Réindustrialisation : "On a pris la décision, pour tous les prochains projets en France, de choisir des endroits où on est certain d'être bien accueillis", dit le DG de Safran
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« Vous êtes le directeur général de Safran, fleuron de l'aéronautique tricolore. »
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« Vous fabriquez des moteurs d'avion. »
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« Ce salon est vraiment placé sous le signe de la défense. »
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« Pour nous, les activités de défense représentent 20% du chiffre d'affaires total de Safran. »
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« On a déjà quelques centaines de millions d'euros de chiffre d'affaires avec effectivement le ministère de la Défense américain. »
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« C'est un projet de création de 500 emplois pour fabriquer des pièces de moteurs d'avion, civils et militaires. »
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Bonsoir à toutes et à tous, l'invité éco de France Info ce soir depuis le salon aéronautique du Bourget près de Paris. Ce vendredi, c'est l'ouverture au public et le jour de la visite du président de la République, Emmanuel Macron. Bonsoir Olivier Andriès.
Bonsoir.
Vous êtes le directeur général de Safran, fleuron de l'aéronautique tricolore. Vous fabriquez des moteurs d'avion. Vous avez eu tout à l'heure la visite sur votre stand d'Emmanuel Macron. Le président a atterri ici au Bourget à bord d'un avion militaire de transport d'Airbus, l'A400M. Est-ce que cette année, encore plus que d'habitude, ce rendez-vous du Bourget est placé sous le signe de la défense en raison évidemment du contexte géopolitique ?
Absolument. Ce salon est vraiment placé sous le signe de la défense. Alors tout d'abord, il a été marqué quand même par un événement tragique qui a eu lieu en Inde avec le crash de Air India. C'était un avion de Boeing et donc vous comprenez bien que Boeing a souhaité rester relativement discret pendant ce salon et ne pas faire de commandes d'avions commerciaux. Ne pas annoncer de commandes d'avions commerciaux, ce qui n'est pas habituel parce que généralement, les salons du Bourget sont toujours des salons où il y a une course entre les deux grands avionneurs sur les annonces de commandes. Donc le contexte n'était pas là.
En plus de ça, comme vous l'avez dit, le contexte géopolitique fait qu'effectivement, aujourd'hui, cette semaine, ça a été plutôt un salon orienté sur les activités de défense.
Alors concrètement pour Safran, les commandes dans le domaine de la défense, elles portent sur quoi ? Ce sont des rafales, c'est le futur avion de combat européen dont on parle tant ?
Alors pour nous, les activités de défense représentent 20% du chiffre d'affaires total de Safran. Donc c'est pour l'essentiel des activités de moteur d'avion, moteur d'avion de combat, moteur d'avion de transport militaire. Donc moteur d'avion de combat, c'est le moteur du rafale évidemment, les moteurs d'hélicoptère, moteur d'hélicoptère militaire. Mais nous avons également des activités d'électronique de défense. Nous sommes un acteur de l'électronique de défense avec des activités en domaine de l'optronique, de la navigation, de ce qu'on appelle le guidage.
Et donc effectivement, le salon a été l'occasion, non pas forcément d'annoncer de grandes commandes, mais ça a été l'occasion de nourrir un dialogue avec beaucoup d'acteurs européens dans ce domaine. Et je tiens à dire que ce qui est intéressant, c'est un élément qui m'a marqué dans ce salon, c'est que les acteurs européens de la défense se prennent tous conscience du contexte et du besoin de plus grande autonomie.
Alors en parallèle, Safran, vous êtes en train de monter une filiale spécifique consacrée à la défense aux Etats-Unis. Pourquoi ?
Alors absolument, d'abord on a déjà un certain nombre d'activités aux Etats-Unis. On a ce qu'on appelle une empreinte industrielle aux Etats-Unis. Notamment du fait de nos activités civiles, on a des clients américains. Vous savez, Safran, nous sommes à la fois fournisseurs et partenaires de Boeing et fournisseurs et partenaires d'Airbus. Et puis effectivement, nous avons pris la décision de créer une entité spécifique, qu'on appelle Safran Defense and Space Inc., qui est sous un régime de sécurité particulier. On appelle ça un Special Security Agreement, comme on dit, là-bas.
Et qui nous permet en fait, sous ce régime-là, d'avoir accès au marché militaire américain, donc d'avoir un accès directement au Pentagone ou de pouvoir travailler sur des marchés de défense avec des avionneurs américains.
Et là, ça y est, c'est fait ?
Alors, la filiale a été créée, elle a été annoncée il y a un an, elle est créée, elle fonctionne. On a déjà quelques centaines de millions d'euros de chiffre d'affaires avec effectivement le ministère de la Défense américain. Alors évidemment, dans le cadre de cet accord de sécurité particulière, cette entité est évidemment gérée et pilotée par des citoyens américains.
Restons aux Etats-Unis, si vous le voulez bien. L'Amérique du Nord, aujourd'hui, c'est 25% de vos effectifs. Et un de vos produits phares, c'est le moteur Leap, qui est cofabriqué avec l'américain GE. Est-ce que l'arrivée au pouvoir de Donald Trump et la mise en place de droits de douane, est-ce que ça a modifié vos ambitions, vos projets ou vos chaînes de valeur ?
Alors, ça ne modifie absolument pas nos ambitions. Évidemment, nous sommes aujourd'hui avec ce moteur, nous sommes à la fois partenaires d'Airbus, puisque ce moteur est une solution de motorisation de la 320 NEO, et nous sommes également le partenaire de Boeing sur le 737 MAX. Donc évidemment, ça ne change absolument pas nos ambitions. Est-ce que ça change les prix, Olivier Andréas ? Comme c'est un moteur qui est un moteur, en fait, transatlantique, avec la moitié de son contenu est américain, l'autre moitié de son contenu est français, et que nos flux, ce qu'on appelle nos chaînes de valeur, sont très internationales et très transatlantiques.
Donc évidemment, on est impacté par les tarifs qui ont été mis en place par l'administration américaine.
De quel ordre qu'on se rende compte ?
Aujourd'hui, c'est 10% vis-à-vis de l'Europe, avec une menace, éventuellement, en cas où il n'y aurait pas d'accord entre l'Europe et les États-Unis, de pouvoir éventuellement monter plus haut que cela. Donc on est dans ce contexte-là, et donc ça nous a amené à prendre tout un tas de décisions, d'optimisation de ce qu'on appelle nos chaînes de valeur. Donc on a pu optimiser nos flux logistiques, pour essayer d'éviter autant que faire se peut de payer des tarifs. Par exemple, si une pièce est fabriquée dans un pays à destination d'un autre pays et passe par les États-Unis, c'est un peu idiot s'il n'y a pas de valeur ajoutée aux États-Unis, ou une très très faible valeur ajoutée.
Donc on change, si vous voulez, les flux et les chaînes de valeur. Et donc avec ça, ça nous a permis effectivement d'abaisser notre exposition. Il reste quand même une exposition nette, évidemment, et notamment quand on livre à des clients américains.
Et ça vous partagez ?
Et là, dans ce cas-là, on n'a pas d'autre choix que d'engager une discussion avec nos clients pour, je dirais, qu'ils prennent une partie, au moins, voire l'essentiel, de cet impact tarifaire, parce que fondamentalement, c'est une augmentation de coût. Alors ce n'est pas anodin, parce que 10%, c'est quand même... C'est des gros montants, c'est sûr. C'est plus que ce qu'on consacre pour la préparation de l'avenir. Et donc c'est pour ça que ça ne peut pas durer.
Donc évidemment, nous militons, et d'ailleurs, nous militons avec Airbus, mais c'est également vrai de nos partenaires américains et de nos clients américains, ils ont également la même position pour qu'on revienne à une situation d'exemption de tarifs pour l'industrie aéronautique. Tout simplement parce que l'industrie aéronautique est une industrie internationale, avec deux chaînes de valeurs qui sont internationales, sans possibilité de changer du jour au lendemain de fournisseur, parce que notre priorité à tous, c'est la sécurité des vols. Et donc toutes les pièces subissent, je dirais, tout un processus de qualification.
Et donc changer du jour au lendemain de fournisseur, c'est quelque chose qui n'est pas possible.
Alors, la France, aujourd'hui, vous y avez la moitié de vos 100 000 salariés, une centaine de sites, et vous avez prévu une nouvelle fonderie à Rennes, un projet qui a été critiqué par les écologistes, ce qui vous a valu un coup de gueule, il n'y a pas d'autre mot, récemment devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les freins à la réindustrialisation. Si c'est pour se faire accueillir dans une région où l'on crée 500 emplois par des tomates, avez-vous dit, ce n'est pas la peine, ça fait mal.
Voilà, c'est une image, évidemment, bien entendu.
Vous n'avez pas été accueilli par des tomates.
Mais si vous voulez, on avait un projet, enfin, on a toujours ce projet, puisqu'on ne l'a pas stoppé, ce projet, il existe toujours. Et d'ailleurs, je pense que dans les prochaines semaines, on va inaugurer ce qu'on appelle la première pierre de ce projet. Donc c'est un projet de création de 500 emplois pour fabriquer des pièces de moteurs d'avion, civils et militaires. Et donc c'est un projet aussi de souveraineté, quelque part. Et c'est un projet de création d'emplois dans un domaine technologique, évidemment, et d'avenir, l'industrie aéronautique.
À Rennes, 500 emplois à Rennes, en plus, en respectant les critères de, comme on dit, zéro artificialisation nette, puisqu'on s'installe sur un ancien site de Stellantis.
Constructeur automobile. Mais c'est-à-dire que vous n'avez pas renoncé à ce projet, mais vous êtes quand même profondément agacé.
Non, pas du tout. Et donc je dois signaler quand même que ce projet, on en a parlé avec la maire de Rennes, on en a parlé avec le Conseil régional de Bretagne, et on a eu une très, très bonne collaboration. On a été très soutenus par la mairie de Rennes et par le Conseil régional de Bretagne, que je tiens à remercier. Et effectivement, quand ce projet était rendu public, il y a eu effectivement des déclarations et des manifestations des écologistes qui font partie de la majorité de municipales à Rennes, protestants contre notre arrivée à Rennes.
Et là, si vous voulez, je ne comprends pas, parce que quelque part, c'est un petit peu de l'égoïsme, dans la mesure où c'est un projet qui crée 500 emplois. Voilà. Et donc effectivement, j'ai dit ce que j'ai dit dans le cadre de la commission d'enquête, puisque ça portait sur les freins à la réindustrialisation, et vous comprendrez qu'il est normal que vous cherchiez à vous installer dans des endroits où vous êtes bien accueillis. C'est humain.
Ça veut dire qu'on vous y reprendra plus on les vient, Andréa ?
Ça veut dire que nous, on a pris la décision de dire pour tous les prochains projets que l'on pourrait avoir de création d'emplois en France, on cherchera toujours à aller, à choisir des endroits où on est certain d'être bien accueillis. C'est tout.
Merci beaucoup, Olivier Andriès, directeur général de Safran, depuis le salon de l'aéronautique du Bourget, près de Paris, qui a donc ouvert ses portes au public, entrée au tarif de 18 euros. Merci beaucoup.