COMMENT MACRON COLLABORE AVEC LES INFLUENCEURS POUR NOUS MANIPULER
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Dix millions de vues pour la chanson de McFly et Carlito »
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« le gouvernement utilise des mécanismes de communication bien connus pour tromper notre vigilance »
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« le concours d'anecdotes avec McFly et Carlito ça n’aura aucune espèce de portée de santé publique »
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« les réseaux sociaux prennent une place de plus en plus importante dans la communication politique »
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« les effets de la propagande politique ou de la publicité sont donc limités car les messages transmis par les médias viennent se heurter à court terme à la cohésion du groupe et son leader d'opinion »
Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Si l’on veut retrouver ces sensations d’hier il faut appliquer les gestes barrières Ils l'ont fait ! Dix millions de vues pour la chanson de McFly et Carlito ! Le défi avait été lancé par Emmanuel Macron pour promouvoir les gestes barrières Et si vous avez dix millions de vues, je prends un engagement : vous venez tourner à l'Élysée.
Si ce clip cartonne ils pourront tourner une deuxième vidéo à l'Élysée, et soumettre le président à leur fameux jeu des anecdotes. Ca va un peu vite, votre cerveau de boomer chauffe un peu, on récapitule. On a deux youtubers qui explosent les audiences chez les jeunes, un président qui leur propose un deal : faites un truc pas prise de tête sur les gestes barrières, en échange vous aurez le droit de faire une vidéo avec moi qui me donnera un air super cool à 14 mois de la présidentielle.
Gestes barrières Bien sûr il y a la question : qui paye ? Celle de la nature du partenariat, comment se sont passées les négociations avec le service com de l'Elysée. On va mettre ça de côté et moi je vais plutôt vous révéler comment le gouvernement utilise des mécanismes de communication bien connus pour tromper notre vigilance.
On sort le dossier des influenceurs et de la com' du gouvernement. On a tous nos préférés, pour rigoler y'a Norman, C'est toujours super gênant de s'isoler pour aller aux toilettes pour être énorme et sec y’a Tibo pour la politique y’a le Stagirite, c'est moi, hein, abonne-toi pour apprendre à faire des roulades y’a le Major Gérald Je roule et je me redresse. Et pour les brownies faut mettre à combien déjà ? 250 degrés pendant environ 40 minutes. 250, 40 minutes.
Nos influenceurs sont des habitués des placements produits : ces formes de publicité pas toujours explicites où le produit ou la marque est intégré à la vie ou l'œuvre du créateur. Ca on le sait déjà. Mais il y a des placements produits bien particuliers : des plans com' pour l’Etat, ou des opérations promotionnelles pour telle ou telle mesure gouvernementale précise.
Exemple avec le SNU à l’été 2019 Service. National. Universel.
Guys j'dois vous parler d'un truc trop, trop stylé Pour contrer les ratés qui commençaient à remonter le gouvernement a recruté des djeuns qui savent parler aux djeuns Regardez ça c’est iconique ! Alors on pourrait dire “ben ça c'est de la communication publique : l’Etat utilise tous les canaux pour parler à ses administrés”. D'accord.
Mais le problème c'est de savoir où s’arrête la nécessaire communication publique c'est pour faire passer un message pour éviter un reconfinement, comme on a de l'influence et où commence la communication politique. La communication politique, c'est quand un gouvernement cherche à “vendre” ses mesures, indépendamment de leur qualité intrinsèque. Mais la communication politique, c'est aussi quand un homme ou une femme politique cherchent à se faire de la pub.
Le concours d'anecdotes avec McFly et Carlito ça n’aura aucune espèce de portée de santé publique, et, ça ne relèvera même pas du débat politique : le seul résultat ce sera de rendre Macron sympa auprès d'un public jeune pas vraiment LREM et qui boude les médias traditionnels. Bah oui, on se rapproche de la présidentielle. Et avec l'épidémie, il y a de fortes chances que la campagne se déroule pas mal en ligne.
Et de toute façon Covid ou pas, les réseaux sociaux prennent une place de plus en plus importante dans la communication politique. En plus c'est super : ça permet de contourner le CSA et les règles sur le temps de parole qui s'appliquent aux grands médias. Ca permet aussi de contourner les journalistes professionnels dont le rôle est normalement de faire obstacle à la propagande.
Alors, pour atteindre le public via les réseaux sociaux, il y a deux solutions : créer un compte officiel (ça c'est pas très efficace), ou bien s’appuyer sur un influenceur déjà présent, qui a déjà une communauté, et lui faire réaliser une vidéo promotionnelle par exemple. Ou faire un live avec lui. Yo !
Damn la team shape ! Mais quand on passe une journée avec Edouard Philippe, Brune Poirson ou Gabriel Attal, quel genre d’objet a-t-on ? Une vidéo politiquement neutre qui nous permet d’en apprendre plus sur les rouages de l’Etat ?
Une contribution au débat démocratique où la politique gouvernementale est mise en discussion ? Ou bien un instrument de propagande destiné à soigner l’image d'un ministre en profitant de la notoriété d’un influenceur ? En fait il est sympa, accessible, comme nous quoi Damn madame la ministre !
Damn Tibo ! Le discours officiel c'est ça : Je serai vraiment très heureuse de répondre sans filtre, en toute transparence aux questions des personnes qui te suivent et ta communauté en plus elle est jeune, les jeunes ils vont pas voter, ils sont pas forcément politisés, je leur jette pas la pierre mais j'ai besoin d'entendre ce qu'ils disent. On ouvre le dialogue.
L'influenceur est là pour faire remonter les demandes de sa communauté. Mais écoutez ce que lâche Attal. Moi ce que j'essaye justement, c'est de me dire que entre guillemets le destinataire final de mes propos quand je suis sur un plateau, c'est moins le journaliste qui est en face de moi que la personne qui écoute à la radio ou qui regarde sa télévision.
Il nous dit qu'il ne parle pas au journaliste, mais à ceux qui regardent l'émission. Et là en fait il nous crache le morceau parce qu'évidemment, il va faire la même chose avec l'influenceur. Il ne parle pas à Ludovic B, il parle à sa communauté.
Et voilà où je veux en venir. Parce que là il exploite un principe bien connu de la sociologie et de la théorie de la communication. Dans une société, l'information ne circule pas directement des médias vers les individus.
Elle passe par l'intermédiaire de personnages-clés qui sont des leaders d'opinion, c'est-à-dire des gens qui vont filtrer ce que disent les médias. C’est le fameux modèle du “flux de communication en deux temps” décrit par le sociologue austro-américain Paul Lazarsfeld et ses collègues dans les années 40-50. Je vous en dis quelques mots.
A l'époque où ils commencent leurs travaux, la vision qu'on a des médias de masse est façonnée par le contexte politique, les régimes autoritaires à culte de la personnalité d'un côté, les économies de marché individualistes de l'autre. On voit la société comme une masse d’individus abrutis soit par la propagande soit par la consommation. Bref on s'imaginait que les médias avaient des effets de persuasion très forts, directs, sur les individus, comme un berger sur son troupeau de moutons.
Lazarsfeld et ses collègues veulent savoir si cette vision est la bonne. Pour ça ils vont mener plusieurs grandes enquêtes. Dans des petites villes, ils vont étudier l’évolution des opinions des gens sur les choix de vote lors d'une élection présidentielle, puis sur quatre sujets de la vie courante : les courses, la mode, le cinéma, les affaires civiques.
Ils se montrent particulièrement attentifs à ces cas où les gens disent avoir changé d'opinion. À chaque fois les enquêteurs demandent à plusieurs centaines d'habitants et plusieurs fois dans l’année : pensez-vous avoir été influencé dans votre choix par quelqu’un ? Par qui ?
Quelqu’un a-t-il suivi des conseils que vous lui avez donnés ? Qui ? Bref il prennent des noms, et vont les interroger à leur tour.
De cette manière, ils arrivent à cartographier un réseau d'individus qui échangent des conseils. Ils s'aperçoivent alors qu'il existe des petits groupes : famille, amis, collègues, où les individus s'influencent entre eux mais sont relativement imperméables aux avis reçus par les médias. Ces communautés agissent comme des sortes de barrières idéologiques.
Par exemple sur le cinéma, la plupart des gens choisissent leur film sur de recommandations d’un proche. Mais voilà la découverte la plus importante : parmi les gens qui donnent des conseils, il y en a qui en donnent beaucoup plus que d'autres. Ils sont des sortes de super conseillers, un peu comme les “super contaminateurs” pour le Covid.
Ils sont particulièrement écoutés, et on vient leur demander conseil. Ce sont eux que Lazarsfeld et Katz vont appeler les “leaders d’opinion". Par exemple, pour les courses, ce sont les mères de familles nombreuses.
Les leaders d'opinion ont pour caractéristiques d’être très sociables, et surtout de s’intéresser particulièrement aux sujets sur lesquels ils donnent des conseils. Ils consomment beaucoup plus d’informations que leurs proches. Ils sont beaucoup plus exposés aux médias, mais ils sélectionnent, filtrent et digèrent les informations qu’ils vont restituer au groupe.
Tout se passe comme si le flux de communication se déroulait en deux temps : l’information est d’abord reçue par le leader d’opinion, qui la tourne à sa sauce avant de la transmettre aux autres membres du groupe. Les effets de la propagande politique ou de la publicité sont donc limités car les messages transmis par les médias viennent se heurter à court terme à la cohésion du groupe et son leader d'opinion, à son influenceur, qui joue comme une sorte de rôle de “portier”. Vous avez déjà compris où je veux en venir : pour toucher les individus et les influencer, il faudra donc percer le groupe.
Comment ? En s’appuyant sur le leader d'opinion. Non seulement on pourra alors toucher des gens qui ne sont pas forcément exposés aux canaux de communication habituels de l’exécutif, mais on bénéficie surtout du savoir-faire de l'influenceur, qui sait parler à ses pairs.
Aujourd'hui les gens, je deviens surveillant pénitentiaire L'influenceur sur le web n'est plus proche géographiquement de ses abonnés, comme dans les études de Lazarsfeld, mais il bénéficie d'un fort lien de confiance avec eux. Sa communauté lui fait plus confiance qu’à une marque ou une institution officielle. L'homme politique va exploiter ce lien.
Faut pas jouer les naïfs. Je ne suis pas du tout en train de promouvoir un parti politique. Que vous soyez pour ou contre le gouvernement actuel, essayons d'en faire abstraction On va pas parler politique, on est juste là pour parler de la France Je suis pas la seule influenceuse a avoir fait la pub - enfin fait la pub...
Alors est-ce que ça marche ? Ben on voit que le public n’est pas entièrement conquis. Pour eux parler politique est une première et pour cette première ils sont obligés de couper leurs commentaires pour éviter de se faire insulter.
OK alors je vous explique, je vais désactiver les commentaires Certains semblent aussi mettre en place des gestes barrières : comme le #étudiantsPasInfluenceurs, par lequel des étudiants critiquent le choix d'influenceurs disons...privilégiés, pour les représenter dans l'émission SansFiltre de Gabriel Attal.
On vous influence rien, gardez ça pour vous Mais faut pas non plus se raconter d’histoire et se croire totalement immunisés, ça finit toujours par nous toucher. Je sais très bien ce que vous allez fredonner sous votre prochaine douche. On se retrouve dans deux semaines.
Emmanuel Macron