Lionel Jospin s’en prend à Emmanuel Macron - C à Vous - 03/09/2020
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 80 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:18OuverteRéponse directe
Pourquoi Emmanuel Macron vous intéresse-t-il ?
- 1:23OuverteRéponse partielle
Mais il vous inquiète, pourquoi ?
- 1:34RelanceRéponse directe
Chez Nicolas Sarkozy, suggérez-vous, il y a du Sarkozy en lui.
- 3:09OuverteRéponse directe
Lionel Jospin, vous jugez clairement le président de la République sur ce point.
- 3:50OuverteRéponse partielle
Comment pourriez-vous qualifier la position aujourd'hui du chef du gouvernement vis-à-vis de l'Élysée ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:27InvitéFait
« Je ne comprends pas très bien où il a pris ses leçons dans l'art de la politique. »
- 2:25InvitéFait
« Il a conduit une politique en France qui a été déséquilibrée avec cette fable du ruissellement. »
- 2:33InvitéFait
« Le président dit rejetée, mais qu'il reprend sous la forme des premiers de cordée. »
- 3:21Invité politiqueFait
« Ce que vous lui reprochez, entre autres, c'est sa conception verticale du pouvoir. »
- 3:34Invité politiqueFait
« Ni Édouard Philippe, ni Jean Castex n'ont été choisis dans la formation majoritaire à l'Assemblée nationale. »
- 3:42Invité politiqueFait
« Jean Castex s'est vu imposer son directeur de cabinet, choisi par l'Élysée. »
- 4:44InvitéFait
« Un pouvoir démocratique, avec un président en haut, c'est une pyramide. »
Temps de parole
- Invité75 %
- Lionel Jospin14 %
- Présentateur10 %
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On l'avait compris que ce livre, vous ne l'écrivez pas parce que vous retournez dans la mêlée. C'est parce que vous êtes inquiets de voir le pays insatisfait, tendu et sceptique. La chimère d'un nouveau monde s'est évanouie, dites-vous, le nouveau monde d'Emmanuel Macron, que vous regardez agir et se comporter et vous dites, il m'intéresse, il m'intrigue et il m'inquiète. On va juste reprendre dans l'ordre. Il vous intéresse, pourquoi ? Parce qu'il ne devait pas gagner l'élection présidentielle de 2017 ?
Oui, c'est la surprise, mais ça, parce que ça aurait pu être François Fillon s'il n'avait pas été affecté par une affaire sur laquelle la justice a commencé à s'exprimer. Il n'aurait pas été au second tour si François Hollande s'était présenté parce qu'une part importante de l'électorat socialiste lui aurait manqué. Mais soyons plus généreux. Il m'intéresse parce qu'il est jeune, énergique, brillant. Et il le montre, par exemple, au Liban, prenant des initiatives, que j'approuve plutôt à condition qu'il ne les conduise pas en cavalier seul.
Qu'on soit, compte tenu de nos liens avec le Liban, en tête de la troupe de la communauté internationale qui doit aider le Liban à se reconstruire et peut-être à construire aussi un nouveau système politique, ça, c'est logique. Mais si nous sommes seuls, nous n'arriverons à rien. Donc il m'intéresse pour ça.
Mais il vous inquiète, pourquoi ?
Il vous intrigue, pardon. Il est intrigué. Il m'intrigue parce que je ne comprends pas très bien où il a pris ses leçons dans l'art de la politique.
Chez Nicolas Sarkozy, suggérez-vous, il y a du Sarkozy en lui.
Oui, mais ça n'a pas permis à Nicolas Sarkozy d'être réélu. Donc il fait des erreurs politiques ? Oui. Non, mais je pense que le système, je l'ai dit, sur lequel s'appuie... Enfin, la pensée, si on peut dire, d'Emmanuel Macron, du président, je l'ai dit, écrit, est à mes yeux anachronique. Elle l'est économiquement, parce qu'il ne s'est pas rendu compte, ou il ne veut pas admettre qu'une période qui a duré 40 ans, qui a commencé avec Ringer et Thatcher, celle du néolibéralisme, est en train de s'achever, en même temps que la période du productivisme est en train de menacer la terre et les hommes. Ça, c'est le schéma économique qui, à mon avis, est archaïque.
Il est archaïque et il a conduit une politique en France qui a été déséquilibrée avec cette fable du ruissellement que le président dit rejetée, mais qu'il reprend sous la forme des premiers de cordée. Et on a vu, face au coronavirus, où étaient les premiers de cordée et qui étaient les derniers de cordée qui faisaient vivre le pays, qui le faisaient sortir de la difficulté. Et donc, il a ce schéma idéologique, économique, à mon avis, archaïque.
Et dans l'exercice du pouvoir aussi, il se trompe, en tout cas dans l'exercice d'un pouvoir trop vertical. Et ça, vous l'évoquez à de très nombreuses reprises dans le livre, Antoine.
Oui, Lionel Jospin, vous jugez clairement le président de la République sur ce point, sur son action, sur l'idée qu'il se fait du pouvoir, sur sa manière de le pratiquer. Ce que vous lui reprochez, entre autres, c'est sa conception verticale du pouvoir. Alors, conception, dites-vous, qui déstabilise l'équilibre du régime, c'est l'expression que vous utilisez, équilibre entre un président élu au suffrage universel et doté de pouvoirs étendus, et le Premier ministre, responsable devant le Parlement, où il a besoin de s'appuyer sur une majorité. Or, vous faites le constat que ni Édouard Philippe, ni Jean Castex n'ont été choisis dans la formation majoritaire à l'Assemblée nationale.
La République en marche, pire, dites-vous, Jean Castex s'est vu imposer son directeur de cabinet, choisi par l'Élysée. Comment pourriez-vous qualifier la position aujourd'hui du chef du gouvernement vis-à-vis de l'Élysée ?
Le chef du gouvernement, Jean Castex, arrive, c'est un haut fonctionnaire de formation, c'est aussi un élu local. Qui a eu sa carte au Républicain. Il s'attache à sa tâche avec énergie et force, et donc je ne vais pas, moi, lui faire de procès d'intention. Nous allons voir comment il agit, et dans la situation très difficile de la France avec la crise du coronavirus, je ne vais pas lui porter des critiques. Mais quand je parlais de la verticalité, vous avez évoqué là seulement la superstructure politique, les rapports entre le président, le premier ministre, la haute administration et la majorité parlementaire.
Mais quand je critiquais la verticalité, c'est que je pensais dans le rapport avec les Français. C'est-à-dire que pour moi, un pouvoir démocratique, avec un président en haut, c'est une pyramide. Il y a à l'intérieur de cette pyramide qui descend vers le peuple, et qui doit recevoir les impulsions du peuple, est capable de les entendre. Il doit y avoir le respect des partenaires sociaux, des élus locaux, du monde associatif. Et c'est ça que le président a court-circuité.
Et c'est ce qui lui est revenu comme un boomerang avec le mouvement des Gilets jaunes, que j'analyse sans le prendre de haut, mais sans l'idéaliser, et qui a, au fond, apporté à l'excès de verticalité, apporté la réponse d'une horizontalité absolue, c'est-à-dire d'un mouvement qui s'est perpétué dans la rue, sur les ronds-points d'abord, puis sur les places ensuite, puis dans les manifestations, sans jamais se donner des délégués. Et moi, ma culture démocratique, peut-être aussi à cause de ma formation syndicale très ancienne, pense qu'un mouvement spontané a besoin de se donner des délégués. Mais le pouvoir lui-même n'était pas prêt à répondre.
Lionel Jospin