ont été freinées par des mécanismes d'ordre légaux administratifs ?
Légaux administratifs alors oui dans la diffusion du il y a très longtemps du métier à tisser le gouvernement anglais à l'époque la reine Elisabeth Ier elle est interdite l'utilisation des premières innovations dans le tissu et finalement la révolution technologique s'est imposée dans le temps parce que elle s'est faite il y a eu les luddites qui ont lutté et ça s'est quand même fait parce qu'il y a la concurrence internationale parce que quand d'autres adoptent on est obligé d'adopter et donc évidemment ces effets d'équilibre généraux il faut toujours les garder à l'esprit on n'est pas le seul acteur la France n'est pas le seul acteur au monde à se poser ces questions-là et on doit agir aussi en prenant en compte les réactions des autres
Axel Larkier comment répondre aux enfants aux adolescents qui font des études aux parents qui s'inquiètent pour les études je sais que c'est un grand je vous vois perplexe mais effectivement c'est une question qu'on se pose qu'est-ce que l'on peut aujourd'hui étudier en étant sûr que son travail demain ne sera pas remplacé par l'intelligence artificielle
alors en termes de certitude je pense qu'il faut quand même être assez humble et qu'on n'en a aucune après concrètement si on en reste à des modèles de langage qui peuvent évoluer et qu'on n'a pas un développement de la robotique qui s'accélère on peut considérer que tous les métiers qui sont incarnés qui demandent une présence physique seraient relativement protégés mais on voit bien qu'on a parallèlement un développement de la robotique donc je ne sais pas si c'est un conseil de long terme
qu'est-ce que c'est un métier incarné ?
un métier incarné c'est un métier où vous avez besoin d'être là physiquement si vous êtes infirmier si vous êtes professeur dans l'éducation nationale actuelle on pourrait imaginer que ça évolue
par exemple aux Etats-Unis il y a
un grand débat
un grand débat pour savoir si les universités lesquelles sont très chères ne pourraient pas remplacer une partie de leurs professeurs par l'intelligence artificielle
alors ça c'est effectivement un choix politique je pense qu'il ne faut pas faire à titre personnel et après pour revenir à votre question c'est qu'il ne faut pas faire
mais lorsque justement il y a une pression forte à la baisse pour les coûts de scolarité lesquels peuvent être considérés comme trop élevés aux Etats-Unis c'est un débat qu'on peut avoir est-ce que c'est possible de freiner ce mouvement-là ?
Bah écoutez en tout cas d'un point de vue finance publique c'est sûr que des problèmes se posent tout le temps mais avoir une déshumanisation de l'enseignement surtout dans un monde où pour répondre à votre question sur les jeunes où ces interactions avec des intelligences artificielles conduisent progressivement à une perte de sens critique quand vous n'avez rien connu d'autre en réalité
Qu'est-ce que ça veut dire ?
C'est-à-dire que quand vous êtes très jeune que vous n'avez connu que les interactions avec l'intelligence artificielle il faut véritablement vous apprendre à raisonner par vous-même et à vous rendre compte que ça nous arrive à tous un glissement vers le prendre ce que dit la machine comme une vérité alors qu'il y a énormément d'erreurs d'hallucinations intrinsèquement liées à leur mode de fonctionnement donc ça c'est des choses qui s'apprennent dans l'éducation Simon Budal Oui pour revenir à votre question aussi sur que conseiller à des jeunes aujourd'hui il y a une étude récente qui est assez intéressante qui essaye de faire la part des choses entre le fait que l'impact soit sur les jeunes et sur les positions d'entrée au sein du marché du travail et montre que l'effet vient des positions d'entrée dans le sens où les jeunes sont assez capables de s'adapter parce qu'ils se sont exposés rapidement en LLM et de gérer des agents et donc de devenir entre guillemets dès le début de l'arrière des managers d'IA et donc d'utiliser la technologie de soins de vie là et donc un bon conseil je pense aussi pour les jeunes générations c'est de se dire testez l'outil voyez ses limites soyez capables de jouer avec et justement ne faites pas l'erreur de ne pas regarder la technologie et du coup d'être confrontés directement aux effets négatifs Est-ce que là aussi Oui je veux dire évidemment qu'il faut utiliser la technologie après je pense que la chose qui protège dans l'état actuel des modèles donc on a parlé de l'incarnation physique après il y a la capacité à gérer les problèmes véritablement nouveaux ça on sait que les modèles actuels on ne peut pas présager de ce qui se passera demain mais c'est des choses qui quand c'était hors de leur donnée d'entraînement là où ils apprennent leurs capacités impressionnantes il y a quand même un effondrement des capacités donc tous les métiers qui demandent de traiter des cas qui sont imprévisibles qui aient une grande variabilité vous êtes plus protégés que les autres
Juan Sébastien Carbonell même question si on essaye de comprendre la situation la situation des jeunes qu'est-ce que l'on peut imaginer pour le futur
alors je répète ce que j'ai dit plus tôt c'est que là je suis en général assez contre la prospective dans le sens où on ne peut pas prévoir ce que sera c'est pas vraiment de la prospective absolument oui et non dans le sens où je vais vous donner un exemple qui est issu de l'enseignement supérieur il y a quelques années il y avait la mode des MOOC donc c'est un acronyme en anglais pour dire que c'est des cours pré-enregistrés et qu'on rediffuserait aux étudiantes et aux étudiants et ça avait été présenté comme là encore une solution au manque de personnel et des choses comme ça il y a eu un recul en arrière parce que les MOOC étaient vus comme des très mauvais outils pédagogiques et rien ne dit que demain justement ces enseignants virtuels faits par de l'intelligence artificielle seraient vus là encore comme un très mauvais outil pédagogique et on rentrerait encore une fois dans de la logique de good enough c'est-à-dire une automatisation de mauvaise qualité mais acceptable par les commanditaires ou des choses comme ça et là je vais parler en tant qu'enseignant dans le supérieur où évidemment mes étudiantes mes étudiants utilisent ChatGPT pour faire leur devoir c'est comme ça mais moi j'essaie de le voir non pas comme une catastrophe mais essayer de le comprendre dans la longue histoire en fait de l'utilisation du numérique dans le supérieur et en fait évidemment les étudiantes étudiants utilisaient déjà Wikipédia ils s'en servaient et il faut leur faire comprendre en fait comment s'en servir de la même façon qu'il faut leur faire comprendre comment se servir de ChatGPT
Merci beaucoup Juan Sébastien Carbonell vous êtes sociologue du travail on vous doit Taylorisme augmenté critique de l'intelligence artificielle aux éditions Amsterdam Axel Arquier économiste au CEPI et Simon Bunel professeur associé au département d'économie de l'ENS PSL