"Nous avons un collectif défaillant", déclare Boris Vallaud qui a quitté la direction du PS
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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Pourquoi partir maintenant ?
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Vous trouviez que la gauche n'était déjà pas assez divisée, qu'il fallait rajouter votre grain de sel ?
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Donc ça, c'est la responsabilité d'Olivier Faure.
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Vous lui reprochez l'enlisement du parti, la brutalisation du fonctionnement des instances.
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En fait, vous trouvez quoi ? Que le PS fonctionne comme la France Insoumise, c'est ça ?
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Il y a une situation de fait, Boris Vallaud, c'est que votre démission conduit à ce qu'Olivier Faure soit minoritaire désormais.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« L'extrême droite, les bonimenteurs de l'extrême droite, les ennemis mortels de la démocratie sont aux portes du pouvoir. »
- 0:53Invité politiqueFait
« Tout le monde est en campagne, pas nous. »
- 1:17Invité politiqueFait
« J'ai le sentiment que nous avons un collectif qui est défaillant au moment où nous avons au contraire besoin de nous frotter les uns aux autres pour fabriquer du consensus. »
- 1:40Invité politiqueFait
« Ma démission, ça n'est pas la crise. La crise, c'est le silence. »
- 2:10Invité politiqueFait
« Ça n'est pas une crise, c'est un sursaut. Ça n'est pas une brutalisation, c'est un réveil. »
- 4:16Invité politiqueFait
« J'ai demandé à ce que nous nous déterminions sur un calendrier. »
- 4:25Invité politiqueFait
« J'ai demandé à ce que nous votions sur un programme, que nous votions sur le candidat socialiste, comme il y a un candidat écologiste. »
- 4:55Invité politiqueFait
« Moi, je veux l'union de la gauche de Glucksmann à Ruffin. »
- 5:58Invité politiquePromesse
« Je propose que, sans délai, nous convoquions des rencontres de la nouvelle gauche plurielle. »
- 6:56Invité politiqueFait
« Nous voulons toutes et tous gouverner ensemble. »
- 8:51Invité politiqueFait
« Moi je ne suis préoccupé que d'une chose, c'est de battre l'extrême droite. »
- 9:13Invité politiqueFait
« Il n'y a rien de désespéré dans ma démission de la direction. Il y a au fond un appel à l'union, à la responsabilité et à l'espoir. »
Temps de parole
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Il est 7h49 et Benjamin Duhamel, votre invité et président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale. Bonjour Boris Vallaud. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. C'est votre première prise de parole depuis votre départ fracassant de la direction du Parti Socialiste annoncé vendredi dernier. Pour commencer, Boris Vallaud, pourquoi partir maintenant ? Vous trouviez que la gauche n'était déjà pas assez divisée, qu'il fallait rajouter votre grain de sel ?
D'abord, pour rassurer ceux qui s'en inquiétaient, je ne quitte pas le Parti Socialiste, je quitte la direction du Parti Socialiste. Quel est le sens de cette démission ? C'est que l'on prenne au sérieux mon inquiétude. Que l'on prenne au sérieux l'inquiétude de beaucoup de militantes et de militants qui ont le sentiment que nous ne sommes pas prêts, que nous ne nous préparons pas à une élection présidentielle qui ne ressemblera à aucune autre. L'extrême droite, les bonimenteurs de l'extrême droite, les ennemis mortels de la démocratie sont aux portes du pouvoir. Tout le monde est en campagne, pas nous.
Et j'appartenais à une direction qui ne construisait pas une direction, qui ne donnait pas une direction. Et comme beaucoup, je ne savais plus où nous allions.
Donc ça, c'est la responsabilité d'Olivier Faure. Votre courant a des mots très durs contre le premier secrétaire du PS. Vous lui reprochez l'enlisement du parti, la brutalisation du fonctionnement des instances. C'est votre expression, le verrouillage aussi. En fait, vous trouvez quoi ? Que le PS fonctionne comme la France Insoumise, c'est ça ?
J'ai le sentiment que nous avons un collectif qui est défaillant au moment où nous avons au contraire besoin de nous frotter les uns aux autres pour fabriquer du consensus, pour essayer de trouver un chemin qui soit un chemin partagé. Je ne crois pas à l'union de la gauche sans l'union des socialistes et nous n'y parvenons pas aujourd'hui. Mais je voudrais dire une chose quand même, de façon assez nette. Ma démission, ça n'est pas la crise. La crise, c'est le silence. C'est de ne rien dire quand ça ne va pas. C'est de ne pas proposer de chemin alternatif.
Il y a une situation de fait, Boris Vallaud, c'est que votre démission conduit à ce qu'Olivier Faure soit minoritaire désormais. Puisque si on ajoute ce qu'on appelle votre texte d'orientation et celui du maire de Rouen, Olivier Faure est minoritaire. Mais ça oblige précisément. Ça veut dire que le parti est en crise.
Ça oblige précisément à ce qui a jusqu'à présent fait défaut. C'est le collectif, la discussion avec toutes et tous à laquelle je crois. Je le dis, ça n'est pas une crise, c'est un sursaut. Ça n'est pas une brutalisation, c'est un réveil. Et surtout ma démission, elle ne dit pas c'est foutu. Elle dit ça n'est pas trop tard. Et c'est vraiment ce que je veux dire ce matin. Ça n'est pas trop tard pour peu qu'on se mobilise.
Et on va parler dans un instant de ce que vous proposez comme vision alternative. Mais simplement en politique, normalement quand on est minoritaire comme Olivier Faure, il y a une forme de logique à considérer qu'on n'est plus tout à fait légitime pour diriger un parti. Est-ce que vous tirez cette même conclusion ? Est-ce que vous considérez qu'Olivier Faure doit partir ?
Ce n'est pas ce que je considère. Il a été élu par militant. Il a une responsabilité éminente à laquelle j'appelle. Celle de construire l'unité. Celle de construire le collectif de travail. Celle d'écouter, y compris celles et ceux qui ne sont pas d'accord avec lui. Et puis surtout, qu'on mette ce parti en ordre de bataille.
Pardon Boris Vallaud, est-ce que vous n'êtes pas un peu véléitaire ? Vous dites, il brutalise les instances du parti, le parti est enlisé, le parti ne réfléchit pas. Mais par contre, non, il peut rester premier secrétaire du parti socialiste, il n'y a pas de problème.
Quand on fait de la politique, on demande à ce qu'il s'en aille, à ce qu'un congrès soit organisé, éventuellement à le remplacer. Pardon, mais ce n'est pas seulement une histoire de personne. Si c'était ça, finalement, ce serait assez simple. C'est une histoire de travail collectif, c'est une histoire de vision, c'est une histoire de mobilisation. C'est se poser la question de savoir quelle est notre stratégie électorale, quelles sont la sociologie et la géographie de nos combats. Pour qui et où allons-nous nous battre dans cette grande bataille de France face à l'extrême droite ? Ça n'est pas rien. Quelles sont nos idées principales ? Quel est le processus ?
Et quand on n'est pas d'accord, on fait vivre la démocratie. Nous avons la chance d'être un parti qui est un parti démocratique. À un moment donné, on peut passer au vote. Et quel que soit le vote, moi, je me rangerai à l'avis des militants.
Alors justement, sur le fond, votre principal point de désaccord avec la direction du PS, c'est le mode de désignation du candidat en vue de 2027. Olivier Faure, lui, continue de plaider pour une primaire. De François Ruffin à Raphaël Glussmann. Et vous n'en voulez pas, Boris Vallaud. Est-ce que votre départ de la direction du Parti Socialiste, ça veut dire, comme d'ailleurs ce qu'explique François Hollande, François Hollande, il dit, le départ de Boris Vallaud de la direction du PS, ça a une conséquence, c'est qu'il n'y aura pas de primaire. C'est acté. Est-ce qu'il n'y aura pas de primaire compte tenu de votre décision de quitter la direction du PS ?
Vous savez ce que j'ai demandé dans les derniers bureaux nationaux ? J'ai demandé à ce que nous nous déterminions sur un calendrier.
Oui, est-ce qu'un candidat du PS soit désigné avant l'été, ce qui n'est pas exactement une primaire.
Non, non, soyez complet, Benjamin Duhamel. J'ai demandé à ce que nous votions sur un programme, que nous votions sur le candidat socialiste, comme il y a un candidat écologiste, comme il y a un candidat de l'après, comme il y a un candidat de debout, et que nous tranchions sur un processus, soit la primaire, soit un autre processus, qui est un processus de coalition. Mais quelle que soit la décision des militants, je suis la décision des militants dans un parti démocratique. C'est ce qui se passe. S'agissant de François Hollande, il peut bien faire tous les commentaires qu'il veut, il n'est pas mon porte-parole. Et puis par ailleurs, nous avons un désaccord, qui est un désaccord majeur.
Moi, je veux l'union de la gauche de Glucksmann à Ruffin. Lui, il ne la souhaite pas. Donc, vous avez compris, je roule pour personne et je n'ai pas de candidat. si ce n'est celui d'une union la plus large possible de cette gauche non-mélange.
Là encore, pour que nos auditeurs comprennent, parce que parfois, il faut être solferinologue pour comprendre ce qui se passe au Parti Socialiste. Mais ce que vous êtes. Oui, tout à fait, vous avez raison. Votre départ du Parti Socialiste ne veut pas dire... Votre départ de la direction du Parti Socialiste ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de primaire.
Écoutez, moi, je veux faire une proposition. Si vous m'autorisez, une proposition que je fais au milieu des amis et des camarades avec lesquels j'ai lancé une initiative. Dans une gauche qui est déjà très large dans sa diversité, dans ses origines. Avec Marie-Noëlle Linnemann, avec Yannick Jadot, avec Carole Delga, avec Raphaël Guxman, avec Nicolas Meilleur-Aussignol, Emmanuel Morel, Aurore Laluc, ou encore le député communiste Yannick Monnet. Je fais cette proposition à celles-là qui, sincèrement, sont engagées dans un autre processus. À Marine Tondelier, à Olivier Faure, à Clémentine Autun, à François Ruffin.
Je propose que, sans délai, nous convoquions des rencontres de la nouvelle gauche plurielle. Pourquoi ? Parce qu'en réalité, moi, mon geste, il n'est pas désespéré. Au contraire, il appelle à ce sursaut. Il croit à la possibilité...
Pardon, mais Boris Vallaud dit rencontre pour quoi faire, puisque les désaccords, ils sont connus.
Alors oui, mais moi, je voudrais d'abord souligner les accords. Mais pardon, les accords, ils sont fondamentaux, ils sont majeurs. Ils n'ont rien d'une évidence. D'abord, je note que nous voulons tous un programme commun. Un programme commun de gauche, à vocation majoritaire dans le pays. Eh bien, réunissons-nous...
Pardon, Boris Vallaud, vous ne voulez pas tous un programme commun. Raphaël Guxman, lui, justement, ne veut pas un programme commun avec François Ruffin et Marine Tondelier.
Nous aurons... Nous avons beaucoup de convergence. Nous aurons des désaccords. Moi, je préfère que les désaccords, nous les posions sur la table. Nous cherchons à les surmonter, à construire ce consensus que les Français attendent pour que nous puissions partir en campagne. Je préfère que nous le fassions maintenant plutôt qu'après. Un programme commun. C'est ce qui a prévalu à l'union de la gauche. Nous le savons dans l'histoire. Nous voulons toutes et tous gouverner ensemble. Nous voulons toutes et tous gouverner ensemble. Est-ce que c'était une évidence ? Non, mais c'est fondamental comme accord. Qu'est-ce que je propose dans ces rencontres de la nouvelle gauche plurielle ?
Eh bien, que nous travaillions ensemble à un contrat de gouvernement. Un contrat de gouvernement qui permettra de faire émerger cette équipe, les visages de cette nouvelle gauche plurielle. Pardon, mais quand Lionel Jospin gouvernait, quand il a construit cette gauche plurielle, il n'avait pas peur des grands arbres, que les grands arbres se fassent de l'ombre. Il les a tous fait pousser... Donc Boris Vallaud... Attendez, et je termine, et je termine. Et troisième proposition, et pardon, il faut aussi un accord législatif, que nous parlions des circonscriptions. Les législatives ne sont pas le troisième tour de l'élection présidentielle, c'est une élection autonome.
Et enfin, vous avez raison de dire, nous ne sommes pas d'accord, et je pourrais expliciter pourquoi, sur le processus de désignation. Eh bien, voyons, puisque certains ne veulent pas de la primaire, et je fais partie de cela parce que je considère que c'est d'abord une grande entreprise de désunion de la gauche. Et donc, on fait comment pour désigner un candidat, alors ? Une grande entreprise de distinction. Nous allons mettre sur la place publique nos désaccords, nous allons ouvrir des cicatrices et des blessures, qui ne cicatriseront pas ensuite. Eh bien, d'autres ne sont pas convaincus par ce que je propose, une forme de consensus organisé après ce travail collectif.
Eh bien, voyons si nous sommes capables de converger. Nous sommes d'accord pour avoir, pour acheter un terrain, nous avons les plans de la maison commune que nous voulons construire, et nous ne sommes pas d'accord sur la couleur du papier peint. Eh bien, je pense que nous sommes capables de faire un rendez-vous de la gauche plurielle pour avoir à la fin. Un contrat de législature, un contrat de gouvernement, un programme commun, et un candidat commun.
Donc, Boris Vallaud, si je résume, vous allez vous rencontrer pour constater que vous avez des désaccords, vous allez continuer à ne pas être d'accord entre ceux qui veulent une primaire et ceux qui n'en veulent pas. Simplement, juste, je me mets à la place de Jean-Luc Mélenchon qui peut-être écoute ce matin, et qui va pouvoir se frotter les mains et se dire encore une fois, « Chez nous, c'est carré, c'est clair, là où au Parti Socialiste, on continue à ne pas comprendre grand-chose. »
Oui, mais écoutez, ça c'est votre interprétation, et libre à vous de vous faire l'interprète de Jean-Luc Mélenchon, mais ce n'est pas du tout mon cas. Vous voyez, moi je ne suis préoccupé que d'une chose, c'est de battre l'extrême droite. Vous me dites, on n'arrivera pas à s'entendre, mais au soir de l'élection, on me dit, attendez, vous étiez d'accord pour gouverner ensemble ? Vous étiez d'accord pour avoir un programme commun ? Vous étiez d'accord pour avoir un contrat de législature ? Discuter des élections législatives ensemble et nous unir ? Et puis vous vous êtes heurté sur un processus ?
Mais moi je crois qu'on est parfaitement capable de trouver quelque chose qui convienne à tout le monde. Et si nous ne sommes pas capables, c'est que nous ne ténons pas tant que ça. Eh bien moi, je crois que non seulement nous en sommes capables, mais nous en avons le devoir. Vous voyez, il n'y a rien de désespéré dans ma démission de la direction. Il y a au fond un appel à l'union, à la responsabilité et à l'espoir.
Merci beaucoup Boris Valo. Et comme dirait l'autre, les chants désespérés sont parfois les plus beaux. Exactement. Merci Benjamin Duhamel. On se retrouve tout à l'heure pour le grand entretien. Il est 7h58. Sous-titrage ST' 501
Boris Vallaud