Protoxyde d’azote : l'avocat des parents de Mathis veut des mesures fortes contre les conducteurs qui en détiennent
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« Il y aurait 10 à 11% des accidents mortels qui seraient causés par le protoxyde d'azote. »
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Il est 6h21, un dernier hommage sera rendu cet après-midi à Matisse au lendemain de ses obsèques. Une marche blanche est organisée à Saint-Omer dans le Pas-de-Calais, là où a grandi ce jeune homme de 19 ans. Il est mort il y a 10 jours à Lille, renversé par un chauffard de 31 ans accusé d'avoir inhalé du protoxyde d'azote. Bonjour Antoine Réglet.
Bonjour Madame, merci de votre invitation.
Je vous en prie, vous êtes l'avocat des parents de Matisse, spécialiste en droit routier. Alors ses parents réclament davantage de sévérité, ils souhaitent que le protoxyde d'azote soit interdit au volant. D'ailleurs ils souhaitent rencontrer Gérald Darmanin, le ministre de la Justice, pour en parler avec lui. Est-ce que vous savez si un rendez-vous a été pris ?
Alors ça a été assez compliqué, j'ai pris contact très vite avec le ministère de la Justice puisque j'ai quelques contacts. C'est vous qui faites le lien ? Oui parce que j'ai été reçu à deux reprises cette année suite à l'apparition d'un livre qu'on a écrit avec des victimes de la route où on propose certaines choses. Donc j'ai quelques liens là-bas. Cela a été compliqué, je crois que le ministre de la Justice a peut-être dans un premier temps eu peur d'une récupération politique ou d'un conflit d'intérêts. Et l'actualité nous y ramène évidemment. Mais hier soir, j'ai reçu confirmation que c'était dans les tuyaux et que ça devrait se faire assez rapidement.
Donc voyons où on en est. Aujourd'hui le protoxyde d'azote, qu'on appelle aussi gazilarant, c'est un produit en vente libre. N'importe qui, de majeur, peut l'acheter ou le consommer où l'on veut.
Oui, aujourd'hui, depuis 2021, on a arrêté de les vendre aux mineurs, c'est interdit. Aujourd'hui, avait été prévue une loi qui était passée à l'Assemblée puis qui est passée au Sénat. Je crois qu'elle est tombée à l'eau de par l'instabilité gouvernementale.
Oui, ça n'a pas été finalisé. Elle est passée des deux côtés, votée des deux côtés, pas dans les mêmes termes. Donc il fallait un dernier examen et il n'a pas eu lieu encore.
Absolument. Et l'Assemblée, en tout cas, avait prévu qu'on interdise à tout le monde ou en tout cas à ceux qui ne sont pas autorisés. Je pense aux cuisiniers, je pense aussi à la médecine, ces produits-là ou même de le détenir et de pénaliser ces comportements-là.
Oui, parce que le protoxyde d'azote, on l'utilise dans le domaine médical, en cuisine aussi, pour faire les chantilly, les espumas, les choses comme ça. Et que son usage est détourné. Mais concrètement, ça fait quoi ? On l'appelle le gaz hilarant, alors j'imagine que ça fait rire. Mais ça leur fait quoi à ceux qui l'inhalent et en quoi ça altère la capacité à conduire ?
De ce que j'en ai compris, parce que pour le coup, je n'en ai jamais consommé. Effectivement, ça donne un état d'euphorie plus-plus pendant de brèves minutes, 3-4 minutes. C'est euphorisant. Et en même temps, vous pouvez avoir des effets neurologiques. C'est pour ça qu'on dit que c'est un produit qui pourrait être inscrit sur les estupéfiants, parce qu'il a des effets psychotropes sur le système nerveux. Certains m'ont dit avoir eu une cécité, c'est-à-dire avoir perdu la vue, un écran noir devant les yeux. Ah carrément, c'est pas on voit moins bien si on ne voit plus rien. Ah non, si on ne voit rien. D'accord. Et c'est un auteur d'accidents qui me l'avait expliqué.
Donc non, non, ce n'est pas du tout un gaz rigolo. Cela peut faire rire, mais lorsque vous perdez la vue, et a fortiori lorsque derrière vous fauchez quelqu'un sur la route, c'est plus drôle du tout.
Mais est-ce qu'on sait combien d'accidents sont liés à ce produit ? Et en fait, comment être sûr aussi que c'est le protoxyde d'azote qui est en cause, parce qu'il disparaît très vite de l'organisme ?
Oui, alors moi j'ai vu passer qu'il y aurait 10 à 11% des accidents mortels qui seraient causés par le protoxyde d'azote. Mais encore une fois, cette statistique... Oui, 1 sur 10. Mais c'est très difficile de faire un lien de causalité certain, puisqu'on ne peut pas le dépister de manière certaine plus de 30 minutes dans le sang après qu'il a été inhalé. Et c'est un vrai problème, parce que si on veut légiférer demain ce que souhaitent les parents sur une conduite après protoxyde d'azote, on va se retrouver face à un problème de preuve de comment on dépiste. Aujourd'hui, on ne peut pas. Demain, je crois qu'on ne le pourra pas.
Et donc, il faudrait qu'on pénalise autrement cette conduite en passant par la pénalisation très importante de la détention de protoxyde d'azote avec des peines complémentaires sur le permis de conduire.
Donc vous, c'est ça ce que vous proposez. On n'a plus le droit d'en acheter.
Oui, je suis un amoureux de la liberté et de la crème chantilly. Mais effectivement, si l'on peut préserver la vie d'un seul enfant et a fortiori d'autres enfants ou d'autres majeurs sur la route, je prends tout, oui.
Sans attendre cette loi, il y a des mairies déjà qui prennent des arrêtés pour interdire son utilisation, sa consommation sur la voie publique. Il y en a beaucoup ou c'est vraiment une poignée seulement ? C'est là où il y a eu des drames.
Il y en a de plus en plus. À Lille, nous, on n'a pas été épargnés par ces drames-là. Ce n'est pas le premier. Et il y a de plus en plus d'arrêtés. Le problème de ces arrêtés municipaux, c'est qu'ils ne prévoient en cas de violation qu'une peine d'amende pas très importante. Et rien sur le permis. Et ce n'est pas un délit. Ce que nous proposons, c'est que le législateur s'empare de cela, pénalise la détention par un délit. Donc, ça doit forcément passer par le législateur. Et dans les peines, il y aurait une peine d'amende, il y aurait une peine d'emprisonnement. Alors, elle ne serait pas forcément appliquée. Mais surtout, des peines complémentaires sur le permis de conduire.
Vous détenez du protoxyde d'azote, il y a des peines complémentaires. Et si vous en détenez dans votre véhicule, proposons alors de confisquer immédiatement le véhicule. Peut-être que cela fera réfléchir les jeunes, puisque ce sont les jeunes en majorité, qui conduisent sous protoxyde d'azote.
Antoine Réglet, je le redis, vous êtes avocat spécialiste en droit routier. Vous défendez beaucoup de victimes d'accidents de la route. Est-ce que vous avez beaucoup de dossiers liés au protoxyde d'azote ?
Oui, mais j'en ai eu aussi en tant qu'auteur. C'est en cela qu'il y a 3-4 ans, j'ai appris ce qu'était le protoxyde d'azote avec ce monsieur qui avait eu une cécité. Et l'accident était certes matériel, mais il s'était fait très peur, lui. Heureusement, il n'y avait pas eu de dégâts.
Mais c'est des dossiers que vous n'aviez pas il y a 10 ans, et aujourd'hui, vous en avez plus souvent ou pas ?
Ah oui, c'est un fléau. En tout cas, à Lille, j'ai l'impression, mais c'est mon prisme qui est déformé, c'est un vrai fléau. On les voit consommer dans la rue, on les voit consommer dans leur voiture. Et forcément, s'ils consomment dans leur voiture, ce n'est pas pour se cacher, sinon ils le feraient chez eux, mais c'est pour bénéficier des effets et se prendre pour Fangio. Alors, pardon pour la référence, elle fait un peu boomer.
Et est-ce que vous savez si le sujet est traité et source de problèmes aussi dans d'autres pays, ailleurs, en France, en Europe ? Est-ce que l'Europe s'empare du sujet aussi ?
L'Europe va devoir s'en emparer, parce que si on traite cela par le seul prisme français, ça va être une difficulté, on va aller se fournir ailleurs. Alors, si vous pénalisez la détention, vous pouvez vous fournir ailleurs, c'est comme les stupéfiants, ça reste interdit chez vous. Mais je ne sais pas si ailleurs on fait mieux. Ce que je sais, c'est que la volonté politique pour éviter toujours des drames de la route, en France, on l'affiche beaucoup depuis certaines années, les politiques l'affichent beaucoup, notamment avec la loi sur l'homicide routier, mais dès lors que vous passez l'affichage, derrière quand vous grattez et finalement il n'y a pas grand-chose d'efficace.
Et je pense que la volonté n'est pas celle de nos pays européens.
Merci beaucoup Antoine Réglé d'être venu ce matin en direct dans le studio du 5-7.