Hollande, Valls et les ministres : les 40 personnes qui bloquent le pays
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 71 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse directe
Jean-Luc Mélenchon, bonjour. Vous lancez votre campagne présidentielle.
- 0:15OuverteRéponse partielle
L'artilleur de Stalingrad ! Ça vous va ?
- 0:30OuverteRéponse partielle
Donc vous vous êtes passé en campagne, vous vous moquez des partis politiques, du parti communiste.
- 2:00FerméeRéponse directe
Est-ce que vous soutenez les cheminots grévistes ?
- 3:00RelanceRéponse partielle
Mais un accord d'entreprise a été trouvé qui préserve le statut des cheminots.
- 4:00RelanceRéponse partielle
N'est-il pas irresponsable de soutenir la grève avec les inondations et l'Euro ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:00Jean-Luc MélenchonFait
« Évidemment, évidemment. Ils ont droit à notre affection, à notre soutien, ils vont encore perdre des journées de salaire, ils défendent un intérêt général, ils défendent l'intérêt du service public. »
- 4:00Jean-Luc MélenchonFait
« Ce qui est irresponsable, c'est de s'entêter contre les travailleurs, ça c'est irresponsable. »
- 8:00Jean-Luc MélenchonFait
« La loi El Khomri, en créant un code du travail par entreprise, et en mettant tout le monde en compétition, dans les petites et les moyennes entreprises, tout le monde va s'aligner par le bas. »
- 10:00Jean-Luc MélenchonFait
« Valls a dit : "Ou bien c'est la loi, ou c'est moi." Eh bien très bien, il faut enlever les deux ! La loi et lui. »
- 12:00Jean-Luc MélenchonPromesse
« En juillet le gouvernement Valls tombe. »
- 15:00Jean-Luc MélenchonFait
« Tout le monde a compris dans ce pays que le problème n°1, c'est de changer la règle du jeu, la Constitution. »
- 17:00Jean-Luc MélenchonFait
« La liberté d'entreprise, d'entreprendre, opprime. »
- 20:00Jean-Luc MélenchonFait
« Il faut pouvoir de temps à autre dire à un élu : "Ça va on t'a assez vu, alors va-t-en." Le référendum révocatoire. »
- 22:00Jean-Luc MélenchonFait
« Nous les Français, nous devons raisonner en Français pour être de bons Européens. »
- 24:00Jean-Luc MélenchonFait
« Les Britanniques, voici comment ils raisonnent depuis quatre siècles : il ne doit pas y avoir de puissance continentale. »
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Jean-Jacques Bourdin : 8h37. Jean-Luc Mélenchon, bonjour. Jean-Luc Mélenchon : Bonjour.
JJB : Merci d'être avec nous. Vous lancez votre campagne présidentielle. Hier, défilé de la France Insoumise, et je lisais le Figaro ce matin qui vous qualifiait d'"artilleur de Stalingrad".
L'artilleur de Stalingrad ! JLM : Ah écoutez, bon ...
JJB : Ça vous va ? Ça vous va ? JLM : Pourquoi pas, Stalingrad c'est la bataille qui a retourné la Deuxième Guerre mondiale et les Russes ont payé cher, 20 millions de morts au total - pas qu'à Stalingrad.
Pourquoi pas. Non, c'était un beau moment d'abord de bonheur collectif, parce que, vous vous en doutez, il y a de la joie à se retrouver comme on s'est retrouvés. Le défilé des Insoumis, c'était quelque chose de nouveau, qui ne s'était jamais fait.
On fait des défilés de mode mais c'est la première fois qu'on faisait un défilé avec des métallos, des cheminots, des gens du secteur de la santé ...
Combien d'autres, je vais en oublier. Il y avait 18 cortèges ! Et donc je crois que c'est un beau lancement, parce qu'il faut ça pour une campagne présidentielle, il ne lui faut pas que des choses froides, il lui faut des choses chaudes, c'est la participation populaire...
JJB : Donc vous vous êtes passé en campagne, vous vous moquez des partis politique, du parti communiste, Vous êtes partis à l'écoute de cette France ...
JLM : Vous voulez ma mort, je me moque de personne moi. JJB : Je vais y revenir ...
à l'écoute de cette France insoumise. Alors la France Insoumise, question toute simple et directe ce matin : Demandez-vous aux cheminots grévistes de la CGT et de Sud de stopper la grève ? JLM : Sûrement pas, si j'avais à donner un avis.
Non, moi je vais d'abord vous dire une chose. Moi, j'ai décidé une bonne fois pour toutes avec mes amis du Parti de Gauche : nous ne nous mêlons pas des stratégies syndicales. Parce qu'il y a plusieurs syndicats dans ce pays, et que dans nos rangs il y a des gens de tous les syndicats, et des gens qui ne sont pas syndiqués.
Par conséquent, quand une parole politique intervient, oui, on embrouillerait tout et au fond ce n'est pas à nous ...
JJB : Est-ce que vous soutenez les cheminots grévistes ? JLM : Évidemment, évidemment. Ils ont droit à notre affection, à notre soutien, ils vont encore perdre des journées de salaire, ils défendent un intérêt général, ils défendent l'intérêt du service public et les gens le comprennent d'ailleurs, parce que les gens s'agacent ...
JJB : Mais un accord d'entreprise a été trouvé qui préserve le statut des cheminots. JLM : Mais monsieur Bourdin, c'est vous qui dites ça, ainsi que la CFDT et l'UNSA, ce que je peux parfaitement entendre, mais les autres pensent que non. Et puis nous sommes dans une bataille contre la loi El Khomri, qui est une bataille globale, dont la partie SNCF est évidente pour les cheminots telle qu'ils me l'ont expliquée.
Donc ils mènent leur lutte ...
JJB : Donc vous les soutenez ? JLM : Oui. JJB : On est bien d'accord.
JLM : Je sais que ça embête plein de monde, je le sais. Moi-même d'ailleurs le premier, parce que je suis un usager du train et du métro ...
JJB : N'est-ce pas irresponsable ? Il y a des inondations, il y a bientôt l'Euro qui se profile, n'est-ce pas irresponsable ? JLM : Alors ce qui est irresponsable, c'est de s'entêter contre les travailleurs, ça c'est irresponsable.
Regardez, monsieur Bourdin, bon, souvent on s'est accrochés ici, mais nous avons en commun quelque chose. Nous sommes des démocrates tous les deux. On n'a pas la même vision de ce qu'il faut faire, ou bien vous n'en avez pas, vous n'en exprimez pas, mais moi j'en exprime une.
JJB : Ce n'est pas mon rôle. JLM : Je le comprends. Alors, bon, regardez vraiment comment sont les choses.
Les gens ne veulent pas de cette loi, ils le disent dans la rue. Les parlementaires ne veulent pas de cette loi, ils le disent dans l'hémicycle. Et malgré tout , le gouvernement passe en force.
Qui prend en otage qui ? 40 personnes, membres du gouvernement, inclus le Président de la République. Et tous les autres sont contre, y compris une large fraction du patronat.
Parce que monsieur Bourdin, ce qu'on ne dit pas assez, c'est que la loi El Khomri, en créant un code du travail par entreprise, et en mettant tout le monde en compétition, dans les petites et les moyennes entreprises, tout le monde va s'aligner par le bas. Ce qui avant était une norme salariale, une norme horaire, une norme d'organisation du travail, commune à une branche, à un type d'activités, va disparaître. Donc la compétition va faire rage d'une manière terrible entre les entreprises et il y aura encore des morts.
Monsieur Macron, messieurs Hollande et Valls portent une vision du travail qui ne comprend rien aux métiers, qui ne sait pas que les gens ont un métier, ce sont pas simplement des gens en train de faire un travail à la tâche étroitement spécialisé. Ils ne comprennent rien à tout ça, et ils ont une vision où tout le monde doit être en compétition avec tout le monde. Le management moderne ce n'est pas ça.
Le management moderne, ça compte sur la confiance, qu'on ne peut pas évaluer, la coopération des gens entre eux ...
Donc stop, assez de guerres partout, de tout le monde contre tout le monde. Et puis surtout, on peut dire qu'ils n'y connaissent tellement rien qu'ils sont dans l'ancien management. Vous savez, on contrôle tout, tout le monde, alors il faut faire des fiches d'évaluation sans arrêt, on passe plus de temps à faire des fiches qu'à bosser réellement.
Donc tout ça c'est l'ancien monde. JJB : Donc vous encouragez la grève ? JLM : Je la soutiens, je n'encourage pas, je fais moi-même grève donc ça n'a pas de sens.
JJB : D'accord mais enfin ...
JLM : Mais oui oui, bien sûr je soutiens ...
JJB : Vous soutenez, vous encouragez à continuer ...
JLM : J'espère que ...
JJB : ... continuer tant que dans la loi Travail, l'article 2 n'est pas retiré.
JLM : Voilà, alors l'article 2 il va être retiré parce qu'il y aura ...
JJB : Il va être retiré ? JLM : Écoutez, il va y avoir une motion de censure en juillet, il est clair que... il y en aura peut-être même deux, une de gauche et une de droite.
Ce n'est pas les députés qui ont choisi ce mode de relation, c'est monsieur Valls qui dit ...
Mais allez expliquer ça - attendez pardon je fais une parenthèse - mais allez expliquer ça à l'étranger : "Comment vous faites les Français, mais c'est le bazar chez vous !" Oui, parce que chez nous, une loi peut passer si personne ne la vote à l'assemblée et si tout le monde est contre. C'est possible.
JJB : Donc il faut supprimer le 49.3 ? JLM : C'est la constitution qu'il faut changer, je vous le dis à chaque fois que je viens vous voir, vous voyez bien à chaque fois que ça se vérifie, ce que je raconte.
Donc qu'est-ce qu'il va se passer en juillet ? Il va se passer qu'il y aura deux motions de censure et j'espère que les gens ne vont pas trop faire dans la posture et que tout le monde va voter les motions de censure, que ceux de droite vont voter celle de gauche, et ceux de gauche vont voter celle de droite. Parce qu'une motion de censure, il y a un ...
JJB : Pour renverser le gouvernement. JLM : Le moyen de faire autrement ? Si vous voulez pas de la loi, faut renverser le gouvernement.
JJB : Vous voulez renverser le gouvernement ? Vous souhaitez que le gouvernement soit renversé ? JLM: Clairement oui, puisque c'est le seul moyen d'empêcher la loi, ce n'est pas moi qui ait décidé ça, c'est eux.
Valls a dit : "Ou bien c'est la loi, ou c'est moi." Eh bien très bien, il faut enlever les deux ! La loi et lui.
Vous comprenez ? Donc nous n'avons pas eu le choix. JJB : Revote ?
Vote ? JLM : Vote de quoi ? JJB : S'il y a gouvernement renversé.
JLM : Où, vote ? Je ne comprends pas. JJB : Vote, le gouvernement renversé...
Peut-être que dissolution de l'Assemblée Nationale ? JLM : Ah ! Non mais ça n'a rien d'obligatoire.
JJB : Rien d'obligatoire mais enfin ...
JLM : Vous irez expliquer ce que vous voulez, mais la loi, la constitution ne prévoient pas ça. JJB : Vous souhaitez d'ailleurs, vous souhaitez ... ?
JLM : Mais pas un an avant, il faut que l'élection présidentielle ait lieu, nous sommes en juillet. Donc en juillet le gouvernement Valls tombe ...
JJB : Nouveau premier ministre ? JLM : ... le Président de la République prend acte du fait que, eh bien, il n'y a plus de gouvernement, parce que personne ne veut de sa loi, il remballe sa loi, peut être qu'on pourra alors - écoutez-moi - avoir un beau débat, qui est nécessaire, sur le travail en France, qui va nous permettre de faire face à des situtations de précarité, à la mort au travail, à toutes ces grandes questions du travail, aux métiers - monsieur Macron se figure que n'importe qui peut être boulanger, peut être coiffeur, n'importe qui peut être taxi, mais enfin où il va, cet homme-là ?
Il veut tout ubériser, eh bien non ce n'est pas possible. Il y a des métiers et il faut discuter de tout ça. Alors tout ça s'en va, monsieur Valls s'en va, le président de la République est obligé de choisir un premier ministre qui soit quand même un peu plus central dans sa majorité, ce n'est pas à la droite extrême du parti socialiste, comme l'est Valls, qui veut caporaliser tout le monde, il prend quelqu'un qui est plus au milieu de tout ça, de son propre parti, et puis on va comme ça à l'élection présidentielle sans faire d'histoire.
Et là le peuple français choisit quelle ligne politique il veut. Mais ça va, il y a une élection dans quoi, moins d'un an maintenant. On peut calmer un peu tout ça, vous ne croyez pas monsieur Bourdin ?
JJB : Je vais y revenir, je vais y revenir ...
Que dit la ministre du Travail ? Je la cite. "Jean-Luc Mélenchon, qui se dit de gauche, cible ostensiblement un président de gauche," "combat un gouvernement de gauche," "et invite les députés de gauche à censurer un premier ministre de gauche." "Avec des tels responsables de gauche, la droite est tranquille." JLM : C'est de la polémique , je comprends que madame El Khomri est à bout de nerfs, et ça la conduit à dire des sottises, parce que ça s'appelle la démocratie ce qu'elle décrit.
Quant à dire que le Président de la République est de gauche, il n' y a plus qu'elle pour y croire, parce que la masse des Français ne pense pas qu'il est de gauche. Ils pensent qu'il est lui, c'est-à-dire une chose incertaine, plutôt droitière, qui a inventé la déchéance de la nationalité, la loi travail, qui a cassé les pieds à tout le monde ...
JJB : Vous souhaitez sa défaite ? JLM : J'ai bien l'intention de le battre, ça c'est clair. JJB : Qu'est-ce qui vous donne justement cette force, cette...
Je ne sais pas moi, vous avez l'intention, mais qu'est-ce qui vous fait dire que vous pouvez le battre ? JLM : Parce que j'analyse, j'analyse la situation ...
JJB : Allez-y, expliquez-moi pourquoi. Je vois que tout est extrêmement volatile, tous ces gens sont à côté de la plaque, tout le monde a compris dans ce pays que le problème n°1, c'est de changer la règle du jeu, la Constitution. Sauf eux, ils ne veulent pas, puisque c'est eux qui en bénéficient.
Tout le monde a compris dans ce pays qu'il faut pouvoir de temps à autre dire à un élu : "Ça va on t'a assez vu, alors va-t-en." Le référendum révocatoire, il n'y a qu'eux qui n'ont pas compris ça. Tout le monde a compris que nous sommes d'abord des êtres humains avant d'être de droite ou de gauche, et je ne renie pas le clivage politique, je suis un homme de gauche.
Nous sommes des êtres humains donc nous avons des besoins communs, et nous sommes en pleine accélération de la crise climatique et de la catastrophe écologique, donc il faut faire quelque chose, grands dieux ! Qu'est-ce qu'ils font ? Rien !
Ils font autre chose, ils vous parlent sans arrêt, ils viennent vous voir à votre émission le matin, vous pouvez les changer les uns avec les autres, ils ont tous le même costard, ils vous racontent la même chose. "Faut baisser le prix du travail, faut produire n'importe quoi n'importe comment ..." Tout ça est fini, il faut s'occuper, il faut avoir pour chaque pays un programme qui soit bon pour la planète entière.
Alors ça veut dire qu'il faut se penser comme être humain. Voilà la grande mutation politique qu'il faut faire. Alors, moi ça me donne de la force, parce que vous savez j'ai beaucoup vu, j'ai de l'expérience, il n'y a pas que des inconvénients à avoir de l'âge, il y a l'expérience.
J'ai vu les autres pays fonctionner, j'ai vu des amis essayer de changer la vie. Qu'est-ce qui leur manquait à tous ? Ce dont nous, les Français, nous regorgeons : un peuple éduqué, qui sait tout faire.
Vous avez des dizaines de milliers de jeunes gens là qui piaffent, qui aimeraient faire, qui ont des diplômes, alors on les emploie à n'importe quoi, au lieu du métier qu'ils savent faire. Alors avec moi tout ça va changer, et les gens ils le sentent, ils sentent qu'on a envie de ça, moi je suis comme eux. JJB : 12% aujourd'hui dans les intentions de vote.
JLM : Oui. JJB : François Hollande est à 14%, mais enfin il y a la gauche, puis il y a la droite, et l'extrême-droite aussi. JLM : Eh bien oui, monsieur Bourdin.
Alors il y a deux schémas possibles. Les uns pensent qu'ils vont trouver la martingale, la combine qui va permettre de... "Tu m'as pas vu, je t'ai vu et bon ce sera toi mais pas l'autre", alors on en trouve un qui ne dérange personne, et on le colle devant, et on dit : "Tiens celui-là c'est le candidat, on lui met l'étiquette gauche." Les gens regardent, disent : "Ça va la gauche on connaît, c'est Hollande." JJB : Là vous pensez aux primaires ?
JLM : Oui alors ça, ça ne vaut rien du tout. C'est une espèce d'amnistie ...
Bon, ils font ce qu'ils veulent, c'est pas mon affaire. Et puis il y en a une deuxième qui est respectueuse de la démocratie. Il y a beaucoup d'extrême-droite et il y a beaucoup de droite, et il y a pas assez de ceci ou pas assez de cela, eh bien il faut retrousser les manches, puis convaincre.
Ça s'appelle la démocratie. On ne va pas entrer dans l'élection en commençant par dire : "Ceux-là, c'est des fachos, donc n'importe quoi est bon, celui-là aussi", Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Il faut convaincre, il faut avoir un projet positif, pas simplement dénoncer et avoir peur.
Donc moi j'essaye de proposer un projet positif, et je m'inclinerai devant le résultat, monsieur Bourdin. JJB : VIe République, on le sait, sortie du nucléaire, planification écologique, partage des richesses, sortie des traités européens, indépendance et paix, progrès humains, nouvelles frontières. Ce n'est pas ça votre programme ?
JLM : Formidable. JJB : J'ai travaillé, j'ai travaillé, bien. JLM : J'aurai vu ça une fois à la télé.
Mais vous dites aussi : "La liberté d'entreprise, d'entreprendre, opprime." JLM : Non, non, pas du tout, vous m'aurez mal entendu. Je citais Lacordaire, qui dit : entre le faible et le puissant, c'est la liberté qui opprime, parce que le puissant opprime le faible, et c'est la loi qui protège.
Moi j'ai jamais dit que la liberté d'entreprendre opprimait qui que ce soit, pas du tout, la liberté d'entreprendre, elle existe, il faut qu'elle ait un cadre, il faut qu'elle ait des moyens, mais la liberté d'entreprendre ne donne pas tous les droits, elle en donne certains. JJB : Vous êtes anti-européen ou pas ? JLM : Comment ça, anti-européen ?
JJB : Je ne sais pas, vous voulez revoir tous les traités. JLM : Forcément, nous on est les Français, on n'y trouve pas notre affaire, on est les dindons de la farce...
JJB : On sort de l'Union Européenne ou pas ? JLM : Faut pas faire comme ça, monsieur Bourdin ...
JJB : Bon, alors allez-y, allez-y. JLM : Bon, les Anglais s'en vont, au revoir, s'ils restaient c'est à peu près pire que s'ils s'en allaient. JJB : Si vous étiez en Angleterre, britannique, vous voteriez la sortie ou pas ?
JLM : Je suis pas anglais donc je n'ai pas leurs problèmes. JJB : Oh non non non, ça c'est ...
JLM : Non non non, écoutez-moi. Je prends ça très au sérieux, moi je suis français. JJB : Oui, moi aussi.
Si vous étiez britannique, qu'est-ce que vous feriez ? JLM : Je ne suis pas britannique et je n'ai pas l'intention de l'être. Les britanniques, voici comment ils raisonnent depuis quatre siècles : il ne doit pas y avoir de puissance continentale.
Ils ne voulaient pas que l'Union Européenne existe. On était six à l'époque. Quand ils ont vu ça, ils ont commencé à être autour en disant : "Aïe aïe aïe catastrophe, ils sont en train de faire ce dont on ne veut pas." Au bout d'un moment, ils ont fini par entrer.
Ils n'avaient rien à faire là-dedans, puisque c'est le 52e état des États-Unis, l'Angleterre. Ils sont venus, et ils ont tout saboté pendant plus de quinze ans, voilà, ils étaient là. Alors l'harmonisation fiscale, pas question, l'harmonisation sociale, jamais, On leur a versé un chèque tous les ans, depuis madame Thatcher, et maintenant, ils nous disent : "Eh bien on veut bien rester, à condition que quand un Européen," "qui arrive de n'importe où de l'Union Européenne vient chez nous, il n'a aucun des droits sociaux.
Ah les braves gens ! Et voilà la condition à laquelle ...
JJB : Dehors la Grande-Bretagne ? JLM : Non, je n'ai rien à dire, c'est eux qui ont décidé de s'en aller. Et bien ils s'en vont !
On ne va pas pleurer. Vous allez pleurer vous ? Bon.
Monsieur Bourdin, écoutez-moi. C'est l'histoire longue qui travaille en ce moment. C'est l'histoire longue.
Vous ne pouvez pas l'effacer du terrain. Nous les Français, nous devons raisonner en Français pour être de bons Européens. C'est-à-dire que nous devons dire : "Cette Union Européenne-là que vous avez faite avec vos traités à la noix, elle ne peut pas marcher." Mais qui a défendu l'idée d'une Europe pendant deux siècles ?
C'était le camp du progrès. C'étaient eux qui voulaient qu'on arrête les guerres, qui voulaient qu'on mette les peuples d'accord. C'est bien ça le projet, on est en train de faire le contraire.
Les guerres on les amène, on les provoque chez les autres, et tous les gens qui sont dans l'Union Européenne, on les met ensemble, comme ça, et on leur dit : "Allez, maintenant battez-vous ! Que le meilleur gagne." Pas d'harmonisation sociale, pas d'harmonisation fiscale, et vous êtes tous en compétition les uns avec les autres.
Comment voulez-vous que ça marche ? JJB : Mais alors nous, nous, on organise un référendum, sur la sortie de l'Union Européenne ? JLM : Attendez.
Il y a deux cas. Premier cas, on discute. Nous sommes les Français.
JJB : On discute avec nos partenaires européens. JLM : Oui, oui, avec les partenaires en général, les Allemands en particulier, mais aussi avec toute l'Europe du Sud, qui en a un peu marre d'être regardée de haut par le gouvernement allemand de madame Merkel. Mais je ne lui fais pas de reproches, cette femme n'a jamais rencontré qui que ce soit qui lui ait dit : "Madame, stop, ça suffit, arrêtez." Chaque fois qu'elle a vu un Président français, il lui a demandé "Où est-ce qu'on signe ?" Donc cette femme, on ne peut pas lui faire de reproche, elle est cohérente, c'est les nôtres qui ne valent pas un clou, qui sont de petits garçons.
Donc c'est à nous d'aller, et de dire : "Bon, voilà, nous, nos intérêts de Français. On ne peut pas continuer comme ça." "Donc, nous demandons à ce que l'on rediscute ces traités." Voilà, ça c'est l'hypothèse A.
Ne me dites pas que c'est impossible, puisque eux-même sont en train de dire qu'en 2017 ils rediscutent un traité. Donc en 2017, soit vous élisez quelqu'un qui a du caractère et qui a envie que ça marche, et notamment que ça marche pour les Français, ou vous en élisez un qui va retourner là-bas et dire : "Où est-ce qu'on signe" à madame Merkel, parce qu'il est convaincu que le modèle allemand est ...
JJB : Donc vous dites non à madame Merkel, vous lui dites : "Voilà ce que nous voulons, ce que nous voulons, nous Français." JLM : Oui, oui. JLM : Oui, et on sera pas les seuls.
On aura les Irlandais avec nous, les Espagnols, les Italiens, les Grecs, on aura les Polonais avec nous, vous comprenez ? On ne sera pas tout seuls, mais il faut travailler un peu. Il ne faut pas rester là les deux pieds dans le même soulier à attendre que ça se fasse, en disant : "Bon, je vais éblouir tout le monde par ma science.", faut mouiller la chemise.
Écoutez, j'ai une petite expérience, limitée j'en conviens : lorsque j'étais ministre de l'enseignement professionnel, c'est moi qui allais aux rencontres de l’Éducation. Alors ça tombe bien, l’Éducation ce n'est pas de compétence communautaire, on faisait ce qu'on voulait. Mais bon, quand on voulait faire avancer une idée, comment il fallait faire ?
Eh bien convaincre les autres ! Comment m'y suis-je pris ? Je les ai convaincus d'un tas de choses, qu'on a faites.
On a même fait des diplômes européens, tout le monde nous disait : "c'est impossible". J'y suis arrivé en six mois. Comment ?
Eh bien il faut chercher des alliés. J'ai été voir les Irlandais, ça tombe bien ils n'aiment pas les Anglais, donc ils aiment beaucoup les Français. Après je suis allé voir les Italiens, à l'époque c'était un gouvernement de droite, mais ils m'ont dit : "On est avec vous".
Les Espagnols, c'était un gouvernement de droite, ils ont dit : "Bon vous les Français en général vous savez faire." On peut faire tout ça. Il faut arrêter de se dire : "nous sommes des petits garçons, nous ne pouvons rien faire." On peut convaincre en Europe.
Ce sont des partenaires, pas des ennemis. Maintenant ils ne veulent pas, supposez qu'ils ne veuillent pas. Et bien au revoir !
Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ? On ne va pas négocier la souveraineté des Français ! JJB : C'est-à-dire ? au revoir, nous Français ?
JLM : Mais nous votons. Moi je dirai aux Français : "Écoutez, voilà ce qu'on nous propose. Oui ou non ?" JJB : Référendum ?
JLM : Oui. S'ils me disent oui, eh bien on fera, parce que c'est eux qui commandent. JJB : Par référendum ?
JLM : Bien sûr par référendum. Et s'ils disent non, eh bien on fera autre chose. Mais on ne restera pas longtemps tout seuls, monsieur Bourdin.
On n'a pas ce problème-là nous, parce qu'on est puissants, parce que y a du monde autour de nous, je viens de vous le raconter. Vous savez que la Francophonie - pour ne parler que de ça, les espaces pour les Français il y en a - on sera le troisième groupe de locuteurs dans le monde, monsieur Bourdin, dans les années 2060. Nous, on n'a pas à avoir peur d'être seuls, les Français.
On ne sera jamais seuls. En plus, les gens nous aiment bien, c'est qu'ils ne nous connaissent pas assez. JJB : Bien.
Dernière chose, le Parti Communiste se décidera le 5 novembre, oui, vous, vous tracez votre chemin, peu importe finalement, non ? Franchement. JLM : Bon, j'avoue que j'ai comme beaucoup de gens pas mal de mal à comprendre, beaucoup de communistes sont déjà dans la lutte avec moi ...
JJB : Marie-George Buffet vous soutient ? Je l'ai vue hier. JLM : Il ne faut pas parler comme ça, parce qu'il faut respecter sa décision, mais clairement elle manifeste de l'amitié, elle essaye de faire le lien qu'elle a toujours fait entre le Parti Communiste et ceux qui se rassemblent dorénavant avec moi dans le cadre de la France Insoumise.
Bon, le 5 novembre, les communistes décideront. On ne va pas rester six mois de plus les pieds dans le même soulier. JJB : Donc vous avancez ?
JLM : Eh bien oui, en attendant quoi ? La primaire des socialistes ? Non.
JJB : Vous allez réunir une grande, je ne sais pas moi, une grande manifestation de Français insoumis ? JLM : Ah, on va trouver des idées. On a déjà fait un beau semestre.
JJB : Qu'est-ce que vous allez faire ? JLM : Et bien écoutez monsieur Bourdin, je vais déjà commencer, là, par finir le trimestre, je vais prendre quelques vacances parce qu'il faut savoir se reposer. Mais, vous savez, ça va être terrible, cette année électorale.
Imaginez-vous 2017 : non seulement primaire à droite : la pagaille ; primaire chez les socialistes : la pagaille, et surtout en 2017 vous aurez : un nouveau traité européen, TAFTA (l'accord avec les États-Unis d'Amérique), CETA (l'accord avec le Canada). Ça va turbuler, il vaut mieux avoir une ligne fixe. JJB : Est-ce que vous donnerez des conseils de vote pour les primaires à droite ?
Non, ça, vous ...
JLM : Non non, attendez ce n'est pas loyal. JJB : C'est un auditeur de RMC, Éric, qui me demande ça. JLM : Non mais c'est à eux de décider, non mais faut que les gens entendent ça.
La droite, mais enfin c'est pas la guerre civile dans ce pays, donc la droite a le droit d'organiser ses primaires, de choisir son candidat, elle va choisir monsieur Sarkozy, je prends les paris avec vous, parce que c'est le plus déterminé, c'est le seul qui sait vraiment ce qu'il veut, et qui sait à peu près comment s'y prendre. Donc il va y arriver, c'est certain. Pas besoin d'être un aigle pour comprendre ça.
Après, c'est quoi la question ? Les socialistes vont faire, dans la Nouvelle Alliance Populaire, ils vont faire leur primaire. JJB : Macron ?
JLM : Alors, il y aura Baïlé, il y aura... si c'est Hollande, les socialistes...
Alors il y aura Baïlé, il y aura madame Lienemann, il y aura peut-être monsieur Hamon, ah il y aura plein de monde ! JJB : Emmanuel Macron ? JLM : Pourquoi pas Emmanuel Macron, bon il faut bien que la droite du PS aussi s'exprime, d'ailleurs il n'est même pas au PS, il est tout simplement à droite.
Alors, bon, ils organisent leur travail, c'est juste que nous, on avance, et j'appelle tout le monde à m'aider, parce que moi je peux pas y arriver tout seul, ni à gagner, ni à être candidat, ni à être Président. Donc il faut vous y mettre, parce que sinon vous allez laisser passer l'occasion. 2017, c'est une chance, pas un piège.
JJB : Merci, Jean-Luc Mélenchon, d'être venu nous voir ce matin sur RMC-BFMTV.
Jean-Luc Mélenchon