Macron : "la menace russe est là" - C dans l’air - 06.03.2025
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 35 %Défensif 25 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 87 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:15OuverteRéponse directe
Quel sentiment sur le ton et les propos d'E.Macron ?
- 2:05OuverteRéponse directe
Le président voulait-il ouvrir les yeux sur la menace russe ou effrayer ?
- 3:30OuverteRéponse directe
Pourquoi Macron parle de menace russe maintenant ?
- 5:30OuverteRéponse directe
Les Français prennent-ils la mesure du retournement d'alliance des USA ?
- 7:30RelanceRéponse partielle
Les Européens sont-ils à la hauteur de l'histoire ?
- 9:30OuverteRéponse directe
Pourquoi la Russie juge un cessez-le-feu inacceptable ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 10:00E.MacronChiffre
« La Russie, dans le même temps, continue de se réarmer, dépensant plus de 40 % de son budget à cette fin. D'ici 2030, elle prévoit d'accroître son armée et d'avoir 300 000 soldats supplémentaires, 3000 chars, 300 avions de chasse de plus. »
- 10:30E.MacronFait
« La France a un statut particulier. Nous avons l'armée la plus efficace d'Europe. Grâce aux choix faits par nos aînés après la Seconde Guerre mondiale, nous sommes dotés de capacités de dissuasion nucléaire. »
- 11:00E.MacronPromesse
« J'ai décidé d'ouvrir le débat stratégique sur la protection par notre dissuasion de nos alliés du continent européen. »
- 22:00G.AttalFait
« Nous sommes nombreux à ne plus partager la décision sur la saisie des avoirs russes. La donne a changé. Avant de faire payer les Français et les Européens, faisons payer les Russes pour la sécurité de l'Ukraine. »
- 24:00S.LavrovFait
« S'il nous considère comme une menace, organise une rencontre des chefs d'Etat européens, s'il dit qu'il est nécessaire d'utiliser les armes nucléaires et qu'il se prépare à les utiliser contre la Russie, c'est bien sûr une menace pour nous. »
- 29:30Trump (cité)Fait
« Ceux qui aspirent à la paix doivent se préparer à la guerre. Nous sommes en train de moderniser notre armée. »
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... ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue dans "C dans l'air". C'était un discours glaçant qui marquera sans doute les esprits. E.Macron appelle à la mobilisation des Français.
Selon lui, la Russie est devenue une menace et son agressivité "ne connaît pas de frontières". Des propos qui n'ont pas manqué de faire réagir Moscou cet après-midi, qui y voit une posture conflictuelle à l'égard de la Russie. Le ton monte et c'est toute l'Europe qui bascule dans l'inquiétude depuis la volte-face américaine avec une urgence: aider l'Ukraine à tenir sur le terrain, mais aussi trouver sur le long terme les moyens financiers de réarmer durablement l'Europe.
C'est l'objet de ce sommet extraordinaire qui se tient en ce moment à Bruxelles en présence de V.Zelensky. Pendant ce temps, les Etats-Unis et la Chine s'échangent des menaces avec une guerre commerciale qui s'envenime déjà et envenime les relations entre les 2 empires.
Avec nous pour en parler, J.André, grand reporter à France 24. V.Hugeux, vous êtes journaliste indépendant, spécialiste des enjeux internationaux.
M.Van Renterghem, vous êtes grand reporter et chroniqueuse à "L'Express". Je rappelle votre ouvrage, "Le Piège Nord Stream".
Le général J.-P.Perruche est avec nous.
Vous êtes ancien général de l'état-major de l'UE. Bonsoir à tous les 4. Merci de participer à ce "C dans l'air" en direct.
Je voudrais avoir votre sentiment sur le ton que le président de la République a utilisé et sur ce qu'il a dit aux Français. - J.André: J'étais hier soir là-bas pour France 24.
C'était quelque chose de marquant, de nouveau. L'Elysée nous avait dit: "Il va être pédagogique et essayer de mobiliser la population." C'est ce qu'on a vu.
Il y a eu ce message très clair, très fort: la Russie est une menace. On a d'ailleurs vu la réaction du Kremlin. Il dit aussi qu'il va falloir se réarmer, faire un effort.
Il dit qu'il ne veut pas augmenter les impôts, mais qu'il y aura des choix difficiles à faire à l'avenir. Il dit qu'il faut réarmer la nation et que les Français se mobilisent et soient partie prenante dans cette nouvelle phase. - C.Roux: Il n'était pas là pour rassurer les Français ni les effrayer.
A vos yeux, il était là pour ouvrir les yeux sur la réalité de ce qu'est la menace russe? - J.André: Je pense qu'il voulait la caractériser de manière très claire et que les Français comprennent ce à quoi on fait face.
Il passait aussi un message à l'extérieur, aussi bien aux Russes...
Il leur passe le message et on a vu la réponse. On a vu S.Lavrov dire qu'il trouvait que c'était très exagéré, que voir le président français parler de nucléaire à l'encontre de la Russie, c'était menaçant.
On n'a pas vu la réaction des Etats-Unis, mais pour eux aussi, le message est clair: la France reste aux côtés de l'Ukraine et considère qu'elle doit se défendre seule ou avec un partenariat dégradé vis-à-vis des Etats-Unis. - C.Roux: On va revenir sur le discours qu'il y avait à l'endroit des Etats-Unis et qui était assez modéré, considérant que les Etats-Unis restent un allié. - V.Hugeux: Moi, j'y ai vu un exercice de realpolitik version française.
Il y avait un souci didactique pédagogique adossé notamment à l'usage de cartes et de schémas, ce qui est assez inhabituel dans une adresse présidentielle. J'ai trouvé son propos sobre et calibré avec très peu d'échappées lyriques, sinon sur la fin, avec une référence à l'idéal humaniste et à cette sorte de dividende de notre engagement, par opposition aux dividendes de la paix que nous devons léguer à nos enfants. J'ai aussi noté qu'il avait voulu ménager les Etats-Unis, mais avec une touche de scepticisme très perceptible.
Je l'ai aussi trouvé flatteur, mais au sens noble du terme, avec les partenaires britanniques et allemands... - C.Roux: A la hauteur de l'histoire? - V.Hugeux: Autant j'ai pu être très critique envers ce qui m'a semblé être son irénisme initial avec la volonté de ne pas humilier Poutine, autant là, j'ai trouvé que le propos était clair et impeccable. - M.Van Renterghem: Je n'ai rien à ajouter à ce qui a été dit.
Il a été à la hauteur de l'histoire. Les 2 messages qu'il a fait passer, c'était la réalité de la menace russe et l'appel à la mobilisation, à un engagement de la France. Il a dit que nous ne pouvions pas être spectateurs.
Ce qui m'a frappée, c'est à quel point, dans les réactions des politiques, la plupart des acteurs qui ont réagi étaient très peu à la hauteur de l'histoire. A l'extrême gauche et à l'extrême droite, pas de surprise, c'est toujours très prévisible. A gauche et à droite, même si c'était plus habillé, plus doux, il y avait quand même cette musique de dire: "Oui, c'est grave, mais..." C'était des mots qui ressemblaient étonnamment à: "On ne va quand même pas mourir pour Dantzig." Il y a un manque de compréhension profond dans la société française de ce qui est en train de se passer et de la menace russe. - C.Roux: Je vous coupe.
Il y a peut-être des gens qui n'ont pas compris pourquoi, d'un coup, avec une intervention solennelle, le président s'arrête pour dire que la menace russe est là. Pourquoi maintenant? Pourquoi le dire maintenant?
Il a donné quelques exemples. Il a parlé de la menace russe et du fait qu'on assassine des opposants sur notre territoire, qu'on manipule les élections en Moldavie et en Roumanie. Il a donné des exemples.
Pourquoi maintenant? Il a des informations? - M.Van Renterghem: Il a raison d'insister parce que c'est existentiel pour nous, pas seulement pour l'Ukraine.
Il y a eu beaucoup de mauvaises informations, un manque de clarté sur le fait qu'il fallait défendre les Ukrainiens. Ce n'est pas pour eux qu'il faut les défendre, mais pour nous. C'est visiblement difficile de le faire comprendre.
Il a raison d'insister. Poutine est une menace. Il a montré, depuis qu'il est au pouvoir, qu'il était toujours en situation de guerre et d'agressivité et que c'était existentiel pour lui, que son appétit n'était jamais assouvi.
J'entends les remarques qui disent que c'est seulement pour récupérer sa zone d'influence. Ce n'est pas vrai. Il nous a désignés clairement dans ses discours comme un ennemi.
Il a dit qu'il était en guerre contre nous. C'est lui qui l'a dit. Il déteste ce que nous sommes: le droit et la liberté.
Ca a des conséquences très concrètes sur nous, pas seulement parce que ça ouvre l'idée qu'on considère comme une possibilité...
L'inviolabilité des frontières n'est plus un principe établi, on peut le remettre en cause. Ca veut dire que Xi Jinping l'entend pour Taïwan. Il n'y a pas en Europe centrale un pays qui ne soit pas constitué de minorités appartenant à d'autres.
Je connais la Hongrie. J'ai vu V.Orban.
Il se baladait dans sa voiture avec une carte de la Grande Hongrie. Il veut récupérer les minorités sauvages, ukrainiennes et roumaines. Même les Polonais et les Allemands ont des minorités à récupérer.
Si on considère que ce n'est pas grave de violer les frontières par la force, il n'y a plus de droit en Europe. Ca vous rappelle quelque chose? C'est ce qui s'est passé...
C'est le schéma des nationalistes qui ont créé les guerres au XIXe et au XXe siècle en Europe. - C.Roux: Il a commencé par dire que la Russie violait nos frontières, effectivement.
Réaction cet après-midi de V.Poutine au discours d'E.Macron. "Il y a encore des gens qui veulent revenir à l'époque de Napoléon.
Ils oublient comment ça s'est terminé." - V.Hugeux: Oui.
C'est un peu grotesque, si je puis me permettre. Comparer la situation actuelle avec ce qui se passait sous Napoléon, c'est un peu du délire. Je pense que le président était dans son rôle de chef des armées et responsable de la défense hier soir.
Dans une démocratie, la chose la plus difficile, c'est de mettre les citoyens au diapason de la politique et en particulier de la politique de défense. Tout le monde aspire à vivre en paix, mais il faut vraiment que les gens ressentent dans leur chair qu'il y a une menace pour aller de l'avant et adhérer à une politique à risque. Je pense qu'hier, le président était là pour faire un exercice de pédagogie nécessaire et pour sensibiliser nos concitoyens au fait que, même si le territoire et la population française ne sont pas concernés au premier chef, nos intérêts majeurs, vitaux peuvent l'être très vite et le sont déjà. - C.Roux: Il y a une forme de scepticisme sur la parole du chef de l'Etat.
Question. - V.Hugeux: Zelensky, dans le bureau Ovale, dit: "Moi, je ne joue pas".
Macron ne joue plus non plus. Imputer son ton, qu'on peut considérer comme alarmiste, mais que j'estime réaliste, à une sorte de calcul de billard à 3 bandes de politique intérieure n'est pas à la hauteur de l'enjeu. Je reviens rapidement sur le pourquoi maintenant.
Il y a le facteur Trump. Il y a l'alignement explicite et presque cocasse de Trump sur la rhétorique du Kremlin. Ca rend la menace beaucoup plus palpable.
On s'est assoupis pendant des décennies à l'ombre du parapluie américain. On s'est aperçus aujourd'hui qu'il était replié. Je pense que ça explique aussi cet instant de dramatisation voulue. - C.Roux: Cet après-midi, la Russie juge un cessez-le-feu temporaire "inacceptable".
Exit, donc, la proposition de V.Zelensky et des Ukrainiens. Moscou a réagi aux propos d'E.Macron évoquant "une menace à l'égard de la Russie".
Les Européens se réunissent pour trouver les moyens de réarmer l'Europe. - L'appel à la mobilisation du président à la une de toute la presse aujourd'hui. On retient surtout l'annonce d'une nouvelle ère, sous-entendu celle de la guerre, une ère où le temps de l'innocence est révolu.
Le costume sombre, la mine grave et le ton solennel, E.Macron a décrit dans le détail la menace russe. - E.Macron: Notre prospérité et notre sécurité sont devenues plus incertaines et, il faut bien le dire, nous rentrons dans une nouvelle ère.
La Russie, dans le même temps, continue de se réarmer, dépensant plus de 40 % de son budget à cette fin. D'ici 2030, elle prévoit d'accroître son armée et d'avoir 300 000 soldats supplémentaires, 3000 chars, 300 avions de chasse de plus. Qui peut donc croire, dans ce contexte, que la Russie d'aujourd'hui s'arrêtera à l'Ukraine? - 3 directions sont proposées par le président: soutien solide à l'Ukraine avec peut-être l'envoi d'une force européenne, investissements massifs dans la défense et discussion sur le parapluie nucléaire français. - E.Macron: La France a un statut particulier.
Nous avons l'armée la plus efficace d'Europe. Grâce aux choix faits par nos aînés après la Seconde Guerre mondiale, nous sommes dotés de capacités de dissuasion nucléaire. J'ai décidé d'ouvrir le débat stratégique sur la protection par notre dissuasion de nos alliés du continent européen. - Débat hautement stratégique et ultrasensible qui ne plaît pas du tout à la Russie.
Le Kremlin a réagi aux déclarations d'E.Macron ce matin. - S.Lavrov: S'il nous considère comme une menace, organise une rencontre des chefs d'Etat européens, s'il dit qu'il est nécessaire d'utiliser les armes nucléaires et qu'il se prépare à les utiliser contre la Russie, c'est bien sûr une menace pour nous. - Dans cette escalade des tensions, l'Europe se prépare à la guerre et le fait savoir.
Visite du roi Charles III hier sur un porte-avions britannique, démonstration de force des nouveaux blindés français ou encore entraînement des Allemands à une possible guerre des drones. Le Vieux Continent se réveille et se met en ordre de bataille. Sommet extraordinaire des 27 aujourd'hui en présence de V.Zelensky, soulagé de trouver enfin un peu de réconfort. - V.Zelensky: Un grand merci.
Nous sommes très reconnaissants de ne pas être seuls. Ce ne sont pas que des mots. Nous le ressentons.
C'est très important. Vous nous envoyez un signal fort. - U.von der Leyen: L'Europe est confrontée à un danger et doit être capable de se défendre.
Nous devons donner à l'Ukraine les moyens de se protéger et d'oeuvrer en faveur d'une paix juste. - U.von der Leyen propose 800 milliards d'euros d'investissements dans la défense européenne mais se heurte aux réticences des atlantistes comme G.Meloni et V.Orban.
Les Allemands affichent également leur méfiance vis-à-vis des Etats-Unis. - O.Scholz: Nous devons veiller à ce que l'Ukraine n'ait pas à accepter une paix qui lui soit imposée, mais que ce soit une paix juste et équitable qui garantisse la souveraineté et l'indépendance de l'Ukraine. - Toujours plus en retrait, les Etats-Unis annoncent priver Kiev de leurs renseignements militaires, si précieux sur le terrain depuis 3 ans.
La France continuera d'appuyer les Ukrainiens. - C.Roux: Nous allons revenir sur la question du renseignement qui est très importante.
D'abord, cette question. On a beaucoup de questions de cette tonalité ce soir. Question.
Il y a cette impression qu'il a surjoué les circonstances. - J.André: Je pense qu'il y a une déconnexion.
On a aussi un souci de narration de ce qui est en train de se passer. Les Etats-Unis viennent d'adopter la posture du Kremlin. Depuis le début, le Kremlin dit que cette guerre est justifiée et que l'Otan a avancé trop loin, qu'ils veulent reprendre le contrôle.
C'est ce qu'avait dit d'ailleurs V.Poutine en 2007 à la conférence de Munich. Une grosse partie de l'opinion américaine suit Trump quand il dit que c'est finalement de la faute des Ukrainiens.
Il faut rappeler que c'est une agression par les Russes sur les Ukrainiens, que la posture occidentale a toujours été qu'il y a une autodétermination des peuples, qui peuvent choisir de rejoindre l'Otan. Nous n'avons fait que respecter le statut de l'Otan. - C.Roux: Vous nous expliquez que les Français ne prennent pas la mesure de ce qu'implique le retournement d'alliance des Etats-Unis? - J.André: Je pense qu'ils n'en prennent pas la mesure, non.
On parle d'ailleurs de la possibilité d'étendre la dissuasion nucléaire française au reste de l'Europe. Si jamais les Américains décident de retirer complètement le parapluie, on se retrouverait avec des forces conventionnelles face à la Russie, si la Russie décidait d'attaquer. A la télévision, on voyait les chars manoeuvrer, ceux de l'Otan d'un côté, ceux de la Russie de l'autre.
Il suffit de traverser la frontière. S'il n'y a plus de dissuasion, il y a un problème. - V.Hugeux: Si le propos présidentiel est lunaire, le déni est martien.
J'invite les téléspectateurs à mesurer la part du discrédit dont pâtit E.Macron pour d'autres raisons dans la suspicion légitime ou pas qu'il suscite. Je les invite aussi à lire V.Poutine dans le texte depuis la fin des années 90.
Tout y est. On ne pourra pas lui faire le reproche de nous avoir floués, de nous avoir menti sur ses intentions. Quand vous dites depuis plus d'un quart de siècle "là où on parle russe, c'est la Russie"...
La thèse selon laquelle le conflit ne s'arrêtera pas au sacrifice de l'Ukraine est imparable. - Gal J.-P.Perruche: Le discours de V.Poutine et des Russes en général contre l'Otan montre bien...
C'est un révélateur contre l'Otan et contre le déploiement de forces européennes en Ukraine. Ca montre que son objectif est l'Ukraine. Ce n'est pas de s'en tenir aux 4 oblasts de l'Est, pas du tout.
Il faut prendre ça en compte. Après l'Ukraine, dans la situation qui vient d'être décrite par Vincent...
Il y a un manque de crédibilité de l'Otan. Les Russes avaient peur de l'Otan, mais l'Otan sans les Américains, ce n'est plus grand-chose. Dans la situation actuelle, il faut complètement repenser la défense de notre continent face à un dictateur qui a comme objectif de reconquérir le maximum des possessions qui étaient les leurs à l'époque... - C.Roux: Parmi nos outils, il y a le nucléaire.
A quoi ressemblerait un parapluie nucléaire européen? - Gal J.-P.Perruche: Il faut distinguer le court, le moyen et le long terme.
A court terme, le parapluie nucléaire européen est celui de la France et de la Grande-Bretagne. L'interprétation que ces pays font de leurs intérêts vitaux est la condition d'exécution de la dissuasion nucléaire. Le problème est que pour avoir une dissuasion nucléaire crédible, il faut 3 choses.
Il faut la crédibilité technologique, la responsabilité, la crédibilité de celui qui va mettre en oeuvre ça et la crédibilité de la raison pour laquelle on les mettrait en oeuvre. Si, demain, les chars russes pénètrent en Estonie et que Trump regarde ailleurs, que faisons-nous? Pourtant, l'Estonie est dans l'UE.
Nous lui devons assistance avec tous nos moyens, c'est-à-dire la dissuasion. - C.Roux: Tout a basculé au moment où l'Allemagne a évoqué ce sujet de la dissuasion nucléaire partagée.
Nous sommes en duplex de Berlin avec H.Kohl. Bonsoir.
Merci d'être avec nous. Vous êtes correspondante depuis 20 ans. Vous tenez le premier podcast d'actualité en français sur l'Allemagne.
Est-ce qu'en Allemagne, il y a cette prise de conscience de l'opinion? Il y a une révolution culturelle de la part du gouvernement allemand de la future coalition sur les questions de défense. Vous allez nous en parler.
Dans les opinions, est-ce qu'il y a une fébrilité, une inquiétude? Je rappelle ce sondage. 76 % des Français imaginent que la guerre pourrait dépasser les frontières de l'Ukraine. - H.Kohl: Oui.
Il y a incontestablement une prise de conscience. Elle a commencé il y a 3 ans avec ce fameux discours prononcé par O.Scholz 3 jours après l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Quand on entend E.Macron dire qu'on est rentrés dans une nouvelle ère, les Allemands entendent ce discours depuis 3 ans. Pendant toute la campagne électorale qui vient de s'achever, la guerre était très présente, ne serait-ce que sur les affiches électorales.
C'était un mot présent. Il y avait ce mot partout. C'est aussi plus près géographiquement.
La frontière de l'Ukraine est à équidistance que la frontière de la France, quand on est à Berlin. Il y a aussi l'histoire. Faire la guerre contre les Russes, c'est quelque chose que toutes les familles allemandes ont encore en mémoire.
Il ne faut pas gratter très loin pour entendre parler d'un oncle ou d'un grand-père qui est mort à l'Est. On sait que ce n'est pas bon d'être ami avec les Russes, quand on est en Allemagne. Pour la population allemande, cette prise de conscience est là depuis plus longtemps qu'en France.
On entend parler ukrainien dans la rue, en Allemagne. Les Ukrainiens sont là. C'est une vraie réalité.
Jusque-là, ce discours était très théorique. Il va falloir que ça colle dans les faits. - C.Roux: On entend les Allemands dire qu'il va falloir mettre sur la table 450 milliards pour notre défense. - H.Kohl: Il y a eu un premier moment il y a 3 ans où il a fallu comprendre qu'on était en guerre.
On l'a dit pendant toute la campagne électorale. Cette guerre est une réalité. Il y a le 2e effondrement, le 2e changement d'époque, qui est évidemment le fait que, pour la première fois de son histoire, la République fédérale d'Allemagne se dit qu'elle ne peut plus compter sur les Etats-Unis.
L'Allemagne est nue. Il y a 3 ans, un général allemand avait dit: "Poutine fait rouler ses chars et nous sommes nus." Ils avaient fait confiance à la Russie en faisant un deal.
Ils avaient fait confiance à cet ami américain depuis des décennies. C'est en train de s'effondrer. Il leur reste un dernier ami: l'Europe.
On a vu ce saut spectaculaire, en quelques heures, 2 jours seulement après les élections, d'un F.Merz qui parle avec ses amis européens. L'Allemagne peut mettre beaucoup d'argent sur la table.
Qu'est-ce qu'elle va en faire? Comment elle va réorganiser ça? Le premier réflexe d'O.Scholz avait été d'acheter des F-35 américains.
On sait maintenant que D.Trump a les moyens de clouer ces avions au sol, s'il le désire. Entendre un chancelier conservateur allemand utiliser les mêmes mots que le président de la commission Draghi...
Il parle aussi du "quoi qu'il en coûte", comme Macron pendant sa campagne. Il a le soutien des sociaux-démocrates et d'une grande partie de la population. Il y a une minorité de blocage au Bundestag, qui pourra être bloqué la semaine prochaine.
L'Allemagne est, a priori, à bord et c'est plutôt une bonne chose parce que ça reste la première puissance économique du continent. - C.Roux: Merci pour ces précisions et ce récit en direct de Berlin.
On va poursuivre la discussion. C'est exactement ce qui est en train d'être discuté à Bruxelles lors d'un sommet extraordinaire. Comment on va mettre 800 milliards sur la table?
Pour faire quoi? - M.Van Renterghem: C'est en effet ce qui est en train de se jouer à Bruxelles.
C'est une prise de conscience, que l'Europe doit se mettre en place et se réarmer, avec des dispositions qui doivent être votées à l'unanimité. Ca devient toujours compliqué avec l'Europe des 27 parce qu'il y a 2 chevaux de Troie dans la bergerie...
Enfin, dans l'écurie, qui sont V.Orban et G.Meloni.
Il y a aussi le Slovaque. Ca doit être voté à l'unanimité. C'est moins grave que d'habitude.
Ce serait formidable, l'aide de l'UE, l'emprunt commun qu'elle veut engager, le nouveau paquet d'aides à l'Ukraine...
C'est extrêmement important, mais pas aussi grave qu'avant. Tout a changé. L'UE n'est plus le seul acteur.
On est passés hors du cadre de l'UE avec l'arrivée des Britanniques, avec l'arrivée des Norvégiens, des Canadiens... - C.Roux: Et même des Turcs. - M.Van Renterghem: K.Starmer et E.Macron ont joué un rôle crucial et pris la mesure de l'histoire qui est en train de se jouer.
Brexit ou pas, la coopération de sécurité et de défense n'avait pas été interrompue entre la Grande-Bretagne et la France. Là, ce sont vraiment les 2 dirigeants des 2 puissances nucléaires membres du Conseil de sécurité de l'ONU qui se mettent ensemble et font exploser...
Ils intègrent comme un levier supplémentaire l'aide de l'UE. De toute façon, l'histoire de la dissuasion européenn est en train de se faire avec ou sans l'unanimité des 27. - C.Roux: Le problème est celui du calendrier.
On a des Américains qui ont coupé la coopération en matière de renseignements avec l'Ukraine, qui ont suspendu l'aide militaires...
Il y a 30 milliards d'euros qui sont disponibles et programmés pour 2025. Faut-il que maintenant, l'Europe fasse davantage? Est-ce qu'elle peut réagir?
Est-ce qu'on peut aider les Ukrainiens dans l'urgence? - Gal J.-P.Perruche: Naturellement, oui.
Il faut absolument les aider. Ca a été chiffré plus ou moins précisément, mais l'aide globale américaine représente 30 % de l'aide totale donnée à l'Ukraine dans le domaine militaire. C'est plus équilibré.
Néanmoins, il y a des fonctions dans lesquelles les Européens sont défaillants. Je pense au système de défense sol-air. Je pense aux capacités de renseignement.
Je pense aux drones. Je pense d'une façon générale au stock de munitions. Dans tous les domaines, on est défaillants.
Il faut augmenter au maximum nos soutiens, faire un peu feu de tout bois maintenant, tout de suite, de façon à essayer de peser sur l'accord qui se prépare entre Russes et Américains. - C.Roux: Ce qui est très compliqué, c'est d'entendre un chef de l'Etat dire que la Russie est une menace et, de l'autre côté, regarder le fonctionnement de l'UE...
On n'a jamais été fichus de faire l'Europe de la défense. On en parle depuis que l'Europe existe. Comment on peut faire?
Comment on peut conjuguer cette urgence, cette alerte, cette peur des populations européennes et cette lenteur? - V.Hugeux: S'agissant de l'enjeu ukrainien, je suis hanté depuis février 2022, et même depuis 2014, par un facteur temps.
Imaginons que, touchés par la grâce, tous les leaders européens trouvent un consensus. Le temps nécessaire pour concrétiser des coopérations militaires permettra peut-être à l'Ukraine de mourir guérie et à l'Europe de l'imiter. Si on prend les fameux SCALP, les Britanniques se sont retirés.
C'est maintenant un projet entre la France, l'Allemagne et l'Espagne. La mise en service est prévue pour 2040. On peut mettre tout ça en branle, mais c'est aujourd'hui, la menace existentielle sur l'Ukraine. - J.André: Il y a des capacités où les Américains sont quasi remplaçables.
Sur la surveillance, le Pentagone dispose d'à peu près 345 satellites militaires toutes catégories confondues. La France en a moins d'une dizaine. Les Italiens en ont peut-être 2.
Les autres pays n'en ont pas. Si vous prenez les transmissions...
L'Ukraine a utilisé énormément Starlink. On n'est pas certains que l'Ukraine va continuer à utiliser Starlink. Starlink, je l'ai utilisé fréquemment sur le terrain.
C'est extraordinaire, miraculeux. Vous avez une antenne grande comme ça que vous posez. Ca fonctionne remarquablement bien.
Effectivement, ça sert à de la visée, à du repérage, à envoyer des missiles...
Ca a un rôle fondamental. Ca a des capacités intéressantes, mais c'est de la transmission. - C.Roux: C'est peut-être sur ces sujets précis militaires qu'E.Macron a l'intention de convaincre D.Trump.
Il n'a pas exclu de poursuivre les discussions avec le président américain. - J.André: Depuis des années, D.Trump dit que c'est injuste, que les Américains dépensent beaucoup plus d'argent que les Européens.
Pour l'instant, il n'a pas dit qu'il voulait défendre l'Otan. Par contre, E.Musk a tweeté que les Etats-Unis devaient sortir de l'Otan.
Pour l'instant, ils ne sont pas sortis. Vous parliez d'équilibre tout à l'heure sur le fait de ne pas se mettre les Etats-Unis à dos. Il espère probablement que D.Trump va dire: "OK. 800 milliards, vous achetez ça.
On va continuer à vous apporter un soutien." Ce serait favorable pour les Britanniques, qui ont besoin des Américains. Il y a un besoin de garder les Américains avec nous tout en essayant de contrer la nouvelle posture, qui consiste à dire que tout cela est de la faute de l'Ukraine. - C.Roux: On parle des Etats-Unis.
L'administration Trump réfléchit à révoquer le statut de réfugié temporaire pour les 240 000 Ukrainiens qui se sont retrouvés réfugiés aux Etats-Unis. Ils seraient désormais illégaux sur le territoire américain, donc voués à quitter les Etats-Unis. - M.Van Renterghem: Il franchit toujours une étape supplémentaire.
Ca fait partie d'une forme de chantage pour que Zelensky s'écrase. Pour revenir à ce que vous disiez, il y a plusieurs étapes possibles. Pour le moment, on est en train d'essayer de ménager D.Trump.
Les Européens ont demandé à V.Zelensky d'écrire cette lettre, une sorte de lettre d'excuses. On n'en est plus à l'orgueil et à la vanité.
On essaye d'obtenir au mieux une aide active des Américains pour maintenir les garanties de sécurité de l'Ukraine, assurer une aide passive...
C'est-à-dire qu'ils laissent à disposition d'éventuelles troupes européennes, de la logistique, des renseignements. Au pire, les Américains se retournent contre nous et jouent totalement le jeu de Poutine. Là, si c'est ce cas de figure, on n'est plus grand-chose. - C.Roux: On apprend que Londres est en discussion avec une vingtaine de pays intéressés à contribuer à une paix en Ukraine.
Le président de la République a évoqué hier soir l'envoi de forces européennes. On n'est plus à l'idée d'envoyer des soldats français sur le terrain. Il est plus prudent dans la démarche.
On sait que c'est un "niet" de la part des Russes. De jour en jour, on s'éloigne d'une négociation. - V.Hugeux: En réalité, le fond de jeu de Moscou, c'est une reddition inconditionnelle.
Toute formule intermédiaire qui retarderait la prise de contrôle effective du territoire ukrainien en attendant mieux est à l'encontre de la doctrine en vogue à Moscou. - C.Roux: Trump va vers un échec? - Gal J.-P.Perruche: Trump n'a jamais défini ses lignes rouges à lui.
Il a accepté toutes les lignes rouges du Kremlin, mais il n'a jamais défini quelle était la position d'équilibre pour lui. Jamais. Il se comporte en ce moment comme un agent de Moscou.
Pour aller jusqu'à prévoir l'éviction des réfugiés ukrainiens de son territoire...
C'est quand même un geste qui n'est pas militaire, mais qui a un sens politique tragique. - C.Roux: Selon une information du site Politico, des proches du président Trump discutent en ce moment en secret avec des opposants de V.Zelensky.
Son objectif est de débarquer V.Zelensky. - V.Hugeux: Ils ont réagi très vite.
Il s'agit de P.Porochenko, qui a des comptes à régler avec V.Zelensky, qui a signé un décret qui lui interdit de quitter le territoire ukrainien.
C'est son prédécesseur à la présidence. L'autre, c'est I.Timochenko, qui a été à 2 reprises Première ministre de l'Ukraine.
Ce sont des opposants, mais l'un et l'autre ont pris soin très vite de dire qu'il était hors de question de favoriser le schéma d'élections avant qu'un cessez-le-feu et un traité de paix ne soient signés. Ils ont essayé de se dédouaner rapidement. - C.Roux: "La patrie a besoin de votre engagement", voilà ce qu'a dit E.Macron dans son appel à la mobilisation.
Il a évoqué la force d'âme des Français. Le ministre des Armées est allé plus loin ce matin en faisant la promotion des réservistes de l'armée, des citoyens qui s'engagent à donner leur temps à l'armée française. - En janvier déjà, il y a 2 mois, pour ses voeux aux armées, le président s'inquiétait des menaces et réfléchissait aux façons pour la France de s'adapter. - E.Macron: Nous devons revenir à l'essentiel et accepter des bascules face à l'accumulation des menaces.
Il faut tracer un chemin que beaucoup espèrent, donner le choix de servir, non pas rétablir le service national obligatoire, mais permettre à une jeunesse volontaire d'apprendre avec les armées et d'en renforcer les rangs. - Renforcer non pas l'armée de métier, mais une armée de réservistes, ces volontaires qui ont un métier dans le civil, mais qui s'engagent pour aider à la défense nationale. En France, ils sont 43 700 volontaires engagés dans l'armée de terre, la marine nationale ou l'armée de l'air. 4 conditions pour devenir réservistes: avoir plus de 17 ans, une bonne condition physique, la nationalité française et un casier judiciaire vierge.
Ensuite, une formation militaire de base est indispensable: 13 jours pour apprendre le b.a.-ba de l'armée. - Ce sera à la limite d'ouverture du feu... - Ce jour-là, Lucas, 22 ans, se plie à l'exercice.
Au loin, un homme suspect approche. Il s'apprête à franchir la limite d'ouverture du feu. - Il vient de la dépasser, caporal. - Feu. - Alors que la guerre n'est pas loin, en Ukraine depuis 3 ans, tous, ici, prennent très au sérieux leur engagement. - C'est pour ça que je me suis engagé.
Il y a un contexte important. On se doit d'être prêts pour protéger la France. - Lucas est professeur d'EPS, mais un cinquième des volontaires sont encore étudiants.
Pour les superviser, le capitaine Philippe, 40 ans au compteur. - Est-ce qu'il a une arme? Est-ce qu'il semble agressif?
Est-ce qu'il se planque? Depuis 1 an, on essaye d'augmenter le niveau au combat. Vu le contexte actuel, on se dirige là-dessus. - La réserve opérationnelle pour aider les militaires sur le terrain, à laquelle s'ajoutent les réservistes de la gendarmerie, les militaires de métier à la retraite qui peuvent être rappelés pendant 5 ans et la réserve citoyenne de défense et de sécurité.
Fabrice est professeur à la fac et s'est engagé dans la réserve de la gendarmerie il y a 3 ans, poussé par une envie d'être utile. - On a traversé la crise terroriste. On voyait bien qu'il y avait des tensions internationales qui montaient depuis la fin des années 2000.
Il y avait cette espèce de conscience de l'histoire et cette envie d'aider, de servir là où on peut. - Pour lui, ce sont des opérations ponctuelles. A raison d'une journée par mois, il fait par exemple passer le concours de l'Ecole de guerre.
Chacun donne en fonction de son temps et de ses compétences. - Ce qui fait la force de toutes les réserves, c'est cette mixité de profils. Une partie de ces réservistes sont d'anciens professionnels, pour à peu près 40 % d'entre eux.
Encore une fois, ces réservistes sont là pour constituer la base d'encadrement et de commandement de notre réserve. Ils vont aider les plus jeunes à progresser en compétences. - Ces dernières années, la mobilisation a augmenté mais reste insuffisante face aux menaces, selon le ministère des Armées.
Les critères d'accès ont été assouplis. - S.Lecornu: On a rehaussé les limites d'âge et on a assoupli les critères.
On a besoin de gens qui ont des expertises différenciées avec beaucoup de souplesse, pour parfois quelques jours par an. - Dans la dernière loi de programmation militaire, E.Macron vise une réserve opérationnelle avec 80 000 membres d'ici 5 ans, quasiment 2 fois plus qu'aujourd'hui. - C.Roux: Question. - V.Hugeux: Il est question d'un emprunt.
Je sais qu'il y a encore des réticences à Bercy. On pourrait donc contribuer, en tant que citoyens, sur la base du volontariat. Il n'y a pas de coercition envisagée.
Il faut avoir à l'esprit qu'on ne va pas faire d'un père de famille ventripotent un cador des forces spéciales ou un pilote de Rafale. Quand vous regardez ce qu'est la grammaire de la guerre aujourd'hui, vous avez des spécialités qui peuvent être très précieuses dans le domaine du spatial ou du cyber. On sait que ce sont quelques-unes des facettes de la guerre nouvelle.
En fonction de la trajectoire qui a été la nôtre, on peut tous apporter son écho sans être projeté sur une ligne de front et envoyer comme chair à canon, comme les adversaires de ce projet se plaisent à le dire. - J.André: C'est sûr qu'il y a de nombreuses fonctions.
Ca va être un défi de recruter. Si vous avez 800 milliards d'euros, il faut susciter des vocations et faire venir des candidats pour renforcer les armées. C'est une difficulté de recruter dans les différents corps de l'armée.
Il faut convaincre les gens. La perspective d'une guerre va rendre ce recrutement plus complexe. - C.Roux: En Russie, on a trouvé un moyen. - J.André: En Russie, ils ont une sorte de super-arme: leur économie.
Ils ont l'argent du pétrole pour payer les salaires élevés et une économie où les salaires sont bas. Le fait est qu'en Russie, le package, c'est 52 000 euros par an pour un soldat qui décide de s'engager la 1re année. Une fortune!
Si jamais ils meurent au combat, ils vont toucher 115 000 à 150 000 euros, une fois et demie une vie entière de travail. Potentiellement, madame va dire à son mari: "Pourquoi pas..." - C.Roux: C'est une drôle d'idée de considérer le couple... - J.André: C'est un pacte faustien.
Vous risquez votre peau, mais la contrepartie est que si vous en sortez, vous êtes riche ou beaucoup plus confortable qu'avant. Les Ukrainiens font la même chose. Ils ont nettement augmenté les rémunérations et leurs propositions à ce niveau-là.
En France, qu'est-ce que vous allez pouvoir proposer d'équivalent? Si on parle de 3 fois et demi le salaire moyen pour une personne qui ne va pas en 1re ligne...
Si on va en 1re ligne, c'est beaucoup plus. - C.Roux: E.Macron a pris les Français à témoin de cette menace en évoquant la force armée des Français.
Est-ce que les armées voient ça d'un très bon oeil de ne pas recruter des militaires actifs parce que ça prendrait trop de temps pour les former? - Gal J.-P.Perruche: L'intérêt principal des réservistes, c'est d'être employables en cas de besoin.
En temps de paix, ces gens-là continuent à se former, à s'entraîner et à faire quelques participations à des opérations. Toutes les armées ont des réservistes pour pouvoir compléter là où on en a besoin. On n'en a pas beaucoup parce que le contexte...
On est passés d'une armée de service national...
Après, on est passés à une armée professionnelle dans un contexte de gestion de crise. Dans ce cadre-là, on a besoin de quelques spécialistes, de médecins. On a besoin de spécialistes qui sont duaux.
Ils ont la même activité IT dans le civil et dans le cyber. Quand on passe à une guerre de haute intensité comme celle qui peut se présenter devant nous, il faut avoir beaucoup plus de réservistes. Il faut avoir un recrutement qui soit efficace.
Ce recrutement efficace, il s'accroche au patriotisme et la relation entre un intérêt collectif et son intérêt individuel. Il faut aussi que ce réserviste ait un statut, qu'il ne soit pas désavantageux pour lui. S'il s'engage en réserve, il va quitter son travail 15 jours à un mois par an.
Il faut le payer pendant ce temps-là. Il ne faut pas qu'au sein de l'entreprise, son avancement soit défavorisé. Il faut peut-être recruter des militaires d'active.
En tant que militaire d'active, j'aurais aimé avoir une armée beaucoup plus nombreuse. - C.Roux: Est-ce qu'il faut changer de stratégie et recruter davantage? - Gal J.-P.Perruche: Le ministre de la Défense a demandé plus de frégates, plus d'avions et plus de moyens de tir à longue portée.
Il faut des gens pour ça. Ca ne peut pas être des réservistes. On ne va pas sortir ces matériels une fois par an.
Des réservistes, ça renforce une armée complète qui fonctionne normalement. - C.Roux: C'est très douloureux de se sentir lâché par un ancien allié.
On évoque le retour du service national. - M.Van Renterghem: Ils ont commencé à l'évoquer en Grande-Bretagne.
L'erreur en France n'était pas de le supprimer mais de le remplacer par quelque chose qui puisse garder cette culture de l'unité nationale, de la nécessité...
On a perdu quelque chose. Cette idée de faire appel aux réservistes pose des questions économiques. Elle permet de réintroduire la culture de la guerre, la culture de cette évidence de monde en guerre dans lequel nous sommes, chez des gens qui ont vécu dans la naïveté de la paix et d'un monde bienheureux.
Là, on a basculé complètement. La planète est en train d'être partagée par 3 puissances qui se divisent leurs zones d'influence sur notre dos. Nous n'existons pas, dans ce schéma.
Pour ne pas être dépecés, disparaître ou être vassalisés, il vaut mieux essayer d'être forts. - C.Roux: Je ne veux pas plomber l'ambiance.
Un mot sur ce qu'il se passe entre les Etats-Unis et la Chine. On a évoqué le début d'une guerre commerciale entre les 2 puissances. Le ton monte et le ton est monté sérieusement ces dernières heures.
Voici la réponse du secrétaire d'Etat à la Défense américain. Il répondait à une charge de l'ambassadeur chinois aux Etats-Unis. C'est violent. - Nous sommes prêts.
Ceux qui aspirent à la paix doivent se préparer à la guerre. Nous sommes en train de moderniser notre armée. Nous vivons dans un monde dangereux avec des pays puissants et ascendants aux idéologies très différentes.
Ils augmentent rapidement leur défense et leur technologie moderne dans le but de remplacer les Etats-Unis. Si nous voulons parler de guerre avec les Chinois ou d'autres, nous devons être prêts. - C.Roux: On ne parle plus de guerre commerciale. - V.Hugeux: Ce qui est saisissant dans ce passage, c'est qu'il y a un déficit de cohérence assez abyssal.
Vous considérez que la Chine est l'ennemie systémique des Etats-Unis. On imagine qu'il pourrait y avoir une alliance de revers avec Moscou contre la Chine. Dans le même temps, votre attitude envers l'Ukraine pousse au crime.
C'est une sorte d'incitation au passage à l'acte. Il n'y a plus d'inhibition par rapport à la prévalence permanente de la force sur le droit. Pourquoi Pékin se gênerait? - Gal J.-P.Perruche: Je partage tout à fait ce point de vue.
On est entrés dans une période de rapports de force. Les rapports de force se font entre les puissants. En Europe, on ne peut pas séparer la souveraineté de la puissance. nationales vassalisées, soit on va vers une souveraineté partagée.
La souveraineté partagée sera plus puissante que la juxtaposition des souverainetés nationales vassalisées. C'est ça, la problématique. Dans ce monde de puissants et de rapports de force, il faut se préparer à être confrontés...
Je fais partie des gens qui pensent que le seuil nucléaire va continuer de jouer. Les grandes puissances n'ont pas intérêt à se détruire l'une l'autre. Elles ont intérêt à se confronter les unes aux autres sur les Etats qui sont autour d'elles. - C.Roux: Ce qui est nouveau pour nous, c'est que ça passe par une force de frappe en matière de défense.
La guerre se faisait en matière de puissance économique. L'ensemble des Européens disent qu'il faut augmenter le niveau de jeu. La Russie met 40 % de son budget dans la défense.
Au moment où les Européens cherchent à financer une défense commune, les regards se tournent vers le trésor des avoirs russes, 230 milliards bloqués depuis la guerre en Ukraine. Le sujet divise en Europe. - La somme est colossale: 235 milliards de dollars d'avoirs russes bloqués au sein de l'Union européenne. 56 milliards de plus que le PIB de l'Ukraine.
Une manne financière que certains en France aimeraient utiliser pour financer l'aide à Kiev. A l'Assemblée nationale, l'ancien Premier ministre G.Attal formule la demande au gouvernement. - G.Attal: Nous sommes nombreux à ne plus partager la décision sur la saisie des avoirs russes.
La donne a changé. Avant de faire payer les Français et les Européens, faisons payer les Russes pour la sécurité de l'Ukraine. - Depuis l'invasion russe en Ukraine il y a 3 ans, l'UE gèle des comptes bancaires sur son sol. 210 milliards appartiennent à la Banque centrale russe.
Le reste, ce sont des avoirs privés détenus par des oligarques. Piocher dans de telles sommes convainc écologistes et socialistes. - Il faut les saisir.
Ca permettra de remplir le vide laissé par les Etats-Unis. - Appel relayé par un ancien Premier ministre italien. - Ce sont des sommes qu'il faut prendre en préparation de la guerre.
La guerre de la Russie à l'Ukraine nous a coûté des emplois, de l'argent. Ca a coûté à tous ceux qui sont en train d'écouter. - Pour l'instant, le gouvernement n'entend pas s'y résoudre, mettant en avant la faisabilité d'une telle décision. - B.Haddad: Ca pose des questions envoyées aux investisseurs. - E.Lombard: Ce serait un acte qui est contraire aux accords internationaux auxquels la France et l'Europe ont souscrit. - Statu quo.
Maintenir le gel des avoirs mais ne pas s'en servir pour éviter une réaction de la Russie. La position de l'exécutif a trouvé un allié de circonstance: La France insoumise. - M.Bompard: Le problème de s'emparer des avoirs de la Banque centrale russe, c'est qu'il y aura des mesures de réciprocité prises par la Banque centrale européenne.
Déstabiliser le système financier mondial, je n'y suis pas opposé. Ceux qui font cette proposition ne sont pas responsables. - Les avoirs russes financent l'Ukraine.
Les universitaires et juristes veulent aller plus loin. Pour convaincre les dirigeants européens, ils mettent en avant le droit international. ...
Mais si ces avoirs russes ne sont pas confisqués, comment financer l'aide à l'Ukraine? Si 44 % des Français veulent que leur pays maintienne leur soutien tel quel, 3 Français sur 4 ne se disent pas prêts à payer plus d'impôts pour aider Kiev. - C.Roux: L'option des hausses d'impôts a été écartée hier par le président de la République.
Question. L'invasion de l'Ukraine est-elle légale? - V.Hugeux: C'est une excellente question.
C'est le principe d'immunité d'exécution, qui interdit à un Etat de saisir et de confisquer les biens d'un autre Etat. Cette ligne ultra légaliste sera très vite intenable. J'observe que l'usage des intérêts ne pose pas de problème légal.
On l'a fait et on continue de le faire. Il arrive un moment où invoquer le respect du droit international pour préserver objectivement les intérêts d'un pays qui les piétine allègrement depuis des décennies, cela devient acrobatique. - M.Van Renterghem: Je peux me faire l'avocat du diable?
Je pense qu'il faut le faire. Je comprends les réticences. Ce n'est pas bon pour un pays de geler les avoirs des investisseurs.
Du point de vue français, je comprends que ça pose problème, mais on peut aussi faire comprendre aux investisseurs qu'il suffit de ne pas envahir un pays qui ne vous appartient pas sur notre continent et que nous respecterons leurs investissements. - C.Roux: Il y a un débat au sein de l'Europe.
Pas d'unanimité en France? Les Européens sont aussi partagés? - M.Van Renterghem: Il y a des pays qui sont pour.
La France fait partie des plus réticents. - Gal J.-P.Perruche: Un point sur la question de ce qu'on fera de cet argent si on le débloque...
Il faut savoir ce qu'on va en faire. Si on dépense dans l'urgence, on va acheter ailleurs. Nos sociétés d'armement ne sont pas capables de tenir le rythme.
On peut en avoir un mauvais usage. - C.Roux: A ce stade, il n'y a pas de plan d'investissement européen? - Gal J.-P.Perruche: Je ne le connais pas.
Je crois qu'il n'y en a pas. - C.Roux: Il faudrait acheter quoi en priorité? - Gal J.-P.Perruche: On peut tout imaginer.
Des armes et des munitions pour l'Ukraine, les besoins les plus urgents. Il y a des besoins qui ne peuvent pas être compensés uniquement par de l'argent puisqu'ils n'existent qu'aux Etats-Unis et qu'ils ne veulent pas les fournir. - V.Hugeux: En théorie, le pactole aurait pour but de reconstruire l'Ukraine.
Il faudrait que l'Ukraine survive. - J.André: Il y a un risque.
Imaginez que...
C'est vrai que c'est passer une ligne. Il faut trouver une façon de l'encadrer et que ça fasse sens. Je rappelle aussi que si on prend les avoirs occidentaux en Russie, il y a eu des méthodes qui ont été impressionnantes.
Si on prend tous les actifs industriels d'un groupe comme Renault...
On sait qu'il y a des industriels européens, on les a mis dans un bureau, on leur a dit: "Vous allez vendre votre usine. On va vous l'acheter 1 million d'euros. Sinon, on vous met en prison." Ils se sont servis de cette manière-là en actifs purs et durs.
Où vous mettez la limite sur le "je gèle et je m'approprie"? Sur la Russie, on a un cas violent. Où vous mettez la ligne, sachant que les intérêts sont interdépendants?
Que ferions-nous s'ils décidaient de s'approprier l'épargne des Français? Ce n'est pas l'argent de V.Poutine non plus. - V.Hugeux: Le droit, la loi, c'est très bien. - C.Roux: Nous revenons à vos questions.
Question. - Gal J.-P.Perruche: Je pense qu'il fallait dire ce qui a été dit aux Français pour les sensibiliser et les informer.
Je ne pense pas que le but était de leur faire peur ou de les rassurer, mais plutôt de les informer pour qu'ils comprennent mieux qu'à un moment donné, on sera amenés à prendre des décisions économiques difficiles ou qu'on enverra des troupes sur le terrain. - C.Roux: Ils comprennent mieux l'état de la menace vis-à-vis de la Russie?
Il reste des gens qui ne veulent pas jouer la surenchère. On a une longue tradition avec les Russes et la Russie. On entend ce discours un peu relativiste sur la Russie. - Gal J.-P.Perruche: On peut comprendre.
Nous ne sommes pas en 1re ligne. Il y a, entre le front et nous, plusieurs pays. Pour sensibiliser nos concitoyens au fait que ça les concerne malgré tout directement, il faut trouver des arguments.
Ces arguments sont soit de nature patriotique, soit de nature d'intérêts économiques ou politiques. - C.Roux: Question. - J.André: Ils ont pris acte de ce qui était dit.
Ils ont dit que ce qu'avait dit E.Macron représentait une menace pour eux. C'était une manière de menacer la Russie.
Ce qui a été dit par E.Macron ne convient pas à la Russie. Ce n'est pas ce qu'ils voulaient entendre.
Il est normal qu'ils réagissent de cette manière-là. - C.Roux: A quoi faut-il s'attendre? - J.André: E.Macron a désigné un ennemi en disant que c'était la Russie.
C'est quelque chose de nouveau. Pour les Russes, c'est quelque chose... - M.Van Renterghem: V.Poutine n'a pas intérêt à ce que le cessez-le-feu tel qu'essaie d'obtenir la France, avec un gel des combats et une garantie de sécurité apportée par les Européens, fonctionne.
C'est très clair qu'il n'a pas obtenu satisfaction. Il veut Kiev, Odessa et il ira plus loin. - C.Roux: Et la Moldavie, et la Géorgie, ainsi que les pays baltes.
Question. - V.Hugeux: C'est parfaitement conforme au dogme, à la doctrine de V.Poutine, qui n'a jamais accepté que la grandeur de la Sainte Russie ne s'exerce pas partout où il estime qu'elle est légitime à le faire. - C.Roux: Question. - M.Van Renterghem: Non. - Gal J.-P.Perruche: Pour moi, non.
Ne serait-ce que pour des questions de maintenance, d'emplois. A ma connaissance, ce n'est pas possible. Je n'ai pas lu les contrats dans le détail.
Je ne m'avance pas plus que ça. - C.Roux: Question.
Il cible l'Europe commercialement. - J.André: Il la cible politiquement.
Quand on a E.Musk qui propose 100 millions de dollars à un groupe d'extrême droite en Angleterre et qui appelle à ce qu'on fasse libérer une personne encore plus à droite et hors système...
Quand on a le vice-président américain qui va rencontrer l'AfD en marge de la conférence de Munich, on a clairement une attaque politique et économique sur l'Europe. Le Groenland va être très compliqué à défendre. Les Groenlandais ont fait savoir qu'ils voulaient leur indépendance.
L'Union européenne va avoir du mal à le faire. Ca va être très compliqué de garder le contrôle, pour les Danois, du Groenland. On ne peut que convaincre les Groenlandais de rester.
Les Américains vont avancer que c'est eux qui les défendent. - V.Hugeux: Ceux qui en doutent lisent ou relisent le discours de J.D.Vance à la conférence de Munich. - M.Van Renterghem: Trump a commencé son 1er mandat en disant que l'UE était l'ennemie commerciale numéro 1.
Il a commencé son 2e mandat en disant que l'UE avait été créée pour "niquer les Etats-Unis". - Gal J.-P.Perruche: Cette alliance est amenée à durer. - C.Roux: Question. - J.André: Est-ce que ce n'était pas déjà le cas?
Elle a toujours vocation à s'étendre au-delà des frontières de la France. - C.Roux: Merci à vous tous.
C'est la fin de cette émission. Il est l'heure de retrouver A.-E.Lemoine et toute l'équipe de "C à vous". - A.-E.Lemoine: Près de 1 élève sur 6 au collège et au lycée refuserait d'être l'ami d'un juif.
On en parle avec un professeur agrégé d'histoire.
Emmanuel Macron