Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 21 mai 2021 7 minComplaisantActualité / polémiqueSolidarités & familleÉconomie & entreprisesTravail & emploi

Beaucoup d'entreprises "font croire qu’elles sont féministes", dénonce la journaliste Léa Lejeune

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:01OuverteRéponse directe

    Quelle est la vraie place des femmes dans les entreprises ?

  • 0:08OuverteRéponse directe

    Les entreprises liées à Léa Lejeune affirment qu'elles progressent, que les femmes ont de plus en plus de place. Est-ce qu'elles le font ?

  • 1:57OuverteRéponse directe

    Qui sont les bons et les mauvais pour vous, Léa Lejeune ?

  • 2:53OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il y a des modèles, en revanche, des entreprises qui font ce chemin aujourd'hui ?

  • 3:41OuverteRéponse directe

    Quel est aujourd'hui l'écart moyen entre le salaire des hommes et le salaire des femmes ?

  • 4:42OuverteRéponse directe

    Est-ce que l'indice d'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes change la donne ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:49InvitéFait
    « Ce que j'essaie de dénoncer dans cette enquête, c'est l'idée que, ce que j'ai appelé le « féminisme washing » »
  • 1:07InvitéFait
    « Beaucoup d'entreprises font du « washing », elles envoient des communiqués de presse, le 8 mars. »
  • 1:23InvitéFait
    « Elles se félicitent de respecter la loi, les choses basiques, l'égalité des salaires, le fait d'augmenter les femmes en retour de congé maternité »
  • 2:11InvitéFait
    « Parmi les entreprises qui, pour moi, font beaucoup de communication et pas de réalité, il y a par exemple BNP Paribas »
  • 4:23InvitéChiffre
    « Il y a aussi l'écart de salaire parce que les femmes n'occupent pas les mêmes postes, parce qu'elles sont en temps partiel, avec des contrats plus précaires. Et là, on peut carrément monter à 26,5% d'écart de salaire »
  • 6:11InvitéFait
    « Je ne fais pas du sexisme à l'envers, mais j'utilise les études d'économie comportementale »
  • 6:22InvitéFait
    « Des femmes chefs d'entreprise vont avoir peut-être moins d'aversion au risque, vont consulter beaucoup plus des avis extérieurs »

Temps de parole

  • Invité69 %
  • Présentateur30 %

1,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonsoir à tous. Quelle est la vraie place des femmes dans les entreprises ? Vous savez qu'en ce moment, c'est la saison des assemblées générales d'actionnaires. C'est le moment où, traditionnellement, les directions des entreprises présentent leur bilan. Bilan financier, mais aussi bilan social au sens large. Bonsoir Léa Lejeune. Bonsoir. Vous êtes journaliste au magazine Challenge et vous publiez Féminisme Washing aux éditions du Seuil, sous-titré « Quand les entreprises récupèrent la cause des femmes ». Je précise que vous présidez aussi l'association Prenez-la-Une, qui milite pour une meilleure représentation des femmes dans les médias.

Les entreprises liées à Léa Lejeune affirment qu'elles progressent, que les femmes ont de plus en plus de place, de vraies places, à l'intérieur des entreprises. Elles le disent, ces entreprises, mais est-ce qu'elles le font ?

0:46
Invité

Eh bien, en fait, encore trop souvent, non. Ce que j'essaie de dénoncer dans cette enquête, c'est l'idée que, ce que j'ai appelé le « féminisme washing », c'est-à-dire une tendance qu'ont certaines entreprises à faire croire qu'elles sont féministes, qu'elles ont intégré des pratiques de ressources humaines beaucoup plus égalitaires, alors qu'en fait, elles n'ont pas réfléchi, elles n'ont pas repensé à tout ça. Beaucoup d'entreprises font du « washing », elles envoient des communiqués de presse, le 8 mars. Elles se félicitent de respecter… Oui, pour la journée internationale des droits des femmes.

Elles se félicitent de respecter la loi, les choses basiques, l'égalité des salaires, le fait d'augmenter les femmes en retour de congé maternité, des choses comme ça, alors qu'en fait, c'est dans la loi depuis longtemps et il n'y a rien d'exceptionnel.

1:28
Présentateur

Vous parlez de « féminisme washing » comme on parle de « greenwashing » pour l'environnement. Vous les mettez en parallèle finalement.

1:34
Invité

Exactement. Pour moi, c'est vraiment l'écart entre une pratique de communication ou de marketing qui vise à faire croire qu'on œuvre à l'égalité ou à la responsabilité sociale et la réalité des pratiques des entreprises.

1:47
Présentateur

Et vous faites une chose qui n'est pas si fréquente, vous nommez des entreprises, celles qui vous semblent avancer sur ce terrain et celles qui ne sont pas du tout avancées alors, qui sont les bons et les mauvais pour vous, Léa Lejeune.

2:00
Invité

Alors, pour la technique qu'on appelle du « name and shame », cette idée de nommer les entreprises. Parmi les entreprises qui, pour moi, font beaucoup de communication et pas de réalité, il y a par exemple BNP Paribas qui communique beaucoup alors qu'on sait que l'ambiance en chale des marchés n'a pas tellement changé, que la représentation des femmes au poste de cadre ne progresse que très peu, au poste des plus hauts cadres ne progresse que très peu. Il y a par exemple McDonald's qui, pour le 8 mars en 2018, avait retourné le M de McDonald's pour en faire un W de « woman », pour dire « femme », en fait. Voilà, c'est ça.

Et avec un communiqué de presse en disant « en fait, on est pour l'égalité, on œuvre pour l'égalité ». Mais derrière, McDonald's, c'est une entreprise qui a des plaintes pour harcèlement moral et sexuel en France, aux États-Unis, à l'OCDE. Donc, c'est une entreprise qui a encore beaucoup à faire là-dessus. Il y a plein d'entreprises comme ça qui vont pas jusqu'au bout.

2:53
Présentateur

Mais est-ce qu'il y a des modèles, en revanche, des entreprises qui font ce chemin aujourd'hui ?

2:57
Invité

Alors, pour moi, ce que je remarque surtout, c'est qu'il y a des entreprises qui ont mis en place des mesures concrètes. Par exemple, L'Oréal, qui certes est une entreprise imparfaite en matière d'égalité, mais qui fait plein de choses. Ils mesurent depuis 2007 les inégalités de salaire et vraiment les écarts avec une précision de métronome. L'idée, c'est qu'à chaque fois qu'ils repèrent un problème, ils vont procéder à des augmentations, ils vont changer les manières de faire.

Ou par exemple, depuis MeToo, ils ont mis en place un système qui fait que quand une femme est victime de harcèlement moral ou de harcèlement sexuel, eh bien, il y a une commission, elle est écoutée, son témoignage remonte, il y a une enquête interne et parfois des personnes sanctionnées. Et ça, c'est très important.

3:37
Présentateur

Vous parlez de la question des salaires, évidemment, elle est centrale, elle est ancienne, mais elle est toujours là. Quel est aujourd'hui l'écart moyen entre le salaire des hommes et le salaire des femmes ?

3:46
Invité

Alors justement, il y a plusieurs chiffres qui permettent de mesurer cet écart de salaire. Je vais peut-être en prendre deux. Le chiffre qui a été retenu par le gouvernement, qui est le résiduel inexpliqué, la discrimination pure. C'est-à-dire quand on compare hommes et femmes avec la même ancienneté, le même diplôme qui travaillent dans la même entreprise, au même poste. Et là, on est à environ 8% des quarts de salaire hommes-femmes. Donc ça, ça veut dire que c'est la discrimination pure, que c'est vraiment intolérable.

4:13
Présentateur

Et vous donnez une perspective effrayante. Vous dites qu'au rythme actuel en France, si rien n'est fait, il faudra 1000 ans, 1000 ans, un millénaire pour faire disparaître l'écart de salaire.

4:23
Invité

Il y a plusieurs études qui montrent ça, parce que non seulement il y a cet écart de salaire-là, mais il y a aussi l'écart de salaire parce que les femmes n'occupent pas les mêmes postes, parce qu'elles sont en temps partiel, avec des contrats plus précaires. Et là, on peut carrément monter à 26,5% d'écart de salaire.

4:37
Présentateur

Alors, il y a cet indice d'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. Est-ce qu'il change la donne ? Il existe aujourd'hui ?

4:45
Invité

L'intex Pénico, oui, tout à fait. Alors, pour moi, il ne va pas assez loin. Pour moi, on est dans une démarche d'affichage. Déjà, il est très compliqué à calculer. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais il y a cinq critères différents. On ne voit pas l'écart de salaire tout de suite. Et puis ensuite, les entreprises ne sont sanctionnées que quand elles sont en dessous de 75, ce qui est vraiment une note catastrophique. Et elles ne sont pas sanctionnées quand elles ont plus ou moins des bonnes notes dans la moyenne. Et moi, je trouve ça gênant que des entreprises se présentent comme des fleurons de l'égalité avec une note un peu au-dessus des 75.

5:15
Présentateur

La question des salaires, la question de la place aussi des femmes. Léa Lejeune, au début de l'année, le gouvernement a proposé d'instaurer des quotas dans les directions, au sein des comités exécutifs, comme il existe déjà maintenant des quotas dans les conseils d'administration. Qu'en pensez-vous ?

5:30
Invité

Alors, moi, je suis très favorable. Effectivement, on voit que la loi sur les conseils d'administration, loi Copé-Zimmermann, elle a été très efficace. Elle a permis d'atteindre dans les 40%. On est un des pays européens les plus en avance là-dessus. Et donc, l'idée, c'est de dire que toutes les décisions ne se prennent pas en conseil d'administration, mais plutôt en codire, plutôt dans ces instances-là. Et là, la loi va être en débat du côté des députés. Et l'idée, c'est d'arriver cette fois-ci à 40% dans ces comités de direction. Mais d'ici 2030, on n'est pas pressé.

5:59
Présentateur

Vous plaidez, évidemment, pour une place accrue pour les freins. Mais vous écrivez, Léa Lejeune, les entreprises dirigées par des femmes sont globalement plus performantes. Pourquoi est-ce que vous faites du sexisme à l'envers dans ce passage de votre livre ?

6:11
Invité

Alors, je ne fais pas du sexisme à l'envers, mais j'utilise les études d'économie comportementale, et notamment celles du cabinet McKinsey, qui a commencé à étudier ça il y a une dizaine d'années. Et l'idée, c'est de dire que, par exemple, des femmes chefs d'entreprise vont avoir peut-être moins d'aversion au risque, vont consulter beaucoup plus des avis extérieurs plutôt que de prendre la décision un peu bille en tête, juste sur leur ressenti. Et ça, c'est des comportements féminins qui peuvent être vertus en entreprise. Évidemment, je ne veux pas qu'on essentialise, je ne veux pas qu'on dise que tous les hommes sont comme ça, toutes les femmes sont comme ça.

6:40
Présentateur

On ne fait pas réapparaître des stéréotypes, là ?

6:43
Invité

Justement, l'idée, c'est d'utiliser l'économie comportementale. Le but, c'est d'utiliser les traits de caractère et de comportement pour montrer qu'il y a quelque chose de positif là-dedans. On pourrait aussi envisager que des formations en management ou en direction s'inspirent de ces traits dits féminins. Mais je pense que le mieux, c'est d'aider aussi à l'égalité.

7:03
Présentateur

Léa Lejeune, merci. Féminisme, Washing, le livre, paraît donc aux éditions du CEL. Vous étiez l'invité, Éco de France Info.

7:09
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci.