Le cinéma français peut-il se passer de Canal+ ?
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France Culture, question du soir. Mathéo Caranta.
Lundi soir, la veille du lancement du festival de Cannes, dans une tribune publiée par Libération, le collectif Zappé Bolloré et plus de 600 personnalités du monde du cinéma ont dénoncé l'emprise de Vincent Bolloré sur le 7e art. Au-delà de la crainte d'ingérence éditoriale et politique, les signataires s'inquiètent du rachat du GC par Canal+, dont Bolloré est le propriétaire, et de sa possibilité à mettre à terme de maîtriser l'intégralité de la chaîne de fabrication d'un film, de son préfinancement à sa diffusion en salle. Avec cette tribune se repose donc la question de la place prépondérante de Canal+, dans le modèle de financement du cinéma français.
Elle agit aussi comme un révélateur des fragilités d'un modèle, souvent montré en exemple. Alors le cinéma français peut-il se passer du Canal+, c'est le débat de ce soir. Avec nous pour en parler, trois invités. Kira Kitsopanidou, bonsoir.
Bonsoir.
Vous êtes professeur d'université à Sorbonne-Nouvelle. Vous enseignez l'économie du cinéma, de l'audiovisuel et des nouveaux médias. Également avec nous, mais à distance depuis Cannes, puisque Cannes oblige. Deux invités. Marc Missonnier, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes producteur, président de l'Union des producteurs de cinéma. Merci d'être avec nous. Et Olivier Henrard, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes directeur général du CNC depuis 2019. Vous avez été conseiller à la culture de l'Elysée en 2011. Et vous avez travaillé énormément sur les politiques publiques de la culture. Merci à vous trois d'être avec nous. Nous sommes ensemble et en direct jusqu'à 19h.
Et je reviens tout de suite sur cette tribune publiée par Libération. Marc Missonnier, comment est-ce qu'elle a été accueillie à Cannes, puisque vous vous y trouvez ? Écoutez, les professionnels du cinéma qui ont signé cette tribune ont voulu évidemment réagir à ce qui s'est passé chez Grasset. Et donc ont manifesté leur inquiétude par rapport à ce qui pourrait se passer. Et c'est important de dire que, en tout cas pour l'instant, ce qui est indiqué dans cette tribune, ce qui s'est passé chez Grasset, ne se passe pas dans le cinéma. C'est-à-dire que c'est l'éviction d'Olivier Nora de Grasset, le départ d'une centaine d'écrivains, qui a suscité cette inquiétude.
Et en réaction, en solidarité avec les écrivains de Grasset, les professionnels du cinéma ont souhaité signer cette tribune, c'est ça ? Je ne sais pas si c'est en solidarité, mais en tout cas c'est en réaction, oui, clairement. Et en étant inquiet du fait qu'il puisse y avoir une censure, un tri des projets en fonction de certaines idées qui peuvent être promues. Mais la réalité, c'est qu'il n'y a aujourd'hui pas de signe qui indique qu'il y a des choix de projets d'un point de vue éditorial liés à une ligne politique. Le seul exemple que nous connaissons d'ingérence, enfin en tout cas de non-sélection d'un projet en raison de son sujet, c'est le cas du film de François Ozon, Grâce à Dieu.
Mais ça date d'il y a quelques années quand même, déjà maintenant, c'est le seul projet qu'on connaisse. Et le film a quand même pu se faire puisqu'il y a des solutions de financement alternatives. Pourquoi est-ce que votre syndicat, Marc Missionnier, n'a pas signé cette tribune ? Est-ce que cela vous a été proposé ? Sinon, est-ce que vous l'auriez signé ? Alors, on ne me l'a pas proposé et non, je ne l'aurais pas signé pour les raisons que je viens d'indiquer. C'est-à-dire qu'il n'y a pas, à notre connaissance, et le syndicat que je préside est le syndicat principal des producteurs en France.
Et s'il y avait le moindre danger sur la diversité du cinéma soutenu par Canal+, qui est une pièce évidemment essentielle du financement de nos films, bien évidemment que nous aurions alerté tout le monde. Mais ce n'est pas le cas. Donc non, je ne l'aurais pas signé. Olivier Henrard, je rappelle, vous êtes directeur général du CNC. Est-ce que les craintes de cette tribune, notamment l'acquisition du GC et la possibilité de concentrer au sein d'un seul groupe, une verticalité du préachat jusqu'à la diffusion en salle, est-ce que ces craintes-là, elles, sont justifiées selon vous ? Écoutez, si vous permettez, je reviens un petit peu quand même sur le point de départ de la pétition.
Et puis ensuite, j'en viens au problème d'intégration verticale dont vous parlez. Bon, si vous voulez, trois remarques. Alors d'abord, la première remarque, c'est une remarque positive. C'est que je crois que la France est le seul pays au monde où, non seulement cette pétition pourrait exister, mais où elle pourrait avoir un tel écho et occuper les médias écrits, les médias audiovisuels, comme elle le fait. Donc déjà, c'est le signe d'une passion française pour le cinéma. Et de ce point de vue-là, au moins, on peut s'en réjouir. On voit bien que la France a inventé le cinéma et que le cinéma, c'est un élément de l'identité française.
Bon, deuxième remarque, un petit peu dans le même sens que Marc. Je crois que l'intention des auteurs de la pétition, c'est leur souci de la liberté de création. Voilà, et la liberté de création, pour paraphraser Malherbe, c'est un beau souci, évidemment, et on le partage tous. Mais alors, quand même, la troisième remarque, c'est que, pour autant, je crois qu'il faut quand même éviter les procès d'intention. Parce que ce que nous, au CNC, on sait de la réalité du cinéma français aujourd'hui, c'est que Canal+, c'est le premier acteur de la diversité avec le CNC.
Canal, non seulement c'est un film sur deux, soit une centaine de films par an, mais c'est très souvent les films qui ne se feraient pas sans Canal. Et d'ailleurs, il suffit de regarder la sélection du Festival de Cannes aujourd'hui pour constater à quel point c'est frappant. Je veux dire, la Vénus électrique de Pierre Salvadori en ouverture, histoire parallèle d'Asghar Farad-Di ce soir, Coward de Lucas Donte, dimanche si je ne m'abuse, enfin... 13 films Canal+, qui ont été sélectionnés dans la sélection officielle à Cannes. Et vraiment, c'est des films dont une bonne partie ne se serait jamais fait sans Canal.
Donc, dans ces conditions, si vous voulez, installer des clivages, lancer des polémiques au motif de prévenir une menace qui peut-être un jour pourrait se réaliser, moi, je trouve que c'est quand même jouer un petit peu les pompiers pyromanes. Et je crois que ce n'est pas le moment, parce que c'est vrai que si on prend un petit peu de champ pour se pencher sur la situation du cinéma français, aujourd'hui, on est dans une situation très paradoxale, parce que, d'un côté, le cinéma français, il est très fort.
On a, grâce à notre système dont on parlera tout à l'heure, j'imagine, on a le troisième marché du monde pour la 23ème population, on a plus de 6000 salles sur le territoire, on a des films qui dominent les palmarès de tous les festivals du monde, que ce soit des films franco-français ou des films en coproduction, on domine notre propre marché, on a 50% de part du marché français avec les films français, ça n'existe nulle part ailleurs dans le monde, en dehors des Etats-Unis. Donc, d'un côté, le cinéma français est très fort, et en même temps, il fait face à de grandes menaces, qui, pour le coup, sont de vraies menaces, des menaces qui sont réelles, actuelles, caractérisées.
Ces menaces, c'est des pressions au niveau européen et mondial contre notre régulation, contre notre système d'exception culturelle. Ces menaces, c'est la fragilisation des financeurs historiques du cinéma, que sont les télévisions gratuites ou payantes, par les acteurs que sont nouveaux, que sont les plateformes gratuites, qui captent à la fois l'attention des spectateurs et les recettes publicitaires des acteurs historiques du financement de la création. C'est les problèmes de santé publique que pose l'addiction aux écrans pour y voir défiler des contenus de basse catégorie, de faible qualité, qui souvent sont fabriqués par de l'intelligence artificielle.
Donc bref, on est très fort et en même temps on fait face à des menaces réelles. Donc dans ces conditions, ce dont on a besoin, c'est d'unité. On a besoin de se rassembler autour de ce trésor national qu'est notre cinéma, et certainement pas d'installer des clivages aussi artificiels et inopérants que le clivage gauche-droite. Et ce que je dis, d'ailleurs, ça vaut pas seulement pour les signataires de la pétition, ça vaut pour tous les gens qui cherchent à installer des clivages artificiels, notamment gauche-droite, à l'intérieur d'un champ qui devrait faire l'unanimité, qui devrait rassembler tous les Français, je dirais, toutes les forces politiques, qu'est le cinéma français.
Et on va revenir évidemment sur ces notions de fragilisation des financeurs historiques et le rapport du cinéma avec ces plateformes gratuites qui captent une partie de la publicité et peut-être ne participent pas, ou vous nous le direz, Olivier Henrard ne participe pas suffisamment au financement du cinéma. Pour rester un instant encore sur cette hypothèse dont parle cette tribune, Kira Kitsopanidou, est-ce que si cette volonté de verrouillage était avérée, est-ce qu'elle serait possible ?
C'est-à-dire que, est-ce que Canal+, aujourd'hui, dans l'écosystème, la manière dont fonctionne le cinéma français, est-ce qu'un grand diffuseur et financeur comme Canal+, pourrait, s'il le souhaitait, verrouiller éditorialement les films ?
Écoutez, on a une réponse dans le bilan du CNC, quand on voyait la diversité du nombre des sociétés de production qui sont, le nombre est quasi identique au nombre de films qu'on fait, je le vois difficilement, en réalité. Et quand on voit dans les films qui ont été précités, dans les génériques même de ces films, avec les soutiens essentiels de Canal+, on voit très bien quel est le positionnement, en fait. Donc je pense que c'est plutôt une crainte infondée, en tout cas, il n'y a pas des signaux, comme vous l'aurez appelé les autres intervenants, pour croire que, dans l'immédiat, il y aurait ces genres d'effets.
Et il y a la même possibilité d'effets directs qu'il y a dans le monde de l'édition ? Parce qu'évidemment, c'est les formules de la pièce, mais on sait bien que Vincent Bolloré a agi dans les médias, elle a agi dans le monde de l'édition de manière extrêmement politique. La crainte, en tant que crainte, est peut-être fondée. Ma question, c'est, est-ce que dans le cinéma, il y a plus d'intermédiaires ? Est-ce que ce serait plus difficile de verrouiller le cinéma, vis-à-vis de l'édition ou du monde de la presse ?
Écoutez, les phénomènes de concentration, en général, le contrôle, c'est qu'on va mettre le plus en face d'un public. Après, on est quand même un industriel, on a envie qu'il y ait un renouvellement des talents, qu'il y ait un pluralisme aussi des films, parce que notre chiffre d'affaires dépend aussi du renouvellement des œuvres. Donc, je ne pense pas qu'on a intérêt à orienter autant la création, puisqu'il va de soi qu'à la fin, le public va être lassé, y compris par des contenus qui vont être très, très, très orientés. Donc, je pense en bande industrielle, les dirigeants de Canal+, n'ont absolument pas envie d'orienter ces contenus. Ça serait contre-productif, en tout cas.
Marc Missonnier ? Oui, juste pour expliquer peut-être à vos auditeurs comment se finance un film et le poids que pourrait avoir Canal+, un film se finance avec diverses sources de financement, dont ce qu'on appelle des pré-ventes à des chaînes de télévision, qui peuvent être Canal+, mais qui peuvent être aussi des plateformes, comme Netflix ou Disney+, et des chaînes de télévision gratuites, comme France Télévisions ou TF1, M6. Donc, chacun de ces intervenants participe pour une partie du financement.
Pour vous donner des chiffres, le chiffre d'affaires total du financement de l'ensemble de la production en France, c'est 1 milliard 400 millions, et la contribution de Canal+, sur une année, c'est autour de 160 millions. Alors, c'est à la fois peu et beaucoup, donc ce n'est qu'une partie. C'est évidemment une partie qui est très importante pour les films, qui en ont absolument besoin, mais c'est une partie relative. Donc, c'est ça que je veux aussi vous dire, c'est que c'est par l'addition de différentes sources de financement qu'un film se fait, et du fait de ces sources de financement diverses, ce n'est pas un des financeurs qui peut dicter au producteur le contenu de son film.
On conserve une liberté de création de ce point de vue-là. Marc Missonnier, en préparant cette émission, on a lu plusieurs articles, il est difficile de trouver un article de presse qui parle de cinéma français sans qu'il y ait ce verbatim qu'un film ne peut pas se faire sans Canal+, alors est-ce qu'un film peut réellement se faire sans Canal+, aujourd'hui, Marc Missonnier ?
Un film peut se faire sans Canal+, au-delà d'un certain budget, c'est compliqué, ça c'est la réalité, mais il existe un certain nombre de films aujourd'hui qui se font sans Canal+, je vous donne un exemple d'un film que je viens de produire, qui est un film réalisé par Gilles Demestre, un réalisateur que vous connaissez peut-être, qui est connu pour réaliser des films avec des animaux, dont le dernier film qui s'appelle L'enfant du désert est actuellement sur les écrans, je produis un film réalisé par Gilles Demestre qui sortira en février prochain, avec des oursons et une jeune comédienne qu'on a tournée au Canada, c'est un film qui s'est fait sans Canal+, c'est un budget de 10 millions d'euros que j'ai pu monter grâce à Disney+, qui est donc une plateforme alternative à Canal+.
Donc c'est possible, voilà. Est-ce que vous voulez bien nous expliquer, faire un peu d'œuvres de pédagogie, Olivier Henrard, et puis peut-être vous serez complété par Kira Kitsopanidou pour que les auditrices, auditeurs puissent comprendre comment est-ce qu'on fabrique un film ? Parce que là on entend qu'il y a plusieurs financements, donc ce n'est pas seulement une chaîne qui finance, évidemment le CNC intervient. Comment est-ce que ça fonctionne entre le moment où on a un créateur, une créatrice qui écrit un scénario et le moment où le film arrive dans les salles de cinéma ?
Marc le disait, le propre d'un film de cinéma, et ça le distingue de ce point de vue-là, peut-être d'une œuvre audiovisuelle, notamment d'une série, c'est quand même la pluralité des financements. Souvent une œuvre audiovisuelle a un commanditaire principal qui est la chaîne de télévision ou la plateforme sur laquelle la série va être diffusée. En revanche, dans le cadre du cinéma, il y a une pluralité de financeurs, ce qui veut dire aussi une pluralité de prises de décisions. Et en réalité, tout l'art du producteur qui est au centre de l'opération, c'est d'arriver à rassembler ces différentes énergies.
Du côté du financement évidemment, mais aussi du côté de la création, puisque c'est le producteur, mais Marc expliquerait ça bien mieux que moi, à qui il appartient de rassembler, le bon scénariste, le bon casting, etc. Et donc tous ces éléments du projet artistique qui vont être autant d'éléments pour convaincre les différents financeurs qui vont se rassembler autour du projet.
Alors ce qui est capital, sur quoi il faut insister quand même, c'est que notre économie du cinéma se caractérise par ce qu'on appelle le pré-financement, c'est-à-dire que par l'effet de la réglementation que nous avons mis en place de longue date en France, le producteur dispose de l'essentiel de son budget avant même que le premier jour de tournage se soit déroulé. Évidemment, c'est une caractéristique qui tend à augmenter la liberté du producteur.
Et de ce point de vue-là, l'intervention du CNC, qui intervient très en amont, ou l'intervention du principal diffuseur futur, donc ça peut être Canal+, mais ça peut être aussi une plateforme ou une chaîne de télévision qui va pré-financer l'œuvre, est assez essentiel. Parce que c'est ça, en réalité, qui va donner le branle à tout le processus de production. Pluralité de financeurs, pluralité des prises de décisions. Est-ce qu'en ce sens-là, Olivier Horare, et je vous poserai la même question qu'Ira Kitsopanidou, l'achat par Canal+, du GC, est problématique ? C'est-à-dire que ça réduit une décision et ça réduit un financeur. Ça fait un financeur de moins.
Alors, bon, effectivement, ça caractérise ce qu'on appelle, mais Kira l'expliquerait beaucoup mieux que moi, une intégration verticale, c'est-à-dire que du producteur au distributeur, au diffuseur, on va avoir le même groupe. L'autorité de la concurrence, évidemment, aura le temps de se prononcer sur l'opération lorsqu'elle sera effectuée, puisque je rappelle quand même qu'à ce stade, on en est à une prise de participation et pas du tout à une prise de contrôle. Donc, la prise de contrôle, c'est prévu dans deux ans et l'autorité de la concurrence se prononcera le moment venu.
Donc, ce qu'on peut dire à ce stade, donc sous réserve du jugement de l'autorité de la concurrence, c'est que UGC, évidemment, c'est un acteur très important sur le marché de la salle de cinéma, mais c'est 12% de ce marché. Donc, on n'est pas du tout en face d'un acteur dominant sur le marché de la salle. La France a cette chance de disposer d'une demi-douzaine de très grands circuits, que vous connaissez tous, Pathé, UGC, Megarama, CGR, MK2, etc., et de centaines de cinémas indépendants. J'évoquais tout à l'heure, on a 6200 écrans sur le territoire national, donc on a une offre extraordinairement riche et extraordinairement éclatée aussi.
Et à l'intérieur de cette offre très riche et très éclatée, UGC, ça n'est que 12%. 12%, mais troisième réseau d'exploitation. Je me permets de donner la parole à Kira Kitsopanidou. Ce que semble nous dire Olivier Horart, c'est que finalement, ce n'est pas si marquant. Canal+, n'est pas en train d'intégrer un groupe si important. Qu'est-ce que ça représente, UGC pour le cinéma français, comme exploitant de salles, mais aussi comme producteur de films ?
Déjà, il faut mettre l'église au milieu du village. Pour le dire simplement, ces phénomènes de concentration, ils ne sont pas nouveaux. Donc avant la naissance même de Canal+, on parlait des phénomènes de concentration qui étaient décisifs aussi pour orienter quels films on mettait face au public. À l'époque, c'était les grandes sociétés scématographiques qui pouvaient aussi, par le même phénomène d'intégration verticale, orienter le choix de production et quels films on voyait sur les écrans. Donc ce n'est absolument pas nouveau et c'est même dans l'économie même du cinéma.
Ces phénomènes de concentration sont même naturels, sont essentiels aussi pour les acteurs en question, les acteurs historiques. Donc UGC, c'est quoi pour Canal+, c'est la possibilité de remonter aussi des datas du côté de la fréquentation scématographique et des films qu'on met face au public et de leurs résultats pour mieux affiner ces stratégies de production. C'est aussi les catalogues de films d'UGC, ce n'est pas simplement l'enjeu de salles, c'est aussi les contenus, le savoir-faire au niveau de séries. Donc il ne faut pas voir simplement le côté sale, il faut voir aussi qu'UGC, c'est aussi un groupe qui s'est diversifié.
Canal+, avait un concurrent sur la plateforme, sur les plateformes, c'était OCS qui était la plateforme d'Orange, concurrence donc de Canal+, également rachetée par Canal+. Est-ce que, qu'est-ce qu'on a pu, quelle leçon on a pu tirer de ça Kira Kitsupanidou ? Est-ce que l'intégration de la plateforme d'Orange à Canal+, a réduit le nombre de financements ? Est-ce qu'il y a, ou pas, au contraire, enfin voilà, qu'est-ce qu'on peut tirer comme leçon de ce financement ? Est-ce que de là, on peut apprendre quelque chose pour l'éventuelle intégration du GC à venir ?
Il y a nécessité d'une vigilance et je pense que pouvoir public sans vigilance sur ces questions de concentration et de même les professionnels du cinéma puisqu'ils ont négocié au moment de l'intégration d'OCS que les engagements sur la première fenêtre d'OCS puissent se maintenir et se sont maintenus. Après, sur les caractéristiques des films qui sont aujourd'hui financés, ils suivent un peu la tendance aussi de Canal+, face aux enjeux mondiaux du streaming et ça, c'est une réaction normale aussi à la concurrence mondiale parce que le vrai problème pour moi, c'est vraiment la concurrence internationale, c'est les streamers et la force et la puissance de data.
On va y venir. Je vous propose d'entendre la voix de Vincent Maraval, producteur et cofondateur de Wild Bunch Productions.
Si je vais voir TF1, j'en dis je veux 8 millions pour ce film. Il se met beaucoup trop, il sera déjà passé, piraté. Je dis oui, mais vous pouvez le diffuser 4 mois après. Est-ce que ça vous intéresse ? Bon, je suis dans un rapport de force de négociation sur mes films qui est simple, c'est-à-dire que je négocie pour chaque film ce qui est le mieux pour chaque film et qui me permet de le financer en fonction de ce qu'il est. Or aujourd'hui, le rapport de force est totalement dans les mains des diffuseurs. Donc moi, je vais voir Canal ou je vais voir TF1. Ils savent que de toute façon, je n'ai pas des kilos d'alternatives.
Et encore aujourd'hui, la possibilité pour les streamers de venir dans le financement des films, on a enfin instauré une concurrence à Canal+. Moi, je n'ai rien contre Canal+. Je dis juste, mettons-les dans des conditions de concurrence. Ce n'est pas normal qu'on ait qu'un seul guichet pour un film et que le prix qu'ils nous donnent soit le prix qu'on doit accepter. C'est les diffuseurs qui décident de tout. Or, ils ne créent pas. Et ces diffuseurs-là fixent la nature des films, la manière dont ils vont être exploités. Donc la chronologie des médias, c'est un vol des droits.
Voilà la voix de Vincent Maraval, producteur cofondateur de Wild Bunch Productions. C'était en 2022. Marc Missonnier, Olivier Enrard et Kira Kitsopanidou semblaient nous dire que l'intégration faisait d'abord partie organique de la vie de l'économie du cinéma mais que c'était souhaitable. Là, on entendait peut-être un nom de son de cloche d'un producteur qui dit le rapport de force c'est du côté des diffuseurs et moins il y a de diffuseurs plus c'est compliqué pour nous producteurs de faire valoir nos droits, faire valoir nos créations. Une réaction là-dessus, Marc Missonnier ? Oui, je ne peux pas dire le contraire.
C'est-à-dire que je ne peux pas dire que moins il y a de diffuseurs, mieux c'est pour le producteur. C'est évidemment l'inverse, vous avez compris. Vu comment se financent les films, on est là à additionner les financements et pour certains à les mettre en concurrence. Donc évidemment que plus il y a de concurrence pour financer les films, mieux les films se portent. Donc ça, je ne peux pas dire le contraire. Mais ce que dit Vincent, que je reconnais bien là dans ses propos, c'est que ce qu'il conteste, c'est un peu peut-être compliqué pour vos auditeurs, c'est ce qu'on appelle la chronologie des médias. Allez-y, je vous en prie.
C'est un système qui attribue à chaque diffuseur une fenêtre particulière dans une certaine chronologie qui démarre au moment où le film sort en salle, qui ensuite se décline, comme vos auditeurs le savent. Après la salle, vient la vidéo et la VOD à l'acte, puis ensuite vient Canal+, puis ensuite viennent certaines plateformes, puis pour finir, par les chaînes gratuites. Et ces différents diffuseurs contribuent de façon différente en fonction de leur place. C'est-à-dire que plus ils sont proches de la salle de cinéma, plus ils doivent contribuer, financer le cinéma.
Et ce dont parle Vincent, c'est qu'il voudrait que cette chronologie des médias n'existe plus pour qu'il y ait une liberté totale de négociation. Or, s'il y a une liberté totale de négociation, ça donne évidemment du pouvoir aux films les plus forts qui pourront imposer leurs conditions, mais ça mettra les films les plus faibles dans des dispositions extrêmement compliquées puisque le rapport de force, contrairement à ce que dit Vincent, sera pour le coup de façon disproportionnée entre les mains des diffuseurs.
Donc c'est un système qui permet de protéger la diffusion des œuvres, de protéger les salles de cinéma, puisqu'on interdit une certaine exploitation avant un certain temps, et permet de pré-financer c'est pré-vendre ces différentes fenêtres, ce qui permet une certaine diversité de notre cinéma. Voilà, j'espère que c'est clair pour vos auditeurs. Olivier, en rare, est-ce que le prix pour Canal+, d'avoir cette fenêtre avant les autres ? Parce que si on suit bien ce que nous disait Marc Missonnier, le film sort en salle, et Canal sont les premiers à pouvoir le mettre sur leur plateforme, donc avant Netflix, Disney+, Amazon, et même pourquoi pas Mubi, etc.
Le prix de cette diffusion, c'est justement le financement de Canal+, au cinéma français, c'est directement corrélé ? Alors absolument, c'est directement corrélé. Alors là encore, on va essayer d'être pédagogue pour vos auditeurs. Dans le système d'économie mixte, on va dire, du cinéma, qu'a inventé la France il y a environ 80 ans, et qu'elle a perfectionné sans cesse depuis, l'idée, c'est que, en réalité, comme le disait Marc, je veux dire, plus vous contribuez au financement du cinéma, mieux vous êtes traité.
Donc aujourd'hui, la façon dont on apprécie, on va dire, le caractère mieux disant d'un diffuseur par rapport à un autre, ça ne s'apprécie pas par rapport à zéro, parce que, chaque diffuseur qui intervient en France, que ce soit une plateforme ou que ce soit une chaîne de télévision, a l'obligation de consacrer un pourcentage minimum de son chiffre d'affaires à l'investissement dans les films et dans les programmes audiovisuels français. Donc, Canal+, comme tout, comme Netflix ou comme Amazon ou comme TF1, doit, de toute façon, dans tous les cas, contribuer en proportion de son chiffre d'affaires au financement du cinéma français et de l'audiovisuel.
Le caractère mieux disant de Canal ou de Netflix ou d'Amazon, il s'apprécie dans la mesure où Canal, Netflix ou Amazon vont investir dans le cinéma français plus que le seuil minimum fixé par la réglementation. Voilà. Donc, c'est ça le caractère méritocratique de la chronologie des médias dont parlait Marc. Aujourd'hui, Canal+, il l'a dit, investit 160 millions d'euros dans le cinéma alors que, réglementairement, Canal+, serait tenu à verser environ 110 ou 120 millions d'euros. Donc, en réalité, Canal+, investit beaucoup plus que ce à quoi il est contraint et c'est pour ça qu'au lieu où il se situe, il peut diffuser ses films sur ses antennes à six mois.
Si vous prenez un autre diffuseur, mettons, prenons une plateforme par exemple, comme Amazon aujourd'hui, au moment où je vous parle, parce que la situation est évolutive, mais au moment où je vous parle, Amazon verse strictement au cinéma français, investit strictement au cinéma français, ce à quoi la réglementation française l'oblige et pas à un euro supplémentaire. Donc, Amazon, aujourd'hui, occupe une fenêtre qui est beaucoup moins avantageuse que Canal. Donc, la méritocratie ne s'applique pas par rapport à zéro car on part déjà d'un seuil relativement élevé en pourcentage de chiffre d'affaires qui est fixé par la réglementation.
Et à ce propos, je vous propose d'écouter la voix de Maxime Saada, patron du groupe Canal+. L'assiette d'obligation de Canal+, aujourd'hui, conduit à une centaine de millions d'euros d'investissement d'obligation. Donc, on était à 220, l'obligation, elle est autour de 100. Et ça, c'est aujourd'hui. Parce que, comme je le disais tout à l'heure, le modèle généraliste de Canal+, favorise le financement de Canal au cinéma français. Parce que, dans Canal+, vous avez la Ligue des Champions que je citais, qui contribue largement au chiffre d'affaires de Canal+. Si demain, et c'est pareil, on me dit c'est une menace, tu ne le feras jamais, etc. Mais, en fait, on est à l'étude.
Si demain, Canal+, sépare le sport et le cinéma dans son modèle, l'obligation est divisée par deux. Donc, les 100 millions deviennent mécaniquement 50. Voilà. Donc, la question aujourd'hui pour les organisations du cinéma, mais elle se pose pour elle, parce que nous, encore une fois, on s'adaptera. C'est, est-ce qu'elle préfère un modèle dans lequel Canal+, contribue largement et il y a une forme de dépendance qu'il faut reconnaître du cinéma français vis-à-vis de Canal, ou est-ce qu'elle veut se libérer de cette dépendance mais prendre le risque de perdre 150 ou 200 millions d'euros d'investissement du groupe Canal.
Kira Kitsoupanidou, voilà presque une forme de chantage assumé de Maxime Saada, le patron de Canal+.
Il faut voir ça par rapport au l'enjeu qui a été réplé tout à l'heure de la chronologie des médias. Même s'il a fait naître à six mois, Canal+, il subit la concurrence de plus en plus forte. On voit, par exemple, Disney depuis un an. Qui est arrivé à neuf mois. Tout à fait, qui est arrivé sur les fenêtres de neuf mois avec des investissements qui sont partis de nulle part. On avait zéro film sur la première fenêtre en 2024 et tout d'un coup, on a plus de vingtaine. Donc, avec un triplement, quadruplement de financements de la plateforme pour le cinéma français et des effets d'annonce qu'on a vus dans la presse.
Et Amazon, mais ça, peut-être que ça va être rappelé tout à l'heure, est en train de négocier aussi un investissement plus important, effectivement, 90 ou une centaine de millions d'euros sur trois ans. Ça n'a rien à voir avec les 480 millions sur lesquels s'est engagé Canal Plus sur trois ans, bien au-delà de ses obligations. Mais parce qu'elle subit le même effet d'entraînement, il faut voir aussi les plateformes, elles sont en concurrence les unes par rapport aux autres.
Est-ce que paradoxalement, ces plateformes que vous décrivez tout à l'heure et que Olivier Horard décrivait comme une menace, en tout cas un danger pour le cinéma français, est-ce que ce n'est pas elles qui peuvent permettre plus de concurrence et donc aussi plus de consommation de films via les plateformes, donc plus de financement vers le cinéma français et créer un écosystème dans lequel peut-être que Canal Plus serait moins essentiel dans l'ensemble de l'écosystème français, mais qui permettrait plus de liberté pour les créateurs, les producteurs d'aller voir différents guichets ?
Olivier pourra le rappeler, l'astuce du système français c'est d'avoir su assez tôt, de manière proactive, intégrer les plateformes dans son propre écosystème. Ce qui veut dire que pour les producteurs, il y a maintenant un peu plus de caisses possibles pour aller chercher de l'argent pour financer un film de cinéma. Et les plateformes ont injecté de l'argent qui ne prend pas la place de ce que fait Canal Plus pour les cinémas mais qui peuvent atténuer cette dépendance. Après, pour les plateformes, le cinéma n'est pas les produits phares même si le nombre des films qu'ils financent augmente d'année en année.
On est aujourd'hui à un peu plus d'une cinquantaine des films mais leurs vrais investissements de masse se trouvent davantage du côté de la production sérielle.
Marc Missonnier ? Oui, c'est vrai. Effectivement, pour créer une alternative à Canal Plus et tout le monde préfère qu'il y ait ce que je disais tout à l'heure des solutions différentes pour financer les films encore faut-il qu'il y ait des diffuseurs qui aient envie d'investir dans le cinéma. Donc, ce n'est pas seulement les organisations du cinéma qui décident qu'un tel va contribuer plus ou plus. C'est évidemment le fruit de la réglementation comme le disait Olivier Horart mais aussi la négociation qu'on peut avoir avec ces différentes plateformes.
Il faut pour comprendre un peu l'écosystème l'écosystème est basé sur des accords de financement qui sont sur une échelle de trois ans et tous les trois ans on rediscute.
Les accords actuels qui régissent le financement du cinéma français pardon excusez-moi les accords actuels qui régissent le cinéma français se terminent pardon voilà se terminent en 2027 et donc pardon excusez-moi je suis dans une chambre d'hôtel et j'ai mon téléphone Vous êtes très demandé puisque vous trouvez à Cannes Marc Missonnier vous parlez de l'accord justement qui a été signé en mars 2025 dans lequel le Canal Plus s'est engagé à payer 160 millions d'euros pour l'année 2026 170 millions d'euros pour l'année 2027 il y a un article dans cet accord qui peut-être peut interroger et qui est peut-être un inédit dites-nous Marc Missonnier c'est l'article 7 qui offre la possibilité aux groupes cryptés de remplir ces obligations de financement en investissant dans ces productions maison est-ce que là il n'y a pas aussi une manière de passer à côté des producteurs indépendants que vous êtes Cette faculté a toujours existé ce n'est pas une nouveauté dans la réglementation et dans les accords chaque diffuseur peut consacrer un quart de son investissement 25% dans ses propres productions c'est ce qu'on appelle la production dite dépendante à l'inverse de la production indépendante donc il faut plutôt voir ça de façon positive c'est-à-dire que Canal est contraint d'investir au moins 75% de son investissement dans la production indépendante comme c'est le cas de tous les autres diffuseurs il n'existe nulle part ailleurs dans le monde des réglementations qui contraignent les diffuseurs à investir autant de parts de leurs investissements dans des productions indépendantes et non pas sur leur propre production et c'est valable aussi pour les plateformes donc voilà ce n'est pas un problème en soi Alors Canal Plus s'est désengagé de la diffusion ou a perdu en tout cas la diffusion du festival de Cannes en 2022 après presque 30 années d'exclusivité sur le festival est-ce que c'était le signe d'une perte d'influence de vitesse dans le cinéma français est-ce que c'était juste un choix économique comment est-ce que vous aviez analysé cette opération est-ce qu'il n'y a pas le danger derrière tout ce qu'on dit parce que là depuis tout à l'heure on parle comme si Canal avait toujours l'envie de financer le cinéma est-ce qu'il n'y a pas le danger qu'un jour Canal décide de réduire ses investissements dans le cinéma français qui n'est pas toujours rentable et de ne pas y être préparé Olivier Horart Écoutez il faut quand même que les abonnés de Canal Plus aient une raison de s'abonner donc aujourd'hui c'était le football et la pornographie qui finançaient le cinéma français la pornographie s'est démocratisée sur internet et le football a fui Canal Plus donc est-ce que vraiment quelles sont les réelles raisons des abonnés de Canal Plus ça c'est peut-être oui faute de pornographie faute de football reste le cinéma donc en réalité non seulement reste le cinéma mais le goût du public français pour le cinéma français et comme je le disais en ouverture de mon propos en réalité ce goût n'a jamais été aussi fort et ce cinéma n'a jamais remporté en tout cas depuis de longues décennies autant de succès à la fois artistique et économique donc en réalité la véritable envie de Canal d'investir dans le cinéma c'est comme ça qu'elle se nourrit Canal Plus ne fait pas du mécénat Canal Plus c'est une entreprise économique qui a besoin de faire des profits donc tout ça ça n'est pas de l'investissement à perte et évidemment il y a un intérêt économique à poursuivre et en réalité c'est le succès c'est la qualité c'est le public que trouve le cinéma français qui doit déterminer sa décision et voilà aujourd'hui objectivement on est quand même dans une situation relativement favorable à cet égard même si encore une fois il y a un certain nombre de véritables menaces qui planent mais en tout cas aujourd'hui elles ne se traduisent pas dans la qualité dans la diversité et dans les succès remportés par le cinéma français auprès du public en France et à l'étranger donc c'est ça la raison de Canal Kira Kitsopanidou
Oui je vais s'y enchaîner dans le même sens pour dire que le cinéma français a certes besoin de Canal Plus il a été rappelé c'est les garants quand même de la diversité du cinéma on voit que chez Canal Plus et sur France Télévisions le plus grand nombre de films de 1 à 4 millions d'euros de financés mais l'inverse c'est aussi vrai c'est à dire que Canal Plus a besoin aussi du cinéma français a besoin aussi des films qui passent à Cannes qui sont mondialement ensuite diffusés on est dans une économie des interdépendances et c'est ainsi que le système que vous avez rappelé tout à l'heure a été construit aussi sur l'interdépendance de relations
Marc Missonnier vous vouliez dire un mot de la fin Oui non je ne crois pas un seul instant que Canal Plus puisse se passer du cinéma et la meilleure preuve c'est le rachat du GC puisque vous l'aviez évoqué c'est bien la preuve que ça ancre encore un peu plus le groupe Canal Plus dans le cinéma français Merci à vous trois d'être venus nous expliquer la manière dont fonctionne le cinéma français et la place de cet acteur clé Canal Plus à l'intérieur de ce modèle Kira Kitsopanidou je rappelle vous êtes professeur d'université à la Sorbonne Nouvelle vous enseignez l'économie du cinéma de l'audiovisuel et des nouveaux médias Olivier Horart directeur général du CNC et Marc Missonnier producteur président de l'Union des producteurs de cinéma voilà c'est la fin de cette émission merci à toute l'équipe de questions du sort première partie Louise Morfois c'est la programmation préparation par Antoine Hérald Tina Young et Mathias Megy quant à nous restez à l'écoute on se retrouve dans quelques minutes seulement après le point info pour la deuxième partie de cette émission consacrée aujourd'hui à l'Eurovision comme scène de tension géopolitique à l'Eurovision
m'initiative de l'oignon à l'Eurovision et décisive à l'Eurovision de l'Eurovision en Nouvelle Légie de l'Eurovision en Nouvelle Légie de l'Eurovision et Nouvelle