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interviewC à vous (sur YouTube)· 23 mars 2026 8 min

Lionel Jospin, l’anti-Trump - L’édito de Patrick Cohen

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

- J.Merle: Bonsoir. J'ai préparé un petit rougail saucisse à ma façon, en mode végétarien.

Quelques herbes fraîches. - B.Chameroy: Patrick est conquis au premier tour! - A.-E.Lemoine: On a hâte de découvrir ce rougail saucisse végétarien.

A tout à l'heure. Tout de suite, l'édito de Patrick. Comment pourriez-vous expliquer L.Jospin à un jeune qui ne l'a pas connu au pouvoir? - P.Cohen: Je lui dirais: "Tu vois D.Trump?

L.Jospin, c'était l'exact contraire." Pour les mensonges, le reniement, la démagogie, les discours simplistes, le besoin pathologique d'être flatté et complimenté...

L'addiction aux médias et aux caméras...

L.Jospin représentait l'antithèse de Trump et du trumpisme, y compris dans sa façon d'être plutôt bon au pouvoir et plutôt mauvais en campagne. C'est le contraire de Trump.

Avec une idée de la politique exigeante et respectueuse, parfois moralisatrice et raide, selon certains détracteurs. Peut-être L.Jospin aurait-il été inadapté à notre époque, à notre façon de faire de la politique, à cause de sa franchise.

Non pas que nos politiques actuels soient tous des menteurs, mais parfois, en observant L.Jospin sur des plateaux, en le voyant répondre méthodiquement, trop longuement, parfois maladroitement aux questions posées, je me suis dit que la franchise était une grande qualité humaine, mais un gros handicap politique, comme ce jour de campagne présidentielle où il déclare que son projet n'est pas socialiste. C'était vrai mais c'était une faute de le dire.

Ou dans un avion, quand il décrit J.Chirac comme vieilli, usé et fatigué, ce qui n'était pas faux, mais c'était la dernière chose à propager pour ne pas remotiver son concurrent. A celui qui n'a pas connu cette campagne de 2002, je parlerais aussi, même si c'est injuste, du 21 avril et de ce geste qu'aucun politique de premier plan avant lui et qu'aucun depuis n'a accompli un soir de défaite électorale. - L.Jospin: Le résultat du premier tour de l'élection présidentielle qui vient de tomber est comme un coup de tonnerre.

J'assume pleinement la responsabilité de cet échec et j'en tire les conclusions en me retirant de la vie politique après la fin de l'élection présidentielle. - P.Cohen: Injuste de ramener L.Jospin à ce 21 avril et à ce qu'il a appelé un coup de tonnerre.

C'est l'un des rares politiques à savoir qu'il y a une vie en dehors des palais nationaux et des sièges de partis. L'ambition présidentielle n'était pas l'alpha et l'oméga de sa vie publique ni même de sa vie tout court. Dans le trop-plein de candidats actuels, c'est à souligner.

Injuste aussi parce qu'avant le 21 avril, il a eu 5 années d'exercice du pouvoir, qui continuent de soutirer des soupirs de nostalgie à gauche. 5 ans, c'est un record inégalé pour un Premier ministre de gauche, qui est parvenu à gouverner avec toute la gauche. J.-P.Chevènement, son ministre de l'Intérieur, s'est mué en opposant.

Cohabitation oblige, L.Jospin a été le ministre le plus puissant de la Ve République. Aucun autre n'a pu diriger ce pays à sa guise pendant 5 ans sans obéir aux injonctions présidentielles.

J.Chirac, réduit a son pré carré diplomatique, ne l'a pratiquement empêché en rien. La France était dans un régime parlementaire, encore plus que ce qu'on a connu depuis la dissolution d'E.Macron.

Enfin, malgré son aversion pour le clinquant, c'est un débat télévisé qui l'a fait connaître en 81 alors qu'il n'est qu'un des secrétaires nationaux du PS. F.Mitterrand l'envoie faire un "Dossiers de l'écran" sur l'union de la gauche et les 60 ans du congrès de Tours face à G.Marchais, redoutable.

Il lui cloue le bec. - L.Jospin: Dans le comité...

Sur 28 membres, il y a 2 ouvriers. Vous dites que ce parti va être dirigé par des ouvriers. - G.Marchais: Oui, il va devoir être dirigé par des ouvriers.

Dans le comité directeur du PS, il n'y a pas d'ouvriers. - L.Jospin: Je travaillais aujourd'hui et je faisais mes courants...

Ca fait 30 ans que vous n'êtes plus ouvrier, G.Marchais. Un ouvrier travaille en usine. - P.Cohen: Débat Jospin-Marchais.

Il est rediffusé ce soir sur LCP. C'était l'une des personnalités politiques les plus singulières de ces dernières décennies. - A.-E.Lemoine: L'exact opposé de D.Trump, c'est une bonne façon de présenter L.Jospin? - A.Duhamel: Ca a l'avantage d'être très compréhensible et vrai.

C'était quelqu'un de...

Pas de retenu, mais de pudique. Si quelque chose n'existe pas chez Trump, c'est bien la pudeur. C'était quelqu'un d'incroyablement scrupuleux dans ses raisonnements.

Il était assez fatigant, quelquefois. Bon, le scrupule, ce n'est pas non plus Trump. C'était quelqu'un de très méthodique, méticuleux, profondément sérieux.

Et quand on le connaissait...

Je le connaissais bien. Il n'était pas du tout ennuyeux. On pouvait le penser, quand on le voyait.

On pouvait même le croire quand on l'écoutait. Mais quand on était en tête à tête ou en petit comité, il était le contraire de quelqu'un d'ennuyeux. Il était même assez drôle, assez gai, assez inattendu. - A.-E.Lemoine: Il se définissait comme "l'austère qui se marre". - A.Duhamel: Il n'aimait pas du tout quand je lui disais que peut-être que ses origines protestantes y étaient pour quelque chose.

C'était un grand point de désaccord entre nous. - P.Cohen: Il se comportait vraiment comme un protestant. - A.Duhamel: C'est ce que je lui disais. - A.-E.Lemoine: Avec ce geste d'adieu à la politique le 21 avril 2002, alors que J.-M.Le Pen est qualifié avec J.Chirac pour le second tour, c'est ce qui fait qu'il reste une exception totale en politique? - A.Duhamel: Il était à ce moment-là une double exception.

La 1re est que pratiquement personne n'imaginait qu'il puisse ne pas être au 2d tour. Tout annonçait qu'il gagnerait ce second tour. Il était vraiment à l'entrée du palais de l'Elysée.

Et puis, la campagne était ce qu'elle était. C'est pas en campagne qu'il était le meilleur. - P.Cohen: Il a fait une campagne de 2d tour qui était une erreur majeure. - A.Duhamel: J'avais écrit avec lui un livre de dialogues. - A.-E.Lemoine: En mars 2002. - A.Duhamel: On l'avait fait ensemble.

Il était très entêté. Je lui disais qu'il fallait parler de projets. Il était très fier de son bilan de Premier ministre.

Ca se comprenait, hein. C'était pas artificiel. Ca n'était pas anormal d'en être fier, à condition qu'on ait des idées de gauche, bien sûr.

C'était assez normal...

Rien à faire! Il voulait dire que son bilan était très bon. Il ne voulait pas dire ce qu'il allait faire.