Mayotte : "La phase d'urgence va durer plusieurs semaines, plusieurs mois", prévient le président de la Croix-Rouge française
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:19OuverteRéponse directe
Quelles sont les urgences à vos yeux et vous qui êtes sur le terrain ?
- 0:41RelanceRéponse partielle
L'accès à l'eau est-il revenu pour une grande partie des habitants ?
- 1:26RelanceRéponse directe
Est-ce qu'on est encore dans l'urgence ou dans une nouvelle phase ?
- 2:13OuverteRéponse directe
Quelles sont les urgences en matière d'habitat et de logement ?
- 3:27OuverteÉludée
Un mot sur l'immigration à Mayotte ?
- 4:30OuverteRéponse directe
Comment la Croix-Rouge accompagne-t-elle la population ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:05InvitéChiffre
« il faut à peu près une bouteille par habitant, vous vous rendez compte c'est près de 300 000 bouteilles d'eau qu'il faudrait fournir par jour »
- 2:24InvitéChiffre
« la population de Mayotte est de 300 000 habitants dont près de 100 000, soit 72% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté »
- 3:33InvitéChiffre
« 50% des habitants de Mayotte sont d'origine étrangère »
- 13:22PrésentateurChiffre
« officiellement 39 morts ont été recensées pour le moment »
- 17:47InvitéFait
« Pour le territoire de Mayotte, c'est l'épisode le plus important depuis le début du siècle passé »
- 18:44InvitéChiffre
« nous avons pu mobiliser depuis 15 jours près de 3 millions d'euros d'achats de matériel mis à disposition de la population »
- 18:53InvitéChiffre
« Nous avons plus de 5 millions de dons des particuliers »
Temps de parole
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Bonjour Philippe Dacostin. Bonjour. Bon ça y est, François Bayrou est à Mayotte, il enchaîne les étapes, un collège, une usine de dessalement d'eau de mer et désormais l'hôpital de campagne de Mamoudzou, 16 jours après le passage du cyclone Chido. Quelles sont les urgences à vos yeux et vous qui êtes sur le terrain, quelles sont les urgences auxquelles il faut répondre là maintenant ?
Les principales urgences du moment c'est l'accès à l'eau, l'accès aux biens essentiels, aux biens alimentaires évidemment et puis c'est la mise à l'abri de la population parce qu'un certain nombre d'abris ont été totalement détruits et donc il faut protéger la population.
Alors vous dites l'accès à l'eau, j'ai pu lire pourtant que les autorités disent que l'accès à l'eau il est revenu non pas pour la totalité mais pour une grande partie des habitants de Mayotte.
Alors vous savez que nous sommes sur un territoire qui connaissait déjà par le passé des difficultés dans son accès à l'eau, tout simplement l'eau courante.
Il est important qu'on puisse amplifier la réponse à donner à la population et on l'a vu ce n'est pas simplement dans la distribution de bouteilles d'eau puisqu'il faut à peu près une bouteille par habitant, vous vous rendez compte c'est près de 300 000 bouteilles d'eau qu'il faudrait fournir par jour mais c'est l'installation des stations de traitement d'eau, ce que nous faisons d'ailleurs à la Croix-Rouge puisque nous avons trois qui sont actuellement installées et qui vont produire chacune 40 000 litres d'eau, ce qui va amplifier considérablement la réponse à la population.
Mais ce qu'il faut bien comprendre c'est qu'à l'heure où l'on se parle ce matin, on est encore dans l'urgence, on n'est pas du tout dans une nouvelle phase à vous entendre et c'est ce que nous disent un petit peu les élus aussi qu'on a en ligne depuis ce matin.
Absolument, il faut rester très réaliste, dans un territoire dégradé où nous avons connu une semaine où l'accès a été extrêmement difficile vous vous souvenez la première semaine les difficultés du pont Arien, la destruction de l'aéroport, du port, la difficulté à acheminer à la fois du personnel et des biens et bien la deuxième semaine a vu une amélioration mais elle reste très faible encore pour une partie de la population nous en avons pour plusieurs semaines et la phase d'urgence va durer plusieurs semaines voire plusieurs mois et ce n'est qu'après cette phase d'urgence, on parle pour nous humanitaire, de post-urgence et que la phase de reconstruction pourra véritablement recommencer sur des bases nouvelles.
Alors Philippe Dacostas, je voudrais qu'on parle d'une autre urgence, l'habitat, le logement avec notamment les bidonvilles et le maire de Mamoudzou qui lui souhaite interdire la reconstruction de ces bidonvilles. Qu'est-ce que vous en pensez vous ? Écoutez, la population de Mayotte est de 300 000 habitants dont près de 100 000, soit 72% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Ces bidonvilles, en gaz comme on le dit là-bas, ont été le fruit de construction informelle. Évidemment, il faut reconstruire et reconstruire dans des conditions qui puissent affronter d'autres aléas climatiques. C'est vraiment possible de reconstruire en vue, en effet, y compris des bidonvilles ?
Je pense qu'il faut que sur ces terras-là, on invente des réponses en matière d'habitat qui correspondent à la réalité de ces territoires. Nous l'avons fait à Saint-Martin, nous l'avons fait dans d'autres territoires qui ont connu des cyclones. Je pense que ces réponses, il ne faut pas qu'elles soient, j'allais dire, amenées de l'Hexagone vers Mayotte, mais que véritablement, on s'appuie aussi sur la population pour que cet habitat soit renforcé, y compris l'habitat traditionnel. On le voit bien, nous avions la maison Croix-Rouge, les toits se sont envolés. Donc, il y a véritablement à renforcer la résilience de l'habitat sur le territoire. Philippe Dacosta, un mot sur l'immigration.
Vous connaissez bien ce territoire de Mayotte, vous y êtes allé à plusieurs reprises. Un chiffre, 50% des habitants de Mayotte sont d'origine étrangère. Il y a pas mal d'hommes ou de femmes politiques qui disent qu'il faut réguler définitivement cette immigration, que ce n'est plus possible. Qu'est-ce qu'on en pense du côté de la Croix-Rouge française ? Est-ce que c'est ça le réel problème de Mayotte ? Écoutez, c'est un débat politique, je laisserai les hommes et les femmes politiques le tenir.
En ce qui nous concerne, en tant qu'acteurs humanitaires, ce qui nous importe, c'est qu'il y a aujourd'hui sur le territoire une population qui est sur place et qu'il faut accompagner, et à qui il faut apporter les biens essentiels. Évidemment, toute réponse s'inscrit aussi dans un territoire. Les Comores sont proches, les réalités migratoires, y compris de l'Afrique, sont là. Et donc, c'est évident que cette situation-là appelle des réponses qui doivent se concerter aussi avec les pays environnants.
Ce qui nous importe tout particulièrement à la Croix-Rouge, depuis une quinzaine d'années où nous avons accéléré notre présence sur place, c'est d'apporter des réponses à cette population qui vit aujourd'hui dans des conditions très difficiles. Comment, quelles réponses vous essayez d'apporter ? Tout simplement, nous avons mis en place ces programmes autour de la santé, de l'hygiène, de l'éducation, autour des programmes aussi, je dirais, d'accès ou bien alimentaire, voire aussi les questions d'insertion.
Pardon, Philippe Dacosta, est-ce que c'est tenable ? Enfin, quand on entend les habitants de Mayotte, quel que soit leur bord politique d'ailleurs, les élus de Mayotte, tous disent, on ne peut plus vivre avec une telle, même pour des raisons humanitaires, sanitaires, c'est impossible de vivre avec une telle situation migratoire.
Oui, mais ça, je pense que cette question de la régulation, elle est à un moment donné à traiter sur le plan politique. Et elle appartiendra aux femmes et aux hommes politiques de la traiter en effet. Ce qui nous intéresse aujourd'hui très particulièrement, tout particulièrement pour la Croix-Rouge, c'est que nous avons 300 000 habitants, 72% en dessous du seuil de pauvreté. Et c'est cette réponse humanitaire qui nous mobilise aujourd'hui. Face à cela, les réponses, elles passent par l'accès à des biens essentiels, à la mise à l'abri. Et on le voit très bien, y compris du côté des enfants.
Parce que, vous savez, dans un drame comme nous avons vécu, c'est la rencontre d'un allié climatique avec des situations de précarité. C'est une véritable catastrophe. Et dans cette catastrophe, vous avez le visible et l'invisible. Alors évidemment, depuis 15 jours, c'est le visible que l'on voit sur les écrans de la télévision. Mais il y a tout l'invisible. Et tout l'invisible, c'est la santé mentale des enfants, des jeunes, des adultes qui ont été impactés et qu'il va falloir accompagner pour plus de résilience.
Philippe Dacosta, puisqu'on parle de politique, François Bayrou, on l'a vu depuis ce matin sur place à Mayotte avec une délégation ministérielle de cinq ministres, il a mis 16 jours pour s'y rendre, 16 jours après le passage du cyclone. Est-ce que ce n'est pas un peu tard, quand même, ce déplacement ministériel de François Bayrou ? Ce n'est pas notre rôle à la Croix-Rouge de commenter l'actualité politique et les positions. Mais vous qui connaissez la situation sur place. Ce que je crois, c'est que c'est important. D'abord, il y a d'autres ministres qui sont venus. Mais surtout, ce qui est important, c'est d'exprimer la solidarité nationale vis-à-vis de la population.
Et en cela, je pense que le déplacement du Premier ministre et des ministres qui l'accompagnent est important. De même que nous tenons, nous, Croix-Rouge, aux côtés des services de l'État pour apporter notre réponse. Mais nous la portons à la fois en concertation avec les services de l'État, dans une coordination qui a vu du mal à se mettre en place, mais qui est maintenant efficace, et d'autre part en totale autonomie par rapport aux réponses qui sont les nôtres en tant qu'acteurs humanitaires indépendants de la puissance publique et agissant pour lui-même.
Et le fait qu'il y reste à peine quelques heures et qu'il redécolle pour Paris dès demain à la mi-journée, qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce que ça ne nécessitait pas une présence un peu plus longue de François Bayrou sur place ? Je crois qu'il y a évidemment de l'empathie vis-à-vis de la population qu'il faudra apporter. Mais la réponse, elle est une réponse apportée déjà par les services qui sont sur place. Je pense à la sécurité civile, je pense aux ingénieurs d'EDF, je pense aux acteurs de la télécommunication. Évidemment, la parole politique est aussi attendue par la population. On l'a vu ces derniers jours.
Mais ce que je crois, c'est que l'efficacité en réponse structurelle, infrastructure, humanitaire, elle est tout aussi importante que la parole politique.
Alors justement, on a évoqué un petit peu l'idée de la reconstruction et l'enjeu que vous évoquiez. Vous avez vos équipes qui sont sur le terrain, c'est plusieurs centaines de personnes si je ne me trompe pas. François Bayrou répète à l'instant, Mayotte, reconstruire en deux ans à Mayotte, c'est l'objectif qu'il faut se fixer. Est-ce que ça vous semble, de ce qu'on vous rapporte du terrain, est-ce que ça vous semble possible ? Vous parliez même aussi de la reconstruction, j'allais dire, dans les esprits. Est-ce que reconstruire en deux ans, ça vous semble jouable aujourd'hui ?
C'est un objectif très ambitieux, mais je crois qu'il faut savoir se fixer des objectifs ambitieux face à un drame humain, comme nous le vivons actuellement sur ce territoire de la République. Évidemment, ça passe par une implication de la population, ça passe par la mobilisation des communautés locales. Nous le faisons, nous, en matière de santé, et ça n'est pas, évidemment, une réponse qui vient de l'Hexagone et qui est pensée à Paris pour s'implanter ensuite à Mamoudzou ou sur le territoire. C'est véritablement quelque chose qui doit être totalement endogène. Évidemment, ce qui est important, c'est renforcer la résilience de ce territoire.
Parmi les territoires de la République, nous avions là, sans doute, l'un des territoires les plus fragiles. Et donc, renforcer la résilience tant du point de vue des infrastructures solides, résilience quand la capacité de la population à affronter d'autres aléas climatiques, parce qu'il viendra le moment où d'autres aléas climatiques impacteront à nouveau Mayotte. Je me permets d'insister un peu, Philippe Dacosta, sur cette question des deux ans, cette reconstruction en deux ans. Vos équipes sur place, elles vous disent quoi concrètement ? Elles vous disent que ce n'est pas possible, en deux ans, de reconstruire Mayotte ? Tout dépend quel est le niveau que l'on se donne.
S'il s'agit de mettre en place les infrastructures et le cadre, ne serait-ce que l'électricité, la mise à l'abri, il y a des réponses possibles sur 24 mois qui peuvent déjà apporter, je dirais, une réponse d'urgence. Mais évidemment, le temps sera beaucoup plus long, parce que le territoire a besoin de temps long pour se reconstruire. Par une dizaine d'années ? Peut-être pas, mais je pense qu'un temps médian est sans doute nécessaire. Une question sur, justement, vos volontaires. 400 volontaires sont sur place à Mayotte, c'est ça. Vous en avez envoyé à peu près 85 depuis le passage du cyclone, encore 10 jeudi soir dernier. Quelles sont les missions prioritaires de vos équipes sur place ?
À quoi elles s'activent actuellement, très précisément, très concrètement ? Nous avions, vous le savez sans doute, puisque nous l'avons exprimé, une plateforme d'intervention régionale de l'Océan Indien, de 1000 mètres carrés implantée à Saint-Denis, à côté de l'aéroport, à Sainte-Marie, qui a été une base avancée de la Croix-Rouge française, avec 1000 mètres carrés et plusieurs tonnes de matériel. Pratiquement 100 tonnes de matériel ont été acheminées depuis cette base, et nous allons acheminer à nouveau 80 tonnes dans les prochains jours. Les équipes qui sont sur place, elles... Pardon, quand vous parlez de ces tonnes de matériel, en quoi ça consiste ?
Eh bien c'est à la fois des bâches, pour la mise à l'abri des habitants, c'est des géricanes, c'est des kits hygiènes à distribuer auprès des populations, c'est des sceaux, c'est des stations de traitement d'eau, c'est un hôpital modulaire, autant de matériel qui nous permet d'affronter les crises humanitaires sur l'ensemble de la région. Puisque, vous le savez, nous sommes sur l'océan indien, dans le troisième territoire au niveau mondial, de risque climatique le plus important. Évidemment, ce qui est important pour nos équipes, c'est de se positionner dans les sujets qui sont d'urgence.
D'abord, le soin, apporter du soin à des équipes qui partent à la rencontre des populations pour leur apporter des soins. Beaucoup ont été touchés, impactés, y compris par des blessures. Deuxième, évacuation blessée vers les hôpitaux, ce que nous faisons également. Action multiservices, distribution de biens essentiels, de bâches, de cartes téléphones aussi, auprès de la population. Et puis aussi, beaucoup d'écoute et d'accompagnement vis-à-vis de cette population, et accompagnement aussi des centres d'urgence où des matériaux sont mis à distribution pour bâcher, pour se mettre à l'abri.
Est-ce que, Philippe Dacosta, vous comprenez les critiques venues d'élus, mais aussi d'habitants de Mayotte, qui disent, voilà, tout ça va trop lentement, l'aide n'arrive pas assez vite, pas assez fort, pas forcément aux bons endroits ? Oui.
Comment on l'explique, ça ? Elle est normale et naturelle. Si vous voulez, il y a, dans une crise, un choc, un effet de sidération. C'est ce que nous avons eu la première semaine. Et puis, il y a une révolte qui est exprimée à la fois par les hommes et les femmes politiques du territoire, par les habitants, qui veulent avoir une réponse à leurs besoins essentiels, ce qui était le cas de la deuxième semaine. Et je peux en témoigner, nous avons, nous, distribué énormément de matériaux ces derniers jours. Il va falloir aller encore plus loin dans les jours qui viennent. Il n'y a pas de désorganisation ?
Je pense qu'il y a eu une difficulté de mise en route, une forme de coordination au début, pour des raisons de ponts aériens, pour des raisons d'infrastructures mises au sol. Mais je pense que nous avons amélioré considérablement les choses depuis les dernières heures et les derniers jours.
Philippe Dacosta, vous restez avec nous. On va continuer de parler des missions de la Croix-Rouge, notamment à Mayotte, mais pas que. D'abord, le fil info, 9h moins le quart, Maureen Suignard. Son avocate, elle annonce sur France Info ce matin. Dominique Pellicot ne fera pas appel de sa condamnation à 20 ans de prison. Condamnation pour avoir drogué son ancienne épouse pendant 10 ans pour la violer et pour que d'autres hommes fassent de même. 17 co-accusés ont aussi, ont eux, décidé de faire appel. Le parquet peut aussi décider d'un appel général pour que Dominique Pellicot soit de nouveau jugée. Reconstruire Mayotte en deux ans, c'est un objectif qu'il faut se fixer.
Martèle ce matin François Bayrou à Mayotte. Un déplacement d'une journée pour le Premier ministre, deux semaines après le passage du cyclone Chido. Le Premier ministre qui affirme aussi que les rumeurs de milliers de morts ne sont pas fondées. Les décès se comptent en quelques dizaines ou quelques centaines. Selon le Premier ministre, officiellement 39 morts ont été recensées pour le moment. Il était un homme remarquable pour Barack Obama. L'ancien président américain Jimmy Carter est mort à l'âge de 100 ans. Le démocrate a occupé la Maison Blanche de 1977 à 1981. Le prix Nobel de la paix lui a été décerné en 2002.
Et puis attention, si vous vous trouvez dans la vallée de Larve, en Haute-Savoie, un épisode de pollution en particules fines est en cours. Il est donc déconseillé de faire du sport dehors. La préfecture interdit le chauffage au bois pour les particuliers. France Info
Le 8.30 France Info, Antoine Comte, Adrien Bec. Philippe D'Acosta, président de la Croix-Rouge française, vous êtes toujours avec nous dans le 8.30 France Info. François Bayrou, Premier ministre, qui est donc en déplacement à Mayotte depuis ce matin, vient de s'exprimer sur les décès liés au passage de ce cyclone sur l'archipel. Lui, il parle de rumeurs infondées par rapport au nombre de morts. Il parle de dizaines de morts seulement. Désolé d'employer cette expression. Est-ce que c'est ce que vous font remonter vos équipes aussi ? Les chiffres qui sont donnés par François Bayrou sont proches de la réalité ?
À ce stade, je serai très prudent, parce qu'il y a un certain nombre de territoires qui viennent seulement d'être approchés par nos équipes. Et sous ces tôles, sous ces habitats, on peut trouver évidemment des situations dramatiques. Donc nous restons très prudents. Si le chef du gouvernement exprime cela, c'est sans doute qu'il a des données en ce qui nous concerne.
Il dit, pardon Philippe D'Acosta, quelques dizaines, quelques centaines peut-être. Alors bon, il a un petit peu révisé ce qu'il avait dit il y a quelques jours.
Écoutez, nous resterons, je dirais, dans le temps. Je crois que nous aurons du mal d'ailleurs à avoir une vérité des chiffres, comme malheureusement et dramatiquement. Mais en tout cas, ce qui est sûr qu'aujourd'hui, c'est que les équipes essayent d'aller à la rencontre des populations, d'apporter le soin et d'accompagner les habitants.
Philippe D'Acosta, il y a encore des endroits aujourd'hui qui sont difficilement accessibles ou pas vraiment accessibles 15 jours après ?
Non, je pense qu'il y a quelques villages qui ont des difficultés en termes d'accès parce que les routes ont été complètement mises en circulation. Mais il faut s'y rendre avec des moyens différents, c'est-à-dire avec des... Et donc c'est quelques lieux encore, mais je dirais que l'essentiel du territoire aujourd'hui est couvert. Qu'est-ce qui a le plus marqué vos bénévoles, vos volontaires sur place depuis qu'ils sont à l'œuvre ? Qu'est-ce qu'on vous fait remonter ? Ce qui marque en général, c'est d'abord la détresse humaine et l'état psychologique des habitants qui sont profondément marqués par un drame comme celui-là.
Ce qui montre bien que ces chocs climatiques et ces catastrophes d'origine dites naturelles ne sont pas si naturelles que cela. qui a véritablement nécessité d'anticiper les risques et d'anticiper ces catastrophes. Là, il y a eu un problème d'anticipation justement, on savait que ce cyclone allait arriver. Je pense que nous devons faire plus. Et nous le disons à la Croix-Rouge française, nous avons rendu au mois d'avril un rapport résilience pour la société française. Les Français veulent se préparer à des catastrophes d'origine naturelle, mais sentent qu'ils ne sont pas prêts. Et il y a pour nous trois conditions qu'il faut pour cela.
D'abord, partir des citoyens, c'est ce que j'appelle moi l'élan du premier kilomètre. La nécessité aussi de prépositionner des stocks stratégiques, ce que nous avions à la Réunion, notre plateforme d'intervention qui est unique au sein de la Croix-Rouge française dans cette dimension-là, est juste un atout essentiel. Le deuxième atout qui pour nous a été important, c'est toute la promotion qu'on a fait des sacs d'urgence au mois d'avril, sur le fait que chaque habitant, y compris en Hexagone, a chez soi de l'eau, de quoi s'alimenter, de quoi s'informer, de quoi se soigner.
Et puis, le troisième élément qui n'était pas dans la culture, mais qui va le falloir renforcer, c'est toute la préparation au risque en mobilisant la société civile et la population. Les exercices, tout simplement.
Est-ce que, je reviens sur vos bénévoles, est-ce que certains, on imagine, n'avaient peut-être jamais vu de telle situation ? J'avais entendu des secouristes français dire, même Irma, c'était moins pire que ça. Oui, parce qu'on parle de Saint-Martin, cette fois-ci.
Pour le territoire de Mayotte, c'est l'épisode le plus important depuis le début du siècle passé. Mais pour le territoire national, nous avons là un drame sans équivalent, y compris, nous ne pouvons pas le comparer à Hugo et à Irma. L'impact sur Saint-Martin, d'une certaine façon, avait un vent à 320, là nous étions à 220, mais a été plus important aujourd'hui sur Mayotte qu'il n'avait été sur Saint-Martin, parce que la population impactée était de 300 000 et de 300 000 habitants, alors qu'à Saint-Martin, elle est moindre. Philippe Dacosset, vous parliez de revenir aux citoyens. Vous avez lancé à la Croix-Houche française un grand appel aux dons pour que les Français se mobilisent.
Est-ce que vous avez constaté un élan de solidarité ? Est-ce que les Français, en effet, aident les Mahorais, les Français de l'Hexagone notamment ? D'abord, nos concitoyens sont généreux. Nous le vivons, crise après crise. Nous l'avons vu avec l'Ikraine, nous l'avons vu avec le Maroc et aujourd'hui sur le territoire national avec Mayotte. Nous avons pu mobiliser depuis 15 jours près de 3 millions d'euros d'achats de matériel mis à disposition de la population. Nous avons plus de 5 millions de dons des particuliers. Donc on a face à nous une générosité venant des particuliers, mais aussi des entreprises et des collectivités. Le moment venu, nous communiquerons sur l'ensemble des chiffres.
Mais ce que je veux dire par là, c'est que...
Pour l'instant, c'est 5 millions d'euros.
De dons des particuliers. Et des entreprises ? Les entreprises, on aura un chiffre dans quelques jours. C'est davantage, on imagine, que les particuliers. Oui, oui, bien sûr, bien sûr. Ça va s'ajouter aux particuliers. La Croix-Rouge française, au sens plus global, a enregistré une hausse de ses volontaires, de ses bénévoles, mais aussi une hausse de ses bénéficiaires dans le même temps, notamment chez les jeunes, les personnes âgées et les travailleurs pauvres. Comment vous l'expliquez ?
D'abord, nous avons eu le plaisir d'accueillir plus 15 000 bénévoles en deux ans, ce qui est une très bonne nouvelle parce que ça nous a renforcés dans nos capacités d'intervention en préparation des Jeux olympiques, des maraudes et des actions, je dirais, sociales ou de secours. Ce que nous constatons aujourd'hui, c'est l'effet post-Covid. C'est-à-dire une partie de nos concitoyens, je pense à notre jeunesse, je pense à nos aînés, ont été impactés par ces crises. L'inflation, évidemment, le coût de l'énergie a eu des effets. C'est la précarité grandissante dans le pays. Et nous avons eu une augmentation de la précarité. Nous l'avons constaté à travers les distributions alimentaires.
Nous l'avons constaté également autour des biens essentiels comme le vestimentaire. Ceci a donné plus d'action sur les territoires, de solidarité auprès de ces populations.
Et on rappelle qu'on peut évidemment toujours faire des dons à la Croix-Rouge. C'est toujours possible, bien sûr. Merci Philippe D'Acosta, président de la Croix-Rouge française, d'avoir été l'invité du 8.30 France Info ce matin. Correct.
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