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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 4 août 2026 8 minAutoproduitMixteDéfenseEnvironnement & énergie

Iran : les mots de la guerre : Drones : entre asymétrie et innovation militaire

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:05InvitéFait
    « Les drones iraniens sont devenus extrêmement célèbres dans la guerre contre l'Ukraine, mais aussi bien sûr dans cette guerre qui a lieu au Moyen-Orient. »
  • 0:25PrésentateurFait
    « L'avantage des drones, c'est qu'évidemment, ils ne coûtent pas cher à produire. C'est l'adaptation la plupart du temps de produits civils qui existent sur le marché que vous pouvez acheter, améliorer, détourner, et à qui vous pouvez confier une mission. »
  • 1:05PrésentateurFait
    « C'est exactement ce qui se passe du côté ukrainien et du côté russe sur la guerre en Ukraine aujourd'hui. »
  • 1:22PrésentateurPromesse
    « Ces drones sont un petit peu l'arme du pauvre, mais aussi l'arme qui permet de surprendre l'adversaire. »
  • 1:44PrésentateurChiffre
    « Il y en a très, très peu qui ont atteint leur cible. »
  • 2:08PrésentateurFait
    « Il y a peu de drones qui arrivent à franchir la défense israélienne. »
  • 2:20PrésentateurFait
    « Beaucoup de drones tapent les bases américaines au Moyen-Orient et les infrastructures des pays voisins de l'Iran, notamment en Irak et les monarchies du Golfe. »
  • 2:40PrésentateurChiffre
    « Ils ne transportent que très peu d'explosifs, et donc leur effet est beaucoup plus symbolique que réellement militaire. »
  • 3:03InvitéFait
    « L'Iran est un pays nationaliste avec un consensus très fort sur le fait qu'on ne peut pas envahir l'Iran. »
  • 3:48InvitéPromesse
    « C'est des éléments de cette guerre asymétrique populaire. Certains gardiens de la Révolution avec qui j'ai parlé jadis me disaient, je suis contre le nucléaire, de croire qu'on va être protégé par une bombe. »
  • 4:17InvitéFait
    « Qui a donné la technologie à l'Iran ? Comment l'a-t-elle développée, Pierre Razou ? »
  • 4:20PrésentateurFait
    « Elle l'a développée toute seule. »

Temps de parole

  • Présentateur62 %
  • Invité23 %
  • Invité 215 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:05
Invité

Les drones iraniens sont devenus extrêmement célèbres dans la guerre contre l'Ukraine, mais aussi bien sûr dans cette guerre qui a lieu au Moyen-Orient. Pourquoi comptent-ils de particuliers ces drones iraniens ?

0:25
Présentateur

L'avantage des drones, c'est qu'évidemment, ils ne coûtent pas cher à produire. C'est l'adaptation la plupart du temps de produits civils qui existent sur le marché que vous pouvez acheter, améliorer, détourner, et à qui vous pouvez confier une mission. Donc, il y a une logique de masse et une logique de coût. Produire des drones, surtout si ce sont des drones suicides, c'est-à-dire que c'est ni plus ni moins qu'un missile, mais un missile à bas coût, donc moins performant, mais que vous pouvez produire en très grande quantité, c'est-à-dire par centaines, voire par milliers. Donc, les utilisateurs misent sur l'effet de saturation.

C'est exactement ce qui se passe du côté ukrainien et du côté russe sur la guerre en Ukraine aujourd'hui. Et dans le conflit dont on parle entre les États-Unis et Israël et l'Iran, ces drones sont un petit peu l'arme du pauvre, mais aussi l'arme qui permet de surprendre l'adversaire. Parce qu'en 2024 et 2025, tous les drones qui ont été tirés par l'Iran, comme ils sont très lents et qu'il fallait atteindre Israël, en fait, le trajet était très long. Donc, sur ce trajet, ils avaient dix fois le temps d'être repérés, détectés, puis interceptés et détruits. Donc, en fait, il y en a très, très peu qui ont atteint leur cible.

Donc, les Iraniens se sont ensuite focalisés sur les missiles balistiques, dont on a déjà parlé. Mais le bouclier antimissile israélien et par là même le bouclier antimissile américain et les boucliers antimissiles des armées des monarchies du Golfe, qui se sentent directement concernés par cette menace, se sont réorientés vers la défense antimissile balistique. Donc là, dans la guerre actuelle, on s'aperçoit qu'en fait, il y a peu de drones qui arrivent à franchir la défense israélienne. Par contre, beaucoup de drones tapent les bases américaines au Moyen-Orient et les infrastructures des pays voisins de l'Iran, notamment en Irak et les monarchies du Golfe.

Parce que finalement, le trajet est très court, souvent de nuit, souvent au-dessus de la mer, ce qui permet aux drones de voler très bas, donc d'être difficiles à détecter, difficiles à intercepter, et donc de prendre par surprise les défenseurs, même si leurs effets sont limités, parce qu'en fait, ils ne transportent que très peu d'explosifs, et donc leur effet est beaucoup plus symbolique que réellement militaire.

2:49
Invité

Bernard Ourcad. C'est un élément très important, c'est un caractère asymétrique. Les Iraniens, on vient de le voir, ne sont pas capables de se projeter à l'extérieur. Les Iraniens ne sont pas impérialistes, ils ne peuvent pas contrôler un territoire extérieur, ils l'ont essayé avec les proxys, etc. C'est très difficile et ils ne réussissent pas. Par contre, l'Iran est un pays nationaliste avec un consensus très fort sur le fait qu'on ne peut pas envahir l'Iran.

Et aujourd'hui, les drones et les petites embarcations des gardiens de la Révolution, dans le Golfe Persique en particulier, sont des éléments de cette guerre asymétrique, avec des armes très peu coûteuses, mais qui peuvent permettre d'harceler l'ennemi.

Dans le Golfe Persique en particulier, les gardiens de la Révolution ont construit des centaines, certains disent des milliers de petites embarcations en fibre de verre, très peu longues, 5-6 mètres de long, mais armées de quelques canons, de quelques lances-missiles à courte distance, éventuellement de drones, qui seront incapables d'harceler un porte-avions, un navire américain dans le Golfe, de façon à, finalement, 1 sur 100 arriver à terme. Mais c'est des éléments de cette guerre asymétrique populaire. Certains gardiens de la Révolution avec qui j'ai parlé jadis, me disaient, je suis contre le nucléaire, de croire qu'on va être protégé par une bombe. On ne l'utilisera jamais.

Par contre, ce qu'il faut, c'est des défenses populaires, des armes simples, que tout le monde puisse utiliser, comme les drones, un simple bazooka. Et donc, les drones sont le symbole même de cette guerre asymétrique populaire qui permettrait à un pays pauvre, finalement, de s'opposer à des grandes puissances militaires. Qui a donné la technologie à l'Iran ? Comment l'a-t-elle développée, Pierre Razou ?

4:20
Présentateur

Elle l'a développée toute seule. En fait, c'est une technologie peu évoluée. Donc, à partir du moment où vous avez la technologie qui vous permet de guider un missile, ou de guider un aéronef, vous pouvez guider des drones. C'est en plus une technologie qui est très accessible sur le marché. Tout le monde peut s'acheter un drone. D'ailleurs, on voit bien, en Ukraine, beaucoup d'Ukrainiens ont fait une razia sur le marché international de drones. Puis ensuite, dans leur cave ou dans leur usine, les ont bidouillés et les ont améliorés pour pouvoir les utiliser à des fins militaires. C'est pareil en Iran.

Alors, les Iraniens ont été sans doute les premiers à développer le concept de drones suicides avec les fameux Shaïd 136, qui sont un petit peu des sortes de petites ailes Delta motorisées par un moteur à essence avec... En fait, c'est presque comme un gros moteur de tronçonneuse ou de tourneuse à gazon qui leur permet d'avoir une portée très longue parce qu'ils vont très lentement. Mais cette technologie est réellement... Enfin, je veux dire, c'est très ancien. Donc, en fait, c'est vraiment l'adaptation de...

Plutôt que de se lancer dans des programmes extrêmement coûteux et très complexes, c'est utiliser l'inventivité et l'esprit d'initiative, en l'occurrence des Iraniens, mais comme les Ukrainiens l'ont fait et comme de nombreux pays commencent à le faire un peu partout.

5:42
Invité

Merci Pierre Razou, directeur académique de l'Institut Fondation Méditerranéenne d'Études Stratégiques. Merci Bernard Ourcade, géographe et membre de la rédaction d'Orient 21. Les mots de la guerre ont été réalisés par Émilie Vallat, produits par Juliette Deveau à la technique Alexandre Dang et Grégory Wallon avec à la coordination Camille Renard et la collaboration de Carolina Souza.