Bono, chanteur du groupe U2 : "Les plus grands leaders que j’ai rencontrés avaient de l’empathie"
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Questions et réponses
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Merci de nous accorder cet entretien exclusif à l'occasion de la sortie de Surrender, 40 chansons, une histoire ?
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C'est une mise à nu, un exercice de vérité, c'est une confession, une thérapie, c'est quoi ce livre ?
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Comment on fait les saucisses ?
- 3:29OuverteRéponse directe
Votre mère Iris, décédée de manière absolument tragique quand vous aviez 14 ans, c'est un traumatisme absolu pour vous ?
- 4:59OuverteRéponse directe
Il y a la mère et il y a le père, Bob, avec qui vous avez longtemps eu des relations tourmentées ?
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Est-ce à dire que si votre père vous avait encouragé, vous ne seriez pas devenue la rockstar que vous êtes devenue ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« La France était à la tête de la lutte contre le sida. »
- 12:42InvitéChiffre
« Il y a eu 30 millions de gens qui sont vivants grâce aux médicaments que des pays comme la France ont fournis. »
- 12:52InvitéFait
« On sauve nos propres vies. »
- 12:57InvitéChiffre
« 54 millions d'enfants additionnels sont allés à l'école. »
- 13:06InvitéFait
« La France, à nouveau, a été à la tête de ce mouvement. »
- 19:37InvitéFait
« La Grande-Bretagne va regretter d'être sortie de l'Europe. »
- 19:40InvitéFait
« L'Irlande prospère grâce à l'Europe. »
Temps de parole
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9-30. Et un invité exceptionnel dans le grand entretien ce matin, Bono, chanteur mondialement connu, leader du mythique groupe irlandais U2. Il publie ses mémoires sous le titre Surrender, 40 chansons, une histoire, c'est chez Fayard. En exclusivité pour France Inter, vous avez pu le rencontrer, Léa, pour une discussion libre et franche sur sa vie, sur l'amour, mais aussi sur ses engagements, sur la politique, la guerre en Ukraine, sur la grande bataille de l'époque, celle de la liberté contre le populisme. U2, c'est une carrière de plus de 40 ans, plus de 200 millions d'albums vendus et quelques chansons inoubliables. Bonjour Bono !
Bonjour !
Merci de nous accorder cet entretien exclusif à l'occasion de la sortie de Surrender, 40 chansons, une histoire, un livre autobiographique sorti en France aux éditions Fayard. Dans ce livre, vous racontez votre vie, votre destin incroyable, depuis votre enfance douloureuse à Dublin, marqué par la mort de votre mère quand vous aviez 14 ans, jusqu'à la formation de U2 et son explosion planétaire, en passant par votre engagement dans la lutte contre la pauvreté, dans la lutte contre le sida, ou plus récemment le soutien à l'Ukraine. Vous avez récemment donné un concert dans le métro de Kiev, vous étiez au début de la guerre là-bas.
Ce livre est très personnel, il est très touchant, il est même passionnant, parce qu'on traverse à travers vous la fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle, et vous ne vous épargnez pas dans ce livre. C'est une mise à nu, un exercice de vérité, c'est une confession, une thérapie, c'est quoi ce livre ?
Je pense que c'est plus un livre d'anatomie qu'un livre de confession. J'essaie de faire entrer les gens dans la pièce, et voir le processus derrière les chansons, derrière l'activisme, le militantisme, et comment on fait ça, on peut dire qu'on fait ça, comment on fabrique les saucisses, quand vous regardez comment la saucisse est faite, vous ne la mangeriez pas. Moi, je crois que je montre en fait comment on fait les saucisses.
Comment on fait les saucisses ? Le livre est composé de... Vous êtes une saucisse, Bono. C'est donc l'information de la journée, je pense. Le livre est composé de 40 chapitres, chacun au nom d'une de vos chansons, chacun traitant d'un épisode de votre vie, et tout commence par l'enfance, et tout commence avec vous par la mère. Votre mère Iris, décédée de manière absolument tragique quand vous aviez 14 ans, elle a eu une attaque cérébrale au moment de l'enterrement de son père, de votre grand-père, devant sa tombe, elle est foudroyée, et vous perdez votre mère à 14 ans, c'est un traumatisme absolu pour vous, encore plus grand que s'est installé le silence après sa mort.
Vous dites, ni votre père, ni votre frère n'abordait le sujet à la maison. Vous écrivez, nous étions trois mâles irlandais qui se hurlaient dessus, et nous esquivions la douleur que provoqueraient inévitablement, nous le savions, le fait de penser à elle et d'en parler.
Je ne sais pas si c'est quelque chose d'uniquement irlandais. Vous savez, c'est peut-être quelque chose de plus mal. Mon père n'a plus jamais parlé de ma mère, après qu'on est perdus. Non. Et, je dirais, j'ai perdu beaucoup de mes souvenirs, en écrivant ce livre, j'ai retracé mon chemin jusqu'à elle, je l'ai retrouvée. Elle m'a fait rire, beaucoup plus qu'elle ne m'a fait pleurer. Elle était drôle, elle était amusante. Et cette blessure, si on peut l'appeler ainsi, est devenue, en fait, une grande ouverture pour moi, que j'ai pu remplir par la musique.
Il y a la mère et il y a le père, Bob, avec qui vous avez longtemps eu des relations tourmentées. Inconsciemment, vous dites que vous lui avez reproché la mort de votre mère. Et puis, il ne vous a pas encouragé. Jamais, quand vous aviez le rêve de faire de la musique, il ne vous encourageait pas, il l'ignorait. Alors qu'il aimait la musique, mais il l'ignorait. Vous écrivez, il n'y a pas des dizaines de chemins possibles pour faire d'un enfant un chanteur. Soit vous lui dites qu'il est extraordinaire et que le monde a besoin d'entendre sa voix. Ou au contraire, vous l'ignorez tout simplement. C'est peut-être encore plus efficace.
Est-ce à dire que si votre père vous avait encouragé, vous ne seriez pas devenue la rockstar que vous êtes devenue ?
Oui, c'est peut-être vrai. Ce n'est pas quelque chose que j'aimerais forcer comme vision. Mais il est intéressant de voir que les coups que l'on reçoit, les blessures que l'on reçoit, c'est ce qui nous fait, c'est ce qui nous fabrique. J'ai passé du temps avec mon père, cette tournée que je fais en lisant mon livre et en chantant ma vie en même temps. Je fais des scènes avec mon père où je le joue et je commence à l'aimer de plus en plus.
Vous lui avez pardonné, en fait ?
Oui. J'espère qu'il m'a pardonné aussi. Et en fait, quand il est mort, je suis allé dans une petite chapelle ici en France, à Aize. Vous savez, dans ce village médiéval, je suis allé dans cette petite chapelle et j'ai demandé pardon à mon père. Et je me suis senti mieux. Je me suis senti changé, différent.
C'est marrant que vous parliez de la chapelle et de la foi. La foi et la religion, c'est quelque chose d'important chez vous qui revient dans le livre. Et d'ailleurs, sur son lit de mort, votre père vous dit deux choses. D'abord, il vous dit, va te faire foutre. Et ensuite, il vous dit, ta foi, garde-la. C'est ce qui est le plus intéressant chez toi.
Mais il avait perdu sa foi au moment où il en avait besoin le plus, en fait, à la fin de sa vie. Mais il était catholique qui a épousé une protestante. En Irlande. En Irlande. À une époque, on était très près de la guerre civile, sur des lignes vraiment très paroissiales et sectaires. Et ça a montré du courage. Mais moi, j'ai fini avec une foi profonde que j'ai toujours, qu'on peut appeler chrétienne, au sens large du terme. Mais j'ai aussi un sens de l'absurdité de la religion. Et à cette époque, quand on négocie notre modernité, je trouve que c'est un réconfort. Je trouve que c'est un guide à travers ce monde.
Et je crois que les gens, ça peut leur manquer parce qu'on vit dans un monde où la religion est un souvenir, et dans certains cas, un mauvais souvenir.
Ce livre est un peu une déclaration d'amour à votre femme, Ali, que vous avez rencontrée très jeune. Vous êtes encore avec elle. Vous avez eu quatre enfants avec elle. À un moment, dans une époque, la modernité, où rien ne dure, où la tentation est partout. Encore plus, quand on est comme vous, une rockstar. Comment vous avez fait pour tenir aussi longtemps votre couple ? C'est une bizarrerie, votre couple Bono.
Elle est tellement extraordinaire. J'essaye de comprendre qui elle est. Et ses enfants sentent la même chose que je sens moi. Qui elle est ? Qui est-elle ? Elle est fascinante. Et c'était comme un guide spirituel pour moi. Elle a cru en moi, même avant que je ne croie en moi-même.
Il faut dire aussi que vous êtes infidèle à votre femme, à votre groupe. Comment expliquer la longévité de U2 ? Vous êtes toujours ensemble, malgré les doutes, malgré les difficultés, malgré les tensions. Vous êtes toujours ensemble.
La fidélité aux gens, aux concepts, c'est toujours un problème. Vous savez, on est emportés par le vent. mais parfois, parfois, il faut se tenir fortement aux gens à vos côtés parce que c'est votre propre survie qui est en jeu. Ces gens sont mes amis. L'amitié aussi, c'est une grande partie de ma relation avec Ali, avec ma femme. si vous avez une amitié et une vie romantique, une vie d'amour, c'est une bonne façon de le faire. Mais il y a des moments où on s'est trouvé, comment dire, difficile, l'un envers l'autre. Mais on a dépassé cela et il y en a toujours un qui ramène l'autre à la maison.
Un mot sur U2, sur la musique de U2. Vous dites, ce n'est pas du rock, ce n'est pas vraiment du rock. Sous son vernis contemporain, c'est de l'opéra, c'est de la grande musique, de grandes émotions emballées dans la pop de l'époque. C'est de l'opéra, U2, votre musique ?
C'est drôle. On est plus italiens. Nous, les Irlandais, on est comme les Italiens qui ne mangent pas tellement, en fait, qui ne mangent pas tellement bien, qui ne s'habillent pas tellement bien. Et disons, on n'arrive pas à se qualifier pour la Coupe du Monde. Mais, on n'est pas des Européens du Nord. Notre musique est beaucoup plus chaude, elle est moins cool, elle est moins, comment dire, elle est beaucoup plus méditerranéenne.
Il y a un mot qui revient tout le temps dans votre livre, un crédo, qui résume peut-être toute votre vie. Tout ce que vous avez été, c'est être utile. Vous écrivez, si vous voulez être célèbre, bien sûr, soyez drôle, soyez irrévérencieux, mais par-dessus tout, soyez utile. Vos engagements ont été nombreux, Bono, on le sait, dans la lutte contre le sida, pour l'annulation de la dette des pays pauvres notamment. Vous avez d'ailleurs parfois été critiqué pour votre activisme de star et vous faites un peu votre autocritique dans le livre en parlant de la souffrance du syndrome du messie blanc, de l'homme blanc qui va venir sauver les pauvres.
Vous dites, comment ne pas devenir méfiant en voyant des stars du rock, des top modèles, des acteurs ou des milliardaires faire la queue pour se faire photographier avec des malades ou des mourants ? Vous avez des regrets parfois sur vos engagements ? Vous feriez des choses différemment ?
Un complexe messianique, c'est très important pour un homme qui est dans un groupe de rock ou d'un groupe pop. Il faut mettre le messie dans le messianique. Mais moi, je suis un militant, oui, mais pour moi, ce n'est pas extraordinaire. Je suis intéressé par les relations horizontales plutôt que les relations verticales dans ma vie avec le groupe, avec ma femme, mais aussi en tant que militant. Il faut faire attention d'être trop paternaliste, une vision trop verticale du donateur, de celui qui reçoit. Non, non, non, c'est fini ça. On ne peut pas réussir, l'Europe ne peut pas réussir sans la réussite de l'Afrique. Et on sait que notre avenir, c'est l'avenir du continent africain.
La France était à la tête de la lutte contre le sida. C'est votre argent. Il y a eu 30 millions de gens qui sont vivants grâce aux médicaments que des pays comme la France ont fournis. En fait, on sauve nos propres vies. Et sur l'annulation de la dette, 54 millions d'enfants additionnels sont allés à l'école. Ce n'est pas juste un slogan, c'est de la vérité, c'est de la réalité. Et la France, à nouveau, a été à la tête de ce mouvement. Et je dois vous remercier. Et quand je le peux, je veux remercier les gens. Je reçois beaucoup de remerciements, mais ce n'est pas mon argent, c'est le vôtre.
On va parler de la France, mais vous racontez dans votre livre vos rencontres avec les grands de ce monde. Michael Gorbatchev, Angela Merkel, Barack Obama, Joe Biden, Nelson Mandela, Jean-Paul II, Steve Jobs, tous les présidents français depuis Chirac. Le livre d'histoire de la fin du XXe siècle et du XXIe siècle, en tout cas, ce livre-lait. Qu'est-ce que vous avez appris du pouvoir et de ceux qui l'exercent ? Est-ce que vous avez été fasciné ou déçu ?
J'ai appris quelque chose d'inquiétant. C'est que ces relations, les relations les plus importantes dans le monde, sont fondées sur la chimie. Et on ne veut pas que ça soit vrai. Mais c'est très important que vos dirigeants trouvent une façon de se relier avec d'autres dirigeants qui pourraient avoir, qui pourraient faire une grande impression sur vos propres vies. Et les meilleurs leaders que j'ai rencontrés avaient de l'empathie, une capacité de comprendre les personnes qui étaient de l'autre côté de la table avec eux.
Qui vous a le plus fasciné ? Qui avait le plus d'empathie ? Gorbachev.
Gorbachev est venu chez nous et dans le livre je décris parce que j'ai oublié de dire à Ali qu'il pouvait passer peut-être. Et donc on avait un déjeuner de dimanche et il est arrivé avec un ours en plus de deux mètres et elle a ouvert la porte et il y avait Mikhail Gorbachev avec ses tours en peluche parce que notre fils John venait de naître et il a porté ça en cadeau. Et lui c'était son idole à elle et il est venu s'asseoir avec nous. Et j'ai commencé à comprendre que c'était l'homme le plus important de ma vie. Et on lui a demandé les grandes questions, on lui a posé les grandes questions. Qu'est-ce qu'il ferait avec les codes nucléaires ? Est-ce qu'il croyait en Dieu ?
Il a dit non, je crois en l'univers. Non, il était étonnant. On a bu du whisky irlandais et il nous a il nous avait à l'esprit quand il a démantelé l'Union soviétique et on vit aujourd'hui les conséquences de cela. J'écris dans le même chapitre au sujet de rencontrer les rencontres en Ukraine. Alors justement, Volodymyr Zelensky. Oui, la rencontre avec Zelensky. Je l'ai rencontré avant qu'il soit président et il nous a invités à venir et on a joué dans la gare, dans le métro.
Mais vous dites sur Zelensky qu'effectivement vous avez connu avant quand il était humoriste puis ensuite depuis le début de la guerre où vous êtes allé à Kiev. Vous le comparez à Winston Churchill, à Nelson Mandela et à Martin Luther King. à ce point ?
On regarde quelqu'un devenir au moment. Il est fait par le moment. Il avait le matériau mais le moment est tellement plus important que lui. il a accepté ce moment et c'est remarquable de voir cette transformation. Mais pas seulement lui, les gens autour de lui, les raconteurs d'histoire, les cinéastes. Yermak c'est le numéro 2 du pays. C'est un producteur de films, de cinémas et Zelensky c'était un acteur. Ils sont responsables du récit. C'est vraiment critique les populistes. Ils ont des histoires extrêmement simples. Oui, on peut les suivre. Ils nous font des... Ils nous racontent des contes de fées à la grime mais on connaît leur histoire.
Mais pour des gens qui croient à la liberté, à la démocratie, on a besoin de meilleurs raconteurs. Et lui, c'est un des grands raconteurs, Zelensky. Et on ne peut pas le laisser perdre parce qu'on ne peut pas laisser la liberté perdre. Et on sait cela. Nous sommes dans un monde où il y a du fascisme, où le fascisme est de nouveau à la mode. On peut l'appeler ça capitalisme d'État en Chine, on peut l'appeler comme on veut en Russie, mais c'est du fascisme. Et la liberté, c'est... le mot le plus enivrant qu'on a dans notre lexique. Et c'est un mot énorme, et il ne faut pas le prendre pour acquis. C'est un mot très sexy. Regardez ces vieux hommes blancs.
Regardez le type là de Bélarus, le président de Bélarus. Loukachenko. Loukachenko, oui. Et il est là avec Poutine devant le feu et il regarde tellement emmerdant. C'est tellement emmerdant, ces vieux blancs, mâles. Dieu nous préserve d'eux. Et c'est le moment de manifester ce que la démocratie peut faire et ce que nous faisons en tant que militants. ces médicaments contre le sida, ça prouve la liberté.
Et voilà, quand vous parlez de vos engagements, vous êtes envoûtés. C'est quelque chose qui vous touche vraiment. On le lit d'ailleurs dans le livre. Vous parlez du populisme, vous parlez de Donald Trump comme d'un syndrome que le virus pour vous c'est le populisme qui est basé sur la peur. Vous parlez aussi de l'Europe, vous dites quelle grâce on a de vivre aujourd'hui en Europe et même le langage, le jargon atroce des bureaucrates européens vous dites ressemble à la voie de la raison.
Moi, je suis Européen. Mais l'Europe c'est une pensée qui doit devenir une émotion, une sensation. C'est un concept un peu froid. Mais c'est beaucoup plus intéressant que ça. La nature même de ces langues différentes mais d'une seule voix. Moi, je sais que Bruxelles ça peut être un peu chiant et bureaucratique mais c'est toujours incroyable d'avoir ces vieilles tribus qui se combattaient et vous savez la Grande-Bretagne va regretter d'être sortie de l'Europe. L'Irlande prospère grâce à l'Europe. En fait, le problème en Irlande entre le Nord et le Sud, le plus le Nord s'approche de l'Europe et le Sud se rapprochait de l'Europe, et bien on se rapprochait le Nord et le Sud.
Vous, un mot sur la France. Vous avez rencontré tous les derniers présidents français. Vous dites Jacques Chirac m'a stupéfié, je l'avais insulté publiquement. Il me reçoit, il demande à me voir et il s'engage sérieusement sur la lutte contre la dette des pays pauvres. Nicolas Sarkozy, vous écrivez, était une vraie toupie. Avec François Hollande, on était sur la même ligne sur les questions de développement donc c'était facile. Quant à Emmanuel Macron, vous dites qu'il n'a rien à voir avec ses prédécesseurs et rien à voir non plus avec aucun des dirigeants que vous avez rencontrés dans votre vie.
Vous dites qu'il ressemble beaucoup plus aux dirigeants d'une start-up de la Silicon Valley que d'un dirigeant classique. C'est-à-dire, expliquez-nous parce que pour nous Emmanuel Macron reste une énigme.
Non, moi je parle de lui dans la coulisse. Il résout les problèmes. Moi je ne suis pas qualifié pour commenter la politique française. c'est les électeurs français qui doivent le faire. Mais moi je travaille avec ce genre de choses. Il retrousse les manches, il est là. Je ne vois pas. Moi j'ai un gros ego. Moi je suis comme ça et lui il a un gros ego. Mais on n'est pas comme ça quand on se rend compte. Il pose la question comment est-ce qu'on règle ça ? et son alacrité verbale, son acuité intellectuelle, franchement, ça ne se produit pas tout le temps. Tous les dirigeants du monde ne sont pas aussi intelligents.
Ils savent parler, ils peuvent être chaleureux ou charismatiques, mais on a besoin d'un certain niveau intellectuel si on réussit à le trouver. Je vois comment ils résoutent les problèmes. et c'est quelque chose il faut être témoin de ça. C'est une énergie inhabituelle. Et moi je l'ai vu vraiment dans des gens restreints. J'ai vu des gens de la Silicon Valley et j'ai vu des dirigeants de la Big Tech. Mais ce n'est pas comme ça. Comment est-ce qu'ils apparaissent ? C'est une énergie intéressante.
La France, vous l'aimez. La France, vous avez une maison à Aise et vous dites dans le livre vous vous étonnez de notre mode de vie à la française. La France, c'est la belle vie. Personne n'a l'air gros alors qu'une boutique sur deux est une pâtisserie. Les Français aiment tout avec parcimonie sauf la cigarette.
Un peu de ce qu'on aime sauf les cigarettes. Vous en faites beaucoup avec les clobos. Je pense que ma famille et notre groupe ont une dette envers la France. Notre groupe est très populaire en France. Mais les Français nous laisseront tranquilles en tant que famille. Les Français sont des gens avec qui j'aimerais vivre. Le respect. Le respect de votre espace personnel.
Comment ça va en français ?
L'année prochaine. L'année prochaine. J'ai parlé français parfaitement maintenant. C'est un grand problème.
Pourquoi ?
Lazy. Et les Français nous ignorent.
Ah donc il faut venir vous parler ?
Mais si on nous parlait plus voilà peut-être que j'améliorerai mon français.
Pour terminer le titre de votre livre Surrender ça veut dire capituler. Ça veut dire renoncer. Ça veut dire quoi ce titre ? Qu'en vieillissant il faut apprendre à capituler à renoncer à certaines choses et c'est ça qui apporte l'apaisement ?
Je suis né avec mes points levés. Je suis très combatif. Je sais qu'à ce point de ma vie je dois être moins combatif. Je tente de faire la paix avec moi-même. Je tente de faire la paix avec notre Créateur. Je ne ferai pas la paix avec le monde. Mais c'est quelque chose que je tente d'avoir plutôt que d'avoir entre mes mains.
Merci. Merci beaucoup Bono pour nous avoir accordé cet entretien exclusif sur France Inter. Surrender. 40 chansons, une histoire, votre livre très personnel. On apprend plein de choses. On voyage avec vous dans ces 50 dernières années dans la politique, dans la musique et dans votre intimité. Merci infiniment de nous avoir accordé cet entretien.
Léa, merci beaucoup. Je me soumets à vous.
Merci beaucoup. Et merci Léa. Merci à Michel Zlotowski pour la traduction et à Frédéric Milano pour la réalisation de cet entretien. Surrender, le livre de Bono est publié chez Fayard et traduit par Julie Siboni. France Inter. France Inter.