Immigration : la circulaire Retailleau va-t-elle trop loin ? Roland Lescure répond - C à Vous
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:15OuverteRéponse directe
Le compromis auquel sont arrivés les députés et les sénateurs vous satisfait?
- 0:45RelanceRéponse directe
La gauche a voté contre.
- 1:00OuverteRéponse partielle
On en est où, au niveau de l'Himalaya qu'il faut grimper?
- 1:30OuverteRéponse directe
La France ne peut pas fonctionner au bricolage?
- 2:30FerméeRéponse directe
Le gouvernement ne sera pas renversé?
- 3:00OuverteRéponse directe
Vous dites qu'il manque des socialistes dans ce gouvernement.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30R.LescureFait
« Ce qui me satisfait, c'est qu'on ait un compromis. Je plaidais pour ça depuis plus de 8 mois. »
- 1:15R.LescureChiffre
« On avait peur que ça finisse à 5,5 ou 5,6. On ne s'arrête pas à 5,4. »
- 2:00R.LescureChiffre
« On régularise 30 000 ou 40 000 personnes par an, des gens intégrés, qui travaillent, pour des jeunes qui étudient. »
- 4:45R.LescureFait
« Il y avait beaucoup de femmes voilées. Arrivant là-dedans, j'étais un peu mal à l'aise. Mais quand vous parlez avec une femme voilée, au bout de 30 secondes, vous voyez la femme et moins le voile. »
- 5:15R.LescureChiffre
« LVMH en France, c'est 40 000 employés, 1er employeur de France. »
- 6:30R.LescureFait
« Parmi les 42 décrets de D.Trump, il y en a un qui dit de sortir de l'accord sur la taxation des multinationales. »
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qui a été adoptée en même temps par la CMP. F.Bayrou devrait engager la responsabilité de son gouvernement.
Les insoumis déposeront une motion de censure. Incertitude encore sur le vote des socialistes et du RN. - A.-E.Lemoine: Vous, R.Lescure, qui avez toujours prôné le compromis...
Le compromis auquel sont arrivés les députés et les sénateurs vous satisfait? - R.Lescure: Ce qui me satisfait, c'est qu'on ait un compromis.
Je plaidais pour ça depuis plus de 8 mois. M.Barnier ne l'avait pas obtenu, en grande partie parce qu'il avait refusé de négocier avec la gauche.
Il s'est retrouvé dans les griffes du RN. F.Bayrou a voulu travailler avec la gauche dès le début. - P.Cohen: La gauche a voté contre. - R.Lescure: Vous savez bien que ce budget sera adopté si la gauche ne censure pas le gouvernement. - A.-E.Lemoine: Ce qu'elle décidera lundi. - P.Cohen: Ce n'est pas acquis. - A.-E.Lemoine: On en est où, au niveau de l'Himalaya qu'il faut grimper? - R.Lescure: Je l'ai dit à F.Bayrou: l'Himalaya, c'est une chaîne avec 9 sommets. - A.-E.Lemoine: Donc on en est à...? - R.Lescure: On en est au 2e, et il y en a d'autres.
C'est un bon compromis pour un budget qui n'est pas terrible. Personne ne se retrouve, dans ce budget. Il y a beaucoup d'impôts et du rabot un peu partout.
C'est un budget qui est parti du budget Attal, modifié par Barnier, interrompu par la censure...
C'est du bricolage. Ce qui est important, c'est que chacun fasse des efforts. On en a fait.
On a obtenu la sanctuarisation du budget de l'AME pour cette année et une moindre baisse des crédits pour l'enseignement supérieur et la recherche. Ca, c'est l'avenir. La préservation des effectifs dans l'école...
Les Républicains et la gauche ont obtenu des choses aussi. C'est un compromis. En 2026, il faudra tout reprendre différemment. - A.-E.Lemoine: La France ne peut pas fonctionner au bricolage? - R.Lescure: A chaque 8000 m, on se refait un bras de fer. - P.Cohen: On est à 5,4 de déficit, alors que le budget Barnier était à 5. - R.Lescure: On avait peur que ça finisse à 5,5 ou 5,6.
On ne s'arrête pas à 5,4. Il faut continuer à redresser les finances publiques, de manière un peu plus structurée, raisonnable. Le travail commence mercredi ou jeudi.
Préparer un budget...
Je suis convaincu qu'il faut avoir un budget qui préserve la croissance, qui l'alimente, tout en faisant des dépenses en moins, notamment dans le secteur social. Les collectivités locales, qu'on touche beaucoup moins que ce qu'on aurait dû, ça va être un travail... - A.-E.Lemoine: Un budget bricolé qui ne sera peut-être pas adopté si le gouvernement... - R.Lescure: Il le sera. - A.-E.Lemoine: Le gouvernement ne sera pas renversé? - R.Lescure: Je ne voterai pas la censure.
Je pense que les socialistes, et je leur tire mon chapeau, ont réalisé après la 1re censure que ce qu'ils avaient fait était assez grave. Ne pas avoir de gouvernement et de budget en France, c'était très grave. On a un budget qui ne satisfait personne mais qui n'offense personne, sauf les extrêmes, qui ont réagi de manière caricaturale.
Ne pas censurer ce budget, donner la chance au gouvernement de continuer à travailler, c'est un choix de responsabilité. On est face à un moment de l'histoire...
La responsabilité doit et va primer. - A.-E.Lemoine: Vous dites qu'il manque des socialistes dans ce gouvernement. - R.Lescure: Depuis 8 mois, je dis que si on veut avancer avec l'Assemblée, il n'y a pas de secret.
Arithmétiquement, il faut constituer un gouvernement d'urgence nationale avec des gens qui ne sont pas d'accord sur tout, mais qui sont d'accord pour se mettre d'accord sur la gestion d'un budget, de la Sécurité sociale...
Ca se fait dans toutes les démocraties parlementaires, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne, au Portugal, en Nouvelle-Zélande, au Canada...
Et nous, on ne serait pas capables? - P.Cohen: Ce serait compliqué.
Tout le monde parlerait de la cacophonie du gouvernement. - R.Lescure: C'est déjà le cas. - P.Cohen: Retailleau, sur les sans-papiers, serait contredit le soir même... - R.Lescure: Le péché originel de ce qu'on a aujourd'hui...
Dans les pays dont je parlais avant, une coalition, c'est un accord de gouvernement négocié, signé, dans lequel il y a tout ce qu'on va faire ensemble et les lignes rouges auxquelles on ne touchera pas. Là-dessus, il n'y a pas de cacophonie. Pour le reste, il y a la liberté de vote.
Il y a des sujets sur lesquels il n'y a pas d'accord, même au sein de la majorité: la fin de vie, l'évolution de l'immigration...
Ces sujets-là doivent donner leur chance au débat parlementaire. Sur l'essentiel, ne pas censurer le gouvernement et voter un budget, ça permet à la France d'avancer. - A.-E.Lemoine: On ne voit pas comment on pourrait réconcilier des socialistes avec B.Retailleau dans un même gouvernement, ou avec le Premier ministre et ses déclarations sur la "submersion migratoire".
Dans un nouveau livre à paraître la semaine prochaine, l'ancien ministre C.Beaune revient sur les conditions du vote de la loi sur l'immigration. Avec lui et d'autres ministres, vous n'étiez pas à l'aise avec cette loi.
La France ne s'est pas traiter de cette question sereinement? - R.Lescure: Exactement.
Prenez l'immigration économique. Ca fait une quinzaine d'années qu'on régularise 30 000 ou 40 000 personnes par an, des gens intégrés, qui travaillent, pour des jeunes qui étudient. On le fait de manière régulière.
Là, on a un ministre de l'Immigration qui mélange un peu tout... - A.-E.Lemoine: Un ministre de l'Intérieur! - R.Lescure: Voilà, lapsus peut-être révélateur.
Il nous dit: "C'est fini. On ne régularise plus." Il prend des mesures fermes.
Des chefs d'entreprise me parlent de salariés qui travaillent depuis 5 ans chez eux. Ils ont fait l'effort, et on ne les régularise pas. Ces OQTF...
Parlez-en avec des chefs d'entreprise, avec des élus, y compris de droite. Il y a vraiment un changement. Je le regrette.
Autant il faut être ferme sur l'immigration illégale...
Autant, oui, l'immigration de travail est une chance. J'ai vécu au Canada pendant 10 ans. Tous mes électeurs sont des immigrés qui travaillent en Amérique du Nord.
Ils ont des conjoints ou conjointes locaux. Il faut un peu d'humanisme. Je pense que ce sujet doit être traité avec un humanisme, une approche économique qui comprend les enjeux...
La bombe démographique, on est en plein dedans. Si on ne fait pas appel à l'immigration économique dans des métiers que je connais bien, comme dans l'industrie, dans l'accompagnement de nos aînés, dans la restauration, on aura des pans de l'économie à l'arrêt. Par ailleurs, il faut reconnaître...
Derrière les défauts de l'immigration, on mélange pas mal de choses: les enjeux de laïcité, d'intégration...
Il faut traiter ces sujets sans tabou. - A.-E.Lemoine: Les élus ou les chefs d'entreprise qui constatent qu'on raccompagne à la frontière des salariés qui travaillaient chez eux...
Tout le monde intervient pour assouplir les conditions d'application de la circulaire Retailleau? - R.Lescure: Pour l'instant, elle est appliquée.
Il y a des restaurateurs...
T.Marx, qui dirige une organisation professionnelle de la restauration, a été très clair et courageux. P.Martin, le patron du Medef, a été aussi vocal sur ce sujet.
Ca peut être une chance pour nous et pour eux. C'est un fait, l'immigration. On n'est pas dans la submersion.
Vous savez combien il y a d'immigrés en France? 10,5 %. C'était 8 % Il y a quelques années, donc ça a monté. - P.Cohen: Une hausse de 40 %. - R.Lescure: 10 % de la population, c'est moins qu'en Allemagne, en Angleterre, au Canada, aux Etats-Unis.
J'ai grandi à Montreuil, dans une cité HLM. Il y avait des gens de toutes nationalités et pas un voile dans la cité. J'y suis retourné récemment avec le maire.
Il y avait beaucoup de femmes voilées. Arrivant là-dedans, j'étais un peu mal à l'aise. Mais quand vous parlez avec une femme voilée, au bout de 30 secondes, vous voyez la femme et moins le voile.
Que ça puisse insécuriser les gens qui se sentent culturellement mal à l'aise, oui, mais toutes ces femmes-là sont françaises comme vous et moi. Elles ne sont pas immigrées. C'est souvent des 2e et 3e générations.
On ne réglera pas des enjeux de difficultés à l'assimilation, de séparatisme par un tas unique sur l'immigration. - M.Bouhafsi: Ce budget demande un effort temporaire sur l'impôt sur le revenu des ménages les plus aisés et une contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises.
Un effort limité à 2025. B.Arnault a dénoncé cette surtaxe comme étant une taxe made in France qui pousse à la délocalisation.
Il a été critiqué par M.-E.Leclerc.
B.Arnault lui a répondu sur les réseaux sociaux. Il a dit qu'il n'allait pas délocaliser LVMH.
LVMH en France, c'est 40 000 employés, 1er employeur de France. Vous avez été ministre de l'Industrie. Vous comprenez la colère de B.Arnault? - R.Lescure: Bien sûr.
M.-E.Leclerc est gentil, mais on ne va pas délocaliser les centres Leclerc.
Beaucoup d'usines sont parties de France. On a inversé le mouvement depuis 7 ans, pas de manière violente, mais quand même. On ouvre davantage d'usines qu'on en ferme.
B.Arnault fabrique une grande partie de ses produits en France. Il a 200 000 employés dans le monde, 40 000 en France.
Avec les sous-traitants, c'est 3 à 4 fois plus. Sans compter les emplois induits...
Il a raison. Je regrette qu'on ait dû augmenter l'impôt sur les sociétés. On l'avait baissé depuis 7 ans.
On n'a pas eu le choix. - M.Bouhafsi: Pour une entreprise qui paye 4 milliards d'impôts, c'est 800 millions.
Ce n'est pas énorme. - R.Lescure: C'est une entreprise qui paye 4 milliards d'impôts, vous l'avez dit.
Aujourd'hui, Total ne paye pas beaucoup d'impôts en France car elle ne gagne pas beaucoup d'argent en France. Je ne vous parle pas de Facebook, de Spotify, de Twitter et d'autres, qui gagnent de l'argent en France et qui payent zéro impôt. Je ne suis pas là pour faire l'exégèse de B.Arnault.
Il dit que les entreprises qui fabriquent en France payent plus d'impôts et vont être directement affectées par cette hausse, alors que d'autres qui fabriquent ailleurs ne vont pas la payer. Parmi les 42 décrets de D.Trump, il y en a un qui dit de sortir de l'accord sur la taxation des multinationales.
On avait obtenu que les grandes multinationales payent au minimum 15 %. Première réaction de D.Trump: en sortir. - A.-E.Lemoine: Il dit aux entreprises de venir produire chez lui. - R.Lescure: Les entreprises chez nous ne pourront plus exporter au même tarif.
C'est grave. C'est une compétition internationale très forte, notamment pour l'industrie, et l'industrie du luxe, qui est un champion français, avec les vins spiritueux, l'aéronautique, la pharma...
Il faut les accompagner dans cette compétition internationale. Ils doivent payer leurs impôts. On va simplifier les procédures.
Il faut qu'ils se décarbonent. On doit être aux côtés de ces entreprises. Ce n'est pas parce qu'on aime B.Arnault.
C'est que derrière B.Arnault, il y a 40 000 employés qui travaillent en France, et sans doute 200 000 qui travaillent grâce à l'entreprise.
Roland Lescure