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ChroniqueFrance Inter (sur YouTube)· 19 janvier 2024 3 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsDéfenseSolidarités & famille

Discours martial de Macron, revirilisation du pouvoir - En toute subjectivité, Anne-Cecile Mailfert

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 80 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:09InvitéFait
    « Elle fait donc partie d'un grand plan de réarmement de la France, selon le mot de notre président. »
  • 0:20InvitéFait
    « L'expression réarmement, accolée à démographique, m'a donné envie de répliquer, laissez nos utérus en paix. »
  • 0:34InvitéFait
    « Au début de la crise sanitaire, Emmanuel Macron avait convoqué tout un champ lexical martial. »
  • 1:29InvitéFait
    « Depuis novembre, le livret A, épargne préférée des Français, permettra de soutenir l'économie de guerre. »
  • 1:36InvitéFait
    « Concrètement, les banques pourront faire bénéficier à l'industrie de la défense et de l'armement les fonds du livret A et du livret de développement durable et solidaire. »

Temps de parole

  • Invité93 %
  • Présentateur7 %

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0:00
Présentateur

En toute subjectivité, bonjour Anne-Cécile Maïfer.

0:03
Invité

Bonjour à toutes et tous.

0:04
Présentateur

Ce matin, vous nous parlez de vocabulaire, Anne-Cécile.

0:07
Invité

Mercredi, ma sœur est accouchée d'une fille. Elle fait donc partie d'un grand plan de réarmement de la France, selon le mot de notre président. Le mot prononcé lors de ses voeux le 1er janvier est répété à tout va mardi dernier, ré-armement. D'ailleurs, l'expression réarmement, accolée à démographique, m'a donné envie de répliquer, laissez nos utérus en paix. Mais au-delà de cette obsession nataliste qui ne dit rien de bon pour nos droits, c'est ce vocabulaire guerrier qui m'a intriguée. Ce n'est pas la première fois que la guerre fait partie de son vocabulaire. Au début de la crise sanitaire, Emmanuel Macron avait convoqué tout un champ lexical martial.

En dramatisant à l'excès, le président espérait comme aujourd'hui mobiliser et créer l'union nationale autour de lui. Mais cette fois, ces mots viennent pointer plus qu'une stratégie de communication, un projet politique. Il emprunte à l'idéologie ultra-droitière, va chercher leur voie en virilisant le pouvoir, prenant le risque, au passage, de réveiller un grand démon. Qu'est-ce que vous voulez dire Anne-Cécile ? En utilisant cette rhétorique belliqueuse avec une telle légèreté, Emmanuel Macron nous accoutume à l'idée de la guerre. Elle gronde à nos portes. Déjà, j'entends que la guerre fait partie des possibilités pour nos générations. Et bientôt, on la pensera inévitable.

La dernière fois que l'on parlait de réarmement moral, c'était en 1938. A l'époque, les créateurs de cette expression et de ce mouvement qui disait se battre pour la paix s'inquiétaient de la remilitarisation de l'Allemagne. Derrière les métaphores, il y a aussi les actes politiques. De nos jours, ce n'est pas que l'Allemagne qu'on réarme, mais aussi la France. Depuis novembre, le livret A, épargne préférée des Français, permettra de soutenir l'économie de guerre. Concrètement, les banques pourront faire bénéficier à l'industrie de la défense et de l'armement les fonds du livret A et du livret de développement durable et solidaire. Et vous, ça vous fait peur ? Je suis Lorraine.

Quand j'étais gamine, nos sorties scolaires étaient à Verdun, devant des tas d'ossements, des villages rasés ou des terrains encore marqués par les bombardements de la Première Guerre mondiale. Dans les bois, on jouait sur les vestiges d'effort et notre jeu préféré, c'était l'Allemand contre le Français. Les secrets de famille, c'était ce que les soldats allemands avaient fait subir à ma grand-mère avant de brûler la ferme Vosgienne, alors que mon grand-père était prisonnier de guerre. La guerre, c'est pas un jeu de mots. Elle laisse des traces indélébiles sur des générations.

Féministe, je sais que la guerre est l'expression la plus brutale de la violence virile dans laquelle meurent nos enfants, que nous n'élevons ni pour tuer, ni pour être tués. Réaliste, je pense que la guerre est toujours une impasse et la paix la seule solution. Loin d'être une évidence, la paix est une bataille culturelle de chaque instant, la seule que tout dirigeant avisé devrait raisonnablement mener. Il y a deux jours donc, Céleste, ma sixième nièce, naissait dans l'Est. La beauté d'un nouveau-né est toujours désarmante. Alors un désarmement démographique, voilà ce qu'on préfère. Car pour faire des enfants, c'est l'amour qu'il faut faire, pas la guerre.

2:45
Présentateur

Merci Anne-Cécile Maïfer, présidente de la Fondation des Femmes. On vous retrouve vendredi prochain.