Benoît Serre : "On est passé d'un marché d'employeurs à un marché d'employés"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:21OuverteRéponse partielle
Est-ce que les entreprises sortent le carnet de chèques pour augmenter les salaires ?
- 1:14OuverteRéponse directe
Et ça reste la préoccupation numéro un lors d'une embauche ?
- 1:28OuverteRéponse directe
Il y a quelque chose aussi qui est très marquant dans votre étude, c'est les problèmes de recrutement.
- 1:41OuverteRéponse directe
82% c'est du jamais vu ?
- 2:12OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est aussi une question de génération ?
- 2:58OuverteRéponse directe
Est-ce que ça, vous l'observez ou pas ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:46Invité politiqueFait
« On sort de 20 ans de chômage de masse, on n'y est plus. »
- 2:01Invité politiqueChiffre
« Vous avez vu les statistiques de la Dares, qui disaient qu'il y avait 500 000 démissions par trimestre. »
- 3:53Invité politiqueChiffre
« On est passé, avec la crise Covid, de 3% de télétravail avant la crise, à 26% après la crise. »
- 6:31Invité politiqueChiffre
« Il y a des entreprises qui annoncent qu'à ce jour, leur facture énergétique, elle a augmenté de 40% et donc ils n'arrivent plus à produire. »
Temps de parole
- Benoît Serre80 %
- Présentateur19 %
≈ 3,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Il est 6h20, les DRH ont du pain sur la planche en ce moment, après deux ou trois années à gérer en direct les problématiques liées au Covid. Les voilà confrontés à l'inflation et aux difficultés de recrutement. Bonjour Benoît Serre. Bonjour. Vous êtes DRH de L'Oréal France et vice-président de l'ANDRH, l'association nationale des DRH, qui publie aujourd'hui son étude annuelle sur la rentrée sociale des DRH. Rentrée marquée donc par l'inflation, est-ce que les entreprises sortent le carnet de chèques pour augmenter les salaires ?
En fait, ça m'a toujours frappé ces discussions en disant qu'il faut augmenter les salaires. Sincèrement, il y a tellement de configurations différentes, on le voit dans notre étude, les entreprises qui disent « Mais moi, je n'ai pas les moyens ». D'autres qui disent « Ça, c'est un point qui commence à monter et heureusement ». C'est-à-dire qu'il faut bien comprendre que les coûts énergétiques des entreprises, notamment des PME, explosent. Et donc, il y a un moment où vous ne devez faire pas un choix, parce que c'est toujours un mauvais choix, entre l'inflation dite de production et l'inflation de consommation.
Après, c'est vrai que la pression sur les salaires, parce que l'inflation est réelle, elle est forte. Donc, il y a des entreprises, en fonction de ce qu'elles ont fait l'année dernière, ce qu'elles ont fait cette année. Ça discute partout, en tout cas. Vous avez vu dans notre étude que beaucoup d'entreprises ont avancé les dates de négociation. Donc, voilà, c'est un sujet pris en considération. Qu'est-ce que ça va donner à la fin ? On verra bien selon les configurations d'entreprises, mais on ne peut pas dire « Il faut augmenter les salaires ».
Et ça reste la préoccupation numéro un lors d'une embauche ?
Lors d'une embauche, oui. J'ai beaucoup entendu depuis quelques mois que ce serait le sens, l'engagement environnemental, tout ça, c'est vrai. Mais la rémunération reste quand même le premier sujet, et c'est bien normal. Et en période d'inflation, encore plus.
Il y a quelque chose aussi qui est très marquant dans votre étude, c'est les problèmes de recrutement. Vous dites que 82% des entreprises sont concernées.
C'est ce que nous disent nos collègues DRH à la NDRH, et on le vit.
82% c'est du jamais vu ?
Jamais vu. Je n'ai jamais vu 82% des gens qui disent « Moi, je n'arrive pas à recruter ». Il faut dire qu'on sort de 20 ans de chômage de masse, on n'y est plus. Donc, votre marché s'est inversé, ce qu'on appelle, on est passé d'un marché d'employeur à un marché d'employé. Ça, c'est un premier phénomène. Deuxième phénomène, il y a eu beaucoup de créations d'emplois, il faut le reconnaître. La troisième chose, c'est qu'il y a beaucoup d'instabilité du corps social, en fait. Donc, les gens bougent. Vous avez vu les statistiques de la Dares, qui disaient qu'il y avait 500 000 démissions par trimestre. Tout ça, c'est vrai. Ça veut dire que vous passez votre temps et cherchez quelqu'un.
Et tout le monde cherche les mêmes. Donc, forcément, la tension est forte, et elle se reporte partiellement sur les salaires.
Mais ça veut dire qu'il y a vraiment des gens qui disparaissent comme ça du jour au lendemain, ou qui zappent un entretien d'enmâche sans prévenir ?
Alors, ça, c'est autre chose. C'est pour ça que je ne pense pas qu'il y ait une grande démission en France. Vous savez, aux Etats-Unis, il y a eu beaucoup de gens qui sont partis, puis on ne les a pas retrouvés. En France, 90% des gens qui ont quitté une entreprise, notamment par démission, sont dans un autre emploi. Donc, ce n'est pas vraiment une démission. En revanche, vous avez une sorte de grande mobilité. Alors qu'auparavant, vos corps sociaux étaient plutôt stables. Et là, vous avez une grande mobilité. Donc, c'est vrai qu'on en a perdu quelques-uns, mais pas beaucoup. Mais en revanche, on ne sait jamais.
Telle ou telle personne qui va très bien peut vous dire un matin, je m'en vais parce qu'elle a été chassée, parce qu'elle a trouvé autre chose. Et puis, vous avez un autre phénomène assez nouveau pour le moment. C'est que vous avez des gens qui démissionnent sans avoir d'emploi derrière. Mais parce qu'ils ont assez confiance dans le marché du travail pour se dire, bon, je retrouverai quelque chose dans les trois mois.
Est-ce que c'est aussi une question de génération ? Est-ce que ça, vous l'observez ou pas ?
Non, je suis assez contre ça. Je ne pense pas qu'il y ait un phénomène de génération. En revanche, c'est vrai que quand vous avez charge de famille ou charge d'emprunt, peu importe, vous n'hésitez plus à changer de boulot. Parce qu'en France, le CDI, il emporte énormément de choses. Il emporte la protection sociale, il emporte l'accès à l'emprunt, il emporte plein de choses. Donc la différence générationnelle va se faire là, en fait, de la contrainte qui est la vôtre. En revanche, dans les comportements, je ne l'observe pas tant que ça, finalement. Et d'ailleurs, c'est une question que les entreprises doivent se poser.
C'est pourquoi, dès que ça va mieux, les gens pensent qu'une chose, c'est s'en aller. Donc ça veut dire qu'il y a un petit sujet, quand même. Mais je ne pense pas qu'il y ait un phénomène de génération. Moi, je conteste assez ceux qui disent les jeunes ceci ou les jeunes cela. Ce n'est pas tout à fait exact, honnêtement.
Benoît Serres, la crise de Covid, on le sait, a profondément développé le télétravail. On ne reviendra pas en arrière ?
Non, maintenant c'est fini. Vous savez, on est passé, avec la crise Covid, de 3% de télétravail avant la crise, à 26% après la crise.
En moyenne, c'est combien ? Deux jours, c'est ça, par semaine ?
En moyenne, on observe que les entreprises ont plutôt passé des accords ou mis en place des systèmes à deux jours. Ce n'est pas illogique, d'ailleurs, parce que quand vous êtes à trois jours, vous changez un peu de monde, quand même. Vous passez plus de temps chez vous que... Bon, donc c'est pour ça que c'est deux jours. Et d'ailleurs, c'est intéressant de voir que c'est plutôt le souhait des gens d'être à deux jours. Mais la question du télétravail, elle en pose une autre qui, elle, est beaucoup plus compliquée à résoudre. C'est que vous avez des salariés qui ont une demande très forte, et là, pour le coup, c'est un peu générationnel. Très fort de liberté d'organisation dans le travail.
Ce n'est pas une affaire de jour ou pas de jour. C'est pour ça que je pense que les débats sur les quatre jours, les cinq jours sont un peu dépassés. Les gens veulent plutôt de la liberté d'organisation dans mon travail, et ça, ça interroge beaucoup les modèles d'entreprise qui sont assez classiques et pyramidaux, quand même.
Mais ça veut dire quoi, concrètement, de la liberté ? C'est pouvoir choisir ses horaires, par exemple ?
Ce n'est pas uniquement ses horaires, c'est pouvoir... Par exemple, je décide de travailler de cette manière-là plutôt chez moi à tel moment. Faites-moi suffisamment confiance pour le faire. Ne contrôlez pas quand je rentre ou quand je sors. On a un peu quitté le modèle habituel pour une partie. Donc attention, parce que 30 ou 35% des métiers sont télétravaillés ensemble. Donc on a l'impression que l'hybride, c'est pour tout le monde. Non, non, c'est pour 35% des gens en France. Les autres, ils ne peuvent pas.
Donc ça veut dire plus de personnalisation, limité de temps et de lieu, c'est fini ?
Sans que ce soit l'open bar, sans que ce soit tout le monde vient quand il veut. Mais c'est plutôt, par exemple, il y a beaucoup de réflexions en ce moment sur l'idée de dire voilà, vous avez un capital de jour, par exemple de télétravail, ou plus de jours de RTT, plus de jours de congés, vous jouez avec ça, et puis vous essayez de vous organiser au mieux. Il ne faut pas non plus que ça tombe dans l'excès, c'est-à-dire que les gens viennent quand ils veulent. Une entreprise, ce n'est pas une addition d'individus, c'est quand même un collectif.
Donc nous, les DRH, on a cette difficulté-là, et c'est ce que montre l'étude, c'est de dire, bon, il y a des règles collectives de fonctionnement ensemble, une fois qu'on les a respectées, vous avez une mode de liberté. Vous savez, on avait organisé le travail non-hybride. Il n'y a pas de raison qu'on n'organisait pas le travail hybride.
Le gouvernement va présenter après-demain son plan de sobriété à destination des entreprises. Est-ce que c'est un sujet de travail pour les DRH ?
C'est un sujet de travail pour les entreprises et pour les DRH, sous trois angles, en fait. Le premier, c'est que, d'une certaine manière, l'été qu'on a passé, a fait prendre conscience à beaucoup de gens dans le quotidien qu'il se passait quand même quelque chose. Donc il y a une pression, d'une certaine manière, pas négative, mais ça allait de dire, bon, qu'est-ce que mon entreprise fait ? Et on sait que, vous l'évoquiez tout à l'heure sur la rémunération, ça aussi, c'est un critère d'embauche. Après, vous avez une vrainquiétude de beaucoup d'entreprises, notamment des petites, qui disent, est-ce que j'aurai l'énergie et à quel prix dans les mois qui viennent ?
Vous avez sans doute vu qu'il y a des entreprises qui annoncent qu'à ce jour, leur facture énergétique, elle a augmenté de 40% et donc ils n'arrivent plus à produire. Donc, deuxième sujet, c'est plutôt un sujet de production. Et puis, le troisième sujet, c'est, poussé par le gouvernement, c'est comment je fais pour contribuer collectivement à réduire la facture dans les deux sens, c'est-à-dire en production et en coût. Donc, c'est un sujet vraiment présent. On attend ce que va annoncer le gouvernement. Beaucoup d'entreprises ont déjà pris des mesures assez fortes depuis longtemps, d'ailleurs.
Un dernier point intéressant dans votre étude, Benoît Serres, c'est à propos de la loi santé qui est entrée en vigueur en avril dernier, qui est axée autour de la prévention en matière de santé des salariés. Et ce qu'on voit dans votre enquête, c'est qu'il n'y a pas assez de médecins du travail.
On l'avait vécu pendant la crise Covid. En fait, à un moment, vous savez, il y avait tout un système pour avoir des arrêts de travail par les médecins du travail, et on ne trouvait pas de médecins du travail. Donc, on avait attendu sur les pharmaciens, il s'était passé pas mal de choses. On va voir ce que cette loi va proposer. Mais c'est vrai qu'il y a eu de moins en moins de médecins du travail dans une période où la demande de santé et surtout la demande de prévention, et je pense que ça, c'est une responsabilité d'entreprise, de prévenir sur la santé, est de plus en plus forte, de plus en plus exigée. Et donc, vous avez un petit écart entre l'intention et l'action.
Merci, Benoît Serres, vice-président de l'Association nationale des DRH. Vous étiez l'invité du 5-7.
Merci.
France Inter Merci.
Merci.