Laurence Rossignol : « Contourner le vote du budget par ordonnance serait pire qu’un 49.3 »
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:42OuverteRéponse directe
Quelle une de la presse quotidienne régionale choisissez-vous ?
- 2:13OuverteRéponse partielle
Ce gouvernement donne la part belle aux techniciens. Est-ce que ça peut faire retomber la pression politique ?
- 2:48OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous en pensez de la nomination de Jean-Pierre Farandou ?
- 3:24OuverteRéponse directe
Selon vous, ce gouvernement peut-il tenir la semaine ?
- 3:53RelanceRéponse directe
Gérard Larcher parle d'un chantage des socialistes. Réponse ?
- 5:19OuverteRéponse directe
Est-ce que la suspension de la réforme des retraites est la condition unique de non-censure ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:37PrésentateurFait
« Emmanuel Macron a, une fois de plus, refusé de nommer un Premier ministre de gauche. »
- 1:41PrésentateurFait
« LR, Modem, macroniste, rien n'a marché depuis 2024. »
- 1:47PrésentateurFait
« Aucune équation de s'installer. »
- 2:55PrésentateurFait
« Jean-Pierre Farandou, c'est le PDG de la SNCF, cheminot de carrière, qui a une expérience du dialogue social. »
- 4:35PrésentateurChiffre
« On avait quand même mis la barre à 100 millions d'euros de patrimoine. »
- 15:06InvitéFait
« On a signé en 2024 la charte de l'égalité homme-femme, la charte européenne de l'égalité homme-femme. »
- 17:29InvitéFait
« Nous avons une femme qui décède sous les coups de son conjoint aujourd'hui dans notre pays. »
Temps de parole
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. On accueille Laurence Rossignol, bonjour. Bonjour. Vous êtes sénatrice socialiste du Val-de-Marne. Alors c'est la tradition, on commence cette émission avec trois unes de la presse quotidienne régionale, trois unes qui sont consacrées à la nomination du gouvernement Le Cornu 2, La Une de la Montagne, Le Cornu 2, combien de temps ? Se demande le journal Auvergnat. Ensuite la une du journal La Marseillaise, un gouvernement sans légitimité ni soutien. Et puis la une du Dauphiné libéré, le plus dur, recommence pour Sébastien Le Cornu. Quelle une vous choisissez Laurence Rossignol ?
Les trois disent à peu près, dans tout ça, peut-être que, dire un mot avant parce qu'on ne le refera pas dans l'émission, que ce qui va marquer cette journée, c'est avant tout le retour des otages. Bien sûr. Et la joie, la tristesse, les familles.
Sept ont déjà été remis à la Croix-Rouge à l'instant où on se parle.
Mais cette journée sera quand même marquée par ça. Et c'est une journée d'émotion. Il ne faut pas qu'on laisse l'émotion être écrasée par la vie politique française. Voilà ce que je voulais dire pour commencer. Maintenant, je vais répondre à vos questions. Ces trois unes disent la perplexité. Voilà, la perplexité de vos confrères et consoeurs dans la presse locale sur ce gouvernement, dont personne ne voit bien exactement quel est le cap, ce qu'il va faire. Emmanuel Macron a, une fois de plus, refusé de nommer un Premier ministre de gauche. Pourquoi nous proposions un Premier ministre de gauche ? Parce qu'il a tout essayé depuis 2024. LR, Modem, macroniste, rien n'a marché depuis 2024.
Aucune équation de s'installer. Donc, la seule qui n'est pas essayée, c'était un Premier ministre de gauche avec un certain nombre de propositions qu'on vend avec. Là, une fois de plus, il s'obstine. On ne comprend pas bien où tout ça va aller. En même temps, tout le monde s'inquiète de la continuité, l'approfondissement et l'aggravation de la crise politique, institutionnelle avec ses conséquences économiques, sociales et financières. Alors, sur le casting de ce gouvernement, quand même, ce gouvernement, le Cornu 2, donne la part belle davantage aux techniciens. Est-ce que ça peut faire retomber la pression politique ? Oui, enfin, il n'y a pas tant que ça de techniciens.
Il y a quand même beaucoup de politique là-dedans. Moins de poids lourds politiques. Moins de poids lourds politiques. On peut déjà s'étonner et être choqué de la renomination d'une ministre mise en examen qui est Rachida Dati. Peut-être que la rupture serait été la rupture avec cette espèce d'indifférence, de complaisance des gouvernements Macron envers les ministres mis en examen. Cette rupture-là, il ne l'a pas faite. Après, pour ce qui est des autres, je vois quand même…
Un Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, en troisième position.
Oui.
Qu'est-ce que vous en pensez ?
Écoutez, je crois que c'est… Alors, comme je suis une optimiste, je vais peut-être vous dire que c'est peut-être un bon signe. Jean-Pierre Farandou, c'est le PDG de la SNCF, cheminot de carrière, qui a une expérience du dialogue social. Ça veut peut-être dire que c'est lui qui va être chargé de discuter de la suspension de la réforme des retraites, de la réforme borne et des conséquences que ça va avoir. Techniquement, d'organiser ça. On peut… Quand on est optimiste, on peut imaginer que la nomination de Jean-Pierre Farandou, elle dit « ce gouvernement va suspendre la réforme des retraites ». Mais ça, on ne le saura pas avant la déclaration de politique générale.
Selon vous, est-ce que ce gouvernement, le corps nu d'eau, peut tenir la semaine ? Ça dépend de lui. Ça ne dépend que de lui. Son avenir est entre ses mains et uniquement entre ses mains et celle du président de la République, bien entendu. Je sais que la censure ou non-censure, dès la déclaration de politique générale par les socialistes, est la clé de la survie de ce gouvernement. On en a bien conscience. Et d'ailleurs, non seulement on en a conscience, mais on l'aborde en responsabilité, ce pouvoir que nous avons entre les mains à l'Assemblée. – Gérard Larcher parle d'un chantage des socialistes dans les semaines à venir sur le programme du gouvernement.
– Si chantage il y a, c'est celui qui consiste à dire aux socialistes « ne censurez pas, ne revendiquez rien, votez pour la stabilité d'une équipe politique qui organise de l'instabilité depuis des mois et des mois ». C'est ça le chantage. C'est de nous accuser, nous, de ne pas être responsables. Nous sommes très responsables. Nous n'avons pas demandé que tout le programme du Parti socialiste soit traduit dans le budget que le Premier ministre va conduire. On a demandé que ce qui préoccupe les Français, leur pouvoir d'achat, la suspension de la réforme des retraites, une taxation sur les très hauts patrimoines. On avait quand même mis la barre à 100 millions d'euros de patrimoine.
Tous ceux qui nous écoutent voient bien que la marche est très, très, très haute quand même, 100 millions d'euros. Nous, on demande ça. On a trois demandes. Je crois que nous sommes très responsables dans ces demandes. Et alors, je vais parler un instant, en tant que sénatrice, donc de membres de la Chambre représentant les collectivités locales et territoriales. Les élus des collectivités territoriales et locales attendent eux aussi un budget parce que les maires, les présidents de régions, les présidents de départements ne pourront pas eux-mêmes voter leur budget tant qu'ils ne connaîtront pas le budget de l'État. Ils ont besoin pour décider du logement. Après, dans le gouvernement…
Juste quand on a écouté hier soir le premier secrétaire du Parti Socialiste, Olivier Faure, finalement, il ne parle plus que de la suspension de la réforme des retraites comme condition de non-censure de la part du PS. Est-ce que c'est la condition unique ? Alors, ce n'est pas la condition unique, mais je crois que c'est celle sur laquelle la discussion est la plus emblématique et celle sur laquelle le président de la République fait une petite fixette comme étant son talisman. La réforme des retraites, c'est lui, et c'est là-dessus qu'aujourd'hui, ce sont les plus gros blocages de la part du Premier ministre et du président de la République.
Je pense que tout le monde a compris, à l'Assemblée nationale et au gouvernement, que s'il n'y a pas un vrai effort de faire sur les salaires en dessous de 1 900 euros, s'il n'y a pas un effort de fait sur les hauts patrimoines, ce budget apparaîtra comme un budget extrêmement injuste et que personne ne pourra assumer et accepter. Mais est-ce que l'électorat de gauche comprendrait que vous sauviez le gouvernement d'un très proche d'Emmanuel Macron ? Oui, mais l'électorat de gauche est un électorat bien plus responsable que vous ne le laisseriez entendre. Sauver ce gouvernement n'est pas notre sujet. Notre sujet, c'est d'apporter des améliorations dans la vie des Français.
S'il y a des améliorations, par exemple sur les retraites, le pouvoir d'achat, l'électorat de gauche va le comprendre. Ensuite, l'électorat de gauche, il a aussi, comment vous dire, ce n'est pas gribouille, l'électorat de gauche, il dit et après, et après la censure, et après la chute de ce gouvernement, qu'est-ce qu'on aura de mieux pour nous au quotidien ? Pour le moment, rien n'est acquis. Il n'est pas sûr qu'après-demain soit mieux que demain, qu'il serait lui-même mieux qu'aujourd'hui. Une dissolution de l'Assemblée nationale serait alors inévitable en cas de censure de ce gouvernement Le Cornu 2 ? Écoutez, encore une fois, ça appartiendrait au président de la République.
Il aurait encore la possibilité de nommer un gouvernement de gauche. Cette hypothèse tient toujours ? Si ça devait advenir, il pourrait toujours nommer un gouvernement de gauche avant d'en venir à la dissolution. Nous, nous ne souhaitons pas la crise politique institutionnelle. Nous, nous souhaitons que ça aille mieux dans la vie des Français. Donc, ce que nous cherchons, c'est les voies pour que ça aille mieux. Alors, l'une des missions de Sébastien Le Cornu, c'est d'essayer de faire passer un budget au Parlement avant la fin de l'année. On va en parler avec notre chroniqueur parlementaire, Quentin Calmet. Quentin, le Premier ministre doit présenter maintenant au plus vite ce budget.
C'est la toute première étape pour son gouvernement.
Il y a un compte à rebours qui s'enclenche chaque automne au moment de l'examen de budget. Il faut que la France dispose d'un budget avant la fin de l'année, avant le 31 décembre. Le gouvernement qui dispose d'ailleurs de plusieurs outils pour y parvenir, le plus connu. On ne le présente même plus. C'est l'article 49.3 de la Constitution qui permet à un gouvernement d'engager sa responsabilité sur un texte. Si l'exécutif n'est pas renversé par une motion de censure, le texte est considéré comme adopté. Et avec la Constitution, c'est pratique puisque le recours au 49.3 n'est pas limité sur les textes financiers.
Le gouvernement qui peut donc l'utiliser plusieurs fois, autant de fois qu'il le veut. Tous les budgets ont été votés depuis 2022 avec le 49.3. Mais depuis deux semaines, Sébastien Lecornu s'est engagé à ne pas avoir recours au 49.3. Un moyen de tendre la main notamment aux socialistes qui en faisaient, madame Rossignol, un préalable dans toute négociation d'un pacte de non-censure.
Autre arme constitutionnelle pour le gouvernement, ce qu'on appelle le vote bloqué.
Oui, c'est aussi dans la Constitution, article 44.3. Le gouvernement demande à l'Assemblée nationale ou au Sénat de se prononcer par un seul vote sur l'ensemble du texte avec uniquement les amendements qu'il a retenus, c'est-à-dire les modifications du texte qui lui plaisent. C'est une arme plutôt contre l'obstruction pour accélérer grandement l'examen d'un texte en écartant tous les débats sur les amendements de l'opposition. Mais c'est une arme aussi dangereuse quand vous n'avez pas de majorité dans l'hélicycle.
Et puis il y a un article très important de la Constitution dans l'examen du budget, c'est l'article 47.
Oui, il fixe des règles très précises en matière de délai de l'examen du budget de la sécurité sociale et du budget de l'État. Le Parlement, dans son ensemble, Assemblée nationale et Sénat, dispose de 70 jours pour se prononcer sur le budget, 50 pour le budget de la sécurité sociale. D'ailleurs, c'est ce que nous avons vu l'année dernière sous Michel Barnier. Le gouvernement avait utilisé cette manœuvre pour interrompre le budget de la sécurité sociale et faire avancer le texte sans que les députés ne se soient prononcés, ni votés pour, ni votés contre l'ensemble du texte. C'était la première fois qu'on utilisait cette manœuvre dans l'hémicycle.
C'est cette arme-là qui sert vraiment uniquement à accélérer le rythme. Elle ne résout pas l'équation finale du vote.
Alors, on entend également en ce moment les oppositions évoquer le fait que le gouvernement pourrait faire passer le budget par ordonnance. Est-ce que c'est possible ?
Alors, c'est aussi dans l'article 47 de la Constitution. Si le Parlement ne s'est pas prononcé dans un délai de 70 jours, les dispositions du projet peuvent être mises en vigueur par ordonnance. Il faut pour cela que les députés n'aient pas eu le temps de voter sur l'ensemble du texte dans le délai imparti. Cela permettrait au pays de continuer à fonctionner. Mais ce dispositif n'a jamais été utilisé jusque-là parce qu'il comporte aussi un certain nombre d'incertitudes juridiques et aussi il serait considéré comme un contournement du Parlement par beaucoup d'élus.
Enfin, dernière solution en cas de blocage total à la fin de l'année et c'est ce qu'on avait vu l'an dernier, c'est le recours à une loi spéciale pour commencer le début de l'année en attendant le vote d'un vrai budget. Alors, Laurence Rossignol, est-ce que vous pensez, vous aussi, qu'il y a une manœuvre en cours pour raccourcir le délai d'examen du budget et passer par ordonnance ?
Écoutez, ça voudrait dire, si il y a manœuvre, ça voudrait dire que tout ça est parfaitement contrôlé, maîtrisé, que tout le monde connaît le chemin. Enfin, du moins qu'il y a… – M. Tanguy O.R.N. dit ça, par exemple. – Oui, je pense que…
– Je crois qu'elle a l'AFI aussi.
– Oui, mais je pense que l'un et l'autre crédit le président de la République et son Premier ministre de bien davantage de maîtrise de la situation qu'ils ne l'ont en réalité. Je ne suis pas sûre qu'ils aient un plan aussi clair et aussi par étapes aussi organisé. C'est vraiment une hypothèse. D'un certain point de vue, c'est le plan C, c'est même pas le plan B. Et c'est en dernière analyse, et si tout a échoué, il reste toujours effectivement la possibilité de faire passer le budget par une loi spéciale à la fin. Mais ceci dit, ce ne serait pas une très bonne image pour la France non plus. Il ne faut quand même pas perdre de vue qu'on est un peu observé.
Et un gouvernement qui est obligé, d'un certain point de vue, de contourner totalement le Parlement, c'est encore pire que le 49.3 en termes d'échec pour le gouvernement.
– Sébastien Lecornu qui a dit donc ne pas avoir recours au 49.3. Vous avez été vice-présidente du Sénat, c'est-à-dire que vous avez dirigé comme ça les débats parlementaires aussi dans l'hémicycle. Qu'est-ce qui peut se passer dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale du Sénat dans les prochaines semaines selon vous ?
– Il peut se passer qu'il y aura des amendements, c'est ce que nous souhaitons. Pourquoi nous demandions l'abandon du 49.3 dans cette procédure budgétaire ? Parce que le Parlement a besoin de travailler et de discuter. Donc il y aura des amendements qui seront des amendements pour augmenter les recettes incontestablement. Nous reviendrons sur les prélèvements sur les traits au patrimoine et puis nous aurons aussi des amendements concernant les dépenses. En particulier, la question de la suspension de la réforme des retraites va revenir à ce moment-là. C'est pour ça que nous attendons du Premier ministre qu'il prenne l'engagement des DPG de porter ça. – Une déclaration de politique générale.
– Pourquoi ? Parce que le Parlement n'a pas de possibilité, à cause de l'article 40 de la Constitution, d'augmenter les dépenses de l'État. – De créer de nouvelles dépenses. – De créer de nouvelles dépenses ou de les augmenter. Donc il faut qu'il y ait un véritable accord avec le gouvernement sur les dépenses nouvelles, afin que nous puissions avancer, cheminer correctement dans l'adoption du budget. Alors le risque à l'Assemblée nationale, c'est qu'il y ait une inflation d'amendements et qu'à la fin, on se retrouve avec un budget totalement déséquilibré. – Oui, même Frankenstein, c'est-à-dire en fonction des majorités
présentes au moment de la séance, des choses votées.
– Mais vous avez très bien montré que le gouvernement dispose d'autres outils pour maîtriser le débat parlementaire. – Mais juste une dernière question, effectivement, politiquement, on va avoir un budget où il n'y a pas de majorité à l'Assemblée, donc il va être remanié un petit peu dans tous les sens, et au final, il n'y aura pas de majorité pour le voter. – On verra, on verra. – Quelle majorité possible pour voter le budget ? – Ça dépend de ce qu'il y a dedans, ça dépend de ce qu'il y a dans ce budget.
Alors effectivement, c'est une possibilité, mais à un moment donné, s'il y a des avancées pour les Français dans ce budget, sur le pouvoir d'achat, sur la retraite, est-ce qu'il faudra, certains se poseront la question, et nous aussi, voter contre ou s'abstenir ? Parce que voter contre, c'est dire aux Français, et bien, voyez-vous, pendant un mois, on vous a raconté que vous alliez pouvoir partir en retraite à 62 ans et 9 mois, aujourd'hui, sans attendre les 64 ans, on vous a dit que vous auriez une augmentation de la feuille de paye chaque mois, et puis en fin de compte, bah non, parce qu'à la fin, on préfère voter contre tout ce budget.
Donc chacun se posera la question d'évaluer ce qu'il y a dans le budget, et question, de toute façon, va être posée dès mardi, mercredi, la DPG, on ne sait pas, pardon, la déclaration de politique générale, mardi, mercredi, dès la déclaration de politique générale, on va connaître l'intention du Premier ministre, et cette question-là va se poser dès cette semaine. – On va parler d'un autre sujet, Laurence Rossignan, on va parler de la lutte contre les violences faites aux femmes, et on va retrouver un élu local, François Senpin, qui est maire des Républicains de Belle-Rive-sur-Alié, c'est à proximité de la ville de Vichy. Bonjour M. le maire.
– Comme ça.
– Alors, c'est bon, l'installation est bonne. Alors François Senpin, on va évoquer la mise en place, il y a 15 jours dans votre commune, du dispositif d'alerte des proches en cas de violence conjugale. Est-ce que vous m'entendez M. Senpin ? – Très bien, je ne bouge plus. – Vous m'entendez M. Senpin ?
– Oui, je vous entends, bonjour.
– Bonjour, bonjour à vous. Alors, je disais que votre commune a mis en place, il y a 15 jours, un dispositif d'alerte en cas d'urgence et en cas de violence faite aux femmes.
– Oui, tout à fait. Alors, il faut remettre un petit peu tout ça dans le contexte. On a signé en 2024 la charte de l'égalité homme-femme, la charte européenne de l'égalité homme-femme, et il y avait dans cette charte un volet très très important sur les violences faites aux femmes. À partir de là, on a choisi dans ce volet-là, eh bien, d'équiper les femmes de notre commune de ce fameux bouton shérif.
Une solution super simple pour donner l'alerte, notamment, puisque vous avez, on sait très bien que lorsque vous êtes en situation d'agression, vous n'avez pas forcément le temps de prendre votre téléphone, d'appeler soit les services de secours, soit des personnes qui pourraient vous venir en aide. Eh bien, avec ce dispositif, vous faites deux clics, vous lancez une alerte secours auprès de cinq personnes, par un téléphone, soit par un message SMS, et en plus par un message email, ce qui permet aux uns et aux autres de pouvoir alerter les secours, puisque lorsque vous déclenchez le dispositif, vous déclenchez également votre positionnement en géolocalisation.
– Une réaction, Laurence Rossignol, est-ce que c'est aux municipalités de mettre en place ces dispositifs d'alerte de protection des femmes ? – Écoutez, il y a des dispositifs qui ont été mis en place par l'État, via la justice, les téléphones de grave danger, il y a, bien entendu, d'autres dispositifs, mais tout ce qui vient renforcer, faciliter, là, je ne sais pas quelle va être… Ma question, est-ce que je peux poser une question ? – Oui, allez-y, vous pouvez… – Juste, comment les femmes qui vont bénéficier de ce dispositif vont être identifiées et sélectionnées ? Vous travaillez avec la justice ? Vous travaillez avec la gendarmerie ? Qui va avoir ce dispositif ?
– Alors, j'aurais peut-être dû préciser avant que c'est avant le maire, c'est plutôt le président du CCAS, puisque c'est notre CCAS qui était à l'initiative…
– Donc, le Centre Communal d'Action Sociale ?
– Exactement, le Centre Communal d'Action Sociale, et vous comprenez très simplement que, eh bien, c'est déjà toutes les personnes qui sont identifiées par le Centre Communal d'Action Sociale qui vont être bénéficiaires de ce dispositif, et toutes celles qui viendront se présenter au Centre Communal d'Action Sociale pour nous interpeller sur des problèmes de violences faites aux femmes.
Et quand on sait aujourd'hui que ces violences explosent de 10% par an, que nous avons une femme qui décède sous les coups de son conjoint aujourd'hui dans notre pays, eh bien, je crois que plus nous mettrons en place de solutions d'alerte rapide, puisque c'est bien ça dont il s'agit, de mettre une alerte rapide, je crois qu'on pourra peut-être réagir beaucoup plus rapidement, et en tous les cas, peut-être enfin, je dis bien, enfin faire baisser ces chiffres qui sont complètement dramatiques pour notre pays.
– Écoutez, félicitations, parce que ce qui est très important dans ce que vous nous expliquez, totalement déconnecté du parcours judiciaire, c'est-à-dire que c'est au CCAS que va être prise la décision sur ce que les femmes vont venir dire, et donc vous appliquez le « on vous croit », le CCAS va les croire, c'est très important, et le CCAS va leur remettre ce fameux dispositif. Écoutez, bravo M.
le maire, vraiment, on va en parler de ce que vous faites, parce que c'est bien, et par la suite, je serai intéressée d'avoir le dispositif technique, mais on va garder ça, on se gardera ça hors plateau, c'est important, et c'est bien, et ça prouve quand même que depuis tant d'années, la compréhension, la nécessité de travailler pour prévenir les féminicides, les violences, elle est dans toute la société, elle infuse, et moi je suis vraiment très touchée, et je pense que les maires ont leur place dans ce dispositif-là, parce qu'on voit bien que justice, gendarmerie, police, ça ne suffit pas, il y a trop de trous dans la raquette, et les communes sont effectivement au plus près des femmes, et vraiment, félicitations M.
le maire pour ce que vous faites à Belle-Rive. Merci beaucoup François Asseline.
Si vous me permettez de rajouter, comme vous pouvez le voir, pardon, c'est un petit dispositif hyper discret, et ça répond vraiment à une attente, on le sait toutes et tous, aujourd'hui, quand quelqu'un se fait agresser, soit dans nos rues, soit les femmes à la maison, les voisins ne réagissent pas forcément, tout ça se fait sous couvert de l'indifférence générale, donc ce dispositif, c'est véritablement un moyen aussi de dire aux agresseurs, puisqu'il y a une troisième solution, quand vous appuyez de façon un petit peu plus longue sur le bouton Mon Chérif, eh bien vous déclenchez une alarme qui peut aussi dissuader une éventuelle agression.
Merci beaucoup François Senpin. Alors je rappelle une seconde fois que le CCAS, c'est le centre communal d'action sociale. Merci beaucoup François Senpin de nous avoir présenté votre dispositif d'alerte en cas de violence faite aux femmes. On parle d'un autre sujet pour finir, Laurence Rossignol, de la situation de nos crèches, notamment dans votre département du Val-de-Marne. On va retrouver Jacques Paquet, qui est le directeur de la rédaction du journal du Grand Paris. Bonjour Jacques. Bonjour. Alors vous souhaitiez nous parler des problèmes de recrutement actuellement dans les crèches.
– Absolument, je voulais surtout questionner la sénatrice du Val-de-Marne que vous êtes, Madame Rossignol, sur ce sujet. – Quelques chiffres, il y a 80 000 crèches départementales, vous me dites si je me trompe, 4 500 places et il y aurait un taux de vacances qui aurait augmenté de 50% au cours des 4 dernières années, face auxquelles le département qui gère ces crèches a décidé un certain nombre de regroupements, de fermetures, auxquelles les élus de l'opposition de gauche se sont opposés. Le département estime qu'il rationalise, qu'il optimise la gestion de crèches qui sont parfois tant sous-effectifs. Je ne suis pas sûr que vous pensiez la même chose.
Dites-nous comment vous regardez cette question importante, puisque des milliers de familles, finalement, sont en attente de places de crèches pour leur enfant ?
– Eh oui, bonjour d'abord. Bien entendu, on a un énorme problème dans le Val-de-Marne, mais qui est un problème qui est essentiellement créé par l'équipe du département. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, le choix qui a été fait par le président du département et l'équipe de droite, mais je vais revenir sur cette affaire, c'est de fermer des crèches. Et ce n'est pas simplement les élus d'opposition au Conseil départemental qui contestent ces décisions, ce sont l'ensemble des maires qui sont touchés par ces fermetures de crèches dans leurs communes. Mais ce qu'on observe aussi, c'est que ça touche principalement les communes de gauche.
C'est-à-dire qu'il y a dans les choix géographiques qui ont été faits par le président du département, une volonté de déstabiliser et d'affaiblir les maires de gauche. En réalité, c'est une volonté de précariser les populations de ces communes. Alors nous avons effectivement des menaces de fermeture de crèches, des fermetures de crèches et des familles qui attendent. Donc le constat de tout ça, c'est une très mauvaise gestion de la démographie des familles, des demandes de crèches. Et c'est surtout le fait que les communes qui connaissent le mieux quels sont les besoins de la population sont en fait désarmées et privées de la décision.
Il n'y a pas de collaboration, de coopération entre le département qui gère les crèches départementales et les communes qui accueillent les enfants et les familles. C'est d'abord et avant tout le signe d'une très mauvaise gestion commune des intérêts des familles du Val-de-Marne.
Cela dit, n'y a-t-il pas aussi un problème d'attractivité ? On sait que ce sont des métiers, pour nobles qu'ils soient, qui ne sont pas forcément rémunérés à la hauteur. Dans un département du Grand Paris dont on sait aussi qu'il a des loyers, des niveaux de loyers extrêmement élevés, est-ce qu'il n'y a pas un problème d'attractivité tout simplement aussi ?
Il y a un problème d'attractivité. Il y a d'abord un problème de formation. D'abord, il faut former davantage d'auxiliaires de périculture, il faut former davantage de professionnels de l'enfance et de la petite enfance, bien entendu. Il faut effectivement pouvoir loger les gens. Et alors, puisque vous me parlez du Val-de-Marne ce matin et des crèches, je vais pouvoir vous dire que la nomination comme du maire de la Île-et-Rose, comme ministre chargé du logement, de Vincent Jean-Brun, ministre chargé du logement, est un très mauvais signal pour la capacité de l'Île-de-France d'accueillir ceux qui travaillent et de loger ceux qui travaillent.
Je rappelle que Vincent Jean-Brun a fait un rapport dans lequel il proposait de vendre le parc du logement social et qu'il manifeste de manière assez claire, comme beaucoup d'élus de droite, et comme d'ailleurs, comme ça se passe depuis maintenant 7 ans, depuis qu'Emmanuel Macron a été élu, un total désintérêt pour le logement social, mais aussi pour le logement privé d'ailleurs, et que nous sommes dans une situation d'immense crise du logement en France, on le sait aujourd'hui tous, qu'on n'a jamais produit, construit aussi peu de logements qu'aujourd'hui, et je suis atterrée de voir que c'est un maire anti-logement quasiment qui a été nommé pour conduire ce ministère, alors que nous avions, et je le dis ici, Valérie Létard, qui était sénatrice, qui était ministre du logement et qui était reconnue pour sa compétence et son engagement social par l'ensemble des professionnels du secteur.
Donc, on a commencé avec la composition du gouvernement, il y a dans ce gouvernement des aberrations, et Vincent Jean-Brun en est-il ?
Et des signaux politiques ?
Et quel que soit le ministre, la question du logement repose sur les moyens qui sont mis pour relancer le secteur ?
Non, non, non, ça repose aussi sur la volonté d'un gouvernement, et tout ce que ce gouvernement a organisé, alors avec des décisions qui n'étaient pas forcément d'ailleurs des décisions prises directement sur le logement, mais tout ce que ce gouvernement a organisé sur la manière dont il a débattu, et le dialogue qu'il a installé avec les offices de logement social, les offices HLM, avec le secteur du logement social, la manière dont ils ont voulu ponctionner leurs recettes, fait que cette politique aboutit à ce que les communes ne construisent plus autant qu'elles devraient construire.
Et merci, merci beaucoup Jacques Paquier, directeur de la rédaction du journal du Grand Paris, d'avoir été notre directeur de presse quotidienne locale aujourd'hui en duplex. On va revoir la une du journal du Grand Paris, qui est consacrée à la centrale EDF de Porcheville dans les Yvelines, qui se convertit à l'énergie verte. Merci beaucoup Jacques, merci à vous Laurence Rossinol, d'avoir été la sénatrice du jour. Et puis Quentin, on se retrouve dans 20 minutes, notamment pour la revue de presse des territoires. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.