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interviewLe Média (sur YouTube)· 7 novembre 2019 17 min

MACRON - LE PEN : LE COUPLE INFERNAL | LAFARGE, LAISSE BÉTON

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il arrivera peut-être, je ne sais pas, qu’un jour vous ayez l’occasion de débattre à nouveau avec le président de la République. Je trouve ça scandaleux. Il risque de brûler la République.

Les quotas, c’est pour quand ? Les quotas, ou objectifs chiffrés, bah ! ça sera l’été prochain.

Je pense que c’est une vaste fumisterie. L’extrême-droite, pour qui, de toute façon, ça n’est jamais assez. C’est de l’incompétence.

C’est un peu compliqué, c’est un peu la foire d’empoigne. Comment Emmanuel Macron et Édouard Philippe font tout pour que Marine Le Pen soit au second tour de la présidentielle, le drôle de jeu de la Mairie de Paris avec le cimentier Lafarge qui étend ses installations en bord de Seine, c’est le sommaire du numéro 52 du P’tit coup de Bourbon. Avec un bonus : le making-of de ce rendez-vous hebdomadaire. 52 semaines, c’est un an d’émission.

Alors on s’est dit qu’il était temps de vous montrer les coulisses du P’tit coup de Bourbon. C’est ce qu’on appelle un lapsus révélateur. C’était mardi, à l’Assemblée.

Marine Le Pen venait d’interpeller le Premier ministre sur les retraites. Et voici comment Édouard Philippe a commencé sa réponse : Vous avez évoqué beaucoup de sujets dans votre question dont je comprends qu’elle était d’une certaine façon plus adressée au président de la République qu’elle ne l’est au Premier ministre. Mais la Constitution est ainsi faite que c’est le Premier ministre qui va vous répondre.

Et il arrivera peut-être, je ne sais pas, qu’un jour vous ayez l’occasion de débattre à nouveau avec le président de la République. Peut-être, je ne sais pas et je ne veux pas préempter ce moment. Vous avez bien entendu.

Édouard Philippe est déjà en 2022. Telle Madame Irma, il nous annonce ce que sera le deuxième tour de la présidentielle. Macron contre Le Pen !

Du moins, il le souhaite. Ah l’épouvantail Le Pen ! La dernière planche de salut pour un président de la République qui espère répéter le hold-up de 2017 sur l’électorat de gauche.

Moi ou le chaos, c’est la pièce qu’on est en train de répéter sous nos yeux. Voilà pourquoi on agite tous les chiffons rouges depuis la rentrée : voile, immigration, laïcité, terrorisme … Mais les artifices de cette mise en scène sont si grossiers qu’ils finissent par se voir. Le Premier ministre, en pleine séance de questions au gouvernement, institutionnalise déjà l’élection présidentielle de 2022 comme étant un match entre le FN et Macron.

Je trouve ça scandaleux et totalement inapproprié et vraiment je proteste avec la plus ferme autorité. Clairement, le président de la République joue avec le feu. J’ai dit au Premier ministre qui a joué avec le feu, dans une sorte de jeu de rôle avec le FN.

Je lui ai dit avec gravité, il risque de brûler la République. Hier, mercredi, l’opération continuait. Entouré d’une batterie de ministres et sous-ministres, Édouard Philippe présentait les 20 mesures du gouvernement sur ou contre l’immigration, on ne sait plus.

Nous voulons reprendre le contrôle de notre politique migratoire. Pour reprendre ce contrôle, le Premier ministre table notamment sur l’instauration de quotas d’immigration pour répondre aux besoins des filières professionnelles en tension. La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, avait détaillé le procédé, la veille, devant le micro de Jean-Jacques Bourdin.

On vérifie qu’on a bien fait d’abord tous les efforts de formation pour permettre à nos demandeurs d’emploi de prendre ces emplois, et ensuite les réfugiés en fonction des besoins complémentaires non couverts, on fixera le nombre de personnes réaliste . Les quotas c’est pour quand ? Les quotas ou objectifs chiffrés, ça sera l’été prochain.

Mais il en faut plus pour impressionner Marine Le Pen. Je pense que c’est une vaste fumisterie, que ça n’est évidemment pas du tout à la hauteur de la gravité de la crise migratoire que vit notre pays. Qui est par ailleurs ancienne mais qui continue année après année, puisque vous le savez chaque année nous recevons plus de migrants, chaque année il y a plus de régularisations, chaque année il y a plus d’immigrés légaux qui sont accueillis dans notre pays malgré le taux de chômage qui reste absolument spectaculaire.

Donc je pense qu’il s’agit là de mesurettes qui encore une fois ne sont pas à la hauteur. Quant aux quotas, c’est l’arlésienne, ça fait des décennies que j’entends parler des quotas, un coup dans la bouche de la droite, un coup dans la bouche de la gauche. Ça consiste en fait à faire une immigration supplémentaire, c’est une nouvelle forme d’immigration.

Et Les Républicains sont sur la même ligne. Ce que je souhaite c’est qu’il y ait des plafonds migratoires. Pour l’immigration familiale, pour l’immigration universitaire, pour l’immigration économique, et qu’il y ait une nouvelle politique de l’asile.

Il faut réduire drastiquement l’immigration en France. Nous accueillons aujourd’hui trop d’immigrés en situation légale. Trop d’immigrés en situation illégale.

Nous n’avons plus la capacité à les intégrer. Second volet du plan gouvernemental, les restrictions d’accès aux soins. Les demandeurs d’asile devront attendre 3 mois avant de bénéficier de la Protection universelle maladie, la fameuse Puma.

Quant aux sans-papiers qui peuvent solliciter l’Aide médicale d’urgence après 3 mois de présence sur le territoire, ils n’auront plus accès à certains soins déclarés non-urgents. Des dispositions qui sont jugées dangereuses, sur les bancs de la droite comme ceux de la gauche. Vouloir instaurer un délai de carence de 3 mois ça me semble totalement absurde parce que l’Aide Médicale d’État pour les personnes en situation irrégulière elle est basée sur 3 objectifs : un objectif humanitaire c’est à dire s’occuper de personnes en détresse, un objectif économique et un objectif sanitaire.

L’objectif sanitaire c’est de faire en sorte que les personnes malades et notamment ceux qui ont des maladies contagieuses puissent être traités. Puisque vous m’interrogez sur l’Aide Médicale d’Etat, c’est une hérésie sur le plan sanitaire et c’est une hypocrisie sur le plan humain. Le gouvernement sort de la pire des façons de ce débat sur l’immigration, qu’il avait d’ailleurs très mal engagé.

La position qui est celle du gouvernement, on verra le détail demain, me paraît mécontenter tout le monde. La gauche, les humanistes, qui voient piétiner un certain nombre de principes, et la droite et surtout l’extrême-droite pour qui de toute façon ça n’est jamais assez. À courir ainsi derrière le FN, Macron voit sa majorité s’effriter.

Certes, Gilles Legendre, le patron du groupe parlementaire de La République en marche, célébrait l’unité de ses troupes. Le groupe adhère parfaitement à ce plan à la préparation duquel, à l’élaboration duquel il a pris une part active. Mais les voix discordantes ne prennent plus de gants pour s’exprimer : Nous on est plutôt satisfaits quand même, l’aile gauche, on parle enfin d’immigration économique.

On dit toujours “l’immigration c’est l’asile politique, etc, c’est l’assistanat, c’est la fraude”. Non, l’immigration c’est aussi de l’intégration économique, c’est aussi des emplois, c’est aussi des gens qui cotisent pour nos retraites. C’est aussi des gens qui nous soignent, qui nous font à manger, Il faut le dire l’immigration ça peut être positif pour un pays.

Moi j’en suis, comme beaucoup d’autres ici je crois, je suis petit-fils d’un immigré italien qui est venu faire le boulot que les Français voulaient pas faire. C’est aussi la force d’un pays, donc parler d’immigration économique honnêtement, enfin. Je rappelle que le discours du président de la République ne parlait pas du tout d’immigration économique.

Nous, avec nos tribunes et nos prises de position, on a dit “il faut en parler c’est important de montrer qu’il y a un côté positif de l’immigration”. Ça c’est fait et honnêtement on peut être satisfaits de ça. Ensuite le côté quotas, évidemment il y a un problème déjà sur le terme, parce que c’est un terme qui est très connoté Sarkozy et très connoté de droite donc on voit aussi que c’est des gages qu’on essaie de donner à un électorat de droite qui en plus s’en moquera.

Je pense que c’est irréaliste dans les faits, c’est à dire que dire nous une fois par an ici à l’Assemblée, que dans 10 mois j’ai besoin de 8 plombiers en Vendée ça me semble un peu compliqué. Je pense qu’il vaut mieux le faire plutôt au fil de l’eau, essayer de mettre en relation des demandeurs d’emploi et effectivement des employeurs pour que petit à petit les choses se fassent. Au-delà des frontières du groupe, on s’interroge également, comme François-Michel Lambert, ancien d’Europe écologie les verts, rallié à Emmanuel Macron en 2017 et élu avec le soutien de la République en marche.

Il ne me semble absolument pas relever les valeurs qu’Emmanuel Macron portaient lors de la campagne des présidentielles. Je rappelle que je le soutenais à ce moment là, depuis j’en ai pris une distance et notamment sur ce fait là. On parlait d’intégration, on parlait de ne pas stigmatiser les autres, entre le voile et entre maintenant peut-être des quotas sur l’immigration, on en vient à stigmatiser ce qui finalement faisait la force de la France, ce creuset, rassemblant des gens venant de tous les continents.

Coïncidence, ce jeudi matin, on apprenait qu’une importante opération d'évacuation de deux campements dans le nord-est de Paris avait débuté. Un millier de migrants ont ainsi été emmenés vers des hébergements d’urgence. Mais ces camps de la misère se reconstitueront tôt ou tard.

Tout simplement, parce que ceux qui les peuplent n’ont nulle part où aller. Tout le monde le sait. Y compris le gouvernement.

Qu’importe, l’exécutif aura affiché sa fermeté. Cela seul compte à ses yeux. Ce sera peut-être un des abcès de fixation de la campagne des municipales à Paris.

La centrale à béton du groupe Lafarge-Holcim installée sur la rive gauche de la Seine, à hauteur du pont Mirabeau. Une installation ancienne dont la concession s’achevait en 2017. On aurait pu penser que la ville de Paris, dont l’ambition écologique est proclamée, ne renouvellerait pas la concession en question.

Pas du tout. Non seulement Lafarge reste, mais le groupe a obtenu d’augmenter ses capacités de production et de stockage. En novembre 2017, Anne Hidalgo a en effet accordé un permis de construire qui prévoit l’installation d’un second malaxeur à béton sur le quai.

Les riverains se sont organisés en association. Ce projet d’extension accroît les nuisances existantes. Vous entendez déjà le bruit, il y a la pelleteuse qui vient heurter la barge qui vient récupérer le sable pour remplir les trémies.

Le fait de récupérer ce sable crée des poussières. Ensuite il y a le malaxeur que l’on entend, qui est un gros moteur très bruyant. Et puis il y a les camions toupie qui récupèrent le béton et qui doivent en une heure et demi livrer, et donc qui partent très vite.

C’est une ronde de camions toupie incessante toute la journée. Et puis il y a la pollution de l’eau. D’abord les camions sont lavés, donc ils sont lavés avec l’eau de la Seine et cette eau est évacuée vers la Seine.

Il y a la laitance de béton qui est contenue à l’intérieur de la toupie qui est déversée dans le bassin de décantation. Parce qu’il n’y a pas que les camions toupie il y a les camions de livraison aussi, des matériaux de ciment, des adjuvants. Il y a des poussières au moment où la pelleteuse arrache le sable de la barge.

Ça ça fait beaucoup de poussière. Les riverains ont reçu l’appui de Danielle Simonnet, la candidate de la France Insoumise pour les municipales. Elle a été sollicitée par l’association comme tous les candidats à la mairie de Paris.

J’ai donc déposé un voeu, pour demander que la ville de Paris remette en cause son permis de construire et abandonne ce projet de reconstruction de la centrale à béton. Au mois de juin dernier, le conseil de Paris dit “finalement qu’est ce que c’est que cette histoire ? C’est à cause de porte de Paris, c’est à cause de la préfecture, c’est à cause du gouvernement, c’est pas nous, on va s’en préoccuper, promis, on va tout faire pour annuler le projet”.

Sauf que là on se rend compte que les travaux commencent, qu’il y a eu des réunions avec Lafarge et la ville de Paris mais qu’en aucun cas les riverains n’ont été associés alors que c’était une promesse de l’exécutif parisien. Vous savez que dans ce quartier vous avez beaucoup d’habitations, beaucoup de salariés, vous avez le parc André Citroën juste derrière, ce pont monument historique. C’est un lieu de promenade, de balade, c’est une aberration à tous points de vue.

J’ai un peu l’impression qu’on est dans du greenwashing parce qu’ils sont capables de dire “ah mais nous on veut sortir du béton, bien sûr, on veut se préoccuper des enjeux climatiques et valoriser les matériaux biosourcés, puis dans le même temps ils n’ont même pas regardé, surveillé le permis de construire, ne se sont pas opposés. C’est de l’incompétence ou il y a d’autres logiques oligarchiques d’intérêt entre eux. Nous avons, bien sûr cherché à joindre le groupe Lafarge et Jean-Louis Missika, l’adjoint à l’urbanisme.

L’agence qui gère la com de Lafarge nous a rappelés, mais n’a jamais fixé de rendez-vous avec un quelconque responsable. Quant à Jean-Louis Missika, il n’a jamais répondu à notre mail. Le groupe Lafarge est soupçonné d’avoir versé près de 13 millions d’euros à des groupes djihadistes entre 2011 et 2015 pour maintenir son usine de Jalabiya en Syrie.

Ce qui a valu au cimentier d’être mis en examen pour “financement d’une entreprise terroriste”, “violation de l’embargo” et “mise en danger de la vie » de ses salariés. Décision justement confirmée par la Cour d’appel ce jeudi. Ces relations avec les djihadistes avaient conduit le conseil de Paris, en 2017, à ne plus faire appel à Lafarge pour fournir le sable de l’opération Paris Plages.

Bienvenue à l’Assemblée nationale, un des deux terrains d’enquête du P’tit coup de Bourbon. L’autre étant le Sénat que je vous ferai découvrir une autre fois. Tantôt avec Elie Bonneton, tantôt avec Léo Le Gat, les deux cadreurs du Média, c’est ici que je recueille les propos qui vont me servir à fabriquer l’émission.

Donc voilà, c’est la pêche aux réponses de nos élus. C’est un peu compliqué, c’est un peu la foire d’empoigne. Il faut arriver à poser sa question, à ne pas empêcher les autres de travailler.

C’est pas toujours simple. Enfin on arrive, comme on commence tous un peu à se connaître, on sait plus ou moins les questions d’actualité qui reviennent sur le devant de la scène, donc ça arrive à s’organiser en bonne intelligence. Alors voilà ici nous sommes salle des pas perdus, c’est par ici que rentre le président de l’Assemblée nationale avec la garde républicaine qui lui rend les honneurs à chaque début de séance.

C’est également ici que les différentes chaînes info installent leur plateau permanent. Il y a un pied, un peu d’éclairage, une caméra. Les députés sont sollicités un petit peu à l’avance et viennent faire des directs sur les chaînes info à partir de cette salle, où finalement la salle des pas perdus parce que tout le monde ne fait que passer ici puisque l’actualité politique se débat plus du côté de la salle des quatre colonnes juste à côté.

Est-ce que vous pensez que ça va être un mouvement dur le 5 décembre ? J’ai trop d’expérience pour dire que ce sera comme ci ou ce sera comme ça. Ici nous avons les caméras de LCP mais c’est bien normal, je dirais il y a un petit peu, non pas de favoritisme, mais enfin ils sont un peu chez eux puisque la chaîne parlementaire traite en particulier de l’actualité à l’Assemblée nationale, donc ils ont des caméras et du matériel à demeure ici.

Donc nous l’enclos pour bien comprendre comment ça fonctionne. Les journalistes se tiennent à l’intérieur du périmètre délimité par les bornes, les cordons rouges et nous n’avons pas le droit de sortir de cet enclos. Les députés passent ici, au fond et puis surtout devant, puisqu’ils passent là et ils rentrent en séance dans l’hémicycle par là-bas.

Ou ils passent devant nous ce qui leur permet de s’arrêter, de parler, et puis lorsqu’ils ont envie de nous éviter ils peuvent rentrer par une autre entrée où là il n’y a pas de journalistes du tout donc ici ne viennent que les porte-parole désignés des différentes formations politiques ou les parlementaires qui sont sur le devant de l’actualité, sur le devant de la scène, en raison, parce qu’ils présentent par exemple un texte, parce qu’ils sont présidents d’une commission, rapporteurs d’un texte. Ce sont les circonstances qui font qu’ils ont une actualité qu’ils ont vocation à s’exprimer. Après les entretiens avec les députés, il y a le tournage du commentaire sur fond vert.

Le fond vert, c’est une technique qui permet d’incruster des photos en arrière plan du journaliste. N’importe quelle photo. Alors on s’est dit qu’il était temps de vous montrer les coulisses du P’tit coup de bourbon.

Ah Alexis Poulin ! Si je me tiens planté comme un cow boy, c’est pour avoir les pieds sur les marques au sol. Les lumières sont calées sur ces repères.

Sur le prompteur défile le texte de ma chronique. Pendant X années, plutôt que du travail… Et putain j’étais sûr que voilà… Puis c’est le montage. Donc là je suis avec Camille Chastrusse, le monteur attitré ou presque du P’tit coup de bourbon, celui qui met, non pas en musique, mais qui donne le rythme.

Jordan Escoda, l’ingénieur du son, fait un dernier mixage. Et puis c’est au tour de Maxime Hector, notre community manager, d’entrer en scène. C’est lui qui réalise les vignettes de l’émission.

Et c’est encore lui qui sous-titre les sonores. Voilà, vous savez tout. Et si vous avez des suggestions pour améliorer l’émission, n’hésitez pas.

Ah, oui, j’allais oublier. Pour nous aider, c’est par ici.