Crime raciste d’Hichem Miraoui : l’ultradroite, la deuxième menace ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
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Ce crime a été prémédité. Il est signé. C'est un crime raciste.
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Cette mise au point claire nette et précise, vous l'attendiez?
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Vous reprochez à certains responsables politiques d'envoyer un message qui pourrait cultiver l'atmosphère dont ce crime raciste pourrait être le fruit?
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Vous confirmez ces insultes?
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Il n'imaginait pas que sa vie puisse être menacée?
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Est-ce qu'on sait si un élément a déclenché le passage à l'acte à ce stade de l'enquête?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:00B.RetailleauFait
« Ce crime a été prémédité. Il est signé. C'est un crime raciste. »
- 2:00B.RetailleauFait
« Le racisme est un poison. C'est un poison qui tue. »
- 2:00B.RetailleauFait
« Chaque crime raciste est un crime anti-Français. »
- 4:00Me M.BattikhFait
« Il ne dit pas l'amour pour cette population. Il ne dit pas que quand on touche à un musulman, on touche à la France, à la République. »
- 4:00Me M.BattikhFait
« Il ne dit pas que l'immigration est une chance, que la mixité dans laquelle on a vécu depuis maintenant des dizaines d'années est une chance pour la France, pour la République. »
- 6:00Me M.BattikhFait
« Il y a clairement un racisme d'atmosphère qu'on vit aujourd'hui tous les jours, quotidiennement, qu'une certaine frange de la population vit au jour le jour. »
- 6:00Me M.BattikhFait
« La course à l'élection présidentielle, il y a plus d'hommes politiques qui souhaitent aller au bout de leur mandat ou de ces élections sans le faire sur le dos des étrangers, des musulmans, des uns et des autres. »
- 8:00Me M.BattikhFait
« Des insultes quotidiennes pour un homme de 45 ans, coiffeur, qui ne pose de problème à personne, qui subissait ces insultes, ces dégradations... »
- 10:00P.CongeFait
« Christophe B. Est descendu avec une arme à feu. Il a tiré directement sur Hichem. »
- 12:00P.CongeFait
« C'est une logorrhée qui dure pendant des minutes. C'est un développement constant, raciste et assumé. »
- 14:00P.CongeFait
« Il était connu pour des faits de violence conjugale mais aussi pour conduite sous l'emprise de stupéfiants. »
- 16:00P.CongeFait
« Il fait une référence à J.-M.Le Pen dans une de ses vidéos de revendication et tire sur un Tunisien, un Kurde, des cibles pas choisies au hasard. »
- 20:00Me M.BattikhFait
« Il faut que le Parquet national antiterroriste se saisisse pour envoyer un signal fort. »
- 24:00A.Pannier-RunacherFait
« Toutes les formes de parole excessives telles qu'on les entend en politique aujourd'hui, qu'il s'agisse de la dénonciation de telle religion, de telle origine, c'est insupportable. »
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C'est l'écologie concrète, l'écologie du quotidien. C'est l'écologie qui protège les gens. - A.-E.Lemoine: Hichem Miraoui, un coiffeur de 45 ans installé dans le Var a été abattu dans la nuit de samedi à dimanche de 5 balles parce qu'il était tunisien.
Le suspect, son voisin, interpellé peu après les faits, a diffusé 2 vidéos de nature raciste, l'une avant et l'autre après son passage à l'acte. Le parquet antiterroriste s'est saisi de l'affaire et a ouvert une information pour assassinat et tentative d'assassinat commis en raison de l'ethnie, de la nation ou de la religion. - B.Retailleau: Ce crime a été prémédité.
Il est signé. C'est un crime raciste. C'est un crime sans doute aussi anti-musulman et peut-être aussi un crime terroriste puisque le Pnat a été saisi.
Je veux dire de la façon la plus nette, que le racisme n'a pas sa place en France. Le racisme est un poison. C'est un poison qui tue.
J'espère que la justice sera intraitable et implacable pour ce qui constitue un crime anti-Français. Chaque crime raciste est un crime anti-Français. - A.-E.Lemoine: M.Battikh, bonsoir.
Vous êtes l'avocat de la famille d'Hichem Miraoui. A vos côtés, Paul Conge. Merci d'être avec nous.
On vient d'entendre le ministre de l'Intérieur dénoncer un crime raciste, peut-être même un acte terroriste. Cette mise au point claire nette et précise, vous l'attendiez? - Me M.Battikh: Oui, mais elle est un peu tardive.
C'est le minimum légal, le minimum syndical qu'un ministre puisse faire. Dans ses déclarations, qu'est-ce qu'il fait? Il dénonce un crime, met à l'index le racisme qui est celui que l'on vit aujourd'hui dans notre pays, mais il ne dit pas l'amour pour cette population.
Il ne dit pas que quand on touche à un musulman, on touche à la France, à la République. Il ne dit pas que l'immigration est une chance, que la mixité dans laquelle on a vécu depuis maintenant des dizaines d'années est une chance pour la France, pour la République. Il n'envoie pas un message fort à ces populations. - A.-E.Lemoine: Vous reprochez à certains responsables politiques d'envoyer un message qui pourrait cultiver l'atmosphère dont ce crime raciste pourrait être le fruit? - Me M.Battikh: Il y a clairement un racisme d'atmosphère qu'on vit aujourd'hui tous les jours, quotidiennement, qu'une certaine frange de la population vit au jour le jour.
Elle le vit durement. - A.-E.Lemoine: Encouragée par des responsables politiques? - Me M.Battikh: Directement.
La course à l'élection présidentielle, il y a plus d'hommes politiques qui souhaitent aller au bout de leur mandat ou de ces élections sans le faire sur le dos des étrangers, des musulmans, des uns et des autres. Il y en a très peu. Quand je dis qu'il y en a plus, c'est peut-être caricatural, mais on n'est pas loin de la vérité.
Ceux qui nous écoutent le savent, l'entendent, l'écoutent et le vivent durement chaque jour. - A.-E.Lemoine: Hichem était la cible d'attaques racistes de la part de son voisin.
Il en avait parlé à sa cousine. - A.-E.Lemoine: Vous confirmez ces insultes? - Me M.Battikh: Oui.
Des insultes quotidiennes pour un homme de 45 ans, coiffeur, qui ne pose de problème à personne, qui subissait ces insultes, ces dégradations...
Il n'a pas déposé plainte. Il a cuisiné un plat, un couscous. Il l'a apporté à son voisin pour apaiser les choses et créer un bon sentiment de bon voisinage.
On voit le résultat. - A.-E.Lemoine: Il n'imaginait pas que sa vie puisse être menacée? - Me M.Battikh: Pas au point...
Il a subi des insultes, des dégradations, mais à aucun moment il ne s'imaginait perdre la vie sans aucune raison. Il n'a pas perdu la vie pour ce qu'il a fait, mais pour ce qu'il est, un individu d'origine maghrébine, musulman au demeurant. C'est pour ça qu'il a été tué. - A.-E.Lemoine: Est-ce qu'on sait si un élément a déclenché le passage à l'acte à ce stade de l'enquête? - P.Conge: Ce n'est pas clair.
Un conflit de voisinage depuis un certain temps entre les deux. Les facteurs explicatifs du passage à l'acte doivent encore être élucidés. Ce qui est clair, c'est que Christophe B.
Est descendu avec une arme à feu. Il a tiré directement sur Hichem. - A.-E.Lemoine: Il était déterminé. - P.Conge: Il n'y avait pas de soirée qui se déroulait.
Les voisins étaient sur le point de se coucher. Ils sont descendus dans la cour et ont vu Christophe B. En train de s'affairer.
Il s'est retourné. Ce voisin d'origine kurde s'est fait pourchasser par Christophe B., qui lui a tiré dessus à plusieurs reprises.
Peut-être une dérive violente, une étincelle, je ne sais pas. - A.-E.Lemoine: Le principal suspect a reconnu les faits mais a contesté le mobile raciste de son acte.
C'est totalement contradictoire avec les vidéos qu'il a diffusées sur les réseaux sociaux et dans lesquelles il appelle à se révolter contre les personnes d'origine maghrébine. Il dit qu'il faut prêter allégeance au drapeau français. - P.Conge: Il dit aussi aux Français de se réveiller.
Il appelle à un nettoyage ethnique. Il parle de "bicots". Ce sont des messages d'une extrême virulence.
Il en diffuse un certain nombre. C'est une logorrhée qui dure pendant des minutes. C'est un développement constant, raciste et assumé. - A.-E.Lemoine: Il était inconnu des services de police? - P.Conge: Pas totalement.
Il était connu pour des faits de violence conjugale mais aussi pour conduite sous l'emprise de stupéfiants. - A.-E.Lemoine: Est-ce qu'on est en présence d'un potentiel tueur d'extrême droite comme ceux que vous décrivez dans votre livre? - P.Conge: Je vois beaucoup de parallèles affaires avec beaucoup d'affaires que je couvre dans le livre, notamment le fait que le mis en cause a fait part d'un racisme obsessionnel, assumé.
C'est un tireur sportif qui a beaucoup d'armes en quantité. Il fait une référence à J.-M.Le Pen dans une de ses vidéos de revendication et tire sur un Tunisien, un Kurde, des cibles pas choisies au hasard.
Ca me fait penser à la tuerie de la rue d'Enghien. Un conducteur de train à la retraite, lepéniste, avait aussi cette référence à J.-M.Le Pen, aussi tireur sportif et avait aussi une haine pathologique des étrangers. - E.Tran Nguyen: Il avait reconnu en garde à vue avoir voulu faire un attentat avant de revenir sur ses propos.
Il parle plus d'une envie suicidaire. Le parquet antiterroriste avait estimé que son acte ne voulait pas troubler... - P.Conge: Des avocats de la partie civile estimaient qu'en arrivant devant le centre démocratique kurde avec une arme, avec la volonté de tuer des Kurdes, il a troublé l'ordre public, du moins aux yeux des Kurdes touchés dans leur chair.
Beaucoup ne comprennent pas pourquoi la qualification terroriste n'a pas été retenue. La différence entre la tuerie de la rue d'Enghien et les faits à Puget-sur-Argens, c'est qu'en l'occurrence, le tueur présumé de Puget-sur-Argens a ce manifeste, ce message de revendication extrêmement assumé que n'avait pas forcément le tueur de la tuerie de la rue d'Enghien. Dans le terrorisme d'extrême droite, ce qui fait la différence, c'est la publication d'un manifeste.
Dans la tuerie en Nouvelle-Zélande, avec plus de 50 musulmans abattus, le tueur avait cité le grand remplacement et avait publié un manifeste. De même pour le tueur de la tuerie d'Oslo. Il avait publié un manifeste dans lequel il dénonce l'Europe colonisée par l'islam.
C'est souvent à ça qu'on reconnaît le terrorisme d'extrême droite. - A.-E.Lemoine: Vous regrettez que ce soit seulement la première fois que le Parquet national antiterroriste se saisisse dans un attentat d'ultradroite ayant fait des victimes.
Vous pensez que ça aurait dû être le cas notamment lors de l'assassinat d'A.Cissé? - Me M.Battikh: Oui.
Il faut que le Parquet national antiterroriste se saisisse pour envoyer un signal fort. Je n'ai été malheureusement pas compris. On m'a dit que c'était seulement un fait divers, un acte isolé. - A.-E.Lemoine: Sans revendication idéologique. - Me M.Battikh: Malheureusement, les faits démontrent que j'avais raison et que le Parquet national antiterroriste doit se saisir, doit comprendre ce qui se passe dans ce pays en ce moment, le climat dans lequel nous vivons.
On part d'un individu qui prête allégeance. Les mots ont un sens. C'est fort.
Il prête allégeance au drapeau français. Il le dénature. Il oublie la liberté, l'égalité, la fraternité, les droits de l'homme, ce que représente la France pour nous tous autour de cette table, pour en faire un drapeau guerrier, un drapeau conquérant, un drapeau qui exclut, qui pointe du doigt.
C'est extrêmement grave. Il faut que le Parquet national antiterroriste l'ait bien en tête. Malheureusement, le phare qu'était la France se rabougrit chaque jour un peu plus.
Il n'éclaire plus grand-chose, pas même lui-même. Des temps sombres nous attendent. Il va falloir y faire face et faire une introspection collective pour savoir comment on en est arrivés là. - E.Tran Nguyen: Cette atmosphère dont parle M.Battikh, vous en parlez un peu plus généralement dans votre livre, P.Conge.
Vous décrivez plusieurs faits. Est-ce que, selon vous, il y a un lien entre le climat politique, les mots prononcés, et la hausse de ces violences idéologiques? - P.Conge: Il y a généralement un rapport entre l'état politique, dans une société, et le fait de commettre des violences par des groupuscules radicaux.
Les faits que je pointe dans le livre remontent à 2022, année présidentielle sous haute tension avec une banalisation de paroles haineuses. Ca peut inspirer certains individus radicaux déjà acculturés à une forme de violence. C'est un peu ce qui se passe dans cet ouvrage.
Ce contexte politique a pu galvaniser des groupuscules. 2022 a été un moment où on a assisté à une explosion de violence de rue commis par des groupuscules d'extrême droite. On a eu plusieurs attentats d'ultradroite déjoués, notamment en quelques semaines autour des dates de l'élection présidentielle.
La mouvance était extrêmement présente. La mouvance d'ultradroite en France, c'est 1400 fichés S, 3300 membres. Ce sont des chiffres qu'on relaie peu mais qui mériteraient de l'être.
Si on compare à la menace djihadiste, la menace djihadiste, c'est une quarantaine d'attentats déjoués depuis 2017. Pour un attentat d'ultradroite déjoué, 2 djihadistes sont déjoués. - A.-E.Lemoine: Sur la responsabilité du discours politique dans la façon de nourrir cette atmosphère qui peut conduire à des passages à l'acte aussi dramatiques, A.Pannier-Runacher? - A.Pannier-Runacher: Permettez-moi d'avoir un mot pour les proches de la victime.
Comme vous le dites, c'est un crime gratuit et manifestement prémédité. C'est absolument terrifiant. Ca vise quelqu'un pour ce qu'il est et pas pour ce qu'il a fait.
C'est quelque chose d'abominable. Je veux dire que toutes les formes de parole excessives telles qu'on les entend en politique aujourd'hui, qu'il s'agisse de la dénonciation de telle religion, de telle origine, c'est insupportable. On doit se rappeler ce qu'est la République française.
La République française, c'est les valeurs des Lumières, l'universalisme, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen en 1789. Avec les Etats-Unis, à l'époque, nous sommes les 2 nations qui portons une certaine vision des droits de l'homme, pas par nos origines mais par ce que nous construisons. Je dénonce tout aussi bien les paroles violentes à l'encontre de n'importe quelle communauté.
Il y a une explosion des actes antisémites. C'est insupportable. Ces 2 événements très proches sont insupportables.
C'est intéressant de rappeler que les fichés S sont des radicaux. Ca peut être des radicaux de toute obédience. 1600 fichés S d'extrême droite, c'est une menace qui doit être connue, traitée.
Il est très clair que le ministre de l'Intérieur a dénoncé sans ambiguïté la situation. - A.-E.Lemoine: Un peu tardivement, selon M.Battikh,
Bruno Retailleau