Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC dans l'air (sur YouTube)· 17 juillet 2025 65 min

Iran / Israël : et si l’Amérique entrait en guerre… - C dans l’air - 17.06.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

avec Febreze Petit Coin. Souriez, vous pouvez respirer. ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue dans "C dans l'air". Qu'est-ce que D.Trump prépare?

C'est la question qui est sur toutes les lèvres depuis qu'il a précipité son départ du G7, promettant une fin réelle du conflit iranien, pas un cessez-le-feu. La tension monte quand on apprend que le porte-avions Nimitz, qui était en mer de Chine, prend la route du Proche-Orient. Le débat sur l'engagement militaire est lancé.

Le président américain demande l'évacuation de Téhéran. Le vice-président des Etats-Unis estime que D.Trump pourrait prendre des mesures supplémentaires contre le programme nucléaire iranien.

Nous allons en parler ce soir. En France, on tente de digérer le tacle de D.Trump, qui a moqué un Macron "qui ne comprend jamais rien".

Sommes-nous à la veille d'un engagement militaire américain? Que prépare D.Trump?

Jusqu'où peut aller B.Nétanyahou? Avec nous, le général D.Trinquand.

Vous êtes ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU. A.Bauer est avec nous.

Vous êtes professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers. I.Lasserre, vous êtes correspondante diplomatique au Figaro, ancienne correspondante en Russie.

M.Pirzadeh, vous êtes rédactrice en chef à France 24. Vous êtes ancienne correspondante à Téhéran.

Bonsoir. Merci de participer à ce "C dans l'air" en direct. Un mot sur la violence de la charge de D.Trump, qui quitte le G7, et qui, met un tacle à E.Macron.

Il dit ceci. C'est extrêmement violent. - I.Lasserre: Sur le fond, on comprend, en essayant d'interpréter ce qui s'est passé, que l'idée de D.Trump était peut-être de préparer un cessez-le-feu.

Au moment où D.Trump essaye de faire monter la pression en démarrant une guerre psychologique contre l'Iran, en disant qu'il faut quitter Téhéran et qu'il arrive...

Si son idée est d'imposer un cessez-le-feu pour faire redémarrer les négociations très rapidement, il n'avait pas envie qu'E.Macron dévoile son jeu. C'est la seule explication, à part le fait qu'il revenait du Groenland.

Il prend un peu le contre-pied de D.Trump qui, on le sait tous, aimerait bien annexer le Groenland. - Gal D.Trinquand: Connaissant le caractère de D.Trump, que le président Macron aille, avant le G7, au Groenland, avec le Premier ministre danois, agitant des drapeaux européens et en disant que le Groenland n'était pas à eux, c'est une attaque directe.

Il a raison de le faire. C'est une attaque contre le président Trump. Il n'est pas de caractère à accepter ce genre de choses.

Il est très embêté. La situation qui se présente...

L'homme qui fait la paix va-t-il faire la guerre? Ca le place dans une position difficile. Ce retour rapide à Washington a pour objet de prendre la température des républicains, qui sont très séparés sur ce sujet, et de prendre des décisions. - C.Roux: Un mot sur ce départ précipité du G7...

Cette espèce de mise en scène de D.Trump à l'initiative, qui part dans l'avion, qui dit qu'il faut évacuer Téhéran. "Je prépare quelque chose.

Vous verrez bien." - A.Bauer: Ce type de réunion l'agace profondément.

Ca l'insupporte. Plus vite c'est passé, mieux c'est. Il n'y a qu'un seul maître du monde.

On ne peut pas se le partager à 7, à 12...

Ca lui a permis de faire plusieurs annonces. Il a dit que l'Europe avait eu tort de virer la Russie. Il y a des messages avant qu'il parte.

Il part avant de signer le communiqué commun. Comme il lui convient, qu'il est très pro-israélien, il le signe quand même. Il faut comprendre la psychologie complexe de D.Trump.

Le drame est moins l'agitat propre mené par E.Macron. Trump fait partie des gens à qui ça paraît clair que c'est E.Macron qui explique pourquoi D.Trump est parti.

Il est au Canada. Il dit "D.Trump est parti", comme s'il lui avait fait des confidences.

D.Trump ne peut pas le supporter. Le timing, le brainwashing ne marche pas très bien.

Un drame a lieu quelques jours plus tard. Ca lui retombe toujours sur la figure. Le président dit des choses pas totalement fausses, mais à un moment où elles se transforment en désastre de communication. - C.Roux: Pendant ce temps-là, à Téhéran, une panne Internet généralisée dans tout le pays, selon des médias iraniens.

Les opérations se poursuivent, pendant ce temps-là. - M.Pirzadeh: C'est important de dire ce soir que l'Iran est en train de se refermer sur lui-même.

C'était compliqué de se rendre sur place, lorsqu'on était journaliste. Ca devient quasiment impossible. 3 correspondants étrangers ont été arrêtés.

Les journalistes iraniens ont interdiction de filmer les files d'attente devant les pompes à essence. Il faut 3 heures à Téhéran pour faire un plein d'essence et quitter la ville. C'est le même processus lorsqu'il y a des manifestations et où on interdit aux journalistes de couvrir tout ça.

Avec Internet qui se coupe...

La population ne sait pas où se réfugier. Elle ne sait pas où aller. Elle essaie de prendre sa voiture avec quelques éléments de vie.

On rassemble un sac et on part. On ne sait pas si on va revenir. - C.Roux: J.-N.Barrot a annoncé que la France organisait l'évacuation des ressortissants français d'Israël.

Preuve que, de part et d'autre, on ne se prépare pas à un apaisement sur le terrain militaire. - M.Pirzadeh: Il ne ferme pas l'ambassade de France à Téhéran.

Il ne rapatrie pas les ressortissants français à Téhéran. L'ambassade d'Allemagne a fermé ses portes tout à l'heure. L'ambassade de France reste mobilisée à l'heure où on se parle. - C.Roux: Le débat est ouvert.

Les oppositions à D.Trump, comme certains de ses alliés, ne veulent pas que le président prenne la décision seul d'engager le pays dans un conflit avec l'Iran. Le départ précipité de D.Trump alimente toutes les inquiétudes. - Il ne sera resté que quelques heures seulement...

En pleine photo de famille, entouré de ses homologues du G7, encore sur l'estrade, D.Trump annonce son départ prématuré. - D.Trump: Vous voyez probablement ce que je vois.

Je dois rentrer dès que possible. Nous allons dîner avec ces merveilleux dirigeants, puis je prendrai un avion et je dois être rentré tôt. - Que va faire D.Trump en urgence à Washington?

E.Macron veut alors croire qu'il va travailler à l'élaboration d'un cessez-le-feu. - E.Macron: Le président s'est exprimé pour dire qu'il y avait des discussions en cours.

Si les Etats-Unis peuvent obtenir un cessez-le-feu, c'est une très bonne chose. La France le soutiendra, et nous le souhaitons. - Espoir vertement douché par le président américain. ...

Bien difficile de connaître les intentions du président américain. Pendant ce temps, au Moyen-Orient, les bombardements se poursuivent la 5e nuit consécutive. En Israël ce matin, un dépôt de bus a été touché.

Hier, c'était ce quartier dans la banlieue de Tel-Aviv qui était durement frappé. Au moins 24 personnes sont mortes depuis vendredi dans le pays. Côté iranien, en plein direct...

Le siège de la télévision d'Etat est visé. Les autorités iraniennes comptent au moins 224 morts. De nombreux habitants cherchent à quitter la ville de Téhéran.

Alors, aux Etats-Unis, voilà une question que beaucoup se posent... - Quels sont les équipements américains déployés au Moyen-Orient en ce moment? - Nous avons le Nimitz et le Carl Vinson.

Nous avons 2 navires de guerre qui sont en mesure de soutenir Israël en ce moment même. - Le Nimitz, ce porte-avions qui était en mer de Chine a mis le cap sur le Moyen-Orient. Dans son avion pour Washington, le président américain entretient le flou, sans d'abord avoir envisagé des discussions... - Confirmez-vous vouloir envoyer le vice-président et S.Witkoff rencontrer les Iraniens pour des discussions? - D.Trump: Je ne suis pas sûr, encore.

Peut-être. Ca dépend de ce qu'il se passera quand je serai rentré. - Quelques minutes plus tard, négocier ne semble plus d'actualité. - D.Trump: Ils auraient dû conclure cet accord.

Je ne sais pas. Je ne suis pas d'humeur à négocier maintenant. - La réponse D.Trump peut-elle être influencée par sa base Maga, ces fidèles de l'Amérique?

Eux sont totalement opposés à une entrée en guerre et le font savoir. - Ma position est très simple: je ne veux pas que les Etats-Unis soient impliqués dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient, qui ne sert pas nos intérêts. - Réponse cinglante du président Trump. ...

Ce soir, l'imprévisible D.Trump est de retour à Washington. Le monde retient son souffle, les yeux plus que jamais braqués vers la Maison-Blanche. - C.Roux: Nous y arrivons, vers la Maison-Blanche, non loin, avec notre journaliste en direct.

Merci d'être avec nous ce soir. Vous êtes correspondant aux Etats-Unis pour le journal "Le Monde". Que dit-on, à ce stade, à Washington, sur ce que pourrait faire D.Trump?

A l'instant nous est parvenue cette déclaration de J.D.Vance qui dit que Trump pourrait prendre des mesures supplémentaires contre le programme nucléaire iranien. - L'expression "mesures supplémentaires" peut dire tout et son contraire.

A ce stade, on ne peut pas interpréter ce que dit J.D.Vance.

Il faut prendre ce message dans tout le débat interne au sein du mouvement Maga, qui a été déclenché depuis quelques jours, où une grande partie de cette base trumpiste est vent debout contre une idée d'aventure militaire extérieure. D.Trump a sincèrement cru à la possibilité d'un accord sur le nucléaire iranien.

Il y a eu 5 cycles de négociations conduits à Oman, avec son envoyé spécial S.Witkoff. Le problème est que la diplomatie de D.Trump est une diplomatie à mèche courte.

Il n'est pas prêt à un effort soutenu dans le temps sur un sujet comme le nucléaire iranien, qui réclame d'être à bac +20. Ca donne la migraine dès qu'on s'y intéresse. Ca ne peut pas être conclu en l'espace de quelques mois.

C'est un effort à long terme. Pour parvenir à l'accord de 2015, il avait fallu 2 ans de négociations, le plus souvent, de façon secrète. Il est arrivé rapidement à la conclusion qu'il ne pourrait pas arriver à une conclusion.

Il est en faveur d'une autre solution, qui n'est pas une solution diplomatique. B.Nétanyahou l'encourage et le stimule.

Il l'incite à aller avec les Israéliens dans cette opération. L'hypothèse la plus communément admise est le bombardement de la centrale de Fordo. Elle est située sous une montagne, très profondément.

Les Israéliens ne peuvent pas l'atteindre par eux-mêmes, par des bombardements aériens. - C.Roux: Je voulais vous poser une question sur le fonctionnement des institutions américaines.

Peut-il décider tout seul, D.Trump, d'engager militairement, y compris en fournissant cette fameuse bombe qui permettrait de frapper les installations nucléaires iraniennes, ou est-ce qu'il a besoin de passer par le Congrès? - P.Smolar: Une déclaration de guerre, ce n'est pas le Congrès.

Ce ne serait pas officiellement une déclaration de guerre...

Dans cette idée d'un bombardement ponctuel pour viser la centrale de Fordo, ce serait juste une opération militaire ciblée. C'est des nuances qui pourraient exploser assez rapidement lorsqu'elles seront confrontées à la réalité. Une fois que vous détruisez Fordo, est-ce que vous suivez les Israéliens dans la phase suivante?

Si les Israéliens décident de viser le Guide suprême, Khamenei, est-ce que les Etats-Unis vont soutenir cette initiative? Ils seraient étroitement associés à une opération de changement de régime. - C.Roux: Un mot sur le fait qu'il y a un débat aux Etats-Unis...

B.Sanders, sur les réseaux sociaux, dit qu'il a présenté une loi pour empêcher Trump d'aller vers une guerre avec l'Iran. Aux Etats-Unis, certains essayent de bloquer D.Trump? - P.Smolar: Ils n'ont pas les moyens de le bloquer.

D.Trump dispose d'une large majorité au Sénat et d'une majorité à la Chambre des représentants. Ce sont avant tout des initiatives pour faire vivre le débat politique.

Si D.Trump décide, demain, de lancer cette opération de bombardement de la centrale de Fordo, personne ne pourra s'y opposer. Tout le monde sera placé devant le fait accompli.

Il ne faut pas se leurrer. - A.Bauer: Le problème de Fordo, comme le problème de la nouvelle base au sud de Natanz...

Le niveau d'enrichissement du nucléaire iranien n'est pas à 60 %, mais il y a un cas où il est à 83,7 %. Le vrai problème de la GBU-57B... - C.Roux: La grosse bombe américaine. - A.Bauer: Ce n'est pas la bombe qui pose problème, c'est le porteur.

Il leur faut des avions dont Israël n'a pas besoin et ne possède pas. Il faut un engagement important alors qu'Israël a fait des avions qui ont permis de détruire le quartier général du Hezbollah. 82 bombes envoyées au même endroit.

Fordo, ce n'est pas possible. - C.Roux: Là, il y a besoin des Américains. - A.Bauer: Rien n'empêcherait D.Trump, sur une opération ciblée sur Fordo, de le faire.

Israël n'a besoin de personne. - Gal D.Trinquand: Dans cette affaire, on voit bien que c'est Nétanyahou qui entraîne le président Trump.

En 2024, quand Israël a été menacé, les porte-avions étaient positionnés. Les Américains avaient assuré qu'ils participeraient à la défense d'Israël et avait mis les moyens en place. Là, les moyens n'ont pas été mis en place.

Hier, 30 ravitailleurs ont quitté les Etats-Unis pour venir dans la zone. Le Nimitz a été rapatrié. Est-ce qu'on va dans l'option où les avions américains vont attaquer?

C'est là, le dilemme chez les républicains. La majorité des républicains est contre ça. Tant que les Etats-Unis contribuent directement avec leurs avions, c'est une autre paire de manches.

Il faut une décision. - C.Roux: B.Nétanyahou a dit que les Américains avaient contribué, avaient participé à certaines frappes. - I.Lasserre: D.Trump est totalement coincé entre sa promesse électorale d'éteindre toutes les guerres, au moins celles de l'Est de l'Europe et du Moyen-Orient, surtout pas d'en rallumer d'autres.

C'est le "niet" catégorique des Maga. Son engagement à arrêter le programme nucléaire iranien, qui était celui de ses prédécesseurs...

Il y a, au sein du Parti républicain, tous les reaganistes qui lui demandent d'aller plus fort contre la Russie de Poutine et contre le programme nucléaire iranien. On ne sait pas bien...

Il s'est fait manipuler par Poutine. Aujourd'hui, il se fait entraîner assez loin par B.Nétanyahou.

Il n'est plus totalement à 100 % aux commandes. Ce n'est plus lui qui décide, ce qui est complètement incroyable. Il est engagé dans une partie de poker menteur.

Il se dit sans doute...

L'Iran est vraiment affaibli. Le régime est affaibli. "On repousse les négociations".

Quand on parle aux diplomates israéliens, ils disent que la décision était tellement difficile à prendre, qu'elle était préparée depuis si longtemps, qu'elle a tant d'implications dans les alliances qu'on ne peut pas refaire...

Ils disent: "On va terminer le boulot." Si le boulot est quasiment terminé, négociations? La réponse qu'ils font est de dire que le boulot sera terminé quand les Iraniens n'auront plus rien à négocier.

Il y a une fermeture diplomatique qui n'est pas forcément faite par les Israéliens, mais par les Européens et les Américains. Ils vont aller jusqu'au bout de tout ce qu'ils peuvent faire. On dit toujours "ça ne peut pas marcher, la destruction du programme nucléaire iranien", notamment parce qu'on ne peut pas effacer le savoir-faire.

Là, les services israéliens disent: "Si, là, on peut. On peut faire reculer la connaissance, quand on va tuer tous les scientifiques..." Ils en ont tué 9.

Ils les ont tous dans le collimateur. Ils ont fini de détruire toutes les archives. Ils vont essayer de détruire toutes les installations.

Ils considèrent que ça fait reculer la connaissance du nucléaire. Après, il faudra 15 ans pour tout recommencer, c'est ce qu'ils disent. - C.Roux: Trump pourrait les aider à finir le job?

Ecoutez ce que disait D.Trump en 2011. Il n'était pas exactement sur la même ligne concernant l'Iran. - D.Trump: Notre président va déclencher une guerre avec l'Iran parce qu'il est absolument incapable de négocier.

Il est faible. Il est inefficace. Selon lui, la seule façon de se faire réélire est de commencer une guerre avec l'Iran. - C.Roux: Le président, à l'époque, c'était B.Obama. - P.Smolar: C'est amusant.

Ce matin, la Maison-Blanche a diffusé une sorte de long communiqué récapitulant toutes les prises de position de D.Trump au sujet du nucléaire iranien ces dernières années. Il y a une constance: l'Iran ne peut pas avoir l'arme nucléaire.

Tout le monde est d'accord là-dessus. La Chine et la Russie, qui ont participé à la conclusion du JCPoA, étaient sur ce principe. Ce qui est vertigineux ici, c'est le sentiment d'un homme profondément et volontairement seul à la tête de la 1re puissance du monde.

Il rejette toute forme d'expertise. Il ne prend même pas en compte l'avis des membres de son administration, comme la directrice du renseignement national qui, il y a quelques semaines, témoignait devant le Congrès du fait que l'Iran n'était pas sur le point d'avoir l'arme nucléaire. C'est un homme seul qui rejette la concertation.

Ca donne le tournis, de se dire que cette décision historique pourrait se jouer à rien, à un sentiment ou à une discussion au téléphone avec B.Nétanyahou. - C.Roux: Est-ce qu'il écoute les militaires? - P.Smolar: Les militaires ont été caporalisés.

On assiste à une politisation de l'appareil militaire, d'une mise au pas complète. Plus personne n'ose apporter de la contradiction. C'est un moment très grave.

Les militaires ont bien compris le message. Il y a eu une espèce de purge organisée au retour de D.Trump à la Maison-Blanche.

Ce n'est pas là qu'il faut attendre une sorte de débat. - C.Roux: Qu'est-ce que redoutent les Iraniens dans ce moment-là?

Ils ont alerté en disant que les Américains ne devaient pas rentrer dans cette guerre. - M.Pirzadeh: Il y a 3 semaines...

Il y a 3 semaines, les agences de presse étaient rouge pivoine avec Trump qui déclarait que les Iraniens étaient prêts à signer un deal. On en a beaucoup parlé. Dimanche dernier, il devait y avoir des discussions importantes sur le nucléaire iranien avec les Iraniens et les Américains.

D.Trump veut son deal à lui sur le nucléaire. En 2018, lorsqu'il sort de l'accord de manière unilatérale, il tue l'accord sur le nucléaire.

On en a beaucoup parlé sur ce plateau, de cet accord. Il n'était pas parfait. Les missiles balistiques iraniens n'étaient pas compris dans cet accord, ainsi que l'ingérence iranienne.

Les diplomates européens me confiaient leur désarroi face à ce mur qu'étaient les Iraniens sur la non-négociation sur le nucléaire. On a fait cet accord qui fonctionnait. Les Iraniens l'ont respecté.

Il n'était pas parfait. Il arrive à terme. Il est tellement surprenant, D.Trump. comme il l'avait fait pour rencontrer le dictateur nord-coréen.

Il aurait pu dire qu'il l'avait fait avec l'Iran. D.Trump est entouré de néoconservateurs qui sont traumatisés par la prise de l'ambassade américaine en 1979.

Les Etats-Unis ont essayé de libérer leurs diplomates. Ils ont perdu des militaires américains au-dessus de l'Irak et sur le sol iranien. Il y a des conservateurs qui veulent pousser Trump à aller sur la fin de la République islamique.

Quand on écoute cette archive de 2011, il a une ligne. - C.Roux: Qui peut arrêter D.Trump?

On a entendu la communauté internationale avec la Chine, la Russie, R.T.Erdogan en Turquie.

Ils ont dit qu'il fallait l'apaisement, un cessez-le-feu, faire baisser... - M.Pirzadeh: Les accords économiques, peut-être? - Gal D.Trinquand: Je pense, comme Isabelle, que les Israéliens sont tellement au bout du système...

Il y a une puissance d'entraînement qui est compliquée pour le président Trump. Il n'a jamais réussi de négociations, jamais. Dans son 1er mandat, il a tout raté.

Il a déchiré un accord pour revenir... - Gal D.Trinquand: Il a oublié la Palestine. - C.Roux: C'étaient les accords d'Abraham. - Gal D.Trinquand: Ils sont, pour moi, un échec.

C'était la réconciliation entre les pays arabes et Israël. Comme il ne traitait pas de la Palestine, il ne pouvait pas y avoir l'Arabie saoudite. Il a raté tous les accords.

Là, le paradoxe est de revenir à la volonté de faire un accord alors que c'est lui qui l'a déchiré. Nétanyahou est dans l'objectif final, après le Hamas, après le Hezbollah, après la Syrie, après les Houthis...

Il faut se taper l'Iran. - C.Roux: Qui peut arrêter... - A.Bauer: Xi Jinping.

Les Anglais décident de se faire Nasser et de reprendre le canal de Suez. Les 2 grandes puissances nucléaires subsistantes, existantes dans le monde, ont dit qu'il fallait arrêter. Tout le monde comprend qui est le patron.

Aujourd'hui, il y a 2 patrons. La Russie est affaiblie. Elle s'est mise hors jeu.

Elle se dit conciliatrice. - M.Pirzadeh: Les Israéliens ne veulent pas de conciliateur. - A.Bauer: Il reste Xi Jinping.

La Chine est la seule puissance qui a obtenu un deal. "On va vous montrer qui est le patron sur les terres rares." Nous sommes en train de construire un équilibre nucléaire. "Nous ne sommes plus les petits en train de construire la 3e puissance d'un jour." D.Trump pourrait dire que ça va se faire entre lui et Xi Jinping. - C.Roux: Avant de vous laisser partir, est-ce que, aux Etats-Unis et à Washington, quelqu'un peut arrêter D.Trump? - P.Smolar: Je pense que ce sont avant tout les considérations intérieures qui pourraient faire en sorte que D.Trump s'arrête.

La Chine, je n'y crois pas. J'aimerais qu'on me cite un cas de conflit dans le monde où la Chine serait intervenue comme médiateur ou élément apaisant. Je n'en vois pas vraiment.

En revanche, les considérations intérieures sont très importantes. Le 1er point, c'est absolument essentiel pour D.Trump, la sécurité des bases américaines dans la région.

S'il a le sentiment que les Iraniens ont encore la capacité de frapper des bases américaines, ça pourrait conduire D.Trump à retenir son bras. Il est très marqué.

Il en parle très souvent. En août 2021, lorsque 13 soldats étaient morts dans une attaque à l'aéroport de Kaboul, il a été très marqué. C'est un traumatisme.

C'est un indice absolu de faiblesse et de déroute américaine. Par conséquent, cet aspect, ce facteur rentre en ligne de compte. L'autre, c'est le monde Maga.

S'il a l'impression que la base Maga pourrait se retourner contre lui ou qu'il pourrait y avoir une espèce de schisme en son sein, il prendra aussi ce facteur en considération. - C.Roux: Merci d'avoir été avec nous.

Autre déclaration de D.Trump qui dit: "Nous contrôlons complètement l'espace aérien iranien." - Gal D.Trinquand: Il dit "nous"?

Il est gonflé. L'espace aérien est totalement contrôlé par les Israéliens depuis 48 heures, à peu près. Ils ont détruit...

Ils avaient fait le couloir qu'il leur permettait d'arriver là en octobre dernier, déjà. Le 1er jour après l'attaque, ils ont dit que les pilotes étaient dans un ciel israélien, quasiment. J'avais compris que c'était Trump qui s'exposait, sur ce côté-là.

Je pensais que le nous était un nous collectif avec les Américains. - C.Roux: C'est du Trump. - Gal D.Trinquand: Les Américains n'ont pas un avion qui contrôle l'espace américain... - A.Bauer: Quelques satellites militaires. - C.Roux: C'est la marque de D.Trump.

Au coeur de l'offensive israélienne, le Mossad, le service de renseignements de l'Etat hébreu démontre ses capacités d'action sur le terrain iranien. Agents, commandos infiltrés, installation de matériel sur place...

Depuis l'opération "bipeurs" contre le Hezbollah, le Mossad prouve sa redoutable efficacité, pourtant mise en cause le 7-Octobre. - Avions de chasse, lance-missiles, infrastructures stratégiques...

L'armée israélienne frappe au coeur de l'Iran et vise également ses chefs militaires. Une dizaine a été tuée ces derniers jours, dont le chef d'état-major la nuit dernière. - Cette nuit, sur la base d'informations précises fournies par les services de renseignements, nous avons éliminé le commandant militaire le plus haut gradé du régime iranien.

Il a été éliminé dans son quartier général, au coeur de Téhéran. - Comment Israël peut-il frapper autant de cibles? Son armée utilise ses services de renseignements, dont le plus célèbre, le Mossad.

Informations satellites, surveillance et même agents secrets infiltrés...

Israël dévoile ces images très rares. Ses espions lancent des drones kamikazes directement depuis l'Iran. Ces derniers jours, les autorités de Téhéran disent avoir découvert des appareils high-tech et plusieurs planques du Mossad. - Voici un de leurs drones, avec le corps et les ailes.

Nous en avons trouvé beaucoup comme ça. - L'Iran annonce avoir arrêté une trentaine d'agents. Certains auraient déjà été exécutés.

Le régime traque tous ceux qui auraient été recrutés par Israël. - Mon message à ces traîtres est le suivant: si vous sentez que vous avez été manipulés par l'ennemi, vous pouvez rapidement vous déclarer et vous rendre afin que vous soyez épargnés. - Réponse de l'Iran au Mossad aujourd'hui à coup de missiles balistiques. - Le corps des Gardiens de la révolution a annoncé dans un communiqué avoir ciblé le Mossad, le centre du régime israélien pour la planification des opérations terroristes, à Tel-Aviv. - Cela fait longtemps que le Mossad vise particulièrement le programme nucléaire iranien.

En 2020, assassinat d'un scientifique. Une mitrailleuse téléguidée le crible de balles dans sa voiture. - La nation iranienne est trop intelligente pour tomber dans le piège de la conspiration mis en place par les sionistes.

Ils pensent créer le chaos, mais ils devraient savoir que nous les avons démasqués. - Le Mossad et le renseignement israélien, obligés de se racheter après le raté du 7-Octobre...

Les agences n'ont pas cru, n'ont pas vu venir l'attaque du Hamas. Quelques mois plus tard, Israël s'en prend au Hezbollah, au Liban...

Explosions de centaines de bipeurs et de talkies-walkies piégés. Le Mossad a tout planifié depuis des années, créé de fausses entreprises et vendu directement les appareils à ses ennemis. Des espions israéliens racontent, dans une célèbre émission américaine. - Quand ils faisaient affaire avec nous, ils n'avaient aucune idée qu'ils achetaient au Mossad.

C'était comme le "Truman show". Nous contrôlions tout en coulisses. Tout semblait 100 % vrai, y compris le commercial, les ingénieurs, le marketing ou le showroom.

C'est une preuve de notre supériorité dans le Moyen-Orient. - L'opération fait une quarantaine de morts et plusieurs milliers de blessés. Certains étaient des civils.

Peu importe, pour le Mossad. La guerre psychologique fait partie du plan. - On veut qu'ils se sentent vulnérables car c'est ce qu'ils sont.

On ne peut plus réutiliser les bipeurs car on l'a déjà fait. On est déjà passés à autre chose. Ils vont devoir deviner ce que c'est. - En Iran, le Mossad aurait préparé ces opérations depuis 2 ans.

Pour les espions, la guerre est une affaire de patience. - C.Roux: De nouveau, le Mossad montre sa capacité d'intervention.

Ca avait été mis en cause au moment du 7-Octobre. - Gal D.Trinquand: Sauf que ce n'était pas le Mossad.

C'était le service intérieur. C'est comme la DGSI ou la DGSE. - C.Roux: L'ensemble des services israéliens avaient été mis en cause à ce moment-là sur leur incapacité à protéger Israël. - Gal D.Trinquand: Pas le Mossad.

Vous avez raison, c'est du travail dans la durée. Il y a toujours la guéguerre entre les moyens fantastiques, électroniques, et les moyens humains. Le Mossad fait les 2.

On l'a vu quand le chef du Hamas a été tué dans Téhéran. Ce n'était pas seulement de l'électronique. Il fallait quelqu'un de prépositionné. - C.Roux: Ils ont prépositionné du matériel. - Gal D.Trinquand: Oui.

Du personnel aussi. Le 2e point est le retournement. Un certain nombre de gens, en particulier des Gardiens de la révolution, ont été retournés.

Lors de la neutralisation du chef du Hamas, le chef du renseignement a été arrêté 2 jours après. On n'en a plus entendu parler. Ils ont annoncé que c'était un traître qui travaille pour le Mossad. - M.Pirzadeh: C'est la différence avec le 7-Octobre.

Ils ont manqué de renseignements humains. L'Iran est totalement infiltré par le Mossad. Il a reconnu que le Mossad était présent sur le territoire iranien.

Il y a une vidéo de l'ancien président qui a beaucoup fait parler de lui. L'assassinat du père de 2 programmes nucléaires iraniens centraux montre à quel point ils savent exactement où tout le monde se trouve. Regardez les images lors de l'attaque de vendredi.

Ils ont été jusqu'à frapper la chambre à coucher de certains scientifiques. Ils savaient exactement où ils habitaient. Les scientifiques habitent au milieu de la population.

Ils n'habitent pas dans des bunkers ou quelque chose comme ça. Il y a vraiment une chasse aux sorcières, une chasse à l'homme opérée par les Gardiens de la révolution. Ils ont une liste.

Lorsque vous êtes un peu suspicieux, on dit que vous êtes du Mossad. Quand je sortais ma caméra, on m'a demandé si je faisais partie du Mossad. Comme le régime iranien est extrêmement paranoïaque, ils imaginent que derrière chaque Iranien se trouve potentiellement un agent du Mossad. - C.Roux: Celui qui est tout en haut de la liste, c'est Khamenei.

On a un différend entre les Etats-Unis et Israël sur l'élimination du Guide suprême. - I.Lasserre: Tu racontais une anecdote...

Il y a une blague en Iran qui dit que les seuls à savoir où se cache Khamenei sont sans doute le Mossad. - C.Roux: Question. - I.Lasserre: Il est sur la liste.

Tous les regards sont tournés vers Khamenei. Il est considéré par le régime iranien comme le représentant de Dieu sur Terre. C'est la ligne rouge.

Vous n'avez pas le droit de le critiquer lorsque vous êtes en Iran. Si jamais il est éliminé, comment va réagir le régime? J'ai toujours dit, depuis 2022, que le changement s'opérerait après sa mort.

Il a mis autour de lui, dans sa forteresse, des gens loyaux. Il a presque créé une cour parallèle de gens absolument fidèles à la révolution islamique, dont les Gardiens de la révolution. Il agrège tout le monde.

Le jour où il ne sera plus là, qu'est-ce qui va se passer? Est-ce que les Gardiens de la révolution pourraient faire un coup d'Etat militaire et reprendre le pouvoir ou vouloir venger la mort du Guide suprême? Lorsque Soleimani, bras droit de Khamenei...

Tout le monde retient son souffle. - I.Lasserre: Côté israélien, ils disent que ce n'est pas l'objectif, de tuer Khamenei, mais que si le régime s'effondre, que les actions mènent à la chute du régime ou qu'il meurt par hasard, c'est la cerise sur le gâteau.

Ca raccourcirait la guerre. C'est peut-être une illusion, mais on considère, côté israélien, que le seul moyen de faire revenir la paix au Moyen-Orient est de supprimer sa principale source de déstabilisation. Après le Hamas et le Hezbollah, c'est l'Iran, la tête de la pieuvre, pour eux.

Le programme nucléaire, c'est un objectif partagé par tous les courants politiques. Le régime suivant sera sans doute aussi nucléaire. A ce moment-là, les Israéliens disent: "Regardez, en Hollande, on a une usine d'enrichissement de l'uranium et ça ne dérange personne à partir du moment où c'est un régime qui se rapproche d'une démocratie et qui ne veut plus détruire ses voisins." - M.Pirzadeh: En 1977, le Shah d'Iran se plaignait déjà. "Pourquoi l'Europe a la bombe?

Pourquoi Israël a la bombe? Pourquoi pas nous?" A l'époque, c'était une royauté, pas le régime actuel. - C.Roux: B.Nétanyahou lisse ses objectifs: élimination du programme nucléaire, élimination de la production de missiles balistiques et élimination de l'acte terroriste.

Tout en haut de la pyramide de cet axe, il y a Khamenei. - A.Bauer: Tout le monde est d'accord pour éliminer Khamenei, les missiles et le programme nucléaire.

La vraie question, c'est qui le remplace? Si c'est pour créer une autre Libye ou un autre Irak, il y a un vrai sujet qui submerge Nétanyahou...

En Syrie, au moins, il y a l'apparition d'un semblant de gouvernement qui a tenu le pays et qui permet, avec le soutien de la Turquie, de tenir les choses. En Irak, c'est un chaos relatif très volatile. On ne veut pas du tout avoir la même chose là-bas.

C'est un pays avec 90 millions d'habitants. On ne rigole pas avec l'Iran. C'est l'empire perse.

Ce ne sont pas des voisins vaguement gentils. Cette question centrale d'éliminer, mais de remplacer par qui, il n'y a pas de réponse. - C.Roux: On parlait de D.Trump et de sa position sur Khamenei.

Il dit qu'il ne compte pas tuer le Guide suprême, pour le moment. C'est confirmé qu'il n'est pas sur cette ligne. - Gal D.Trinquand: Quand on lui avait déjà posé la question avant, il avait répondu qu'il n'y avait pas d'Américains qui étaient tués et qu'il n'avait donc pas de raison de s'en prendre au Guide.

D'où la question qu'on a abordée tout à l'heure, le fait que la menace iranienne sur des bases américaines, sur des Américains en Irak, fait partie de l'équation. Le Guide suprême est la clé de voûte. On comprend que les Israéliens aient tendance à vouloir casser cette clé de voûte.

Monsieur B.Nétanyahou a 2 clés. Il a la clé militaire d'attaque, d'élimination, mais il souhaite qu'il y ait une clé iranienne sur le terrain et un soulèvement de la population.

Il a dit qu'il n'avait rien contre la populati et qu'elle devrait se soulever, d'où un certain nombre d'actions, comme l'électricité, l'eau, de façon à créer le chaos. Est-ce que ça va susciter, malgré les mouvements qu'il y a eu en Iran depuis de nombreux mois maintenant...

Ca donne l'espoir qu'il puisse y avoir un soulèvement iranien. Ca ne peut marcher que s'il y a les deux. - C.Roux: On va parler dans un instant de ce que pourrait faire la population iranienne.

Déclaration du chancelier F.Merz. Qui pourrait venir au secours de l'Iran? - A.Bauer: Les Pakistanais auraient envoyé un convoi qui se serait perdu sur une route escarpée car un missile perdu leur serait tombé dessus.

Depuis, il n'y a rien. Aucun de leurs alliés, de ce qui subsiste de leurs alliés, n'ont levé le petit doigt. Les Russes ont commencé par dire... - C.Roux: "Nous sommes médiateurs". - M.Pirzadeh: La Syrie de B.Al-Assad, c'était leur seul allié. - C.Roux: Israël espère une révolte du peuple iranien opprimé.

Si l'on en croit T.Rahmani, c'est l'inverse qui pourrait se produire. Il appelle à l'arrêt de cette guerre et craint même que l'offensive israélienne ne ressoude le pays derrière les mollahs. - Lui aussi, le régime a voulu le faire taire.

T.Rahmani a passé 14 ans en détention. Aujourd'hui réfugié à Paris, son coeur, dit-il, sa femme sont toujours en Iran.

N.Mohammadi, prix Nobel de la paix, est sortie de prison mais toujours menacée par le régime. Depuis plusieurs jours, il ne dort plus, inquiet et en colère. - T.Rahmani: Les Iraniens, qui sont en désaccord avec le gouvernement après le mouvement Femme, Vie, Liberté, voit une force étrangère les attaquer et les tuer.

Le gouvernement sait être opportuniste. Ce pouvoir, qui a assassiné sa propre population, dit, face à un agresseur externe, qui les défend face à une menace nucléaire...

Cela peut progressivement faire changer les mentalités. Un champion du monde de lutte et un footballeur très connu en Iran ont écrit sur les réseaux sociaux "vive la patrie, vive l'Iran". Ces 2 personnes sont des opposants au régime.

Face à la violation du droit et du territoire iranien, ils défendent le pays en temps de guerre. - Pour cet opposant à la République islamiste, cette guerre ne mènera pas l'Iran à la démocratie. - T.Rahmani: Nous voulons un cessez-le-feu afin que la lutte civile et la lutte politique puissent se poursuivre.

Aujourd'hui, Israël ne frappe pas seulement le régime mais tout le monde. Ils affirment ne pas tuer les civils. Mais dans les faits, les gens sont tués.

Pendant la guerre, lorsque les avions tirent, les gens ne descendent pas dans la rue. Ils ne manifestent pas. Ils seraient réfugiés dans des abris.

Si le Guide suprême Khamenei mourrait, en temps normal, ce serait une opportunité pour la société iranienne. Mais en temps de guerre, le pouvoir peut l'instrumentaliser et l'utiliser à son avantage. - Les yeux rivés sur les dernières nouvelles, T.Rahmani redoute à présent de voir les Etats-Unis rejoindre cette guerre. - T.Rahmani: Si la majorité de la population ne veut pas de la République islamique, elle ne veut pas d'une attaque étrangère car elle sait que c'est une erreur et que l'Iran serait ruiné.

Ce que j'entends le plus, c'est l'inquiétude de voir les Etats-Unis entrer en guerre et que la guerre dure. Imaginez, si l'Amérique rentre en guerre...

Le régime peut provoquer l'Apocalypse et se détruire, en tuant au passage quelques milliers d'Américains. Elle peut fermer le détroit d'Ormuz, bombarder des pays arabes et attaquer la 5e flotte américaine à Baram. Si les Etats-Unis entrent dans le conflit, on entre dans un scénario apocalyptique. - C.Roux: Votre réaction à ce qui vient d'être dit? - M.Pirzadeh: Il a tellement bien résumé.

C'est exactement le sentiment que je recueille depuis 5 jours depuis l'Iran. Il y a une colère très forte, une colère d'être bombardés, de ne pas savoir où pouvoir se réfugier. Les Iraniens sont sidérés.

Ca fait 46 ans qu'ils vivent sous ce régime. Ils ont manifesté à plusieurs reprises. On ne parle pas juste de 2022.

Il y a eu 2017, 2019...

Combien de milliers d'opposants sont dans les prisons iraniennes, dont la femme de T.Rahmani, N.Mohammadi, qui en est sortie, pour l'instant.

Si le régime se sent menacé, il peut entraîner l'Iran dans le chaos et ne rien laisser de l'Iran. - C.Roux: C'est difficile à comprendre vu d'ici parce qu'on se dit qu'on les a tellement entendus nous raconter les exécutions, les pendaisons, les humiliations et ces femmes sous le joug du régime, qu'on se dit qu'au final, ils ne voient pas ça comme une forme de libération, la chute du régime. - M.Pirzadeh: C'est vraiment cette dichotomie.

Les Iraniens sont écartelés. Ils ne veulent plus de ce régime en grande majorité, mais ils ne veulent pas non plus d'une guerre. Ils veulent la paix.

Ils ne veulent plus être bombardés. Une Iranienne me disait: "Pourquoi? Qu'est-ce qu'on a fait pour mériter ça?

On ne veut pas de ce régime. On vit sous ce régime et, maintenant, on a les bombes israéliennes." Je suis franco-iranienne et c'est difficile de mettre des mots dessus.

Les Iraniens font vraiment le distinguo entre l'Iran et la République islamique. Pour eux, ce n'est pas l'Iran. On a atteint la patrie, la terre nourricière de la Perse.

Voir ces images de Téhéran...

J'ai vécu 5 ans dans cette ville. Ca m'a bouleversée. Je suis maintenant à Paris, mais des Iraniens dont c'est la ville natale, ce sont des images qui choquent, qui marquent.

Ils ne veulent pas que ça change comme ça. Beaucoup d'Iraniens sont toujours contre ce régime, mais ils ne veulent pas que ça se passe comme ça. Ils ne veulent pas d'ingérence étrangère.

Pour eux, la solution n'est pas à l'extérieur. Il n'y a pas d'opposition unie à l'extérieur de l'Iran. 46 ans de République islamique ont tué toute opposition.

Vous avez une diaspora contre une diaspora, une opposition contre une opposition. Ils craignent le chaos. Mais ils sont dans le chaos.

On est dans la guerre que les Iraniens craignent depuis 46 ans. Quand vous vivez en Iran, vous avez toujours l'épée de Damoclès au-dessus de la tête de se faire bombarder par Israël. Il y a une urgence de vivre en Iran, parce que chaque jour peut être le dernier.

Un pays, un régime qui, depuis 46 ans, sait que c'est une menace pour Israël, qui n'a pas fabriqué un seul abri pour ses habitants...

Ils sont sonnés, pas d'accord avec ce qui se passe. C'est unanime, de tout ce que j'entends depuis vendredi. - Gal D.Trinquand: De ce que j'entendais, je suis assez frappé qu'on puisse dire que l'Iran va bloquer, attaquer.

Il n'en a plus les capacités. Le problème, c'est que vous avez un régime aux abois, qui n'a plus les capacités de se défendre. Je reviens sur le ciel...

Le régime iranien n'a pas les capacités d'attaquer quoi que ce soit. Des missiles sur Israël, d'accord, mais il n'a pas plus de capacités. - A.Bauer: Très peu. - Gal D.Trinquand: Les stocks diminuent beaucoup. - I.Lasserre: Les Israéliens en ont détruit 1000, ils en ont utilisé quelques centaines et il ne leur en reste que quelques centaines. - Gal D.Trinquand: C'est frappant de voir la majorité de la population contre le régime.

Au moment où ce régime montre ses incapacités, l'impasse dans laquelle il s'est mis...

Il n'est pas capable de protéger sa population. Maintenant, il dit qu'il ne faut pas toucher. Je suis un peu surpris des réactions.

Il n'y a pas d'opposition... - M.Pirzadeh: C'est un pays où le nationalisme est très fort et il prévaut.

Personne n'a pleuré les Gardiens de la révolution qui sont morts. - Gal D.Trinquand: Qu'ils soient nationalistes, je comprends, mais l'Iran ne deviendra pas israélien ou américain.

Il n'y aura pas un soldat américain qui rentrera en Iran. Le problème n'est pas là. - M.Pirzadeh: Ce n'est pas la peur qu'ils ont. - Gal D.Trinquand: Vous cassez un régime.

S'il n'y a personne pour remplacer le régime, il y a un problème. Si les Iraniens disent: "Finalement, ce n'est pas la peine de casser le régime, même si on ne l'aime pas." Alors, il y a un vrai problème. - C.Roux: Question. - A.Bauer: Mal.

Ils sont emprisonnés dans de mauvaises conditions depuis longtemps. Il y a une incapacité à les faire sortir sur des accusations farfelues, frauduleuses. Ca permet de rappeler que ce n'est pas toujours une très bonne idée d'aller là-bas sans avoir les garanties nécessaires.

Il reste des négociations. Certaines d'entre elles ont abouti avec des délais très longs. Tout le monde est très inquiet, moins pour le fait qu'Israël bombarde la prison, parce que ça ne fait pas partie des objectifs d'Israël, mais pour la capacité de vengeance du régime iranien sur des otages de nombreux pays.

Chaque pays disant que l'Iran ne doit pas avoir la bombe et qu'ils sont d'accord sur le fait qu'Israël peut attaquer pour se défendre amène mécaniquement des idées de vengeance. Quand la tête commence à être coupée par petits morceaux, ceux qui restent en dessous ne sont pas forcément les plus intelligents ni les plus modérés. Les familles sont naturellement inquiètes. - C.Roux: Elles ont raison.

Nous revenons à vos questions. Question. - A.Bauer: Trump.

Et S.Wiles, sa directrice de cabinet, seule femme dont il dit que c'est le seul homme présent dans la pièce. Il l'écoute.

C'est assez rare. Son secrétaire de l'Agriculture lui a fait changer sa politique anti-immigration en disant que c'était contre-productif pour le business et qu'il fallait arrêter d'arrêter les immigrés clandestins dans les champs, dans les hôtels et dans les restaurants. Du jour au lendemain, la politique très dure de Trump a été changée sans que personne n'en soit informé, à part un tweet de Trump. - Gal D.Trinquand: Trump n'est pas clair parce qu'il n'est pas clair dans sa tête.

Il ne sait pas quoi faire aujourd'hui. Il est encore plus confus que d'habitude. Pour l'instant, ce n'est pas clair.

Imaginez le président qui prétend faire la paix et retirer les soldats américains de partout, se mêler d'un coup à une guerre? - C.Roux: Question. - A.Bauer: C'est dangereux, mais ils sont très profonds.

Les centrifugeuses qui augmentent la qualité de l'uranium...

Le fait qu'elles soient très enterrées...

Il y aurait un danger pour la centrale de Bouchehr. Elle n'est quasiment pas bombardée. Natanz, Fordo et le 3e site sont tellement enterrés sous la montagne qu'il ne se passerait pas grand-chose de facto.

Ce n'est pas bombarder des centrales nucléaires. On ne bombarde pas des sites où il y a des centres nucléaires mais seulement des centrifugeuses. - M.Pirzadeh: Mais ils ont bombardé des stockages de pétrole, d'essence.

Là, ça peut être dangereux. Ils ont bombardé des usines électriques. Là, ça peut être autre chose.

Il y a eu beaucoup d'incendies. - C.Roux: Question. - I.Lasserre: On n'en est pas encore là du tout.

La principale erreur commise par les Américains en Irak, ça n'a pas été au début. Au début, les populations irakiennes étaient tout à fait ravies de se débarrasser de S.Hussein.

Je m'en souviens. J'y étais. L'erreur a été commise après.

Les Américains n'ont pas su gérer le maintien de la paix et la suite de la guerre, le jour d'après. Ils ont démantelé l'armée et ils n'ont pas su réinvestir les sunnites dans le jeu. C'est le jour d'après, quand un régime tombe, qui est extrêmement important.

J'espère que des gens y travaillent. Je n'ai pas l'impression que ce soit le cas des Israéliens, non plus des Américains. Ce n'est pas leur plan. - Gal D.Trinquand: Le sujet est complètement différent.

Il n'y aura pas un soldat américain présent en Iran. Le problème vient essentiellement de la population iranienne et de ce qu'elle veut faire. - C.Roux: Les forces sont positionnées dans la région pour défendre les bases militaires américaines? - A.Bauer: Et le détroit d'Ormuz. - Gal D.Trinquand: Au Qatar, il y a une base importante dans la région. - A.Bauer: Ils ne risquent rien. - C.Roux: Question. - A.Bauer: Oui.

Tout dure longtemps. C'est un vrai sujet pour le président Trump. Le tempo n'est pas celui qu'il aime.

Il aime que ça aille vite. Ca l'amène à annoncer des accords qui n'ont pas encore eu lieu. Ce que propose B.Nétanyahou à Trump plaît au président américain. - I.Lasserre: Pour l'instant, il a tout raté. - C.Roux: Question. - A.Bauer: Je crois que B.Nétanyahou n'est le vassal de personne, de lui-même, peut-être. - C.Roux: Question. - M.Pirzadeh: Il veut le sien, à ses conditions, et potentiellement avec des deals.

L'Iran était un eldorado immense économiquement. - C.Roux: Question. - A.Bauer: Si l'Iran tombe dans le chaos, oui.

L'Iran, c'est immense. C'est un sujet qu'on ne peut pas discuter. C'est l'Ukraine en version locale.

A la fois au niveau du positionnement, des voisins...

Il faut regarder une carte de l'Iran. Il ne faut pas oublier que c'est un empire. Les empires, il faut toujours les prendre avec d'immenses précautions.

Il y a une culture d'empire, une nostalgie d'empire et ça a besoin d'une stabilité absolue. - M.Pirzadeh: Il y a les Kurdes au nord, les Azéris...

Est-ce que tout le monde va rester uni comme ça a pu être le cas en 2022, c'est la question. - C.Roux: Question. - Gal D.Trinquand: C'est là qu'est le gros problème de Trump.

C'est pour ça que ce n'est pas clair du tout. - I.Lasserre: On ne choisit pas toujours ses guerres.

Parfois, elles nous emportent à l'insu de notre plein gré. - C.Roux: Question. - M.Pirzadeh: Il y a eu 14 morts en Ukraine aujourd'hui. - C.Roux: V.Poutine profite de la situation. - A.Bauer: Et B.Nétanyahou profite qu'on oublie Gaza. - C.Roux: Merci à vous tous.

C'est la fin de cette émission rediffusée ce soir. On retrouve A.-E.Lemoine et l'équipe de "C à vous".

Bonsoir. Au programme ce soir? - A.-E.Lemoine: Un nouveau drame provoqué par un airbag Takata et l'annonce du ministère des Transports d'immobiliser tous les véhicules potentiellement concernés.

On vous parle aussi d'un journaliste météo insulté et harcelé pour avoir annoncé une possible canicule

Iran / Israël : et si l’Amérique entrait en guerre… - C dans l’air - 17.06.2025 — Alexandre Bauer · Pourquijevote