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Discours / meetingBFM TV (sur YouTube)· 21 février 2024 26 minAutoproduitPortrait personnelInstitutions & électionsDéfenseImmigration & asileEurope & international

Panthéonisation de Missak Manouchian: le discours d'Emmanuel Macron en intégralité

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    « une odyssée du XXe siècle s'achève, celle d'un destin de liberté, qui, depuis Yadi Amman, survivante au génocide de 1915, de famille arménienne en famille kurde, trouvant refuge au Liban avant de rejoindre la France, décide de mourir pour notre nation »
  • 3:05PrésentateurFait
    « la France, terre d'accueil pour les misérables, vers laquelle Missac, la patride, choisit à 18 ans de s'embarquer »
  • 3:38PrésentateurFait
    « ouvrier chez Citroën, quai de Javel, licencié soudain, tremblant si souvent, et de froid et de faim »
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    « Missac Manouchian embrasse l'idéal communiste, convaincu que jamais en France on n'a pu impunément séparer république et révolution »
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    « Missac Manouchian demande par deux fois à devenir français, en vain »
  • 11:44PrésentateurFait
    « Ces 24 noms sont ceux-là que simplement, je cite, mais aveu que tout le cortège des FTP et MOI trop longtemps confinés dans l'oubli »
  • 12:25PrésentateurFait
    « La police de Bousquet, de Laval, de Pétain »
  • 13:41PrésentateurFait
    « Vous avez hérité de la nationalité française. Lance Manouchian, policiers, collaborateurs, nous, nous l'avons mérité »
  • 16:12PrésentateurFait
    « Je ne suis qu'un soldat qui meurt pour la France. Je sais pourquoi je meurs. Et j'en suis très fier »
  • 19:01PrésentateurFait
    « Entrent aujourd'hui au Panthéon 24 visages parmi ceux des FTP-MOI »

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Est-ce donc ainsi que les hommes vivent ? Les dernières heures, dans la clairière du Mont-Valérien, à cette montagne Sainte-Geneviève, une odyssée du XXe siècle s'achève, celle d'un destin de liberté, qui, depuis Yadi Amman, survivante au génocide de 1915, de famille arménienne en famille kurde, trouvant refuge au Liban avant de rejoindre la France, décide de mourir pour notre nation qui, pourtant, avait refusé de l'adopter pleinement, reconnaissance en ce jour d'un destin européen, du Caucase au Panthéon, et avec lui, de cet international de la liberté, de l'amour et du courage.

Oui, cette odyssée, celle de Manouch et de tous ses compagnons d'armes, est aussi la nôtre, odyssée de liberté et de sa part ineffaçable dans le cœur de notre nation. Reconnaissance, en cette heure, de leur part de résistance, si, décennies après Jean Moulin, est-ce ainsi que les hommes vivent ? Oui, s'ils sont libres.

Libres, Missac Manouchi en l'été, quand il gravissait la rue Soufflot, en fixant ce Panthéon qu'il accueille aujourd'hui, libres, sur les bancs de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, à quelques mètres d'ici, découvrant notre littérature et polissant ses idéaux, libres avec Baudelaire, dans le vert paradis qui avait le goût de son enfance, dans une Arménie heureuse, celle des montagnes, des torrents et du soleil, libres avec Verlaine, dont les fantômes saturniens croisaient les siens, son père, Kévork, tué par les armes, les soldats ottomans, sous ses yeux d'enfants, sa mère, Vartouille, morte de faim, de maladie, victime du génocide des Arméniens, spectres qui vont hanter sa vie.

Libres, libres avec Rimbaud, après une saison en enfer, souvenirs partagés avec son frère Garabed, mais voici les illuminations, les lumières, celles qu'un instituteur de l'orphelinat au Liban lui enseigna, et veille à la langue, à la culture française. Libres, libres avec Victor Hugo et la légende des siècles, gloire de sa libre patrie, la France, terre d'accueil pour les misérables, vers laquelle Missac, la patride, choisit à 18 ans de s'embarquer, ivre, écrivait-il, d'un grand rêve de liberté. Lui, Missac, maraudeur, étranger, malhabile, pour reprendre les mots d'un autre poète et combattant qui choisit la France, Guillaume Apollinaire.

Étranger, orphelin, bientôt en deuil de son frère tombé malade, et pourtant à la tâche, ouvrier chez Citroën, quai de Javel, licencié soudain, tremblant si souvent, et de froid et de faim. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Ainsi, le soir, après l'usine, Missac Manouchian étudie. Ainsi, sous les rayonnages de livres, Missac Manouchian traduit les poètes français en arménien. Ainsi écrit-il lui-même, mots de mélancolie, de privation, brûlés du froid des hivers parisiens. Mots d'espoir aussi rendus plus chauds par la fraternité des exilés, par la solidarité de la diaspora arménienne, par le foisonnement d'art et de musique, des revues et des cours en Sorbonne. Poète et révolté.

Quand les ligues fascistes défilent en 1934 au cœur de Paris, Missac Manouchian va revivre sous ses yeux le poison de l'ignorance et les mensonges raciaux qui précipitèrent en Arménie sa famille à la mort. Est-ce donc ainsi que les hommes vivent ? Non. Alors Missac Manouchian embrasse l'idéal communiste, convaincu que jamais en France on n'a pu impunément séparer république et révolution. Après 1789, après 1793, il rêve l'émancipation universelle pour les damnés de la terre. Et c'est ainsi que Missac Manouchian s'engage. Contre le fascisme, au sein de l'international communiste et bientôt à la tête d'une revue, Zangou, du nom d'une rivière d'Arménie.

Espoir du Front populaire, enthousiasme pour les brigades internationales, les républicains espagnols, Missac s'engage. Et c'est ainsi que Missac Manouchian trouve l'amour. Méliné. Méliné, enfant du génocide des Arméniens comme lui. Méliné, protégé par l'amitié de ses logeurs, les Aznavourians, parents de Charles, dix ans alors, déjà chanteurs, l'amour, malgré le dénuement, ignorer le passé, conjuguer le futur, l'amour fou. Je vous parle d'un temps que ces jeunes de vingt ans, Missac et Méliné, ont tant aimé connaître. Libre en France. Ce pays que Missac a choisi, adolescent, qui lui a offert des mots pour rêver, un refuge pour se relever, une culture pour s'émanciper.

Alors Missac Manouchian hisse haut notre drapeau tricolore, lors de ses 150 ans de la Révolution, en 1939, quand il défile dans le stade de Montrouge. Alors, pour servir ce drapeau, Missac Manouchian demande par deux fois à devenir français, en vain. car la France avait oublié sa vocation d'asile aux persécutés.

Alors, quand la guerre éclate, Missac Manouchian veut s'engager, ivre de liberté, enivré de courage, enragé de défendre le pays qui lui a tout donné, tigre enchaîné, selon ses mots de poète, dans les prisons où le jette la peur des étrangers, la peur des communistes, sous les miradors du camp allemand où il est détenu en 1941 et où Méliné vient contre tous les périls lui apporter des vivres. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Oui. Au prix du choix délibéré, déterminé, répété de la liberté. Car dans Paris occupé, Missac Manouchian rejoint la résistance communiste au sein de la main-d'œuvre immigrée, la MOI.

Il se voulait poète, il devient soldat de l'ombre, plongé dans l'enfer d'une vie clandestine, une vie vouée à faire de Paris un enfer pour les soldats allemands, guerre psychologique pour signifier à l'occupant que les Français n'ont rien abdiqué de leur liberté. Encore, toujours, ivre d'un grand rêve de liberté, Missac Manouchian prend tous les risques. Lui qui aime aimer se résout à tuer, comme ce jour de mars 1943 où il lance une grenade dans les rangs d'un détachement allemand. Est-ce ainsi que les hommes rêvent ? Oui. Les armes à la main. Et d'autres sont là, à ses côtés, parce qu'ils sont chassés de la surface du monde et ont décidé de se battre pour le sol de la patrie.

Parce que nombre d'entre eux sont juifs et que certains ont vu leurs proches déportés, Lebsch Goldberg, Maurice Fingersweg, Marcel Rajman. Parce que la guerre a volé leurs écoles et leurs ateliers dans ce Paris populaire et ouvrier où le français se mêle à l'italien ou au yiddish. Parce que les forces de haine ont volé leur passé là-bas, en Arménie, tel Arménak Manouchian. Parce que ce sont les femmes qui veulent œuvrer pour l'avenir de l'homme comme Méliné, comme la Roumaine, Golda Banschik et comme tant d'autres. Armes et bombes, qu'elles acheminent sans soupçons, filatures, qu'elles accomplissent sans trembler. Parce qu'ils sont une bande de copains à la vie, à la mort.

À l'âge des serments invincibles, tel Thomas Elec, Wolf Vachbrot, une belle équipe comme sur un terrain de football, panache de Rhinos, Della Negra, jeune espoir alors du Red Star. Parce qu'ils ont vu mourir la liberté dans l'Italie de leurs parents comme Antoine Salvadori, César et Luccarini, Amédéo Ousselio, Spartaco Fontano. Parce qu'ils ont vu les hommes de fer s'emparer de la Pologne et persécuter les Juifs comme Jonas Guédouldig, Salomon Shapira, Slama Grivach. Parce qu'ils sont pour beaucoup des anciens des brigades internationales en Espagne, pays de Celestino Alfonso. Et pour qui sonne le glas ? Pour les Polonais, Joseph Epstein et Stanislas Kubacki.

Pour les Hongrois, Joseph Boksoff et Emmerich Glasse, eux, les experts en sabotage au fardeau de dynamite. Parce qu'ils ont 20 ans. Le temps d'apprendre à vivre, le temps d'apprendre à se battre. Ainsi de ces Français refusant le STO, Roger Rouxel, Roger Cloarec et Robert Vichyte. Parce qu'ils sont communistes. Ils ne connaissent rien d'autre que la fraternité humaine. Enfants de la Révolution française. guetteurs de la Révolution universelle. Ces 24 noms sont ceux-là que simplement, je cite, mais aveu que tout le cortège des FTP et MOI trop longtemps confinés dans l'oubli. Oui, parce qu'à prononcer leurs noms sont difficiles.

Parce qu'ils multiplient les déraillements de trains et les attaques contre les nazis. Parce que ces combattants sont parvenus à exécuter un haut dignitaire du Reich. Les voilà plus traqués que jamais. Dans leurs pas marchent les inspecteurs de la préfecture de police. La police qui collabore. La police de Bousquet, de Laval, de Pétain. Et l'ombre des rafles grandit. A l'automne 1943, devenu dirigeant militaire des FTP et MOI parisien. Missak Manouchian, les presse. La fin approche. Pour alerter ses camarades, ils se rendent au rendez-vous fixé avec son supérieur, Joseph Epstein, un matin de novembre. Missak Manouchian avait vu juste.

Lui et ses camarades sont pris, torturés, jugés dans un procès de propagande organisé par les nazis en février 1944. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? S'ils sont résolument libres, oui. À la barre du tribunal, ils endossent fièrement ce dont leurs juges nazis les accablent. Leurs actes, leur communisme, leur vie de juifs, d'étrangers. Insolents. Tranquilles. Vous avez hérité de la nationalité française. Lance Manouchian, policiers, collaborateurs, nous, nous l'avons mérité. Étrangers et nos frères pourtant. Français de préférence. Français d'espérance.

Comme les pêcheurs de l'île de Saint, comme d'autres jeunes de 16 ans, de 20 ans, de 30 ans, comme les ombres des maquis de Corrèze, les combattants de Koufra ou les assiégés du Vercors. Français de naissance, Français d'espérance. Ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyaient pas. Ceux qui défendaient les lumières et ne se dérobèrent pas. Est-ce ainsi que les hommes meurent ? Ce 21 février 1944, cela affronte la mort. Dans la clairière du Mont-Valérien, Missac Manouchian a le cœur qui se fend. Le lendemain, c'est l'anniversaire de son mariage avec Mélinée. Ils n'auront pas d'enfants, mais elle aura la vie devant elle. Il vient de tracer ses mots d'amour sur le papier.

Amour d'une femme jusqu'au don de l'avenir. Amour de la France jusqu'au don de sa vie. Amour des peuples jusqu'au don du pardon. Aujourd'hui, il y a du soleil. Missac Manouchian est à ce point libre et confiant dans le genre humain qu'il n'est plus que volonté. Volonté d'amour. Délié du ressentiment, affranchi du désespoir, certain que le siècle lui rendra justice comme il le fait aujourd'hui, que ses bourreaux seront défaits et que l'humanité triomphera. Car qui meurt pour la liberté universelle a toujours raison devant l'histoire. Est-ce ainsi que les hommes meurent ? En tout cas, les hommes libres. En tout cas, c'est français d'espérance. Je ne suis qu'un soldat qui meurt pour la France.

Je sais pourquoi je meurs. Et j'en suis très fier. Ces mots seront ceux de l'espagnol Celestino Alfonso juste avant l'exécution. Et ce 21 février 1944, ce sont bien 22 pactes de sang versés, scellés entre ses destins et la liberté de la France. Pactes scellés par le sang du sacrifice. Un peu avant, avec la force que leur laissent les mois de torture, ils ont crié « Abat les nazis ! Vive le peuple allemand ! » Conduits aux poteaux, quatre par quatre, les yeux bandés, sauf ceux qui le refusent. « Tomber ! » Les corps déchiquetés en six salves. « Tomber !

» Comme ton bras fusillé en avril au Mont-Valérien Joseph Epstein, qui sous la torture ne donnera aucun nom, pas même le sien, démontrant jusqu'au bout son courage. « Tomber ! » Comme ton bras tranché la tête de Golda Banschik, exécutée en mai à l'abri des regards dans une prison de Stuttgart. « Tomber ! » Ils sont tombés et leurs bourreaux voulurent les exécuter à nouveau par la calomnie et la propagande. Celle de cette affiche rouge qui voulait exciter les peurs et qui ne fortifia que l'amour.

Car les vrais patriotes reconnurent dans ce rouge le rouge du tricolore, le rouge des premiers uniformes des soldats de 14, le rouge des matas de Valmy, le rouge du sang versé pour la France sur lequel miroit toujours une larme de bleu, un éclat de blanc. Est-ce ainsi que les hommes, par-delà la mort, survivent ? Ils débordent l'existence par la mémoire. Par les vers d'Aragon, par les chansons, celles de Léo Ferré et de tant d'autres. Mémoire portée fidèlement par Arsène Tchakarian, ancien des FTP-MOI ou par Antoine Bagdikian, l'un et l'autre dévoués à honorer d'un même élan la résistance des Arméniens et la résistance des Juifs en France.

Portée par tant de passeurs, c'est ainsi que les hommes survivent. C'est ainsi que les grands hommes en France vivent pour l'éternité. Entrent aujourd'hui au Panthéon 24 visages parmi ceux des FTP-MOI. 24 visages parmi les centaines de combattants et otages fusillés comme eux dans la clairière du Mont-Valérien et qui tous, désormais, sont reconnus comme morts pour la France. Oui, la France de 2024 se devait d'honorer ceux qui furent 24 fois la France, les honorer dans nos cœurs et dans notre recueillement.

Dans l'esprit des jeunes Français venus ici pour songer à cette autre jeunesse passée, avant elle, étrangère, juive, communiste, résistante, jeunesse de France, gardienne d'une part de la noblesse du monde. Missac Manouchian, vous entrez ici en soldat avec vos camarades, ceux de l'affiche du Mont-Valérien, avec Golda, avec Joseph et avec tous vos frères d'armes morts pour la France. Vous rejoignez avec eux les résistants au Panthéon. L'ordre de la nuit est désormais complet. Missac Manouchian, vous entrez ici toujours ivre de vos rêves. L'Arménie, délivrée du chagrin, l'Europe fraternelle, l'idéal communiste, la justice, la dignité, l'humanité, rêves français, rêves universels.

Missac Manouchian, vous entrez ici avec Méliné, en poète de l'amour heureux. Amour de la liberté, malgré les prisons, la torture et la mort. Amour de la France, malgré les refus et les trahisons. Amour des hommes, ceux qui sont morts et ceux qui sont à naître. Aujourd'hui, ce n'est plus le soleil d'hiver sur la colline, il pleut sur Paris. Et la France, reconnaissante, vous accueille. Missac et Méliné, destin d'Arménie et de France, amour enfin retrouvé. Missac, les vingt-et-trois et avec eux tous les autres, enfin célébrer l'amour et la liberté pour l'éternité. Vive la République, vive la France. et la liberté

22:40
Locuteur

pour l'éternité. Je ne sais pas, mais c'est pas, c'est pas, c'est pas, c'est pas, c'est pas, c'est pas, c'est pas, c'est pas. C'est pas, c'est pas, c'est pas.