Municipales : revivifier la culture en Occitanie
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France Culture. Les matins de France Culture, sur les chemins des élections municipales, en direct de Béziers.
Et pour terminer cette matinale spéciale en public à Béziers, on revient sur ce qui nous rassemble sur cette chaîne de radio. Je veux parler de la culture car les élections municipales sont également une question de politique publique, culturelle. Bonjour Sandrine Miny. Bonjour. Vous êtes directrice du théâtre Molière de Sète, scène nationale de l'archipel de Thau, vice-présidente du Saint-Déac. Alors il faut dire qu'on a peu parlé de culture dans cette campagne des municipales.
Et c'est là tout le drame, j'ai envie de dire. Il faut vraiment qu'on puisse en parler à présent. Et c'est justement avec cet objectif de faire entendre nos voix qu'on lance ce grand questionnaire qui circule depuis maintenant plusieurs semaines et que l'on a envoyé à près de 300 têtes de liste à travers toute la France.
Et alors qu'est-ce qu'ils disent ? Parce que les maires ont un pouvoir important en matière culturelle.
Absolument. C'est déjà le premier cercle du financement. Je dirais que c'est même le plus important en France. Il faut savoir que le bloc communal, quand on parle bloc communal au sens large, les intercos et les métropoles représentent aujourd'hui plus de 70% du financement culturel de notre pays. Et que le fait que nous soyons aussi absents des débats est préoccupant à bien des égards. D'une part parce que depuis deux ans, on assiste à une baisse continue des financements culturels liés évidemment aux baisses de dotation générale de l'État aux collectivités. Et cela a un impact très très fort.
La culture pour une municipalité, ça consiste en quoi ? Qu'est-ce qu'un maire fait ? Qu'est-ce qu'ils font d'ordinaire ?
Déjà, il s'agirait d'avoir une vision. Une vision partagée, une vision co-construite avec ses concitoyennes et concitoyens. Et force est de constater que dans beaucoup de communes, ce n'est pas toujours le cas. On a souvent des approches extrêmement descendantes. Et je pense que les villes qui ont le plus réussi, et cette dont je viens à l'instant, dont j'arrive à l'instant, en fait partie, c'est des villes qui ont vraiment laissé éclore toutes sortes d'initiatives issues du tissu associatif et qui peut-être n'ont pas eu cette forme de mise sous tutelle des choses.
Donnez-nous des exemples, Sandrine.
Où on peut s'exprimer.
Des exemples concrets de politique culturelle ?
Alors c'est vrai que c'est assez drôle, mais pendant longtemps, le précédent maire de Sète disait « J'ai une politique culturelle parce que je n'en ai pas dans le sens où je laisse éclore tous les projets ». Je trouve que ça, quand on est dans une ville comme celle-ci, qui a été assez dévastée par une crise économique très large, notamment de l'industrie de la pêche, pouvoir laisser tous les acteurs présents et en attirer de nouveau, et y développer des projets, c'est une vision, je trouve, extrêmement audacieuse et maligne. Après, à un moment donné, il faut l'accompagner et il faut qu'elle puisse se structurer un peu plus. Et c'est peut-être ce qu'a plat aujourd'hui.
Après, on a tous les quatre figures sur notre beau territoire d'Occitanie. Mais je dirais que d'une façon générale, on a quand même une forme de vitalité du maillage culturel, aussi parce qu'à ces saisons d'hiver que peuvent développer certains théâtres et lieux de toute taille, on a aussi un grand maillage des festivals l'été, et qui sont aussi très très irrigants pour l'ensemble du territoire de cette région.
Alors, ces questionnaires que vous avez envoyés à 300 têtes de liste, qu'est-ce qu'ils donnent ? Quel portrait peut-il permettre de tracer de ces municipales en matière de politique culturelle ?
Alors déjà, nous, ce qu'on veut pouvoir avoir comme retour, c'est la question de la gouvernance et de la place de la culture dans le projet municipal. Et ça, ça sera le premier point très important. La question des financements et la stabilité économique des politiques culturelles, la liberté de création, parce qu'on sait aujourd'hui qu'entre les tentations de la censure et de l'auto-censure, évidemment, c'est un point très important en matière de culture. L'accès de tous et toutes à la culture. Et puis, enfin, un point qui est très important, c'est la culture, les territoires et la transition écologique.
Et surtout, aujourd'hui, une préoccupation majeure, on est en train de travailler à une carte aux crises, de l'état des bâtiments, parce qu'on a aujourd'hui, en France, pas qu'en Occitanie, mais des bâtiments qui sont vieillissants. On sera d'ailleurs, le 4 mars prochain, tous à Aubusson pour soutenir notre collègue de la Seine-Nationale, dont le bâtiment prend l'eau, mais de façon extrêmement inquiétante. Et on a une collègue à fois, pareil, de la Seine-Nationale, où, dès qu'il pleut, les bassines constellent le hall d'entrée. Donc, on a vraiment, aujourd'hui, sur les questions d'investissement, mais pas que, aussi de vision pour nos territoires, une mobilisation très forte à avoir.
Mais alors, pour dire les choses concrètement, un théâtre, un musée, est-ce que c'est du ressort du maire, ou est-ce qu'il faut des aides au niveau de la région ? Parce que je vous avoue qu'on a parfois du mal à s'y retrouver.
Alors, la plupart du temps, en tout cas dans le domaine du spectacle vivant, qui est peut-être celui que, évidemment, je maîtrise le mieux, on a ce qu'on appelle des financements croisés. C'est l'héritage de la décentralisation et de plus de 40 ans de politique culturelle de notre pays. Et ces financements croisés permettent à la fois, en général, le bloc communal arrive premier comme financeur, mais on a après l'État, la région, le département. En l'occurrence, nous, on a également un club mécène extrêmement dynamique.
Donc, l'ensemble de ces financements croisés, ils permettent que, lorsqu'il y a des retraits, ou parfois des augmentations, c'est assez peu commun en ce moment, mais ça peut arriver, que les autres partenaires ou puissent compenser en cas de baisse. C'est ce qui s'est passé, notamment, l'année dernière. On a vu une très, très nette baisse du département de l'Hérault liée aux baisses de dotations. Cela provient de quelque part. Donc, ce n'est pas une mise en accusation des collectivités territoriales. Néanmoins, le constat est fait que certaines coupent la culture.
Et là, la ville de Montpellier a choisi de compenser pour moitié les baisses du département de l'Hérault et aider les acteurs culturels.
Très rapidement, Sandrine Miny, quels sont les messages que vous souhaitez faire passer aux candidats ? Des messages très courts.
Le message, c'est vraiment que le vivre ensemble aujourd'hui dans notre pays est mis à mal par ce qu'il se passe à travers le monde. La culture, c'est quelque chose de structurant, d'extrêmement important pour bien vivre, pour faire du lien et qu'on en a un besoin essentiel majeur. Merci beaucoup, Sandrine Miny.