Arnaud Rousseau, président de la FNSEA | Politiques, à table !
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 74 %Attaque 11 %Défensif 14 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 6:35OuverteRéponse directe
Est-ce que le bien-être animal, ça compte pour vous ? Est-ce que ça fait partie de vos sujets de réflexion ?
- 8:03RelanceRéponse directe
Comment vous êtes à l'écoute des agriculteurs sur le bien-être animal au sein de la FNSEA ?
- 9:57OuverteRéponse directe
Est-ce que Arnaud Rousseau, qui décrypte son assiette, vous cuisinez ? C'est une passion ou pas du tout ?
- 11:03OuverteRéponse directe
Est-ce que l'idée, c'est de transmettre votre exploitation pour vos enfants ?
- 12:27OuverteRéponse directe
Comment vous imaginez l'assiette et la nourriture de demain ? Vous êtes inquiet ? Vous avez des angoisses ?
- 28:10RelanceRéponse directe
Est-ce qu'il faut arrêter de protéger la santé des producteurs, la biodiversité, et en bout de chaîne, des consommateurs, ou est-ce qu'il faut plutôt contraindre les pays voisins à protéger notre santé à tous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:12PrésentateurChiffre
« 70 hectares d'après le ministère de l'Agriculture. »
- 27:03InvitéFait
« Depuis 2018, la France interdit l'utilisation de l'acétamipride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, mais autorisé dans le reste de l'Europe. »
- 30:10InvitéFait
« l'acétamipride, elle n'est pas interdite en France. Elle est interdite en France pour l'agriculture. »
- 31:56InvitéChiffre
« Quand on produit en France 12% de ce qu'on a besoin. »
- 36:36InvitéChiffre
« On importe aujourd'hui 25% de notre viande bovine. »
- 36:38InvitéChiffre
« On importe 40% de nos légumes. »
- 36:40InvitéChiffre
« 60% de nos fruits. »
- 36:42InvitéChiffre
« Plus d'un poulet sur deux consommé par les Français est importé. »
- 36:45InvitéChiffre
« 60% de la viande bovine. »
- 37:36InvitéFait
« ils utilisent une hormone de croissance qui s'appelle la flavomycine. Bon, c'est interdit en Europe depuis 2006. »
- 37:55InvitéFait
« ça détruit des filières. Ça veut dire que ça paupérise le territoire. »
- 38:35InvitéFait
« C'est la question de la souveraineté. »
- 38:53InvitéFait
« il faut quand même s'en poser la question de comment on se défend. C'est tout le sujet du réarmement. »
- 39:14InvitéFait
« il y a le changement climatique aussi qui vient nous percuter. »
- 40:17InvitéFait
« il faut que les gens gagnent leur vie et ce n'est pas le cas partout. »
- 41:59InvitéChiffre
« On peut perdre presque un million d'euros de chiffre d'affaires. »
- 44:43InvitéFait
« 30% ? En termes, vous savez que c'est une représaille de ce qui avait été fait sur les batteries électriques au niveau de la Chine. »
- 45:24InvitéFait
« dans le Gers, je ne sais pas, mais je sais qu'un certain nombre de grandes maisons ont annoncé des plans sociaux. »
- 48:08InvitéChiffre
« La réalité, c'est qu'en France, on avait 9 millions de vaches productrices, on n'en a plus qu'8. »
- 48:20InvitéFait
« on est capable d'amener des vaches du bout du monde, on ne parle même pas de bilan carbone, dans des conditions qui déstabilisent la production nationale. »
- 52:21InvitéChiffre
« Vous savez qu'il manque 70 000 emplois dans nos fermes. »
- 52:45InvitéFait
« une gariguette, en termes de goût, ça n'a rien à voir. »
Temps de parole
- Invité60 %
- Présentateur16 %
- Invité 215 %
- Invité 33 %
- Invité 42 %
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pour déguster notre cuisine fusion entre politique et gastronomie que nous avons le plaisir de partager aujourd'hui avec Arnaud Rousseau. Bonjour. Bonjour. Bonjour M. Rousseau. Et bonjour à vous Jean-Pierre Montaigne. Bonjour Valérie. Arnaud Rousseau, votre curriculum vitae est plus touffu qu'un champ de betterave. Aujourd'hui, à la tête du syndicat agricole FNSEA, vous avez d'abord labouré les marchés financiers dans le courtage et le négoce de matières premières agricoles avant de revenir planter vos bottes dans l'exploitation familiale de Seine-et-Marne.
Producteur de colza, de tournesol, de blé, de betterave ou encore de maïs, vous possédez 339 hectares de culture qu'on ajoute aux terres de votre épouse, elle-même agricultrice, ce qui donne au total 700 hectares d'exploitation, loin, très loin de la taille moyenne des surfaces cultivées en France, d'environ 70 hectares d'après le ministère de l'Agriculture. Vous faites pousser les oléagineux comme les sociétés que vous dirigez. Vous présidez aussi le groupe Avril, un mastodonte de l'huile et des agrocarburants favorables aux OGM et aux méga-bassines.
Vous désherbez les idées reçues et restez convaincu que c'est avec certaines retenues d'eau et l'utilisation de certains produits chimiques qu'un avenir agricole durable pourra pousser pour reconquérir les assiettes françaises et replanter des vocations dans un métier qui n'attire plus. Une vision de l'agriculture française que nous allons discuter ensemble autour d'un bon repas, n'est-ce pas Jean-Pierre ?
Oui, j'allais dire un menu princier avec des riz de veau et en dessert, un fraisier.
Dans le dessous des plats, nous irons à la rencontre de producteurs d'asperges qui dénoncent une concurrence déloyale des pays voisins depuis l'interdiction de certains pesticides.
Dans les pieds dans le plat, l'insupportable incertitude qui pèse sur les producteurs d'Armagnac et de Cognac après les menaces de Donald Trump qui veut augmenter les taxes sur les spiritueux français.
Voilà pour le menu maintenant. On passe à table et je vous propose de nous ouvrir l'appétit avec cuisine et confidence.
Ah, à cette table Arnaud Rousseau, on se réjouit toujours lorsque notre convive est un paysan, un agriculteur. C'est souvent la garantie de voir les produits de la ferme dans nos assiettes, viande, légumes, fromage, etc. et de découvrir les merveilles de nos terroirs. Alors c'est vrai, avec vous c'est un peu différent. Vous n'avez pas le profil, disons, du petit paysan qui tâte le cul des vaches le matin et qui fait son fromage à l'affaire.
Non, vous le céréalier, comme on dit, vous êtes plus proche du grand patron qui garde un oeil sur les cours de la bourse car vous faites votre blé, il faut bien le dire, avec les matières premières comme le colza, le tournesol, le blé, les betteraves, le maïs, dont on avait un peu de mal avec Valérie, à voir atterrir tout ça sur cette table sous la forme de plats appétissants. Et oui, mais de l'huile, disait la chanson du groupe Réglisse, car la plupart du temps vos productions sont transformées en huile de cuisine ou alors en aliments pour le bétail d'élevage, voire en agrocarburant. Bon appétit, bonjour.
Donc vous avez pris sur vous et décidé de ne pas mettre la production familiale en avant, mais quand même de vanter les produits de ceux que vous défendez, une certaine partie de la classe paysanne, notamment les éleveurs, souvent malmenés, car la viande n'a plus la cote aujourd'hui. Donc vous avez choisi un plat, un abat chic, le riz de veau, un peu à votre image, clivant, c'est ça ? Non, je ne crois pas. Je crois que c'est plutôt la passion des plats et de la cuisine bien faite. Et effectivement, les riz de veau, c'est un marqueur parce que tout le monde n'en consomme pas. Et moi, je trouve que c'est d'abord excellent, de mon point de vue.
Et puis ensuite, ça correspond bien à l'idée que je me fais de la continuation des traditions. Vous voyez, ce n'est pas quelque chose qu'on trouve partout. Tout le monde ne le cuisine pas.
Mais ça reste un plat traditionnel.
Mais ça reste un plat extrêmement traditionnel. Donc vous savez, il y a des abats. Vous pouvez aller dans certains territoires français et vous trouverez des rognons ou des riz de veau dans des petites... Non, non. Alors après, c'est plutôt un plat de connaisseurs, parce qu'encore une fois, ça peut rebuter les abats. Mais voilà, moi je suis assez fier de cette idée.
Eh bien, on va le goûter, ce plat. Vous allez nous dire si justement, il vous convient, s'il a été préparé par le restaurant Le Bourbon, qu'on salue et qu'on remercie évidemment de nous préparer quasiment à chaque émission, ces excellents plats. Alors, est-ce qu'il est bon, ce riz de veau ?
Ah, il est bon ? Oui ? Non, mais alors Valérie n'aime pas tellement les riz de veau. Quand je disais clivant, c'est... Ah, vous voyez, je suis vraiment désolé. Mais c'est pas grave. C'est pas grave, parce que grâce à cette émission, je goûte de tout et je goûte toujours. Non, c'est spécial, moi. C'est pas mon truc, mais... Alors moi, je le trouve très bon, parce qu'il est moelleux à cœur. Il est fondant. Il est gratiné sur le dessus. Voilà, c'est très agréable. En tous les cas, moi, j'aime beaucoup ce plat. Alors, hors antenne, vous aviez une question. Les téléspectateurs l'ont porté en vue. Est-ce qu'il est français, j'espère ?
Donc, quand vous êtes devant une assiette, toutes vos questions, elles sont tout le temps là. Vous n'oubliez jamais le boulot. La traçabilité des produits... Non, j'essaie d'être cohérent avec ce que je suis, d'où je viens, ce que je défends. Et voilà, moi, je suis toujours attaché à l'origine des produits. D'ailleurs, je le dis, j'ai pas de problème à consommer des produits qui viennent d'ailleurs. Parce que consommer une bonne mozzarella italienne ou un bon serrano espagnol, c'est pas un problème. Simplement, moi, j'aime bien savoir ce que j'ai dans l'assiette. Et d'où ça vient. La transparence. Et qui le fabrique et comment c'est fait.
Et là, ce que je constate quand je discute avec des gens à droite à gauche, c'est que, en tous les cas, dans le milieu dans lequel je viens, les gens sont attachés à ça. Bien sûr. Et donc, c'est pas un problème d'être ouvert sur le monde. Il y a beaucoup de plats de qualité dans bien des endroits de la planète.
Ils viennent d'ailleurs.
Voilà. Mais, en venant vous voir et en parlant de ces sujets cuisine, moi, je voulais assumer aussi le fait que, derrière ce plat, il y a un ancrage, il y a une histoire, il y a un producteur qui a des vaches, qui a fait naître un veau. Il y a une filière avec des abattoirs, des gens. Parce que lever ce type de produit, c'est pas complètement simple. Donc, il y a du savoir-faire derrière. Absolument. Il y a de la sueur, il y a du... Voilà. Et je trouve que c'est écran. Et puis, les pâtes, vous savez, les pâtes, ça se fait avec du blé dur. Aussi. Et le blé dur, c'est une production qui est, en France, en difficulté, qui se fait beaucoup dans les zones traditionnelles du sud de la France.
Et bien, ça aussi, ça a du sens. Alors, on fait des très bonnes pâtes italiennes, par exemple. Mais en France, on sait faire de très bonnes pâtes avec du blé dur. Et voilà, là aussi, j'essaie d'être cohérent avec ce que je dis.
Vous parliez des abattoirs, en parlant de la préparation du riz de veau. Est-ce que le bien-être animal, ça compte pour vous ? Est-ce que ça fait partie de vos sujets de réflexion ?
Bien sûr que ça compte. Vous savez, les éleveurs, c'est souvent des gens qui peuvent être un peu heurtés de la manière dont on leur pose, comme s'ils faisaient n'importe quoi avec leurs animaux.
Ça a été prouvé par des associations. On pense à L214, par exemple. Et voilà, il existe des abattoirs qui travaillent mal.
Oui, il peut y avoir des excès. Mais vous savez, il y a des excès dans tous les métiers. Et d'ailleurs, ces excès, on les condamne. Ce que je veux dire, c'est que l'immense majorité des éleveurs sont extrêmement respectueux de leurs animaux. Et une grande partie des abattoirs le font avec le savoir-faire. Donc moi, je ne focalise pas sur tel ou tel endroit ou telle ou telle image. Vous savez, quand vous avez des porcs, par exemple, et que vous en avez plusieurs centaines, si le matin, quand vous rentrez dans votre bâtiment, il y en a un ou deux qui sont morts dans la nuit, ça peut paraître heurtant pour les gens qui ne sont pas des spécialistes de ces métiers.
Mais ça arrive de manière très régulière. Et donc, ce n'est pas de la maltraitance. Ça peut être la réalité de ce qu'on observe. C'est la même chose quand vous avez un poulailler. Vous pouvez avoir un poulailler en bio avec deux ou trois mille poules, qui a une taille plutôt modeste aujourd'hui dans un élevage français. Quand vous arrivez le matin, si vous avez trois poules qui sont mortes, ça arrive tous les matins. Donc, vous voyez, il faut essayer de regarder. Donc, le bien-être animal, c'est important. Ce qu'il faut vraiment veiller à faire, c'est que derrière ce sujet sur lequel il y a eu beaucoup de progrès de faits...
Oui, c'était ça ma question. Ma question, c'était est-ce que vous, au sein de la FNSEA, c'est une réflexion que vous avez vue, justement, grossir, grandir ? Comment vous êtes à l'écoute des agriculteurs sur ce sujet-là ?
Non, mais c'est d'abord une préoccupation sociétale qu'on comprend. Évidemment, voilà, même s'il y a beaucoup de paradoxes, parfois, parce que les gens disent, par exemple, on ne veut plus de poules élevées en cage. Mais tout le monde veut des œufs pas chers. Vous voyez ? C'est contradictoire. Eh bien, évidemment, c'est contradictoire. Donc, il faut expliquer. Notre principal problème, ou en tous les cas, peut-être demain, solution, c'est qu'on doit mieux communiquer sur ce qui se passe dans nos fermes. Et moi, je remercie tous les agriculteurs qui ouvrent leurs fermes en disant, mais venez voir, on n'a rien à cacher.
Mais on ne peut pas demander des œufs qui, sur le plan sanitaire, sont, évidemment, irréprochables. Oui, nickel. Voilà. Pas chers. Et de l'autre côté, dire, non, mais nous, on veut des œufs plein air ou des œufs bio. Voilà. Il faut, à un moment, accepter de payer le juste prix de l'alimentation qu'on fait. Et notre plus grande fierté, et c'est peut-être le moment le plus difficile dans lequel on est en ce moment, c'est d'expliquer qu'on a les méthodes de production parmi les plus durables de la planète. Ce n'est pas Arnaud Rousseau, agriculteur, qui le dit. C'est les gens qui observent ce qui se produit dans le monde.
Nous, on a un modèle de durabilité de l'agriculture française qui est parmi les plus vertueux. Oui. Je ne dis pas qu'on ne peut pas continuer à progresser. Je dis qu'on est déjà…
Oui, bien sûr, dans l'eau du panier. Oui, oui.
Et qu'à chaque fois qu'on produit un peu moins en France ou qu'on nous met des boulets aux pieds, c'est un peu plus d'alimentation qui est importée. Et on importe énormément d'alimentation aujourd'hui, contrairement à ce qu'il y a… Un poulet sur deux, on en parlera après pour la souveraineté alimentaire. Et du coup, nous, on est fiers de ce qu'on produit pour les Français. Vous me dites, vous n'êtes pas venu avec vos produits. Bon, si je vous avais mis un peu de blé ou un peu de colza dans l'assiette en direct… J'étais taquin. Ça aurait été un peu plus difficile de boire. Mais il y a du blé dans les pâtes. Alors, c'est du blé dur. Oui, ce n'est pas pareil.
Alors, on vient de voir que vous veillez à la transparence de ce que vous mangez. Vous voulez un petit morceau de pain, je prenez ? Je veux bien, s'il vous plaît. Moi, je viens d'une famille qui ne sait pas manger sans pain. Merci beaucoup. Et la baguette. Non, je voulais connaître votre rapport avec la cuisine. Est-ce que Arnaud Rousseau, qui décrypte, qui scanne son assiette, vous cuisinez ? C'est une passion ou pas du tout ? Alors, je vous dirais bien oui, mais je crois que ma femme m'égorgera en rentrant. Je suis assez mauvais en cuisine. Mais j'ai d'abord la chance d'avoir une famille qui cuisine bien.
C'est chouette.
Voilà. Je n'ai pas beaucoup de temps pour le faire. En revanche, j'aime la table. J'aime la convivialité qu'il y a avec la table. J'aime passer du moment à table. Mais en cuisine, je suis obligé de confesser que je ne suis pas très très bon. Sandrine, votre homonyme dirait qu'il y a encore du boulot pour vous déconstruire. C'est la place de l'homme aujourd'hui. Surtout quand on aime ça, qu'on partage. Oui, mais je crois que c'est essentiellement le temps qui me manque. Peut-être aussi un peu la patience. Oui, à la patience. Voilà. Mais je reconnais avec humilité qu'aujourd'hui, ce n'est pas l'activité que je déploie dans la cuisine qui est le marqueur principal.
En revanche, j'aime ça et c'est important d'être à table en famille, avec des amis, de passer trois repas par jour.
Justement, vous parlez de votre famille. Est-ce que l'idée, c'est de transmettre votre exploitation pour vos enfants ?
Oui, vous savez, je crois que pour tous les agriculteurs, il y a toujours cette idée qu'on travaille pour les générations futures. Alors, c'est dans de moins en moins le cas. Vous savez, j'ai trois enfants, dont un, mon aîné Grégoire, qui a fait des études agricoles et se pose la question éventuellement de reprendre ça. Alors, il est jeune, il a le temps. Et puis moi, j'ai encore quelques années à faire. Mais j'en serais, si c'était son choix, évidemment, ravi. Voilà. Maintenant, je crois que ce qui est important, c'est de choisir son métier et de faire quelque chose qu'on aime. Donc, il ne faut pas non plus mettre de poids ou de pression psychologique sur la transmission.
Elle se fait naturellement et il faut aimer le métier qu'on fait. Moi, j'ai choisi ce métier après avoir fait autre chose, vous l'avez dit. Je suis revenu sur la ferme de mes parents, de mes grands-parents. J'en suis extrêmement heureux. Et puis, l'agriculture évolue. Donc, il faut rester ouvert sur le monde, ce qui se passe autour de soi. Et c'est aussi une des raisons pour lesquelles je me suis engagé. Mais effectivement, si je peux transmettre mon exploitation. Et puis, j'ai deux filles qui, peut-être, seront aussi intéressées. L'une fait des études de dentaire. Donc, ce n'est pas complètement... Ce n'est pas tout à fait... Voilà, mais vous savez, il y a plein de schémas.
Et puis, ce qui se passera dans la vie, parfois, réserve des surprises. En parlant du Rue de Vaud, tout à l'heure, vous parliez des traditions, culture bourgeoise, culture du terroir. Quand vous vous projetez dans l'avenir, parce que quand on est agriculteur, on se projette aussi dans l'avenir avec les nouvelles technologies, le progrès. Comment vous imaginez l'assiette et la nourriture de demain ? Vous êtes inquiet ? Vous avez des angoisses ? Ou au contraire, vous pensez qu'il y aura un continuum avec ce qui se fait aujourd'hui ? Bon, d'abord, il y a une première bataille, c'est qu'est-ce qu'on va mettre dans l'assiette ? Parce que l'idée que la culture française du repas demeure...
Je suis assez confiant. Tous les Français aiment passer du temps, déguster, boire des bons vins. Et puis, il y a tout ce qui va avec. Les souvenirs de famille, les rires entre copains. Enfin, voilà. Moi, je suis assez serein sur l'idée que ça continuera à exister. La question, c'est avec quoi dans l'assiette ? Et là, c'est tout le combat qui est le nôtre. Celui de promouvoir la production et le savoir-faire français. Et on est aidé en cela par des grands chefs, hommes et femmes, qui mettent en valeur nos produits. On est, je crois, avec une tradition qui, à mon avis, perdura. Mais la question, c'est est-ce qu'on est capable de fournir ? Prenons l'exemple de l'agneau.
Vous voyez, déguster un morceau d'agneau à Pâques, c'est une tradition qui se fait encore dans de nombreuses familles. Aujourd'hui, on importe 60% de notre viande d'agneau. Ça, c'est une préoccupation. Et nous, on est fiers des agneaux qui sont produits dans notre pays. Alors, même s'il y a plein de sujets autour de la production, parce que ce n'est pas facile, parce qu'il y a des problématiques sanitaires, parce qu'il y a de la prédation du loup, parce qu'il y a tout un tas de sujets qui, aujourd'hui, pourrissent la vie des éleveurs rovins. Mais voilà. Donc, moi, je suis assez confiant. Mais mon combat, c'est de faire en sorte qu'il reste le meilleur du savoir-faire français.
Parce que, ce que peut-être oublient un peu les Français, c'est que, derrière ce qu'il y a dans l'assiette, il y a quand même un producteur, une productrice, qui a donné un peu de sa soeur, un peu de son énergie, parfois avec l'anxiété, le climat, les problématiques. Et que, boire un verre de vin ou déguster des riz de veau, dans ma tête, c'est toujours se dire, là, il y a quelqu'un qui a donné le meilleur de lui-même. Et ça, je trouve que ça donne du sens. Et nous ne voulions pas le restaurateur, qui a aussi transformé et sublimé ces produits. Évidemment, la chaîne de valeur. Et j'en profite, d'ailleurs, pour remercier le chef du Bourbon qui a fait cette assiette. Merci à lui.
Merci au chef du Bourbon, mais peut-être qu'on peut aussi essayer de faire un riz de veau chez soi. Mais pour ça, il faut connaître trois choses, n'est-ce pas, Jean-Pierre ?
D'abord, on ne le dira jamais assez, parce que si vous invitez Valérie Brochard à table, attention aux âmes sensibles, les riz de veau sont des abats, pour ceux que ça refroidit déjà psychologiquement. En fait, il s'agit des glandes nichées dans l'arrière-gorge. Le thymus présente seulement chez les jeunes animaux le veau, voire le jeune bœuf et aussi l'agneau, puisqu'il existe aussi des riz d'agneau. Pour les amateurs avertis comme Arnaud Rousseau, rien ne vaut les riz de veau plus savoureux et plus nobles que les riz d'agneau, parfois plus goûteux et surtout plus abordables. Un conseil avant de les cuisiner, les riz sont fragiles, donc aussitôt achetés, aussitôt préparés.
Ne les laissez pas traîner au frigo pendant 10 jours. Commencez par les laisser tremper 2 heures pour éliminer les petites impuretés, puisque c'est quand même des glandes, puis pochez-les dans l'eau bouillante, vinaigrée, une dizaine de minutes, avant de les passer sous l'eau froide, histoire d'ôter la petite peau qui les recouvre et les filaments. Donc ça demande un peu de boulot avant vraiment de les cuisiner. Alors après quoi, vous les coupez en deux, les noix ou même en trois, dans le sens de la longueur, puis vous les poêlez simplement dans du beurre ou de l'huile d'olive, avant de les déglacer au vin blanc. Vous pouvez aussi les préparer en cocotte.
Ils adorent la compagnie de crème et de champignons, le chef du bourbon l'a bien compris, Girole ou Morille. Et comptez 10 à 15 minutes de cuisson pour 500 grammes pour une cuisson à peine rosée, ça c'est pour ceux qui sont vraiment amateurs, et puis 25 à 30 minutes de cuisson pour une cuisson à point, c'est le cas de notre assiette aujourd'hui.
Et pour accompagner ce plat, vous avez choisi un vin, celui de Jérôme Despay, que vous connaissez bien, n'est-ce pas ?
Oui, Jérôme Despay, c'est d'abord un ami, il se trouve qu'il est le premier vice-président de la FNSEA, mais il est surtout viticulteur dans les roues, et donc je lui avais demandé à l'occasion de se déjeuner, de me donner une bouteille, ce qu'il a fait évidemment avec joie. Qu'est-ce que c'est exactement ce vin ? C'est un vin du Pays d'Oc, produit dans l'Hérault à Saint-Géniès-des-Mourgues. C'est un vin avec 70% de Merlot et 30% de Syrah, qui sont des cépages typiques de cette région. C'est un vin de caractère, il a vieilli 14 mois en demi-mui, c'est-à-dire dans des fûts de 500 litres, et je le trouve à la fois avec beaucoup de caractère et à l'image du producteur.
Et puis quand on aime le vin, boire un vin quand on connaît le vigneron, ça n'a rien à voir. Parce que là aussi, il y a une histoire. Alors on peut aimer déguster du vin, c'est mon cas, tout type de vin, français et puis aussi d'autres pays de la planète qui savent parfois faire des bons produits, mais je le lis parce que derrière ça, il y a un producteur, et si je veux parler aussi de la relation à l'homme ou à la vigneronne, c'est parce que la viticulture française traverse une crise difficile. Absolument. Et là aussi, il y avait une forme d'hommage pour ce travail qui est fait, parce qu'on consomme moins de vin rouge en France, alors qu'encore une fois, il y a du savoir-faire.
Il y a l'impact climatique qui joue beaucoup, il y a le marché qui joue beaucoup.
L'État a débloqué des aides, notamment pour la viticulture, c'est insuffisant pour vous ?
Oui, l'État... Est-ce que vous entendez ? C'est ce qu'on vous dit ? Oui, bien sûr, vous savez, la crise est majeure.
Vous avez même peur pour le vignoble français ?
L'objectif, évidemment, c'est d'essayer de se redresser, mais on est inquiet, bien sûr qu'on est inquiet, parce que d'abord, il y a une perte de production importante, il y a même des vignes qui ne sont plus entretenues. Aujourd'hui, vous allez dans le Bordelais, vous allez dans un certain nombre de territoires du sud de la France, et vous verrez des vignes abandonnées. On a même des vignes qui meurent sur pied, malgré la volonté du vigneron de les maintenir, parce que quand vous êtes dans les Pyrénées-Orientales et qu'il n'a pas plu pendant plusieurs mois, voilà, donc ça traverse une grafferie. Puis il y a des facteurs qui ne dépendent pas des vignerons.
Quand vous avez des guerres commerciales entre les États-Unis et la France, les taxes, voilà, et tout ça les impacte durement. Et puis... La santé aussi, parce qu'il faut quand même dire que les médecins se réjouissent que la consommation de vin baisse contre un moins bien. Oui, mais évidemment, on est soucieux du fait qu'il y ait une consommation qui soit raisonnable, mais vous savez, boire un verre de vin par jour, ce n'est pas une problématique. Ce qui est une problématique, c'est évidemment quand on bascule dans l'alcoolisme, voilà. Mais soyons fiers quand même de notre culture, de notre valeur.
Moi, je suis assez agacé des aspects toujours comportementaux où on devrait nous expliquer ce qu'il faut qu'on mange, comment on le mange, à quelle heure on le mange. Moi, je suis attaché à la liberté, vous voyez. Et moi, je trouve que pouvoir déguster la typicité des vins français, parce que consommer, boire une bouteille de Bourgogne, une bouteille de Bordeaux, ce vin du Pays d'Occ a fait d'énormes progrès avec cet IGP aujourd'hui qui est en est, parce que c'est un territoire qui était en difficulté il y a une vingtaine d'années. Ils ont fait de gros efforts, voilà. Dans n'importe quelle région où vous y allez, il y a du vin.
Vous savez maintenant qu'on plante même de la vigne au nord de Paris. Bon, on ne va pas déguster tout de suite, mais en tous les cas, voilà. Et ça, derrière, c'est de la culture, c'est de l'histoire, c'est nos racines.
Et avec modération pour justement répondre.
Voilà, donc avec modération. Et moi, j'invite les Français à soutenir les vignerons français qui sont dans des difficultés.
Et c'est grâce à votre menu, Arnaud Rousseau, qu'on cultive notre palais. Alors, je vous propose maintenant de cultiver notre esprit avec le quiz.
Alors, homonyme d'un philosophe, un certain Jean-Jacques Rousseau, qui accordait au sens du goût d'être indispensable à la formation d'un homme, retenez bien cette citation, sauriez-vous nous dire, Arnaud Rousseau, si ces affirmations sont vraies ou fausses ? Pour lui faire plaisir, je parle de Jean-Jacques Rousseau, vous lui servez une truite au vin rouge. Vrai ou faux ? Écoutez, j'ai lu Jean-Jacques Rousseau pour mon bac. J'avoue qu'en plus, je ne suis pas complètement fan de ce qu'il écrit, mais je ne sais pas, je veux dire vrai. Oui, vrai, parce qu'il aimait les produits comme vous, de la nature. Et il aimait aussi le petit pâté de lapin ou un caneton au fige sauvage.
Ah oui, ne parlez pas de temps entre deux ouvrages, Jean-Jacques Rousseau. Il ne consommait que des légumes et des fruits cultivés sous serre. Je vais dire vrai, parce que ça a l'air assez précis. C'est précis, mais c'est faux. Parce qu'au contraire, il était déjà un peu anti-serre. Il trouvait que c'était effectivement un caprice des riches et qu'il fallait plutôt se contenter des produits qui étaient cultivés avec le climat. Il est un pionnier de ce qu'on appelle aujourd'hui le locavore, qui est maintenant rentré dans les mœurs, il est pionnier du locavore, Jean-Jacques Rousseau, le philosophe. Il a pas mal voyagé, mais je dirais plutôt oui. Oui, c'est vrai.
Il vante les mairies du local, il adore les spécialités régionales et il respecte la saisonnalité. Donc, il était de ce point de vue-là très philosophe. Et enfin, il détestait le champagne. Je dirais plutôt faux. Eh oui, faux. Il appréciait énormément ce vin à bulle.
Oui, on comprend et on comprend pourquoi. On continue dans les questions culinaires, mais puisque vous êtes né à mot, je vous propose de relever un peu les questions avec de la moutarde. Au-delà de la célèbre moutarde de mot, sauriez-vous nous dire si ces affirmations sur ce condiment sont vraies ou fausses ? Pour fabriquer de la moutarde, trois espèces de plantes moutardes sont utilisées. La jaune, la noire et la brune.
Oui, un mot, non.
Non, c'est faux. Il y avait une piège. Il y avait un petit piège, j'étais un peu vite. La blanche, la blanche, il dit la jaune. C'était la blanche, la noire et la brune.
Mais il y en a bien trois.
Exactement.
Mais ce n'est pas les bonnes couleurs.
Non, à une près. Pour produire un kilo de pâte de moutarde, il faut plus de 500 000 graines de moutarde.
C'est possible parce que la graine de moutarde, c'est une graine qui est toute petite, plus petite qu'une tête d'épingle.
Vous avez raison, c'est vrai, absolument. En 1742, une innovation transforme le goût de la moutarde. Le vinaigre est remplacé par du verjus.
Je l'ignore, mais je me prête au jeu, je vais dire vrai.
Vous avez raison. Le verjus est le jus acide extrait de raisin ayant mûri imparfaitement ou n'ayant pas mûri du tout. C'est ce qui a apporté ce goût. Et enfin, la seule moutarde dotée d'une IGP est la moutarde de Dijon.
Ah, sur l'IGP, ça doit être vrai.
Non, c'est faux, il y a aussi la moutarde de Bourgogne. Voilà. Non, mais comme quoi.
Je l'ignore. Non, c'est la moutarde de Bourgogne qui englobe la moutarde de Dijon. Oui, enfin, voilà.
Il prend tout ce qui est de la moutarde de Dijon.
Ce n'est pas Dijon qui a son IGP, c'est la Bourgogne.
Voilà, c'est ça. Allez, maintenant, on passe à la dégustation de vos souvenirs. Et c'est tout de suite dans la brève de comptoir. Alors, Arnaud Rousseau, pour préparer cette émission, on vous a demandé de plonger dans votre mémoire et de retrouver un souvenir qui mêle agriculture et politique. Et vous nous emmenez, évidemment, au Salon de l'Agriculture, c'est ça ?
Oui, vous savez, c'est le grand rendez-vous avec l'école annuelle dans lequel défilent tous les politiques. Et j'ai un souvenir assez précis de ce moment-là.
Racontez-nous.
Écoutez, jeune agriculteur, comme beaucoup de mes pères, je me rends au Salon de l'Agriculture, je devais avoir autour de 25 ans, peut-être une trentaine d'années. Et on était au début des années 2000. Et le président de la République était Jacques Chirac. Et il avait pour habitude de venir au Salon de l'Agriculture. Et je connaissais celui qui présidait le Salon à l'époque, Christian Patria, pour qui j'ai une pensée. Et il se trouve qu'il accompagnait le président de la République comme le veut la tradition.
Et j'ai des souvenirs de cette journée où j'étais là et Jacques Chirac était présent, de l'avoir un peu suivi, parce que c'était voir le président de la République quand on voyait arriver. Et je garde un souvenir extrêmement précis de ces rencontres avec les agriculteurs où à chaque stand, ils dégustaient. Vous savez, je vais maintenant beaucoup au Salon de l'Agriculture. J'y reste évidemment tout le salon. Je vois beaucoup de politiques qui dégustent un petit morceau de tel ou tel produit, mais à peine les caméras tournent, le reposent. Et moi, ce qui m'avait fasciné avec Jacques Chirac, c'est qu'à chaque stand, il goûtait à tout. Il en reprenait, il passait du salé au sucré.
Quand son verre était fini, il le retendait. Et ça, dès 8h du matin, dès 6h du matin. Non, mais c'était...
C'est pas une légende, parce qu'on le raconte beaucoup, ça, mais vous, vous l'avez vu de vos propos.
Moi, moi, ce jour-là, je l'ai vu. Et j'avoue en avoir été un peu impressionné. Et on voyait d'ailleurs ses collaborateurs un peu en peine derrière. Voilà. Et je m'étais dit impressionnant. Voilà. Et puis, ça, c'est ce que je m'étais dit à l'époque. Et pour avoir maintenant le recul, je trouve que c'était encore plus impressionnant, parce que je ne lui connais pas d'alter ego dans la capacité à ingurgiter autant d'éléments.
Autant d'éléments.
Et de manière non feinte, parce que ça se voyait qu'il aimait ça.
C'était sincère. Allez, on quitte le salon de l'agriculture pour retrouver l'exploitation de Christophe. Dans les Landes, il cultive des asperges vertes, mais avec bien des difficultés. On en parle tout de suite dans le Dessous des plats. Sur les marchés et dans les rayons des supermarchés, vous trouverez beaucoup moins d'asperges vertes françaises que les années précédentes. Jusqu'en 2018, le cryocère, un petit insecte qui se régale d'asperges et détruit les récoltes, était anéanti par un pesticide aujourd'hui interdit en France. Alors, vous trouverez sûrement des asperges hollandaises qui, elles, n'ont pas la même obligation.
Une concurrence déloyale, dénoncée dans ce reportage de Mathéo Stéphan et Juliette Prunier.
C'est le cauchemar des producteurs d'asperges et le cryocère, c'est vraiment la grosse problématique. Les cryocères, ce sont ces insectes d'à peine 5 millimètres. Inoffensifs en apparence, ce sont les bêtes noires de Christophe. Pour grandir, ces nuisifs se nourrissent directement du légume. Cette petite larve, elle va migrer et en passant, elle va dévorer toute la partie verte de la plante de sorte qu'il ne restera que la squelette complètement sec. Elles vont manger, manger, manger, tout l'épiderme, tout le vert, jusqu'au pied, jusqu'en bas. Et la plante va complètement se dessécher. Sur ces 60 hectares, Christophe a perdu l'année dernière jusqu'à 20% de sa récolte.
Pourtant, un traitement naturel est pulvérisé plusieurs fois par mois sur ces plantations, sans résultat. Aujourd'hui, on a quelques solutions, mais avec des produits qui ont très peu d'efficacité, qu'il faut renouveler, il faut repasser tous les 8 à 10 jours. Mais avec des soucis de résistance qui commencent à apparaître sur certaines parcelles, et on est de plus en plus démunis par rapport à ce problème qui est gravissime pour nous. Depuis 2018, la France interdit l'utilisation de l'acétamipride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, mais autorisé dans le reste de l'Europe, une aberration pour ce producteur. Christophe et toute la filière dénoncent une distorsion de concurrence.
Un tiers des asperges consommées est aujourd'hui importée à des prix largement inférieurs. Économiquement, ça ne vaut plus le coup de faire de l'asperge. On n'a pas assez d'argent, ne serait-ce que pour rémunérer nos salariés. Et après, derrière, pour pouvoir dégager une marge pour pouvoir vivre de notre travail. Pour survivre, Christophe et les producteurs d'asperges, mais aussi la filière de la noisette, réclament le retour de l'acétamipride sur leur plantation.
Arnaud Rousseau, est-ce qu'il faut arrêter de protéger la santé des producteurs, la biodiversité, et en bout de chaîne, des consommateurs, ou est-ce qu'il faut plutôt contraindre les pays voisins à protéger notre santé à tous ?
Bon, d'abord, moi, je voudrais vous dire qu'on est évidemment extrêmement soucieux de la santé publique. D'abord, parce que c'est nous les premiers à l'utiliser, et que personne, comme agriculteur, n'a envie d'empoisonner ses compatriotes. Voilà, donc on n'est pas prêt à faire n'importe quoi. Je voudrais simplement expliquer que sur ce produit, en fait, ce qui écœure les agriculteurs français, et ça a été très bien dit dans le reportage, c'est que, vous savez, un produit qu'on utilise, il a une homologation. C'est comme quand vous allez chez le pharmacien, vous achetez un produit qui est homologué.
Et quand le pharmacien vous le vend, c'est parce que le produit a reçu tout un tas d'accréditations suite à des études. Nous, c'est la même chose. Il y a une singularité, c'est que la loi de 2016 a interdit un certain nombre de produits, dont celui-là, en France. Simplement en France. Alors que le produit reste homologué au niveau européen. Bien sûr. Et qu'il est utilisé par un Allemand, par un Italien, par un Espagnol. Par des Hollandais. Et donc, soit le produit, et il l'a très bien dit, soit le produit, il est mauvais, il faut le retirer. Si c'est un problème pour la santé publique, il faut le retirer. Mais si...
Mais si la France a pris cette décision, c'est peut-être parce qu'elle est précurseur aussi de quelque chose qui pourrait... C'est pour ça que je vous posais la question de ne doit-on pas plutôt obliger les voisins à faire la même chose ?
Oui, mais ça, ça...
Plutôt que de réintroduire ce produit.
C'est intéressant sur le point intellectuel, mais ça ne fonctionne pas. Ça ne fonctionne pas, parce que vous n'allez pas dire à des gens avec une homologation européenne, encore une fois, le produit a été homologué par l'autorité européenne, dont vous l'utilisez, mais nous, on va vous expliquer qu'en fait, ce n'est pas bon du tout. Il y a une autorité... La claire prise des Français, c'est qu'ils ont fait des études et ils ont déclaré que ce produit était dangereux pour la santé, avec des cancers, Valérie, on parlera, etc. Non, non, absolument pas. Absolument pas. Alors, sur quels critères ils les ont décité ?
En fait, il y a eu un vote du Parlement, c'est la loi biodiversité de 2016, qui a conduit à une décision politique. D'ailleurs, tout le monde l'ignore, mais je veux le dire ici, l'acétamipride, elle n'est pas interdite en France. Elle est interdite en France pour l'agriculture. Mais j'invite tous les gens qui ont un collier antipuce sur leur chat ou sur leur chien à regarder ce qu'il y a marqué dessus. Et vous verrez que c'est marqué. Ah, c'est anipride ? C'est pas la même chose. Vous ne dispersez pas un pesticide comme vous le... Pardon, c'est en concentration bien supérieure à ce qu'on fait.
Ce qu'on demande, nous, c'est pas, moi, je ne suis pas là pour défendre telle ou telle firme ou telle ou telle matière active. Je dis simplement que pour les Français, voir la production d'asperges, mais je vous parlais de la noisette ou de la pomme, disparaître en France...
Oui, parce que c'est ça. Ce qui nous inquiète, c'est que les filières entières, justement, j'allais y venir, sur la noisette en l'occurrence, c'est un véritable problème, c'est même un fléau. Donc, vous, vous pensez à la disparition même de la filière noisette en France ?
Oui, nous, on dit deux choses de bon sens. La première, c'est qu'il ne faut pas nous mettre dans des impasses qui nous conduisent à ne plus avoir de solutions qui nous amènent à ne plus produire et à importer d'ailleurs. Parce qu'en fait, on n'a plus de production en France et éventuellement, l'écueil qui consisterait à dire que ça peut être dangereux, de toute façon, on l'importe d'ailleurs avec des traitements identiques. Donc, on ne règle rien.
Et la deuxième chose qu'on dit, c'est si on considère qu'effectivement, ce produit, c'est quand même pas terrible, mettons en place la recherche et les solutions alternatives qui nous permettent à court terme de dire maintenant, on a une autre solution et on utilise cette autre solution.
Et ça, aujourd'hui, ce n'est pas le cas ?
Pas suffisamment le cas. Typiquement... Qu'est-ce qui vous manque ?
Qu'est-ce qui manque aux agriculteurs ?
La recherche, l'innovation. Vous savez, les agriculteurs...
Mais des moyens, c'est des moyens ?
Mais bien sûr, des moyens de la recherche et pas simplement françaises, européennes. Parlons de la noisette. La noisette, la France est le quatrième pays à en consommer le plus dans le monde. Absolument. Quand on produit en France 12% de ce qu'on a besoin. Donc, ça veut dire que 88% des noisettes qu'on consomme, notamment dans une pâte à tartiner, dont je ne citerai pas le nom, très consommée en France, sont importées. dont, dans ces 88%, un peu moins de 70% qui vient de Turquie. En Turquie, elles sont cultivées avec des matières actives nombreuses, dont un certain nombre sont interdites en Europe. Ça veut dire quoi ?
C'est-à-dire que quand vous étalez votre pâte à tartiner sur votre tranche de pain, eh bien, vous n'avez pas de production française, vous avez le pesticide, et ça vient d'ailleurs. Est-ce que ça, ça fait avancer l'agriculture ?
Non, mais est-ce que la réponse, c'est de réintroduire des pesticides chez nous, ou de ne plus... Je ne sais pas, d'avoir une autre réponse à cela ?
Je vous ai répondu, c'est les deux. À court terme, c'est ne pas nous mettre dans une impasse, parce que tant qu'on n'a pas de solution, c'est soit on abandonne, soit on abandonne, on baisse les bras, et on importe d'ailleurs. Et nous, on ne peut pas s'y résoudre, parce qu'on est fiers de ce qu'on produit. Mais on comprend aussi qu'à un moment, il faut qu'on améliore nos pratiques, et qu'il y a des questions de santé publique qui peuvent se poser. Mais sur la santé publique, qui autorise les produits ? Ce n'est pas l'agriculteur. C'est une autorité scientifique européenne qui a donné cette homologation. Et vous voyez bien que là, on est au cœur du sujet.
Et c'est pour ça, merci d'avoir de me poser la question, parce qu'au-delà des postures politiciennes ou des tensions, vous ne pouvez pas dire à un agriculteur français, écoute, mon vieux, on va éclairer de notre superbe l'ensemble de la planète, parce que nous, on va montrer l'exemple, mais en fait, tu es mort parce que tu ne produis plus. Mais en fait, toute la journée, on va importer. C'est aussi pour ça qu'on est contre le Mercosur, par exemple. Oui, on en parlera. Mais juste une petite question, pour rebondir sur la question de Valérie, il y a quand même des producteurs d'asperges bio. Alors, comment ils font, eux ? Écoutez, d'abord, ils essaient de trouver voies et moyens.
Ils ont aussi ces insectes. Je n'ai pas le contraire, mais ils n'ont pas le pesticide. D'accord, mais je redis qu'on... Donc, ils ont trouvé des méthodes naturelles pour l'éradiquer. Peut-être que ça ne suffit pas aux questions en revanche, mais on y arrive. Non, mais on y arrive. Si on y arrivait, on le ferait. On n'y arrive pas dans les volumes qui sont achetés. Ça a été très bien dit dans le reportage. On en importe des quantités astronomiques, y compris des Pays-Bas. Si tout pouvait être bio, et si le consommateur acceptait de payer le juste prix du produit, on ne serait pas en train de parler de ce sujet.
mais la réalité, c'est qu'on est toujours dans une équation entre ce que je souhaite et mon consentement à le payer. Et là, il y a une vraie schizophrénie du consommateur. Parce que moi, quand je discute avec tout un tas de gens, ils me disent, on veut de la naturalité, on veut de la proximité, on veut de la qualité, on veut du bio, ou on veut du local. Oui, bien sûr, c'est pas cher. Parce qu'il peut y avoir les deux. C'est pas cher. C'est pas cher. Mais, par contre, l'acte d'achat ne traduit pas cette volonté affichée. Et là, on fait comment quand on est agriculteur et qu'on nous dit, moi, je produis ce que le consommateur achète.
Si demain, tout le monde est prêt à acheter, qu'est-ce qu'on observe sur la part des ménages consacrés à l'alimentation ? C'est qu'elles ne cessent de baisser. Moi, mon commentaire n'est pas un jugement de valeur. Moi, j'observe que les gens peuvent avoir des pouvoirs d'achat, des problèmes de pouvoir d'achat, peuvent avoir des difficultés à se nourrir. D'ailleurs, il y a de plus en plus de familles françaises dans lesquelles c'est difficile. Bien sûr. Mais, aujourd'hui, le premier poste de dépense, c'est le loyer ou l'immobilier.
Ensuite, c'est les déplacements, c'est la voiture, et depuis, le troisième poste qui était l'alimentation est passé quatrième parce que c'est ce qu'on appelle les dépenses brunes qui est passée devant l'ordinateur, l'abonnement, le téléphone portable. Donc, les Français disent, moi, je considère qu'aujourd'hui, me nourrir ne doit pas me coûter cher. Si c'est ça la réponse, ça veut dire qu'on est mis en concurrence avec tout un tas de pays du monde qui, d'ailleurs, ont des matières actives qui ne ressemblent absolument pas à ce qu'on est autorisé en Europe, et c'est ça qui nous révolte. Parce que je crois que tout le monde est attaché à une alimentation de qualité.
Tout le monde a envie de conserver des producteurs à côté de chez soi, et d'ailleurs, on est assez majoritairement soutenus par l'opinion publique quand on dit, ça ne va pas, on ne s'en sort pas. Mais la réalité, c'est qu'on nous explique qu'il faut toujours que nos produits sont moins chers. Mais ce n'est pas possible. Le salarié qu'on emploie...
Alors, qu'est-ce que vous proposez concrètement ? Qu'est-ce qu'on fait ? Parce que là, quand l'Assemblée, par exemple, réfléchit, vous le savez, à réintroduire, donc, là, c'est amipride pour, voilà, une période dérogatoire. De manière encadrée, absolument. Est-ce que ça, ça va dans le bon sens ? Est-ce qu'il faut aller beaucoup plus loin ? Est-ce que, là, on le sait, vous mettez un peu la pression, notamment sur le gouvernement, avec un appel à manifestation, parce que vous savez justement que les Français soutiennent les agriculteurs le 26 mai. Qu'est-ce que vous attendez de tout ça ? C'est quoi le but de tout ce que vous êtes en train de mettre en place ?
En fait, le but, c'est d'expliquer aux Français que de plus en plus de ce qu'ils ont dans leur assiette vient de l'importation. Et que, contrairement à une idée répandue qui consiste à dire que la France est un grand pays producteur agricole, nous sommes, depuis 20 ans, en train de reculer de manière extrêmement rapide et massive. Je vous donne quelques exemples. On importe aujourd'hui 25% de notre viande bovine. On importe 40% de nos légumes, 60% de nos fruits. Plus d'un poulet sur deux consommé par les Français est importé. 60% de la viande bovine. Et je pourrais continuer. Et donc, vous voyez bien qu'à un moment, on perd notre capacité de production.
Parce que derrière la capacité de production, c'est une laiterie qui ferme, c'est une sucrerie qui ferme, c'est un abattoir qui ferme.
Mais qu'est-ce que vous attendez de l'État ?
Eh bien, ce qu'on attend, c'est un, qu'on puisse protéger la production européenne et singulièrement française en ne nous mettant pas en concurrence avec des produits du reste du monde qui ne restaient pas les standards qu'on exige de nous. C'est une forme de loyauté. C'est une forme de réciprocité. Appelons ça à close miroir, réciprocité, peu importe. Mais c'est comme dans une famille. Vous ne pouvez pas, si vous avez des enfants, dire qu'il y a une règle pour l'un et une règle qui ne vaut pas pour l'autre. Il y a une forme d'équité. Il y a quand même un moment où il faut qu'on dise si c'est ça qu'on exige de vous, alors on exige de tout ce qui rentre qu'elles aient le même traitement.
Ce n'est pas ce qui se passe. Quand on importe aujourd'hui de la volaille d'autres pays, prenons le Brésil par exemple, on sait qu'au Brésil, ils utilisent une hormone de croissance qui s'appelle la flavomycine. Bon, c'est interdit en Europe depuis 2006. Là, il y a un sujet d'équité.
On vous répondra qu'il y aura des contrôles.
Oui, mais enfin... Vous n'y croyez pas ? Mais non, mais c'est déjà le cas aujourd'hui. Il y a eu une enquête qui a montré qu'il y avait eu des contrôles. On fait déjà du commerce. Ça passe à te faire les mains du fil. Voilà. Donc, nous aujourd'hui, on n'y croit pas. Quelle est la conséquence ? La conséquence, c'est que ça détruit des filières. Ça veut dire que ça paupérise le territoire. Ça veut dire qu'il y a des gens qui arrêtent de produire parce que de toute façon, il y a un moment, ils ne peuvent plus tenir. Et donc, ça veut dire que c'est la vie des territoires qui disparaît, c'est notre culture qui disparaît. Et le tout avec un peu plus d'alimentation, d'importation.
Je le redis, nous, on n'a pas de problème avec les échanges. Parce que consommer des fruits exotiques, parce que consommer... Il y a d'autres gens qui font des choses bien. Mais la réalité, c'est qu'on ne peut pas nous mettre sous pression. En gros, ce qu'on dit au gouvernement, ce n'est pas d'importation qui ne correspond pas. C'est ne consommons pas ce qu'on ne veut pas... N'importons pas ce qu'on ne veut pas produire et consommer en France. Je crois que c'est assez cohérent. Et puis après, on a un sujet en ce moment qui expose aux yeux de tout le monde. C'est la question de la souveraineté.
On voit bien qu'il y a des tensions qui naissent partout sur la planète, tous les jours, encore la semaine dernière, entre l'Inde et le Pakistan, qui laissent à penser que quand même, les tensions sont de plus en plus fortes. Le président de la République l'a rappelé lui-même. Je crois que tous les parlementaires le savent. Et donc, dans ces moments-là, il faut quand même s'en poser la question de comment on se défend. C'est tout le sujet du réarmement. Comment on se nourrit ? Pardon, mais pour tout le monde, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, c'est un sujet qui n'est plus d'actualité. Parce que comme il y a de l'alimentation partout, les gens ne se posent pas la question.
Mais est-ce qu'on est sûr qu'à l'échelle de l'histoire, on continuera à se nourrir sans aucun problème ? Moi, je ne suis pas un marchand de peur. Je suis fier de ce qu'on produit et je me bats pour qu'on continue à produire. Enfin, faisons quand même le constat qu'il y a des dangers. Il y a le changement climatique aussi qui vient nous percuter. Bien sûr. C'est plus difficile de produire. Les sujets de l'eau, on ne peut pas faire d'agriculture sans eau. On a besoin de stocker de l'eau, comme le faisaient les Grecs ou les Romains. Est-ce qu'on est capable d'aborder ce débat ? Voilà ce qu'on attend de l'État.
Et on n'est pas dans une posture où on veut détruire l'environnement, comme je l'entends. Vous savez, vous l'avez dit, je vous remercie, je suis sur la ferme de mes parents, de mes grands-parents, mes arrière-grands-parents. J'ai une histoire. Vous avez dit, est-ce que je transmettrais ? Je ne sais pas, mais si ça pouvait être le cas, j'en serais très fier. Est-ce que, décemment, on peut me regarder et dire, mais oui, mais toi, tu passes ta journée à détruire le sol et à polluer l'environnement. Enfin, j'ai des racines, je fais attention. Je suis un professionnel responsable. Mais il y a un moment, on tombe dans des clichés, on tombe dans ce qu'on veut.
Donc, ce que nous rappelons dans le moment dans lequel on est, c'est un, qu'on veut continuer à produire parce qu'on est fier de ce qu'on met dans l'assiette des Français. Et que je le redis, on a un modem de production agricole qui est parmi les plus durables de la planète. Ça ne veut pas dire qu'encore une fois, on ne peut pas progresser. Mais enfin, on est quand même déjà fiers de ce qu'on fait. Que de, on perd, on perd du terrain. Qu'il va falloir qu'on renouvelle des générations et que, évidemment, pour ça, il faut que les gens gagnent leur vie et ce n'est pas le cas partout. Bien sûr. Et donc, à la fin, celui qui choisit, c'est le consommateur. Ce sont les Français.
Qu'est-ce que vous voulez mettre dans votre assiette de l'eau ?
Et ils vous entendent dans cette émission. Je vous propose maintenant de partir dans le Gers, plus précisément à l'Anpax, dans la distillerie de l'or où les bouteilles d'Armagnac attendent fébrilement de savoir si elles vont pouvoir rejoindre les Etats-Unis et à quel prix. C'est tout de suite dans Les Pieds dans le plat.
Valérie, imaginez un peu le stress des producteurs d'Armagnac et de Cognac. J'allais dire, c'est un peu comme à la foire du trône sur les fameuses montagnes russes qui montent puis redescendent à toute vitesse. Quel sera le montant des taxes promises par Donald Trump sur les spiritueux français ? 25 ? 200% ? Ou alors 10% comme aujourd'hui ? C'est la grande incertitude en attendant le verdict début juillet après une mise sur pause de 90 jours. C'est un reportage de Clément Perrault dans le Gers dans la distillerie de l'or, l'un des plus importants producteurs d'Armagnac en France. L'ombre menaçante de Donald Trump plane sur les vignes du Gers.
Ce département du Sud-Ouest est celui de l'Armagnac, une eau de vie à base de raisins blancs. À la distillerie de l'or, 90% de la production part à l'export et les Etats-Unis sont l'un des plus gros marchés. Les menaces du président américain sur les droits de douane ont déjà des conséquences directes pour l'entreprise. Le climat d'incertitude est tel que les exportations outre-Atlantique sont pratiquement à l'arrêt. Là, il n'y a plus de commandes. On attend. Donc le dernier conteneur est parti. On peut perdre presque un million d'euros de chiffre d'affaires.
Si jamais il n'y a plus d'expédition, il y a d'autres spiritueux qui vont prendre la place dans les linéaires et pour se remettre sur un chiffre d'affaires comme on faisait les années précédentes, ça va nous prendre deux ou trois ans. La distillerie de l'or exporte au total dans 38 pays. Là, ça va partir à Taïwan. Ici, on expédie sur la Suisse. Là, on expédie sur l'Ukraine. L'entreprise est révélatrice d'une filière qui a fait de longue date le choix stratégique de l'export et pour qui les Etats-Unis représentent un marché historique. Donc ça, c'est une publicité. Ça date de 1947.
Affiche publiée dans la presse américaine de l'époque, témoin d'un long travail pour faire rentrer le cognac et l'armagnac dans les bars américains. Au début, à Boston, New York, tout ça. Et maintenant, on ne cherche pas 20 ou 25 Etats. Et du jour au lendemain, déjà, ça se freine et ça peut s'arrêter. La filière de l'armagnac se cède dans le collimateur de Donald Trump qui a menacé au mois de mars de taxer à 200% les vins spiritueux européens. Réunis en Assemblée Générale, les producteurs réfléchissent à la meilleure stratégie à adopter, un peu comme dans une partie de poker Quelle est la part de bluff chez le président américain ? La prudence ?
Comment est-elle déjà de se tourner vers d'autres marchés ? L'heure est au choix stratégique. Les opérateurs, en fait, ils ne savent pas vers quel marché ils doivent aller. Est-ce qu'ils se disent définitivement j'oublie le marché américain et je vais travailler sur un autre type de marché ? Why not ? Le marché de proximité, le marché français, le marché espagnol, le marché italien parce que ce sont des marchés de substitution. Mais remplacer un marché de 340 millions d'habitants ne se fait pas du jour au lendemain. Les producteurs d'armagnac ne se font pas d'illusions. Tant que Donald Trump sera président, ils resteront dans l'incertitude.
Alors, j'imagine que vous aussi vous êtes dans l'incertitude. Si vous glissez dans la tête de Donald Trump, qu'est-ce qu'il va faire Donald Trump avec les taxes douanières ? Comment vous le voyez ? Paix avec les Chinois, mise sur pause, accélération, comment vous voyez le résultat des courses ? Écoutez, d'abord, je ne suis pas sûr que ce soit facile d'être dans la tête de Donald Trump tant ça change au gré des journées et des annonces ou des communications. Ce qui est sûr, c'est que moi, j'ai d'abord une pensée pour ces producteurs. Vous parliez, votre reportage est sur l'armagnac mais le cognac, c'est terrible aussi. C'est terrible aussi.
C'est-à-dire que c'est des producteurs qui du jour au lendemain se retrouvent avec des marchés importants qui sont fermés. Ils n'ont rien demandé. Et tout d'un coup, on leur dit, pour des considérations de géopolitique, M. Trump a choisi de fermer. Enfin, ils se sont fait fermer la Chine. 30% ? En termes, vous savez que c'est une représaille de ce qui avait été fait sur les batteries électriques au niveau de la Chine. Donc, rien à voir avec le schmilbic, si je puis dire. Donc là, ils ont pris un premier coup sur la tête. Et puis tout d'un coup, M. Trump décide que... Voilà.
Et quand vous êtes producteur d'Armagnac, que ce soit en Bazarmaniac, en Haute-Armagnac ou dans Ténéres, c'est, encore une fois, vous êtes victime de ce système dans lequel on n'a rien demandé. Et du jour au lendemain, vous vous retrouvez avec des marchés que vous ne savez plus alimentés, des stocks, des volumes, et derrière, des factures. Et la vie de l'entreprise a fait retourner. Et là, s'il n'y a pas un peu de solidarité nationale, s'il n'y a pas un peu de solidarité européenne, si on n'aide pas ces gens à sortir...
Alors, qu'est-ce que vous voulez dire ?
Il y a déjà du chômage, par exemple, dans le Gers ? Oui, écoutez, dans le Gers, je ne sais pas, mais je sais qu'un certain nombre de grandes maisons ont annoncé des plans sociaux. Mais moi, je connais des producteurs qui sont déjà dans des situations catastrophiques depuis bien des semaines. Parce qu'ils disent, mais on ne vend plus rien, on ne sait pas comment on fait. Et moi, je le redis, on a besoin d'une solidarité. Enfin, il y a un moment, il y a des gens qui n'ont rien demandé, qui sont dans la panade. On ne peut pas les regarder comme ça juste mourir. Ce n'est pas possible. Et en plus, ils n'ont rien fait. Je pourrais vous parler aussi du vin avec le conflit Boeing et Airbus.
Tout ça, ce que va faire M. Trump, je l'ignore. Ce qui est sûr, c'est qu'à un moment, il faut qu'on défende nos marchés parce que si on ne le fait pas, je sais qu'il y a du travail pour aller chercher les nouveaux marchés, pour trouver des solutions de court terme.
Est-ce que dans les nouveaux marchés, il n'y aurait pas le Mercosur, par exemple ?
Mais si, bien sûr, il faut le regarder. Parce que là,
ce serait très intéressant pour le vin, pour l'Armaniac, pour le cognac.
Absolument, vous avez raison de dire qu'il peut y avoir des intérêts offensifs. Mais j'essaie d'être cohérent avec ce que je vous ai dit au début. Vous ne voulez pas dans l'État. On ne sera jamais d'accord pour qu'on autorise à importer en France ou en Europe des produits qui sont produits avec des normes qui ne sont pas les nôtres et qui nous sont refusés. Donc il y a un moment...
Quitte à, du coup, sacrifier certaines filières.
Les producteurs de vin, ils l'ont très bien compris parce qu'eux aussi, ils ont ces problèmes dans d'autres secteurs avec des vins francisés, avec des choses qui arrivent hors du cadre de la norme. Voilà. Donc ils pourraient... Ils ont d'ailleurs, à court terme, un intérêt offensif à le faire. Mais il y a quand même des principes sur lesquels on ne tergiverse pas. Parce que si on commence à dire, alors oui, c'est vrai, quand on importe de la viande de bœuf ou de la viande de volaille, on ne tergiverse pas. Mais par contre...
Mais on peut exporter de l'Armaniac.
Oui, mais vous voyez bien que l'accord, c'est un ou... Vous ne prenez pas le bon côté de l'accord et le mauvais. Moi, j'entends qu'il puisse y avoir des intérêts offensifs, y compris pour l'industrie, pour les techs, pour... Mais pour l'agriculture, qui continue d'avoir besoin d'échanger, d'ailleurs, je rappelle qu'on fait déjà du commerce avec l'Argentine, avec le Brésil, en dehors de l'accord commercial.
On considère que cet accord qui a plus de 25 ans, qui a toujours été porté au gré des atermoiements politiques, ne peut pas se traduire pour l'agriculture européenne par de l'importation de produits qui ne nous respectent pas, y compris sur le plan de la traçabilité, du respect de l'accord de Paris, et j'en passe. Oui, mais c'est une formidable opportunité parce que Valéry a raison. Si jamais on a une guerre commerciale qui bloque tout, l'accord de libre-échange peut être la solution. Enfin, il va bien falloir trouver une voie pour lui donner les bouchées. Mais moi, je suis président... Il faut peut-être mettre un pot d'eau dans son vin sans jeu de mots avec le Mercosur.
Je suis le président de l'FNSOA. Moi, je ne dis pas pour sauver les viticulteurs, je vais enterrer les producteurs de viande bovine. J'essaie d'avoir un raisonnement... Ça fait très bien que vous n'enterrez pas les éleveurs de producteurs de viande bovine en France parce que c'est quand même 1% de la production européenne, le Mercosur. Non, parce qu'en fait, j'entends l'argument sur c'est un steak par an et par an européen. Oui ! Mais non, si c'était que ça, ça serait trop simple. La réalité, c'est qu'en France, on avait 9 millions de vaches productrices, on n'en a plus qu'8. On a perdu... Oui, mais ça, ce n'est pas forcément la faute du Mercosur.
Non, mais ça veut dire qu'à un moment, on a un problème de compétitivité. Ça veut dire qu'aujourd'hui, on est capable d'amener des vaches du bout du monde, on ne parle même pas de bilan carbone, dans des conditions qui déstabilisent la production nationale. C'est ça, le sujet. Et moi, j'entends, encore une fois, les intérêts fossiles et on est là pour essayer de les aider, les producteurs, et faire en sorte qu'on puisse à court terme essayer de leur trouver des aides en attendant qu'on essaie de résoudre les problèmes parce qu'encore une fois, les problèmes résolus, on peut imaginer que les marchés reprendront. Là, M. Trump a dit pendant 90 jours, je ne mets que 10%.
Est-ce que 90 jours vont succéder 90 jours ? Je ne sais pas. Tous les deux jours, il va faire la paix avec les Chinois. Oui, il va faire la paix. Vous voyez bien, c'est l'escalade et puis après, on se met autour de la table. M. Trump fonctionne comme ça. Il veut faire des deals. Mais très bien.
Est-ce qu'il faudrait aussi réfléchir au marché européen ? Est-ce que ces producteurs-là, spécifiquement d'Armagnac, de Cognac, se sont privés peut-être d'un marché intérieur, j'allais dire ?
Je pense que là, ils sont en train de se poser évidemment ce genre de questions. Vous savez, quand il vous arrive ce genre d'événement et que vous prenez le ciel sur la tête, vous êtes en train de regarder. Et je pourrais en avoir rencontré un certain nombre. Oui, ils sont en train de chercher comment on peut remettre, parce que c'est vrai que dans les familles françaises, là où on voyait, on pouvait boire régulièrement un cognac après le repas. C'est une tradition qui s'est un peu perdue. Non, mais la tradition du digestif, moi, mes parents, c'était le dimanche après le déjeuner, on buvait un digestif. Voilà. Plutôt mes grands-parents.
Donc, remettre cette tradition de comment on fait, on sait très bien que par exemple le cognac aux Etats-Unis se boit avec de la limonade, avec des sodas, avec autre chose. Ça peut heurter parfois les plus puristes du goût de ce produit. Mais voilà, donc je crois qu'ils cherchent à regarder les produits sur le vin, la désalcoolisation, les nouveaux marchés, comment on regarde le marché des jeunes. Tout ça, phosphore. mais là, on est dans un temps tellement violent et tellement court que la capacité de réaction est extrêmement faible. D'où la nécessité d'apporter du concours.
Alors, comme on ne finit jamais un repas avant le digestif sans une note sucrée, c'est maintenant l'heure du péché mignon.
Alors, comme Jean-Jacques, Arnaud Rousseau aime la saisonnalité, donc c'est un dessert de saison avec le fraisier. Et l'histoire de ce gâteau fait beaucoup parler parce que c'est un mystère. Qui a inventé ce dessert devenu culte ? C'est pas vous ? C'est pas moi. Alors, certains disent que c'est le grand chef Auguste Escoffier qui aurait d'ailleurs tout inventé parce que c'est facile. Dans son guide culinaire, il propose en effet des desserts aux fraises qui évoquent ce fraisier. Étrange. Mais dans les années 60, le célèbre pâtissier, le nôtre, crée un gâteau baptisé la bagatelle qui a des similitudes avec ce fraisier. J'imagine que ces querelles vous dépassent.
Mais vous avez une petite histoire personnelle vous avec le fraisier pour nous le demander aujourd'hui ? Non, mais d'abord je voulais des fruits de saison parce que je pense qu'il y a beaucoup de Français qui ignorent beaucoup de choses de la saisonnalité. Donc je leur dis c'est la saison des fraises même si on en trouve maintenant toute l'année. Les fraises françaises, la garillette, c'est maintenant. Voilà, donc consommer des fraises et puis je trouve que c'est assez agréable parce que ça met en éveil de fruits. Peut-être juste un petit détail si vous me permettez. Moi, j'aime bien le fromage aussi. Il n'y a pas de fromage, c'est pas très grave.
Mais ça aussi, c'est une fierté française et moi, dans ma famille, le fromage occupe une place importante.
Vous parliez de la garillette, elle est menacée. Comment vous l'expliquez ?
Là aussi, parce qu'elle est concurrencée par des productions d'autres endroits de la planète, y compris de manière intra-européenne, dans des conditions parfois déloyales.
On parle de l'Espagne ?
Oui, on peut parler de l'Espagne mais on peut parler d'autres endroits parce que vous savez, il y a une partie de la fraise qui se produit hors sol de manière importante. D'ailleurs, le sujet n'est pas tant le hors sol ou la production de plein champ. Le sujet, c'est encore une fois l'origine des produits parce que ça coûte à produire parce que c'est souvent des endroits où il y a besoin de main-d'oeuvre de manière importante. C'est difficile d'en trouver. On sait qu'on a un modèle social sur lequel le coût de la main-d'oeuvre est régulièrement plus cher que dans d'autres pays. Mais tant mieux ! Non mais nous, on est ravis de continuer à payer des salariés. Ce que je veux vous dire, c'est...
Non mais c'est important de le dire aussi. Je ne suis pas en train... D'abord, on n'en trouve pas. Vous savez qu'il manque 70 000 emplois dans nos fermes. Mais si on veut attirer des gens, il faut les payer au juste prix de leur travail. Oui. Parce que nous, on est attachés aussi à la valeur du travail et au respect des gens. D'abord, notre travail et de ceux qui travaillent avec nous. Mais je fais le constat que quand on se compare avec d'autres pays européens ou du bassin méditerranéen, on a des coûts qui sont bien supérieurs. Et donc, là encore, pourtant, je peux vous dire qu'une gariguette, en termes de goût,
ça n'a rien à voir. Et tout le monde le sait.
Et moi, je préfère qu'il faut peut-être manger un peu moins, accepter de manger un peu moins de bonne qualité ou en tous les cas avec du goût. Plutôt que d'aller chercher
la fraise espagnole.
Mais je n'ai pas encore goûté. Donc je ne sais pas si elle est en danger. Valérie a raison. Mais si elle est en danger, c'est pour une autre question. Et là, vous êtes l'expert et vous allez nous expliquer. J'ai entendu dire qu'il y avait un problème de souche avec la fraise, gariguette. C'est ce qui faisait sa vulnérabilité. Qu'est-ce que ça veut dire ? On n'entretient pas, paraît-il, assez bien la souche et du coup, les voisins pourraient nous la piquer. Ça veut dire quoi ?
Je ne suis pas spécialiste mais comme toutes les productions agricoles, on a besoin de travailler sur la génétique, sur les semences, sur le produit de base pour faire en sorte que l'impact du climat, l'impact des insectes, l'impact des champignons continuent à préserver une souche qui nous permet de continuer à avoir des produits de qualité. Et ça, ça nécessite de continuer à faire de la recherche, de l'innovation. Alors on peut en parler de la méthode, de comment, mais c'est extrêmement important, y compris comment on conserve de vieilles souches. Voilà, donc c'est tout le patrimoine génétique de l'agriculture qui est évidemment concerné.
On peut parler sur la fraise mais on pourrait parler des pépiniéristes, on pourrait parler des arboriculteurs, on pourrait parler de tout un tas de gens.
Alors justement, on vous laisse goûter ce fraisier et on termine ce repas en musique avec la symphonie numéro 6, la pastorale de Beethoven qu'on écoute tout de suite. Pourquoi ce choix ? Pourquoi la musique classique ?
D'abord parce que je suis assez amateur de musique classique. ça m'apaise dans une vie qui est souvent un peu vive. Voilà.
Vous faites écouter de la musique à vos plantes ?
Non.
Non, non,
je ne fais pas ça.
Il paraît-il que ça fait pousser mieux et plus vite ?
Ah, écoutez, je ne suis pas compétent mais voilà, j'aime bien d'abord parce que là aussi il y a une histoire, il y a des racines et puis vous avez compris que ce n'est pas n'importe quelle symphonie. la pastorale. Elle dit aussi ce qu'est la vie des agriculteurs, cette capacité à enchaîner les saisons, à se remettre en question de manière permanente, à ne jamais pouvoir se reposer sur ses lauriers parce que les saisons avancent toujours, parce que le troupeau, parce que la culture, parce que la production continue à avancer.
Et je trouve que nous qui avons des métiers où on est très souvent dans l'instant, voilà, ce genre de musique, ça permet aussi de prendre un peu de recul, de veiller la tête et de donner un peu de sérénité et je crois que notre monde en a un peu besoin en ce moment.
Merci beaucoup. Merci, on vous a entendu. Merci beaucoup Arnaud Rousseau d'avoir partagé ce repas. Merci Jean-Pierre. Et puis on remercie évidemment le restaurant Le Bourbon qui nous a concocté ce merveilleux repas. On se retrouve très vite pour un nouveau numéro de Politique à table.